Vie quotidienne dans l'Égypte antique

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La vie quotidienne dans l'Égypte antique comprend l'habitat, le travail, l'alimentation, le vêtement, les soins du corps, la famille, les loisirs et l'administration ordinaire de la société égyptienne à l'époque pharaonique, surtout au Moyen Empire et au Nouvel Empire[2]. Elle est relativement bien connue par rapport à celle d'autres civilisations antiques, mais la documentation reflète inégalement les groupes sociaux, les régions et les périodes[2]. La société égyptienne était très hiérarchisée et il existait de fortes différences entre la vie des paysans, des artisans, des fonctionnaires, des prêtres, des scribes et celle des membres de l'élite[2].

Modèle montrant la fabrication du pain, provenant de la tombe d'Ini à Gebelein, Première Période intermédiaire, Musée égyptologique de Turin (Suppl. 13271)[1].

Sources

Notre connaissance de la vie quotidienne des Égyptiens vient principalement de trois catégories de sources[3] :

  • l'écriture, qu'il s'agisse de textes littéraires, de documents administratifs, de lettres, de comptes, de papyrus ou d'ostraca ;
  • l'iconographie, très présente dans les temples et surtout dans les tombeaux, où les scènes d'offrandes, de travaux agricoles, de métiers, de banquets ou de rites ne doivent pas toujours être lues comme des descriptions directes de la vie quotidienne ;
  • l'archéologie, qui permet de restituer les maisons, les objets ordinaires, les outils, les restes alimentaires, les textiles, les cosmétiques, les jeux et les pratiques domestiques.

Les sources permettant de la reconstituer sont de nature variée : vestiges architecturaux, objets matériels, scènes peintes ou sculptées dans les tombeaux, modèles funéraires d'activités agricoles et artisanales, textes administratifs et privés sur papyrus ou ostraca, ainsi que mobilier, vêtements, outils, objets de toilette et aliments conservés dans certains équipements funéraires[2],[4]. Quelques sites livrent un tableau particulièrement détaillé, notamment Amarna, El-Lahoun et Deir el-Médineh, où le travail, les paiements, les absences, la famille et l'organisation locale sont documentés avec une précision rare pour l'Égypte pharaonique[5],[6],[7],[8].

Habitation

Maisons et espaces domestiques

Stèle de Djehoutynefer, dit Seshou, scribe comptable du bétail et de la volaille dans le temple d'Amon, avec son épouse Benbou, qualifiée de « maîtresse de maison », et leur fille Néfertari ; Nouvel Empire, XVIIIe dynastie, 1450-1390 av. J.-C., Musée égyptologique de Turin (Cat. 1638)[9].
Restes des maisons du village ouvrier de Deir el-Médineh, établissement lié aux artisans des tombes royales thébaines[7].

La documentation relative aux habitations égyptiennes est fragmentaire : les textes anciens parlent rarement de l'architecture domestique, tandis que les traces archéologiques, les représentations funéraires et les modèles fournissent les principaux indices[5]. Il n'existe pas un type unique de maison égyptienne, car les plans, les matériaux et les manières d'habiter varient selon les périodes, les régions, l'environnement et le statut des propriétaires[10]. Les sites les plus utiles pour l'étude des habitations comprennent notamment Deir el-Médineh, Gizeh, Amarna et El-Lahoun, auxquels s'ajoutent les représentations de tombes[5].

Les murs étaient le plus souvent construits en briques crues de limon ou d'argile, matériau dominant de l'architecture domestique égyptienne ; les techniques et les matériaux variaient cependant en fonction du climat, des ressources locales et des traditions de construction[5],[10]. Les maisons pouvaient être bâties en briques crues, en pierre locale ou en pierre et briques crues ; dans le Fayoum gréco-romain apparaissent parfois des fondations profondes, tandis que certains habitats des oasis occidentales d'époque romaine et tardive présentent des murs mitoyens et des fondations peu profondes[11]. Les sols étaient généralement en terre battue ou en limon ; les toits, souvent plats, pouvaient servir de terrasses ou donner accès à des étages supérieurs[12].

Plan d'une maison représentée dans une tombe d'Amarna.

Dans les villages planifiés pour des chantiers ou des besoins institutionnels, les maisons suivaient des plans plus réguliers que dans les agglomérations de croissance spontanée[6],[7]. Le village ouvrier d'Amarna, entouré d'un mur en briques crues, comprenait 72 maisons de plan simple et semblable, disposées le long de rues parallèles et étroites ; à l'intérieur de l'enceinte, l'espace était réduit et ne permettait pas d'installer des édifices supplémentaires comme des chapelles ou des équipements de ravitaillement[6]. Deir el-Médineh, placé à la limite du désert thébain, a abrité pendant près de cinq siècles les ouvriers chargés de construire et de décorer les tombes royales de la vallée des Rois[7]. Dans sa phase finale, le village occupait environ 5 600 m2, était entouré d'un mur en briques crues et comptait environ 68 maisons[7].

Les demeures plus vastes s'organisaient en ensembles comprenant cours, pièces de réception, espaces de travail, magasins et secteurs réservés à la famille[10],[5]. Les différences sociales apparaissaient dans la taille de la maison, la répartition des pièces, la qualité des matériaux et la présence d'espaces spécialisés[10],[5].

Mobilier et objets de la maison

Lit de Mérit et sièges, provenant de la tombe de Kha et Merit (TT8), entre 1425 et 1353 av. J.-C., Nouvel Empire, Musée égyptologique de Turin (Suppl. 8629)[13].

Dans la plupart des maisons, le mobilier se limitait au nécessaire ; dans les demeures les mieux pourvues, on trouvait des lits, des sièges et des tabourets, tandis que les coffres et paniers remplaçaient souvent les armoires et tiroirs[14]. Des nattes tressées pouvaient couvrir les sols[14]. Parmi les meubles attestés figurent les tabourets, les chaises, les lits, les tables, les boîtes et les coffres de dimensions variées[15].

Le bois adapté à la menuiserie était rare en Égypte : les essences locales, comme l'acacia et le sycomore, donnaient surtout des planches courtes, tandis que des bois de conifères étaient importés de Syrie dès le début de la Ve dynastie[14]. Les outils métalliques permettaient une fabrication plus fine, avec assemblages à tenon et mortaise, queues d'aronde et placages[14]. Le statut social influençait donc la quantité du mobilier, mais aussi les matériaux, la qualité du travail et la présence de décorations plus recherchées[14].

Les équipements funéraires les mieux conservés ont livré des objets domestiques qui se seraient plus facilement dégradés dans les maisons : lits, tabourets, tables, coffrets, textiles et récipients[14],[13],[16],[17]. L'un des ensembles les plus complets est celui de la tombe de Kha et Merit, avec le lit de Merit, des tabourets, une table en bois, des coffrets, des textiles et un appui-tête[13],[16],[17]. Le lit restait toutefois relativement rare, alors que l'appui-tête était un objet essentiel pour le repos, y compris pour les personnes disposant d'un lit[14].

On ne se réunissait pas autour d'une grande table : les convives de rang élevé recevaient des supports individuels portant nourriture et boisson, tandis que les autres plaçaient les aliments au sol à côté d'eux[18]. Les couverts n'étaient pas utilisés ; les récipients destinés à servir les aliments et les boissons variaient selon la forme et la fonction, avec une prédominance de la céramique à côté de vases plus précieux en cuivre ou en bronze[18]. Pour préparer et consommer les aliments, on utilisait supports de vannerie, fouets, passoires, lampes réalisées avec des bols, braseros et grands récipients à bière[19].

Famille et vie domestique

Femmes, mariage et famille

Statue de l'artisan Pendoua, « serviteur de la Place de Vérité », et de son épouse Néfertari, provenant de Deir el-Médineh, Nouvel Empire, XIXe dynastie, 1292-1191 av. J.-C., Musée égyptologique de Turin (Suppl. 6127)[21].
Scène peinte de la chapelle de Maia, Deir el-Médineh, Nouvel Empire, XVIIIe dynastie, 1353-1292 av. J.-C., Musée égyptologique de Turin (Suppl. 7910)[22].

Pour les femmes, les témoignages les plus fréquents concernent la maison, le mariage, les biens, la maternité, le culte familial et l'héritage, plus que des textes théoriques sur leur statut juridique et social[23],[24]. Dans l'espace domestique, l'épouse pouvait être désignée comme « maîtresse de maison », expression qui reliait son rôle à l'habitation, à la vie conjugale et à la continuité familiale[25],[24]. La femme conservait des biens propres à l'intérieur du mariage ; le patrimoine familial pouvait être pensé comme la somme des parts du mari, de l'épouse et des enfants[26]. Le cas de Naunakhte, sous la XXe dynastie, montre qu'une mère pouvait disposer de son propre héritage en excluant certains enfants de ses biens sans les priver de leurs droits sur le patrimoine paternel[26].

Le mariage était lié à la fondation d'une maison, à la naissance des enfants, à la transmission des biens et à la continuité du culte familial des morts[23]. Plusieurs expressions égyptiennes employées pour le désigner renvoyaient directement à l'espace domestique : « fonder une maison », « entrer dans une maison » ou « vivre ensemble »[25],[24]. Pendant une grande partie de l'époque pharaonique, aucun rite civil ou religieux obligatoire n'est attesté pour valider le mariage : l'union se reconnaissait par la cohabitation, la formation d'une maison et les relations économiques entre familles[27].

Un homme pouvait avoir plusieurs épouses, mais la polygamie ne constituait pas la norme dans l'ensemble de la société égyptienne[28]. Les unions entre parents proches apparaissent sous des formes différentes, notamment entre cousins germains dans certains villages et recensements, et, plus clairement à l'époque romaine, entre frères et sœurs dans des documents démographiques[29]. La séparation pouvait être engagée par l'un des conjoints et entraînait des conséquences économiques et domestiques, notamment la division des biens et le départ de la femme de la maison conjugale[30].

Enfance, éducation et apprentissage

Stèle représentant Ramsès II enfant, avec le doigt à la bouche et la mèche latérale de l'enfance, Nouvel Empire, musée du Louvre (N 522)[33].

Les enfants assuraient la continuité de la maison, de la descendance, de l'héritage et du culte des défunts[23]. La formation domestique des enfants est difficile à reconstituer, car les données explicites sur l'éducation à la maison et sur ses rapports avec l'enseignement scolaire sont rares[34]. La figure de l'enfant portant le doigt à la bouche et la mèche latérale apparaît aussi dans l'iconographie royale, comme sur une stèle ramesside du Louvre et une statue de Ramsès II enfant conservée au musée égyptien du Caire[33],[35].

Les traces les plus explicites de l'instruction concernent la formation des scribes et des artisans spécialisés[36]. L'école semble avoir été réservée aux garçons des milieux élevés, destinés à des emplois dans le palais, les temples ou l'administration locale ; l'enseignement de base portait sur la langue, les mathématiques, la géographie et d'autres disciplines utiles au métier de scribe[36]. L'apprentissage, moins visible que l'école scribale, était essentiel pour transmettre les compétences pratiques, de l'artisanat aux formations spécialisées comme celle du sacerdoce[36]. Il se déroulait généralement de manière informelle, sous la direction d'un artisan ou d'un spécialiste expérimenté[37].

Dépendances domestiques et servitude

Scène de toilette féminine dans la tombe de Djeserkareseneb (TT38) à Thèbes, Nouvel Empire, XVIIIe dynastie.

La maison égyptienne ne se limitait pas toujours aux parents et aux enfants[41]. Les documents administratifs privilégient les noyaux familiaux restreints, tandis que les témoignages privés révèlent des familles étendues et des groupes domestiques ouverts à des personnes extérieures à la parenté proche[41]. La maison pouvait inclure parents, serviteurs, clients, dépendants et « amis », jusqu'à former parfois des groupes très nombreux[41]. Leur composition variait selon le statut social, les ressources économiques et le type de source conservée[42].

Les situations de dépendance étaient variées : travail forcé, limitation de la liberté personnelle, service domestique, dépendance économique et captivité de guerre[43]. L'esclavage égyptien se reconnaît davantage aux relations économiques et personnelles de dépendance qu'à des définitions juridiques nettes, car les termes égyptiens ne correspondent que partiellement à la notion moderne d'esclave[43]. Au Nouvel Empire, on rencontre à la fois des formes d'esclavage liées aux prisonniers étrangers et des formes locales de servitude possédée ou louée ; au Ier millénaire av. J.-C., les cas d'esclavage se font plus rares et coexistent avec des formes de servitude volontaire dues à des difficultés économiques ou à des liens religieux[43]. Des « jours de service » dus par des serviteurs ou servantes à certaines familles montrent que la dépendance domestique pouvait être organisée par journées ou par tours de service[44].

Religion domestique

Ostracon figuré représentant le dieu Bès, provenant de Deir el-Médineh, Nouvel Empire, 1539-1077 av. J.-C., Musée égyptologique de Turin (Suppl. 9541)[48].

La religion domestique comprend prières, offrandes, formules de protection et petits rites accomplis dans la maison ou en relation avec la famille[49]. On en trouve des traces dans les lettres, les formules magiques et médicales, les inscriptions d'offrandes, les objets votifs et les vestiges mis au jour dans les habitations[49],[50]. Ces pratiques ne sont pas attestées dans un seul site : statuettes, objets votifs et petits espaces cultuels sont documentés dans des maisons, chapelles et tombes de plusieurs établissements, notamment Lahun, Amarna, Médinet Habou et El-Ashmounein[51],[52].

À Deir el-Médineh, des structures surélevées en briques crues sont conservées dans la première pièce de certaines maisons[53]. Elles étaient rectangulaires, adossées à un mur latéral et accessibles par quelques marches ; selon le relevé repris par Susana Mota, elles apparaissaient dans 28 des 68 maisons identifiées du village[54]. On y trouve des représentations de Bès et des scènes de danse, de musique, de toilette et de maternité, qui renvoient à la protection, à la naissance et à la fertilité[55]. Leur fonction reste discutée : elles ont été interprétées comme lits ou sièges, espaces féminins, lieux d'accouchement ou petits autels domestiques[56].

Dans leur voisinage ont été trouvés des tables d'offrandes, stèles, bustes, statuettes humaines et animales, offrandes votives liées à Hathor, niches et petits placards cultuels, ce qui indique que certains rites se déroulaient à la maison[57]. La pièce centrale des maisons ouvrières pouvait servir à s'asseoir, manger, discuter de questions familiales, jouer, recevoir des visiteurs, prier et accomplir des rites devant des stèles ou des bustes d'ancêtres[58]. Parmi les objets de religion domestique figurent aussi des statuettes d'argile, humaines ou animales, retrouvées dans des maisons, chapelles et tombes[51].

Travail et économie quotidienne

Agriculture et élevage

Modèle de grenier avec des ouvriers vidant des sacs de céréales sous le contrôle d'un scribe, Assiout, Moyen Empire, première moitié de la XIIe dynastie, 1939-1875 av. J.-C., Musée égyptologique de Turin (Suppl. 8651)[63].
Scène de battage du grain dans la tombe de Menna (TT69), scribe des champs du roi, à Thèbes, Nouvel Empire, vers 1422-1411 av. J.-C.

L'économie agricole reposait sur la culture de la vallée du Nil : la crue annuelle déposait un limon fertile et alimentait les champs[64]. Lorsque la crue était trop basse, toutes les terres cultivables ne recevaient pas l'eau nécessaire ; lorsqu'elle était trop haute, elle pouvait retarder la récolte[64]. Pour retenir et répartir l'eau, les Égyptiens utilisaient bassins, digues et canaux, avec un système d'irrigation par bassins à l'époque pharaonique et par canaux sous le Royaume lagide[64].

Les céréales représentaient la principale production et la base de l'alimentation : les blés vêtus, notamment l'amidonnier, et l'orge dominaient aux périodes pharaoniques, tandis que le blé dur se diffusa à partir de l'époque lagide[65]. Le lin était cultivé depuis l'Antiquité et fournissait la matière première des tissus, vêtements et autres objets d'usage courant[64]. Les cultures utiles à l'artisanat accompagnaient les cultures alimentaires, notamment les plantes destinées aux textiles, aux cordes et à divers objets[64].

Le travail des champs demandait des outils simples et une main-d'œuvre abondante[66]. Parmi les outils attestés figurent houes, araires, instruments de nivellement des champs et outils destinés à la récolte et au travail du sol après la moisson[66]. Les bœufs et les ânes étaient indispensables aux travaux agricoles et au transport ; l'introduction régulière du chameau en Égypte reste discutée, mais les témoignages le mentionnent à partir du Ier millénaire av. J.-C.[67]

On élevait bovins, moutons, chèvres, porcs et oiseaux, employés dans les travaux agricoles et le transport, mais aussi comme sources de viande, de lait et d'offrandes[68]. Les bovins apparaissent fréquemment dans l'imagerie funéraire de l'Ancien et du Moyen Empire comme animaux de travail, signes de richesse, offrandes alimentaires et animaux conduits ou abattus[69],[68]. Les canards et les oies pouvaient être capturés dans les marais ou élevés en captivité ; les oiseaux comptaient à la fois comme nourriture et comme offrande[68],[70].

La collecte, le transport et le stockage des céréales étaient des activités contrôlées et enregistrées[63]. Les modèles funéraires de greniers montrent des ouvriers transportant ou versant des céréales sous la surveillance de scribes, ce qui souligne le lien entre travail manuel, administration et conservation des denrées[63],[71].

Artisanat et métiers

Modèle d'activité artisanale avec figures occupées à produire du pain et de la bière, Assiout, Moyen Empire, première moitié de la XIIe dynastie, 1939-1875 av. J.-C., Musée égyptologique de Turin (Suppl. 8652)[75].

Le travail artisanal allait de la production alimentaire au travail du bois, des métaux, de la pierre, de la faïence, des textiles, du cuir et du papyrus[76]. Les textes et les images mentionnent notamment orfèvres, travailleurs du cuivre, artisans génériques, fabricants d'objets en faïence, sculpteurs, charpentiers, travailleurs du cuir, tisserands et dessinateurs[76]. Les scènes de tombes représentent fréquemment des travaux précis comme la menuiserie, la poterie, le filage, le tissage, la fabrication de nattes et le travail de la pierre[77].

Certains métiers demandaient des compétences spécialisées et des groupes de travail coordonnés[78]. Dans la production des monuments inscrits, plusieurs personnes pouvaient concevoir le texte ou la scène, tracer les contours, sculpter ou inciser la surface et coordonner l'ensemble[78]. Les modèles déposés dans les tombes rendent visibles des travaux quotidiens autrement peu documentés, en montrant gestes, outils et phases de production[79].

La production du pain et de la bière appartenait à l'économie domestique et institutionnelle[75]. Les modèles de boulangeries et de brasseries conservés dans plusieurs musées montrent des opérations successives : piler et moudre le grain, travailler la pâte, ajouter de l'eau, suivre la fermentation et cuire des pains de formes diverses[75],[80]. La production textile avait également un poids important, car le lin servait aux vêtements, au linge, aux enveloppes, aux cordes et à d'autres objets d'usage quotidien[64].

Commerce, échanges, rations et rémunérations

Scène avec embarcations et marché dans la tombe de Khaemhat (TT57), documentée par Karl Richard Lepsius dans Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien, III, pl. 76a[86].

L'économie quotidienne ne reposait pas seulement sur la vente de produits, mais aussi sur la distribution de biens, le paiement en nature, le travail pour les institutions et les échanges privés[87]. Le pain, la bière et les céréales formaient les éléments principaux des rations et pouvaient être distribués comme compensation pour des travaux organisés par l'État ou par des institutions[87]. La viande, les légumes, l'huile, les étoffes et d'autres produits pouvaient s'ajouter aux rations de base, mais à des fréquences variables[88].

Les rations variaient selon le rôle, le rang et le type de travail[88]. À certaines périodes, le pain et la bière étaient distribués au jour le jour, tandis que le grain pouvait constituer un paiement mensuel[87]. Au Nouvel Empire, le cas le mieux documenté est celui des ouvriers des tombes royales, régulièrement payés en grain par le grenier royal[89]. Les distributions pouvaient aussi inclure eau, légumes, bois et poisson ; viande, huile, textiles et autres biens pouvaient être fournis à certaines occasions[90].

Les échanges privés se faisaient avec des biens matériels : céréales, étoffes, métaux, animaux, objets et denrées alimentaires[87]. La valeur d'un bien pouvait être exprimée au moyen d'unités de poids ou de compte, même lorsque le paiement s'effectuait par objets ou produits et non par monnaie frappée[91].

Alimentation

Pains sur une petite table de roseaux et de tiges de papyrus, tombe de Kha et Merit, Deir el-Médineh, Nouvel Empire, XVIIIe dynastie, 1425-1353 av. J.-C., Musée égyptologique de Turin (Suppl. 8343)[95].

L'alimentation égyptienne reposait surtout sur les céréales transformées en pain et en bière, mais comprenait aussi viande, poisson, fruits, légumes, légumineuses, vin et condiments[68],[96],[97]. La quantité et la variété des aliments dépendaient du statut social : la consommation régulière de viande concernait davantage les groupes de rang élevé, tandis que pain, bière et produits végétaux formaient la part la plus habituelle du régime[68].

Pain, bière et céréales

Modèle avec scène de panification, tombe de Minhotep à Assiout, Moyen Empire, début de la XIIe dynastie, 1939-1875 av. J.-C., Musée égyptologique de Turin (Suppl. 8789)[98].

Le pain était l'un des aliments principaux de la population, avec la bière[68]. Il était préparé surtout avec des blés vêtus comme l'amidonnier et pouvait prendre des formes variées, dont des pains plats et coniques[68]. Les pains déposés dans certains équipements funéraires étaient des aliments réels destinés au défunt dans l'au-delà[95],[68].

Le travail du grain apparaît dans des scènes de tombes, des modèles funéraires et des objets matériels montrant des opérations comme piler, moudre, pétrir, cuire et conserver les produits alimentaires[80]. La bière égyptienne différait de nombreuses bières modernes, car elle pouvait être épaisse et trouble, constituant une source de nourriture autant qu'une boisson[68]. L'analyse des résidus d'une installation de brasserie à Hiérakonpolis, datée vers 3600 av. J.-C., a confirmé l'usage de blé et d'orge maltés, ainsi que des traces compatibles avec des ingrédients aromatiques comme les dattes[99].

Viande, poisson, fruits et légumes

Contenants pour graines, fruits secs et végétaux provenant de la tombe de Kha et Merit, Musée égyptologique de Turin[97].

La viande était plus coûteuse et moins accessible que le pain et la bière ; sa consommation régulière semble donc avoir été plus courante dans les groupes de rang élevé[68]. Les scènes de tombes et les modèles tridimensionnels montrent des bovins abattus, tandis que moutons et chèvres étaient élevés pour leur viande et leur lait[68]. Les canards et les oies pouvaient être capturés dans les marais ou élevés ; le poisson était consommé, mais apparaît moins souvent dans les scènes d'offrandes et de production alimentaire[68].

Certains équipements funéraires conservent des restes alimentaires permettant d'identifier des produits consommés ou déposés comme offrandes[103],[96]. Les équipements du Nouvel Empire conservent parfois fruits secs et restes de nourriture, parmi lesquels raisins, figues, grenades, dattes, laitues, cucurbitacées et légumineuses[103],[96]. Les condiments comprenaient épices, sel, ail et oignons, également présents dans certains dépôts alimentaires[97].

Banquets, offrandes et consommation des élites

Stèle de l'intendant Mentououser avec scène de banquet funéraire et table d'offrandes alimentaires, Moyen Empire, XIIe dynastie, règne de Sésostris Ier, vers 1944 av. J.-C., Metropolitan Museum of Art (12.184)[105].

Les scènes funéraires et les équipements de tombes présentent souvent des aliments offerts au défunt ; ils ne décrivent pas nécessairement un repas ordinaire[68]. La stèle de Mentououser, datée du Moyen Empire, montre un banquet funéraire avec pains ronds et coniques, côtes, cuisse de bovin, courge, oignons, fleur de lotus et poireaux[105]. Les offrandes pouvaient être placées dans la tombe, représentées dans les chapelles funéraires ou évoquées par des formules et listes de produits afin d'assurer symboliquement la nourriture du défunt dans l'au-delà[68].

La consommation de viande, de vin et d'aliments recherchés était plus fréquente dans les banquets et les milieux de rang élevé, tandis que les familles ordinaires disposaient plus souvent d'aliments de base comme le pain, la bière, les produits végétaux et les légumineuses[68],[96]. Les scènes de banquet pouvaient représenter réunions familiales, célébrations privées, rites funéraires ou fêtes religieuses, avec abondance de nourriture, de musique et de danse[68],[106]. Le vin était un produit de luxe surtout consommé par les classes élevées et la famille royale ; il était aussi offert aux dieux dans les rituels des temples[107].

Transports

Modèle d'embarcation à rames avec équipage, tombe d'Ini à Gebelein, Première Période intermédiaire, Musée égyptologique de Turin (Suppl. 13273)[111].

Le Nil constituait la principale voie de communication de l'Égypte antique : le courant permettait de descendre vers le nord, tandis que le vent dominant venu du nord favorisait la navigation vers le sud à la voile[112]. Cette combinaison reliait villages, villes, zones agricoles, carrières et chantiers, facilitant le transport des personnes, denrées, matériaux de construction et objets[112]. Les embarcations servaient aux déplacements quotidiens, aux travaux agricoles, à la pêche, au transport de charges et aux voyages plus longs[113]. Les modèles funéraires de bateaux proviennent de contextes variés et représentent des barques de voyage, de pêche, de chasse dans les marais, de transport ou de pèlerinage funéraire[111].

Transports terrestres

Peinture murale avec âne chargé de sacs et ânier, tombe d'Iti et Neferou à Gebelein, Première Période intermédiaire, 2118-1980 av. J.-C., Musée égyptologique de Turin (Suppl. 14354/05)[117].

Sur terre, les déplacements se faisaient d'abord à pied ; le transport des personnes et des biens utilisait aussi animaux de bât, chaises portées, traîneaux, chars et, dans certains cas, chariots ou chars de guerre[118]. Les ânes étaient particulièrement importants pour le transport terrestre, car ils pouvaient porter des charges sur de longues distances et relier établissements, zones agricoles, déserts et routes caravanières[67],[119]. Le choix du moyen dépendait du poids du chargement, de la distance et du type de parcours : les objets légers pouvaient être portés par des personnes, les charges plus lourdes par des animaux, et les grandes masses par des véhicules ou des traîneaux[118].

Soins du corps

Médecine et santé

Planches du papyrus Edwin Smith, texte médical en hiératique avec cas de traumatologie et de lésions physiques.

La médecine égyptienne est documentée par des papyrus, des restes ostéologiques, des momies et des instruments ; elle concernait les blessures, les maladies des yeux, de la peau, de l'appareil digestif et de l'appareil urinaire[122]. Les remèdes pouvaient combiner substances végétales, minérales et animales appliquées sous forme d'onguents, collyres, médicaments ou préparations destinées à l'usage interne[122]. Les personnes qui soignaient pouvaient être médecins, scribes connaissant des textes thérapeutiques ou spécialistes de rites et de formules ; ces figures pouvaient intervenir séparément ou ensemble[123].

Les textes médicaux conservés comprennent des papyrus de nature différente : le papyrus Edwin Smith traite surtout de traumatologie et de lésions physiques, tandis que le papyrus de Kahun, plus ancien, concerne notamment la santé féminine[124]. Le papyrus Ebers comprend des prescriptions relatives à divers problèmes, dont les maladies des yeux, de la peau, de l'appareil digestif et des organes internes[125]. La médecine égyptienne ne séparait pas nettement thérapie, rite et magie : formules, rituels et substances curatives pouvaient être employés ensemble pour protéger et guérir le malade[126].

Habillement

Figure avec vêtement féminin dans la cuve du sarcophage de Mentouirdis, vallée des Reines, Basse Époque, XXVe-XXVIe dynastie, 722-525 av. J.-C., Musée égyptologique de Turin (Suppl. 5221)[127].
Statuette de Kha, tombe de Kha et Merit, Deir el-Médineh, Nouvel Empire, XVIIIe dynastie, 1425-1353 av. J.-C., Musée égyptologique de Turin (Suppl. 8335)[128].

Les vêtements étaient surtout réalisés en lin, fibre cultivée en Égypte et largement employée pour les tissus, les habits, le linge et d'autres objets de la vie quotidienne[64],[129]. L'habillement comprenait des étoffes enroulées autour du corps, comme pagnes, manteaux et vêtements amples, mais aussi des pièces coupées et cousues, comme tuniques et habits ajustés[129]. Les plis, les teintures et d'autres ornements se répandirent davantage à partir de l'Ancien Empire[129].

Les vêtements visibles dans les images ne correspondent pas toujours aux habits portés au quotidien, car les représentations égyptiennes suivaient des conventions propres à la période, au contexte et au rôle social de la personne figurée[130]. Dans les images et les objets conservés, vêtements et accessoires pouvaient distinguer le genre, l'âge, le rang et la fonction, surtout lorsqu'ils étaient associés à bijoux, perruques, bâtons, sandales ou autres objets personnels[131]. Les chaussures comprenaient des sandales en fibres végétales ou en cuir, tandis que les chaussures fermées apparaissent plus tard, à partir de la XVIIIe dynastie[129].

Cosmétiques, cheveux et parure personnelle

Coffret de toilette de Merit, tombe de Kha et Merit, Deir el-Médineh, Nouvel Empire, XVIIIe dynastie, 1425-1353 av. J.-C., Musée égyptologique de Turin (Suppl. 8479)[136].

Dans l'Égypte ancienne, les soins du corps comprenaient pigments pour les yeux et le visage, huiles, onguents, résines parfumées, miroirs, peignes, contenants de toilette et applicateurs[137]. Ces pratiques associaient hygiène, ornement, protection du corps et préparation funéraire[137]. Elles ne concernaient pas seulement les femmes : elles intéressaient hommes et femmes, adultes et jeunes, personnes de statuts variés, et apparaissent dans les images, les équipements funéraires et les objets personnels[138].

Le cosmétique le plus caractéristique était le khôl, appliqué autour des yeux avec de petits bâtonnets et conservé dans des tubes ou petits vases[139],[140]. L'analyse de douze échantillons de khôl du Petrie Museum, datés de l'Ancien au Nouvel Empire, a révélé des mélanges hétérogènes et une diversité de recettes plus grande qu'on ne le pensait auparavant[141]. Les onguents et huiles parfumées pouvaient être préparés avec des graisses animales ou des huiles végétales mêlées à des produits aromatiques[142].

Loisirs et pratiques sociales

Jeux

Double plateau pour le jeu des vingt cases et le senet, tombe de Kha et Merit à Deir el-Médineh, Nouvel Empire, XVIIIe dynastie, Musée égyptologique de Turin (Suppl. 8451/01)[145].

Les Égyptiens connaissaient des jeux de plateau, des pions et des passe-temps connus par les vestiges archéologiques, les représentations funéraires et les objets déposés dans les tombes[146]. Parmi les jeux les plus fréquents figurent le mehen, le senet, le jeu des vingt cases et le jeu appelé aujourd'hui « chiens et chacals » ou « cinquante-huit trous »[146].

Le senet est l'un des jeux égyptiens les plus connus : le plateau était formé de trois rangées de dix cases et, au Nouvel Empire, le jeu prit aussi une valeur funéraire liée au passage du défunt dans l'au-delà[146]. Les règles de nombreux jeux ne sont pas connues avec certitude, mais les plateaux et pions suggèrent souvent des jeux de parcours où les pièces avançaient selon des résultats obtenus avec des bâtonnets, astragales ou autres instruments aléatoires[146].

Musique, danse et fêtes

Scène de banquet avec musiciennes dans la tombe de Nakht (TT52), fac-similé de Norman de Garis Davies, Lancelot Crane et Hugh R. Hopgood, Metropolitan Museum of Art (15.5.19d, j-k)[148].

Musique, chant et danse accompagnaient banquets, rites funéraires, processions, fêtes religieuses et célébrations privées[149],[150]. Beaucoup d'images proviennent de tombes, temples, ostraca et papyrus ; elles ne visaient toutefois pas toujours à reproduire une exécution réelle, car elles suivaient les conventions artistiques égyptiennes[151]. Les scènes de l'Ancien Empire montrent danseurs et chanteurs dans des processions funéraires ou près de l'entrée des tombes[152].

Certaines représentations montrent danses acrobatiques, battements de mains, sistres et gestes rituels ; d'autres présentent musiciennes et danseuses lors de fêtes et de banquets[153]. Les processions formaient l'un des moments principaux des fêtes publiques, lorsque des prêtres accompagnés de musique et de chant portaient les statues divines ou objets sacrés hors des sanctuaires[150].

Administration

Scribes et fonctionnaires

Palette de scribe en bois et fibres végétales, avec calames et résidus de couleur, tombe de Kha et Merit, Deir el-Médineh, Nouvel Empire, XVIIIe dynastie, 1425-1353 av. J.-C., Musée égyptologique de Turin (Suppl. 8388)[157].

L'écriture servait à enregistrer travail, rations, biens, livraisons et activités publiques ou privées[8]. Les scribes rédigeaient registres de livraisons et d'absences, lettres, comptes, textes juridiques et documents liés à la vie quotidienne[8]. La documentation administrative pouvait être écrite sur papyrus, mais aussi sur ostraca, fragments de calcaire ou de céramique servant de supports moins coûteux et plus maniables[8]. Dans les villages ouvriers et les centres administratifs, ces textes enregistraient travail, fournitures, rations, lettres et rapports entre habitants, équipes et administration[8].

L'administration quotidienne n'est pas seulement documentée par les ostraca : palettes de scribes, statues de scribes et représentations de fonctionnaires avec papyrus ou instruments d'écriture sont liés à l'enregistrement des biens, travaux, livraisons et décisions[8],[158]. Les fonctionnaires intervenaient dans l'administration du territoire, des temples, des magasins et des activités économiques[2].

Normes, conflits et justice

Buste d'un juge, Basse époque, 664-525 av. J.-C., Musée égyptologique de Turin (Cat. 3075). Il porte un collier avec pendentif représentant la déesse Maât[161].

Dans la religion égyptienne, la justice était représentée par la déesse Maât, associée à l'ordre, à la vérité et à la conduite correcte des hommes et des fonctionnaires[162]. Le sens égyptien de la justice était donc étroitement lié à la religion, aussi bien dans le vocabulaire que dans les symboles adoptés par les fonctionnaires chargés de juger[162]. Le pouvoir judiciaire appartenait formellement au pharaon, mais il était exercé par des fonctionnaires, des conseils et des cours locales[163].

Dans les procédures pouvaient intervenir parties en conflit, témoins et fonctionnaires chargés d'entendre, de consigner et de décider[164]. Les documents juridiques égyptiens ne conservent pas un code unique comparable à ceux d'autres traditions antiques, mais ils montrent des pratiques légales, déclarations, serments, décisions et précédents utilisés pour résoudre des conflits de propriété, d'héritage, de travail, de dettes, de vols ou d'autres litiges[165]. Les peines pouvaient comprendre bastonnade, confiscation, travail forcé, mutilation, déportation ou mort, selon la gravité du cas et la période[166].

Articles détaillés

Enterrement dans le tombeau d'Horemheb.

Références

Bibliographie

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