Vicente Parra Bordetas
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Vicente Parra Bordetas (né à Madrid 1886 - mort à Caracas, 1967) fut l'un des directeurs de l'Hôpital Varsovie de Toulouse, créé par les républicains espagnols à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Diplômé en médecine en 1908, il travailla comme médecin rural dans la province de Tolède et à Madrid. Pendant la guerre civile espagnole, il a servi dans les Guardias de Asalto républicains et, en 1939, il s'est exilé en France avec «La Retirada». Arrêté en 1943, il a été interné dans le camp disciplinaire du Vernet (Ariège), d'où il a été emmené par les Allemands à Dachau dans le «Train fantôme», en juillet-août 1944. Après avoir occupé le poste de directeur de l'Hôpital Varsovie, il s'exila à Caracas où il résida jusqu'à sa mort en 1967[1].
Médecin à Madrid et Tolède
Vicente Parra Bordetas est né en 1886. Il était l'aîné des six enfants de Vicente Parra Yusta et Concepción Bordetas López: Vicente, Concha, Francisco, Manuela (1894), Lola et Antonio. La famille possédait un atelier de fabrication et de vente de balances, Casa Parra, fondé en 1862, au 29 de la rue Concepción Jerónima, à Madrid. Vicente obtint son diplôme de médecine à Madrid en 1908 et commença peu après à exercer comme médecin à Mora (Tolède). C'est près de là, à Villamuelas, qu'il rencontra Josefa Hidalgo Samper, qu'il épousa en 1910 et avec qui il eut quatre fils, nés entre 1913 et 1919.
En 1915, il s'installe comme médecin titulaire à Lominchar, également dans la province de Tolède, puis revient à Madrid en 1921 où il travaille pour «La Equitativa-Fundación Rosillo» et collabore avec les hôpitaux La Princesa et Buen Suceso, ainsi qu'avec l' Instituto Operatorio del Doctor Rubio, tous aujourd'hui disparus[2].
En 1929, il retourna dans la province de Tolède où il fut engagé comme «médecin titulaire et inspecteur municipal de la santé» à Cedillo del Condado, un village d'un peu plus d'un millier d'habitants situé dans la région de La Sagra.
Avec les Guardias de Asalto pendant la guerre civile
Le 27 septembre 1936, les troupes insurgées contre le gouvernement de la République réussirent à lever le siège de l'alcazar de Tolède et avancèrent sans grande difficulté vers la capitale. Le 22 octobre, le registre des procès-verbaux de la mairie de Cedillo retranscrit les accords d'une commission de gestion nommée quelques jours auparavant par les nouvelles autorités militaires franquistes: «Le médecin titulaire de cette ville, M. Vicente Parra Bordetas, connu pour ses opinions de gauche, ayant quitté son important poste de médecin de l'aide publique à domicile sans que l'on sache où il se trouve, il convient de le considérer également comme rouge et, ce poste étant vacant, de nommer [...]». Parra était en effet parti avec sa famille à Madrid où il a d'abord collaboré avec le Secours rouge international[3] avant de rejoindre le Cuerpo de Seguridad (connu sous le nom de Guardias de Asalto) en tant que médecin; sa nomination – avec «assimilation de capitaine» – fut publiée dans la Gaceta de la República, n° 242, du 30 août 1937, 862-863.

Les archives du Colegio de Médicos de Madrid contiennent une demande de démission pour cause de déménagement à Barcelone datée du 5 février 1938. Cependant, selon un témoignage familial, il aurait été envoyé à Barcelone à la suite des Journées de mai 1937; en effet, les troupes gouvernementales envoyées dans cette ville étaient principalement composées de Guardias de Asalto. En décembre 1938, il a été affecté à un hôpital de Gérone[4].
La France: le travail dans les GTE et dans le camp-prison du Vernet d’Ariège
Après la chute de Barcelone, le 9 février 1939, Vicente Parra passa en France par La Junquera «[…] avec la retraite espagnole. Service de santé»;[5] après avoir été détenu dans les camps d'internement d'Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), Le Vernet (Ariège) et Septfonds (Tarn-et-Garonne), lui et ses fils furent installés, en novembre 1939, dans le camp du Récébédou, à Clairfont, où Parra «s'occupait de l'infirmerie». Clairfont était situé à Portet-sur-Garonne (Haute-Garonne), à dix kilomètres au sud de Toulouse, sur la route menant à l'Espagne via Puigcerdà; un de ses bâtiments a été conservé, comme Musée de la Mémoire consacré aux souvenirs du camp. Les cinq hommes furent incorporés aux Groupements de Travailleurs Étrangers (GTE) et partagèrent le sort d'environ 1.500 Espagnols qui travaillaient pour la Société Nationale de Poudres et Explosifs (SNPE) de Toulouse (la Poudrière)[6].
Parra collaborait activement avec la Résistance française, dans son cas celle promue par le PCE (Parti communiste espagnol); selon un dossier d'Homologation de Grade F.F.I., sous le nom de guerre «El Sastre» (le tailleur), il apportait une aide sanitaire aux membres de la Résistance et collaborait à la préparation d'explosifs[7]. Selon Sebastián Agudo Blanco[8], il fut l'un des dirigeants du camp de Clairfont dès les premiers instants. Le 8 janvier 1943, Vicente Parra fut arrêté par la police de Vichy et incarcéré à la prison Saint-Étienne, à Toulouse, aujourd'hui siège de la préfecture de cette ville. Le 17 mars, il fut interné – à nouveau – dans le camp du Vernet, situé à environ 60 kilomètres au sud de Toulouse. Selon les archives de ce camp, l'ordre d'internement, pris par le préfet du département, était motivé par le fait qu'il avait été «signalé comme agent de liaison entre les éléments communistes du camp de Clairfont et ceux de Toulouse». Il est également indiqué qu'il était «susceptible de jouer un rôle en cas de troubles».
Le camp du Vernet avait été construit en 1918 pour accueillir les prisonniers allemands et autrichiens de la Première Guerre mondiale; cependant, à partir de la fin de l'année 1939, il passa du statut de camp d'internement à celui de camp disciplinaire, et accueillit des réfugiés provenant d'autres camps et prisons de la côte méditerranéenne française, considérés par les autorités comme «dangereux pour l'ordre public», «suspects du point de vue national» ou «extrémistes»; parmi eux se trouvaient d'anciens combattants républicains espagnols et d'anciens combattants des Brigades internationales – notamment d'Europe centrale – qui n'avaient plus de pays où retourner. Entre 1939 et 1944, des milliers de personnes de nationalités très diverses ont défilé dans ce camp, comme Max Aub, Anna Seghers, Luigi Longo, Quico Sabaté – qui deviendra plus tard un guérillero antifranquiste – l'écrivain Jean Cassou ou Arthur Koestler. Le Vernet allait devenir l'une des «capitales de la résistance intellectuelle européenne» et un vivier de cadres de la Résistance française et du Komintern. Aujourd'hui, il n'en reste qu'un cimetière avec quelques dizaines de tombes et un petit musée dans le village du même nom, tous deux entretenus avec soin par une poignée de bénévoles[9].
Selon une note des archives de la bibliothèque de la Harvard Divinity School, Vicente Parra «fut nommé médecin du camp» et exerça également en tant que médecin auprès des détenus de la prison Saint-Michel à Toulouse. Un rapport du chef du camp au préfet de l'Ariège datant de septembre 1943 indique qu'il «rend de grands services à l'hôpital». Concernant le séjour de Vicente Parra au Vernet, nous citerons un témoignage, celui du rabbin d'origine hongroise Georges Vadnai:
- «Un matin, alors que je me débarbouille torse nu en plain air, le docteur Parra une des sommités médicales en Espagne, passe près de moi. Il s'arrête, m'observe, puis m'interpelle:
- - Vous avez mal au dos?
- - Comment l'avez-vous deviné?
- -Votre colonne vertébrale est aussi raide qu'une barre d'airain.
- -En effet, d'après le diagnostic des médecins français, je souffre de rhumatisme, conséquence d'une fièvre typhoïde que je viens de passer.
- -Erreur! Sans avoir vu vos radiographies, j'ose affirmer que vous êtes atteint d'une «spondylite typhique»[10].
Malgré les rapports répétés du chef de camp proposant sa libération, Parra ne quittera Le Vernet que sous la garde de soldats allemands, en route pour Dachau[11].
Médecin à bord du “Train Fantôme”
Le 9 juin 1944, trois jours après le débarquement allié en Normandie, une unité de l'armée allemande se présenta au camp du Vernet, désarma les gardiens français et prit en charge les prisonniers; le 30 du même mois, le transfert des prisonniers vers l'Allemagne est mis en œuvre: 403 détenus de ce camp sont emmenés à la caserne Caffarelli de Toulouse où ils vont constituer le noyau principal des déportés du «Train Fantôme». D'autres vont les rejoindre, provenant de la prison de Saint Michel mentionnée plus haut, ainsi que vingt femmes provenant de différents camps de la région. Le 2 juillet, ils entreprennent le voyage, entassés dans des wagons de marchandises: 70 ou 80 dans chaque wagon prévu pour en transporter 40. Ils sont surveillés par une compagnie de la Wafen-SS composée d'environ 150 hommes appartenant à la Feldgendarmerie[12]. Le train passe par Bordeaux et, après avoir tenté de se diriger vers Paris par Angoulême, l'incertitude de cet itinéraire et le harcèlement de l'aviation alliée obligent les Allemands à revenir à Bordeaux. Là, dans l'ancienne synagogue, les prisonniers resteront du 9 juillet au 9 août. Au cours de ce mois, dix d'entre eux seront fusillés.
Lorsque l'expédition reprend la route, 110 hommes et 40 femmes provenant de la prison bordelaise du Fort du Hâ s'y sont joints. Le nombre total de prisonniers s'élève désormais à 690. Les soldats allemands ne les laissent pas tous les jours se nourrir; dans tous les cas, c'est presque toujours la Croix-Rouge qui s'en charge, et de manière très sommaire. Mais les plus grandes carences sont celles en eau, en espace et en ventilation: les petites fenêtres des wagons de marchandises sont toujours fermées pour empêcher les fuites. Nous sommes en plein mois d'août et, selon Jürg Altwegg, le sud de la France connaît cette année-là l'été «le plus chaud du siècle»[13]. Pour pouvoir s'allonger, les prisonniers doivent se relayer. Tout au long du voyage, Vicente Parra et un autre médecin espagnol, le docteur Van Dyck[14], aideront autant que possible les malades et les blessés.
Le train repart de Bordeaux le 9 août, direction Toulouse et Nîmes, puis remonte vers Lyon par la vallée du Rhône. À deux reprises, les prisonniers devront traverser ce fleuve à pied, les ponts ferroviaires ayant été détruits par l'aviation alliée: le 18 août, ils parcourent à pied, chargés également des bagages de leurs gardiens allemands, 17 kilomètres entre Roquemaure (Gard) et Sorgues (Vaucluse), traversant les vignobles de Châteauneuf-du-Pape.
Le lendemain, à Pierrelatte, dans le département de la Drôme, le train est à nouveau mitraillé par l'aviation alliée qui ignore qu'il est rempli de prisonniers. En 1990, Hélène Jaume, épouse de Gustave Jaume, médecin à Pierrelatte, se souvenait ainsi de cet incident:
- «Ce matin-là, j'ouvre. C'est un soldat allemand, fusil à l'épaule, le visage couleur que son uniforme. Tremblant, il me dit avec son accent: «Vite, le docteur, des blessés au train, en gare» […] Des corps presque nus, étendus sur le sol; huit ou dix environ, sortis par les Allemands du wagon à bestiaux mitraillé par les Alliés. […] Le wagon dont ils sortaient était sale, leurs excréments étaient leurs sacs de couchage. J'ai essuyé avec des linges leurs visages dont la sueur et la puanteur s'échappaient. […] C'est alors qu'un homme debout, près de nous, habillé, non blessé, s'approche pour demander à mon mari:
- -Vous êtes médecin?
- -Oui.
- -Moi aussi, je suis médecin à Barcelone.
- Mon mari lui demanda de le suivre. Nous aurions pu le sauver, mais il a préféré rester avec ses compagnons de route.»[15].
Le convoi parvient finalement, après avoir traversé Lyon, Dijon, Nancy et Metz, à entrer en Allemagne par Sarrebruck le 26 août, huit semaines après son évacuation du camp du Vernet et après 18 jours pendant lesquels les prisonniers ne sont descendus des wagons que très occasionnellement.
Le 28 août, 536 déportés arrivèrent au camp de concentration de Dachau, près de Munich. Environ 130 d'entre eux s'étaient évadés à différents moments du voyage, la plupart en soulevant les plaques du plancher des wagons et en se laissant tomber entre les rails en pleine marche. Vingt d'entre eux avaient trouvé la mort – dix d'entre eux fusillés – et six blessés avaient été hospitalisés en cours de route. Vicente Parra, qui était âgé de 57 ans à son arrivée, eut la chance de faire partie de ceux qui survécurent pour assister à la libération du camp.
Huit mois à Dachau
À Dachau, Vicente Parra fut interné dans les blocs 19 et 21[16] et reprit son travail de médecin auprès des prisonniers à l'infirmerie, où il soigna ceux qui avaient été soumis à des expérimentations par les nazis ainsi que certains aviateurs américains blessés. Au début de l'année 1945, une épidémie de typhus se déclara dans le camp et Parra participa aux travaux qui s'ensuivirent. Au moment de la libération du camp par les Américains, le 29 avril 1945, il représentait les Espagnols au Comité international des prisonniers[17]. Après la libération, il travailla en collaboration avec les autorités américaines jusqu'à ce que le dernier des Espagnols puisse quitter le camp, comme le mentionne l'une des notes de la bibliothèque de la Harvard Divinity School et comme le reflète l'anecdote suivante, tirée de l'ouvrage de Lutaud et Di Scala: «José Serrano-Troyat. Né en Andalousie en 1916 [...]. À Dachau, il vivra alternativement des périodes dans le bloc et [des périodes] dans des commandos de travail. Le camp est libéré par les Américains qui refusent de le laisser sortir car il n'a pas de certificat de sortie. C'est le docteur Parra (médecin espagnol) qui, après une longue discussion, obtiendra sa libération»[18]. Concernant son séjour à Dachau, nous citerons deux témoignages d'anciens prisonniers, celui de José Artime et celui de Ramón Buj:
- «À Dachau, nous étions organisés. L'homme fort là-bas était un grand chirurgien madrilène, le docteur Parra, déjà très connu pendant la guerre civile en tant que chirurgien. Cet homme a été sauvé et amené ici, à Toulouse, où il a été soigné à l'hôpital [...]. C'était un type formidable, une bonne personne.»[19]
- «Je suis ensuite sorti de l'infirmerie avec la jambe guérie, mais atteint du typhus, car tous ceux qui se trouvaient là-bas avaient attrapé le typhus. Un jour, ils sont venus nous chercher tous avec des charrettes et nous ont emmenés à la douche. Ils vous mettaient dessous et vous marquaient le numéro ici, sur la poitrine, et vous passiez devant un médecin, nu mais propre...: «celui-là je le veux et celui-là je ne le veux pas». Et à la charrette. Et je ne sais pas où ils allaient. Aussitôt, les camarades d'Eysses, qui m'avaient vu là-bas, m'ont placé dans la file où se trouvait le docteur Parra et il m'a déclaré «apte au service»[20].
Directeur de l'Hôpital Varsovie à Toulouse
En juin 1945, le docteur Parra retourna à Toulouse, où se trouvaient sa femme et ses enfants, ne pesant plus que 40 kilos (il mesurait 1,70 mètre). Il s'installa à nouveau avec sa famille à Clairfont avant de déménager plus tard à Toulouse, et il lui fallut plusieurs mois pour se remettre de son état physique détérioré. Il travailla ensuite brièvement dans un laboratoire clinique avant d'être embauché dans un hôpital créé par les républicains espagnols dès la libération de la ville: l'Hôpital Varsovie (du nom de la rue où il se trouvait), qui existe encore aujourd'hui sous le nom d'Hôpital Joseph-Ducuing-Varsovie.
L'histoire de l'Hôpital Varsovie (Hospital Varsovia pour les Espagnols) a été bien documentée ces dernières années[21] Sa création a été parrainée par des organisations d'exilés contrôlées par le Parti communiste espagnol (PCE), comme c'était le cas de Solidaridad Española. La responsabilité de la gestion de l'hôpital incombait officiellement à l'Amicale des Anciens FFI et Résistants Espagnols (ci-après dénommée «l'Amicale»). Mais pendant plusieurs années, l'aide financière principale provenait d'une organisation américaine bien connue, le Joint Anti-fascist Refugee Committee (JARC), qui la distribuait par l'intermédiaire de l'Unitarian Service Committee (USC)[22].

L'Hôpital Varsovie a été créé pour soigner les Espagnols blessés et convalescents à la suite de la résistance contre les Allemands et, plus particulièrement, de l'«invasion» manquée de la vallée d'Aran, organisée par le PCE en octobre 1944. Plus tard, il commencera à soigner tous les réfugiés espagnols en général. Le travail pionnier, et le plus complet à ce jour, sur l'Hôpital Varsovie a été rédigé par Dolores Villar Basanta en 1997 et reste inédit[23]. Comme le raconte cette auteure, en 1946, Vicente Parra collaborait avec des organisations contrôlées par le Parti communiste: «En août 1946 a lieu à Toulouse un congrès national des Anciens FFI et Résistants Espagnols, auquel participent 300 délégués représentant les différentes sections. Parmi les responsables de l'Amicale se trouvent le docteur Ballano (deuxième vice-président) et le docteur Parra (porte-parole)».
À cette époque, les conséquences du climat anticommuniste qui couvait aux États-Unis (les actions du Comité des activités anti-américaines, la «chasse aux sorcières», etc.) atteignirent l'hôpital par l'intermédiaire de Persis Miller, envoyée par l'USC, qui, en septembre 1946, imposa la destitution du docteur Josep Torrubia de son poste de directeur et la nomination de Vicente Parra. C'est ce que racontait David Pike en 1984: «Mlle Miller a licencié Viladrich, puis, pendant l'été, le directeur Torrubia, qu'elle a remplacé par Vicente Parra Bordetas. Parra était un médecin très respecté, mais les problèmes ont persisté. Selon Dolores Bellido[24], le PCE préférait presque n'importe qui à Parra, trop honnête et trop fidèle à l'éthique médicale pour convenir à ses plans.»[25]
Mais cette même indépendance de Parra, lorsque l'équilibre des forces changea peu après, provoqua sa destitution en février 1948, lorsqu'il fut remplacé par le Dr Francisco Bosch Fajarnés. Quoi qu'il en soit, la collaboration de Parra avec le Parti communiste touchait à sa fin: après sa destitution, il fut également démis de ses fonctions au sein de l'Amicale. Le docteur Bosch resta à la tête de l'hôpital jusqu'à ce que l'opération Boléro-Paprika, lancée par le gouvernement français le 7 septembre 1950, démantèle les organisations communistes espagnoles en France: le PCE, Solidaridad Española et l'Amicale furent immédiatement dissous et les médecins de l'Hôpital Varsovie arrêtés. Plus tard, un groupe de médecins français engagés socialement, présidé par le docteur Joseph Ducuing, rachète le matériel de l'hôpital et le bâtiment[26].
Destination finale: le Venezuela
La même année que sa destitution, en 1948, Vicente Parra partit pour le Venezuela. Selon les documents cités des archives Arolsen, il s'embarqua à Gênes à bord du navire américain S/S Heintzelman, qui partit pour le Chili, le Pérou et le Venezuela le 12 décembre; sa femme, deux de ses enfants, l'une de ses futures belles-filles et le docteur Van Dyck voyageaient également à bord du navire. Au Venezuela, entre février et avril 1949, il suivit un cours (obligatoire pour les médecins étrangers) de médecine tropicale à Santa Teresa de Tuy (État de Miranda) et finit par y enseigner. Il rejoignit ensuite, dans le cadre du processus obligatoire pour obtenir la validation de son diplôme, la «Medicatura rural» d'Albarico (État de Yaracuy). En 1957, pour des raisons de santé, il dut s'installer définitivement à Caracas.
Le docteur Parra est décédé à Caracas en 1967, à l'âge de 80 ans, sans avoir remis les pieds sur le sol espagnol depuis le 9 février 1939.
Notes et références
Notes
Références
- ↑ Miguel Jiménez Aleixandre, « Vicente Parra, un médico español en Dachau », dans Barona Vilar JL (editor), El exilio científico republicano, Valence, Publicacions de la Universitat de València, (lire en ligne), p. 393-410
- ↑ Archives municipales de Lominchar, archives du Colegio de Médicos de Madrid et informations contenues dans une note biographique sur Vicente Parra, conservée dans les archives de la bibliothèque de la Harvard Divinity School. Ces derniers archives conservent les documents du Comité de l'Unitarian Universalist Association dans leur collection bMS 16035. L'Instituto Operatorio del Doctor Rubio a été détruit pendant la guerre civile car il était situé à côté de l'Hospital Clínico de Madrid, à l'extrémité la plus avancée de la tête de pont franquiste qui traversait la Cité universitaire, où se trouve aujourd'hui la Fundación Jiménez Díaz; l'hôpital Buen Suceso (rue de la Princesa) a disparu en 1975, victime de la spéculation immobilière; à la même époque, à l'emplacement de l'hôpital de La Princesa (sur la place San Bernardo), des logements modernes ont été construits pour des militaires.
- ↑ Le Secours rouge international était une organisation créée par le Komintern à l'image de la Croix-Rouge. Pour ses actions en Espagne, voir Branciforte, L. M. «El Socorro Rojo Internacional y su intervención en España». Actas del Congreso Internacional La Guerra Civil Española, 1936-1939, Madrid, Sociedad Estatal de Conmemoraciones Culturales, 2008; et également Pedraz Marcos, A. «La labor sanitaria del Socorro Rojo Internacional en los primeros meses de la Guerra Civil en Madrid», Híades. Revista de Historia de la Enfermería, 10-II, (2008), 721-730.
- ↑ À propos de Vicente Parra avant et pendant la guerre civile, voir Guerra, F. La medicina en el exilio republicano. Alcalá de Henares, Universidad de Alcalá, 2003, 250.
- ↑ Dans les archives départementales de l'Ariège, à Foix, dans la section correspondant au camp du Vernet, se trouve un dossier sur Vicente Parra portant le numéro 4855 [A.D.A 5 W 294].
- ↑ Alicia Alted, La voz de los vencidos: el exilio republicano de 1939, Madrid, Aguilar, , p. 84, 94. Selon cette auteure, d'autres Espagnols coupaient du bois pour fabriquer du charbon de bois destiné à produire du gazogène.
- ↑ Le dossier d'évaluation de l'homologation de Parra avec un grade militaire français (lieutenant) à la fin de la guerre se trouve au Service historique de la défense, GR 16 P 458797. À la fin de la guerre, il a reçu la Médaille de la Résistance française: Journal Officiel de la République Française, 26 juillet 1947, 175, p. 7255.
- ↑ Sebastián Agudo Blanco, « Los republicanos españoles en la Resistencia francesa de la zona Sur: siguiendo el ejemplo de las Brigadas Internacionales », dans Las Brigadas Internacionales: nuevas perspectivas en la historia de la Guerra Civil y del exilio,
- ↑ Cohen, M-L. y Malo, E. Les camps du sud-ouest de la France 1939-1944: exclusion, internement et déportation. Toulouse, Privat, 1994, 43-59; Maugendre, M. De l’exode à l’exil: l’internement des républicains espagnols au camp du Vernet d’Ariège de février à septembre 1939. París, Sudel, 2008; il existe également un documentaire: Ferrer Roca, L. Photographies d’un camp. Les Films d’Ici, 1997; une collection de près de 2 000 photographies de détenus: https://www.campduvernet.eu/album-photos/paysages/plaques-de-verre/; et un récit témoignage: Morro Casas, J.L. Campo de Vernet d’Ariège. Madrid, Memoria Viva, 2003. Max Aub, dans Manuscrito cuervo et dans Campo francés, ou Arthur Koestler dans La lie de la terre, ont relaté leurs expériences au Vernet.
- ↑ Georges Vadnai, Jamais la lumière ne s'est éteinte: un destin juif dans les ténèbres du siècle, Lausanne, l'Age d'Homme, , p. 136-137
- ↑ Autres références à Vicente Parra dans Le Vernet: Guerra, 2003, op. cit., p. 250; S. Hinze: Antifaschisten im Camp Le Vernet : Abriss der Geschichte des Konzentrationslagers Le Vernet 1939 bis 1944, Leipzig, Militärverlag der Deutschen Demokratischen Republik, 1988, pp. 295 et 329; A. Soriano: Éxodos : historia oral del exilio republicano en Francia 1939-1945, Barcelone, Crítica, 1989, p. 32; D. W. Pike: Vae Victis!: los republicanos españoles refugiados en Francia, 1939-1944, Paris, Ruedo Ibérico, 1969, p. 96.
- ↑ Police militaire dont certaines unités ont été intégrées dans la Waffen-SS.
- ↑ Altwegg, J. L’odyssée du train fantôme. París, Robert Laffont, 2003, p. 20. L’édition originale, en allemand, date de 2001: Geisterzug in den Tod: ein unbekanntes Kapitel der deutsch-französischen Geschichte 1944. L'un des évadés du train, Raymond Lévy, raconte: “[…] Un mois de juillet que la météorologie nationale a reconnu par la suite comme le plus torride depuis 1890”. Lévy, R. Schwartzenmurtz ou l’esprit de parti. París, Albin Michel, 1977, 178-179.
- ↑ Selon la liste d'entrée à Dachau, «Jean Van Dyk [sic] Martínez», enregistré sous le numéro 94090, était de nationalité espagnole bien qu'il soit né à Vienne en 1900. Cependant, la base de données «Españoles deportados a Campos de Concentración Nazis 1940 - 1945» du ministère de la Culture espagnol ne mentionne pas son nom. Il est mentionné, avec Parra, dans de nombreux récits sur le Train Fantôme et sur Dachau et, à la fin de la guerre mondiale, il s'est également exilé au Venezuela.
- ↑ R. Silve et C. Teissier: Toulouse Bordeaux Sorgues Dachau: le Train Fantôme, Sorgues, Etudes Sorguaises, 1991, pp. 128-130. Une partie de ce témoignage est reprise dans Lutaud, L. et Di Scala, P. Les naufragés et les rescapés du «Train Fantôme». Paris, L’Harmattan, 2003, 140 et 141; et une autre partie dans L’Odyssée des 70 Déportés du Train Fantôme: il s’agit d’un site web qui retrace tout le parcours et rassemble des témoignages et des documents. Altwegg relate également cet incident et le refus de Parra de s'évader: Altwegg 2003: 149-152. Sur le rôle de Vicente Parra dans le Train Fantôme, voir également Altwegg 2003: 87, 131 et 200; Serrano, S. La última gesta: los republicanos españoles que vencieron a Hitler (1939-1945), Madrid, Aguilar, 2005, 491; Soriano, A., Éxodos: historia oral del exilio republicano en Francia 1939-1945. Barcelone, Crítica, 1989, 130; Pike, D. W. In the service of Stalin: the Spanish communists in exile, 1939-1945, Oxford, Clarendon Press, 1993, 211 et 352; "Une marche forcée de huit heures, juillet-août 1944", dans l'Humanité, 8 juin 1991. Il existe une base de données répertoriant les personnes qui ont voyagé dans ce train: Fondation pour la mémoire de la déportation. Outre les ouvrages cités, deux documentaires traitent du voyage du «Train Fantôme»: L. Lutaud: Lettres du Train Fantôme, Same Films, 2002; Amat, J. Les résistants du Train Fantôme. Alkimia Productions, 2016. Marc Levy a romancé les jours passés dans la résistance par son père, Raymond Levy, et son oncle, Claude Levy: tous deux étaient à bord du «Train Fantôme»; Vicente Parra est mentionné, bien que pas par son nom, à la page 229 de Les Enfants de la liberté, Paris, Robert Laffont, 2007. Guy Scarpetta a également fait de même dans Guido, Gallimard, 2014, avec l'histoire de son grand-père, Guido Palmino, qui a été à Le Vernet, dans le Train et à Dachau, où il est décédé; il mentionne Parra à plusieurs reprises tout au long de son roman.
- ↑ Arolsen Archives, International Center on Nazi Persecution, Ref. T/D-665 666
- ↑ Dachau 29 April 1945: the Rainbow liberation memories, Lubbock, TX, Texas Tech University Press, (ISBN 978-0-89672-960-5), p. 35-36
- ↑ Dans la base de données du ministère de la Culture espagnol «Españoles Deportados a Campos de Concentración Nazis», il figure sous le nom de Pedro Serrans Troya, né à Noalejo, Jaén.
- ↑ Santos, F., Españoles en la liberación de Francia: 1939-1945, Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes (lire en ligne)
- ↑ E. Gallart: “Exili, resistència i deportació: la trajectòria de Ramón Buj i Ferrer”, Els Camps de Concentració i el Món Penitenciari a Espanya Durant la Guerra Civil i el Franquisme, Barcelona, 21, 22 i 23 d’octubre de 2002. Quarta Secció: Fonts documentals, pp. 1.051 y 1.052. Il est fait mention de Vicente Parra à Dachau dans E. Michelet: Rue de la liberté: Dachau 1943-1945, París, Seuil, 1955, pp. 155 y 230; Páginas de Republicanos españoles en la Resistencia francesa y en el campo de Dachau, “Testimonio de Joan Martorell”; et dans P. García Gaitero: Mi vida en los campos de la muerte nazis, Madrid, Edilesa, 2005, p. 142.
- ↑ La publication la plus récente est: Martínez Vidal, Àlvar (éd.) Exili, medicina i filantropia: L'Hospital Varsovia de Tolosa de Llenguadoc (1944-1950). Catarroja (Barcelone), Afers, 2010. Elle comprend un DVD avec le documentaire sur l'hôpital Spain in Exile et une reproduction numérique du magazine Anales del Hospital Varsovia (1948-1950).
- ↑ Le Unitarian Service Committee a été créé en 1940, après le début de la Seconde Guerre mondiale, par l'American Unitarian Association (association religieuse protestante des États-Unis et du Canada) afin de mener à bien des actions humanitaires, principalement en Europe. Comme nous l'avons déjà mentionné, les archives de l'USC, essentielles pour l'histoire de l'hôpital de Varsovie, se trouvent à la Harvard Divinity School Library.
- ↑ Dolores Villar Basanta, L’Hôpital Varsovie, 1944-1950, Mémoire de D.E.A., Etudes Ibériques, Toulouse, Université Toulouse-Le Mirail,
- ↑ Dolores Bellido était, selon David Pike, l'assistante de Persis Miller. Elle était la fille du médecin catalan Jesús María Bellido Golferichs, professeur à l'université de Barcelone et ami de Juan Negrín.
- ↑ Pike, D.W., Jours de gloire, jours de honte: le Parti communiste d’Espagne en France depuis son arrivée en 1939 jusqu’à son départ en 1950, Paris, Société d’Edition d’Enseignement Supérieur, , p. 175
- ↑ À propos de Vicente Parra à l'hôpital Varsovia, on trouve également des références dans: Guixé i Coromines, J. L'Europa de Franco: l'esquerra antifranquista i la «caça de bruixes» a l'inici de la guerra freda: França 1943-1951. Barcelone, Abadía de Montserrat, 2002, 139 et 141; Jáuregui, F. et Vega, P. Crónica del antifranquismo. Barcelone, Argos Vergara, 1983, 134; Cuevas, T. Cárcel de mujeres, Barcelone, Sirocco, 1985, 272; Faure, P. «El Partido Comunista Español (XI)», Estudios sobre el comunismo, 21, (1959), 99; Aguado Sánchez, F. El maquis en España: su historia, San Martín, 1976, 171; Sánchez Agustí, F. «Medicina a l'exili de Toulouse. Annales de l'hôpital Varsòvia». Gimbernat: revista catalana d'història de la medicina i de la ciència, 50 (2000), 337; Sánchez Agustí, F. «La escuela guerrillera de Toulouse, el Hospital Varsovia, la operación Bolero-Paprika y el Dr. Josep Bonifaci Mora», dans Comunicaciones del II Congreso del PCE: de la resistencia antifranquista a la creación de IU: un enfoque social, [CD]. Madrid, Fundación de Investigaciones Marxistas, 2007, 19; cet dernier article cite Parra à la page 20. Il existe un documentaire sur l'hôpital Varsovie: Martínez, A. et Esteve, J. La batalla del Varsovia: la historia de l’hospital de Toulouse fundat pels exiliats republicans, Valence, 2012.