Vision de Gabriel
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La Vision de Gabriel, appelée aussi Hazon Gabriel (hébreu : חזון גבריאל) ou stèle de Gabriel, est une inscription hébraïque datant du 1er siècle av. ou ap. J.-C. dans laquelle l’archange Gabriel parle à la première personne. Il s’agit d’un texte prophétique, peut-être une apocalypse ou un pseudépigraphe. Lors de sa publication, cette stèle a été présentée comme un manuscrit de la mer Morte sur pierre, mais son authenticité est contestée.
En 2007, Ada Yardeni et Benjamin Elitzur publient pour la première fois cette inscription qui, selon eux, daterait du 1er siècle av. J.-C.[1]. Elle est inscrite sur un bloc de pierre de grès mesurant 96 x 37 cm. Contrairement aux inscriptions sur pierre, qui sont généralement incisées, celle-ci est copiée à l’encre, sur deux colonnes, avec un total de 87 ou 88 lignes, soit 44 lignes par colonne. Selon Ada Yardeni, qui est l’une des meilleures paléographes à l’époque, la forme des lettres ressemble à celle des manuscrits de la mer Morte qui sont d’ailleurs contemporains et viennent de la même région.
Le texte lui-même est une prophétie ou une apocalypse qui mentionne un personnage nommé « Gabriel », lequel parle à la première personne. Or, dans la littérature apocalyptique juive, et notamment dans les livres de Daniel et d’Hénoch, Gabriel est un ange ou un archange. C’est donc à ce personnage que Ada Yardeni et Benjamin Elitzur pensent. Ils signalent également d’autres parallèles avec les prophètes de la Bible hébraïque.
Authenticité
Cette stèle n’ayant pas été découverte lors de fouilles régulières, certains spécialistes s’interrogent quant à son authenticité, et ce dès sa publication en 2007[2].
En 2008, des analyses chimiques sont effectuées par Yuval Goren, qui conclut à l’absence d’indication de traitement moderne[3]. Le chimiste reste néanmoins prudent, n’excluant pas totalement qu’il s’agisse d’un faux : il faudrait selon lui dater le pigment de l’inscription. La pierre elle-même viendrait des rives orientales de la mer Morte, plus précisément à l’est de la péninsule du Lisan.
En 2009, l’historien français David Hamidović publie un article sur la stèle dans la Revue d’histoire et de philosophie religieuses dans lequel il estime que « rien ne permet de douter de l’authenticité de la stèle et du texte »[4]. En 2012, il publie un autre article, dans la revue Semitica, où il réaffirme que l’inscription est authentique et peut même être datée plus précisément de la fin du Iᵉʳ siècle ap. J.-C.[5]
En 2014, Årstein Justnes, qui travaille à l’époque avec Torleif Elgvin, Kipp Davis et Michael Langlois sur une collection norvégienne de manuscrits de la mer Morte dont certains pourraient être des faux, donne une conférence dans laquelle il défend l’hypothèse selon laquelle l’inscription serait elle aussi un faux moderne[6]. Il publie ses recherches en 2020 : selon lui, la Vision de Gabriel serait l’œuvre d’un faussaire qui aurait composé de toutes pièces un texte prophétique à partir d’expressions issues de divers livres de la Bible hébraïque et du judaïsme ancien[7].
En 2018, Jonathan Klawans publie un article dans lequel il présente la Vision de Gabriel comme un faux, un « pot-pourri de formules énigmatiques »[8]. La même année, Kenneth Atkinson estime lui aussi que l’inscription est un faux, et qu’elle a été copiée sur une pierre qui avait préalablement servi de masséba[9], c’est-à-dire un bétyle.
Notes et références
- ↑ עדה ירדני, בנימין אליצור, Ada Yardeni et Binyamin Elitzur, « A First-Century BCE Prophetic Text Written on a Stone: First Publication / טקסט נבואי על אבן מן המאה הראשונה לפסה"נ: הודעה ראשונה », Cathedra: For the History of Eretz Israel and Its Yishuv / קתדרה: לתולדות ארץ ישראל ויישובה, no 123, , p. 155–166 (ISSN 0334-4657, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « PaleoJudaica.com » (consulté le )
- ↑ Yuval Goren, « Micromorphologic Examination of the 'Gabriel Revelation' Stone », Israel Exploration Journal, vol. 58, no 2, , p. 220–229 (ISSN 0021-2059, lire en ligne, consulté le )
- ↑ David Hamidovic, « La Vision de Gabriel », Revue d'Histoire et de Philosophie religieuses, vol. 89, no 2, , p. 147–168 (DOI 10.3406/rhpr.2009.1389, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) David Hamidović, « An Eschatological Drama in Hazon Gabriel: Fantasy or Historical Background? », Semitica, vol. 54, , p. 233-250
- ↑ (en) Årstein Justnes, « The Gabriel Stone: A Chronological Bibliography », sur The Lying Pen of Scribes, (consulté le )
- ↑ Årstein Justnes et Josephine Munch Rasmussen, « Hazon Gabriel: A Display of Negligence », Bulletin of the American Schools of Oriental Research, vol. 384, , p. 69–76 (ISSN 0003-097X, DOI 10.1086/709464, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Jonathan Klawans, « Deceptive Intentions: Forgeries, Falsehoods and the Study of Ancient Judaism », Project Muse, vol. 108, no 4, , p. 489–501 (ISSN 1553-0604, DOI 10.1353/jqr.2018.0030
, S2CID 165452745) - ↑ Kenneth Atkinson, « “The Gabriel Revelation (Hazon Gabriel): A Reused Masseba Forgery?" », Qumran Chronicle, (lire en ligne, consulté le )