Weshesh
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Les Weshesh, ou peuple Weshesh, (en égyptien ancien w3šš) sont un groupe ethnique, aux origines obscures, faisant parti des différents groupes de population affiliés à ce que l'on appelle communément les Peuples de la mer, apparu à la fin de l'Âge du bronze aux xiiie et xiie siècles avant notre ère. Uniquement cités dans des documents historiques et iconographiques fragmentaires de l'Égypte antique de la Méditerranée orientale à la fin du IIe millénaire av. J.-C., nous ne savons que peu de choses sur eux, leur mention s’arrêtant au rôle jouer durant l'invasion par ces peuples de l'Égypte et de la Palestine (appelée alors Canaan). Ainsi, des doutes subsistent sur leurs natures, leurs origines et la réalité de leurs actions à cette époque[1].

Il n'existe seulement que deux sources faisant mention du peuple Weshesh, toutes deux nous parvenant de la même époque, à savoir le règne de Ramsès III[2],[3]. De plus, leur évocation est mélée à celles des autres grands groupes ethniques des Peuples de la mer : les Shardanes, les Shekelesh, les Peleset, les Tjeker, les Denyens et les Ekwesh. La mention de ce groupe ethnique, toujours évoqué avec cet ensemble de peuples, produit des interrogations sur leurs spécificités et origines propres et sur la porosité possiblement existante avec les autres groupes, seuls leur nom étant source de différences entre eux à nos jours.
Le premier document sont les inscriptions de Médinet Habou, le temple funéraire du pharaon Ramsès III, où il est fait mention d'un affrontement, considéré comme étant la bataille du delta du Nil, entre les Égyptiens et les différents Peuples de la mer. Sur le deuxième pylône de ce temple notamment, on peut voir écrit la localisation du campement des envahisseurs avant leur agression de l’Égypte, des sites précédemment attaqués (en pays hittites, à Chypre et à Canaan) ainsi qu'une mention des origines possibles de ces peuples[4],[5] :
« Les étrangers firent une conspiration dans leurs îles. Tous les pays furent sur-le-champ frappés et dispersés dans la mêlée. Aucun pays n'avait pu se maintenir devant leurs armes, depuis Khatte, Kode, Karkemish, Arzawa et Alashiya, tous détruits d'un seul coup. Ils ont établi leur camp en un lieu unique, le pays d'Amurru. Ils semèrent la désolation dans la population et son pays fut comme s'il n'avait jamais existé. Ils se dirigèrent vers l'Egypte tandis qu'un feu était disposé devant eux. L'ensemble [de ces peuples] comprenait les Peleset, les Tjeker, les Shekelesh, les Denyen et les Weshesh. tous ces pays étaient unis, leurs mains [étaient] sur les pays jusqu'au cercle de la terre, leurs coeurs étaient confiants et assurés : « Nos desseins réussiront ! » »
Cette coalition apparente fut décimée par le pharaon et ses armées[4],[6] :
« Ceux qui ont approché de ma frontière, leur semence n'est plus, leurs cœurs et leur ba [âme] ont cessé d'exister, pour le temps éternel et infini. Quant à ceux qui s'étaient rassemblés sur la Très-Verte, une flamme dévorante les arrêta devant les bouches du fleuves, tandis qu'un mur de fer les encerclait sur le rivage; ils furent frappés, détruits, abattus sur le bord du fleuve, massacrés, entassés en pyramides, de la queue à la tête; leurs navires et leurs biens sombrèrent dans l'eau. »
À la différence des autres Peuples de la Mer, dépeints sur les murs de Médinet Habou, aucune représentation visuelle des Weshesh n'a jamais été identifiée[7], ajoutant à l'idée qu'ils sont le groupe peut-être le moins documenté.
La deuxième source mentionnant les Weshesh est le célèbre Papyrus Harris, manuscrit en hiératique, où Ramsès III se décrit lui-même à la tête d’une glorieuse procession de prisonniers des Peuples de la Mer[8] lors de leur retour après la bataille victorieuse[4],[9] :
« Les Shardanes et les Weshesh [qui venaient] de la mer ont été anéantis, faits prisonniers en une seule fois et amenés comme captis en Egypte, (nombreux) comme les (grains de) sable de la berge. Je les ai établis dans des forteresses, soumis à mon nom. C'est par centaines de milliers que l'on compte les jeunes gens parmi eux. Je les ai tous taxés chaque année en vêtements et en grains stockés dans des trésors et des enclos à céréales. »
Des origines incertaines
Comme la plupart des Peuples de la Mer, les Weshesh trouveraient leurs origines en Europe, du moins, au Nord de la Méditerranée. Ils seraient, avec l'ensemble des autres groupes, descendus par voix navale et/ou terrestre en longeant l'Anatolie et le pays de Canaan pour enfin parvenir jusqu'aux frontières égyptiennes. Les raisons de ce mouvement restent encore inconnues et discutées, comme ceux qui poussèrent les Barbares à franchir les limes de l'Empire romain 1500 ans plus tard : certains comparent les Peuple de la Mer a des maraudeurs venus piller les terres riches du Croissant fertile, d'autres préfèrent l'hypothèse d'une migration forcée, pour des motifs démographiques ou environnementaux, inversant leur représentation d'envahisseurs responsables à victimes des évènements de la fin de l'Age de bronze[1].
Du fait du faible nombre de témoignages les concernant, l'identification des Weshesh à d'autres peuples est plus controversée que pour d'autres groupes de Peuples de la Mer. En 1872, François Chabas identifia les Weshesh aux Osciens, un peuple italique méridional, en se basant sur les similitudes phonologiques entre les noms des deux peuples. Un an plus tard, en 1873, Gaston Maspero publia son « hypothèse anatolienne », selon laquelle les Peuples de la Mer seraient originaires d'Asie Mineure ; il rapprochait ainsi les Weshesh de l'établissement carien de Wassos. En 1922, l'égyptologue Henry R. Hall rapprochait les Weshesh des Waksioi de Crète[7].
Notes et références
- 1 2 Eric H. Cline (trad. de l'anglais par Philippe Pignarre), 1177 avant J.-C. Le jour où la civilisation s'est effondrée [« 1177 B.C. The Year Civilization Collapsed »], Paris, La Découverte Poche, , 261 p. (ISBN 978-2-7071-9061-1)
- ↑ Edward Noort, Die Seevölker in Palästina, Kampen, (ISBN 9789039000120, lire en ligne), p. 56–57
- ↑ Samuel Birch, Facsimile of an Egyptian hieratic papyrus of the reign of Rameses III, now in the British Museum, Papyrus Harris no 1, London, British Museum, Department of Egyptian and Assyrian Antiquities, (lire en ligne), « Plate LXXVI », p. 28, 76
- 1 2 3 « Prologue. The Collapse of Civilizations: 1177 BC », dans 1177 B.C.: The Year Civilization Collapsed, Princeton University Press, (lire en ligne), p. 1–13
- ↑ Il existe plusieurs traductions en français de ce texte. Voir C. Lalouette, L'Empire des Ramsès, Fayard, Paris, 1985 ; J. Freu et M. Mazoyer, Le Déclin et la chute du nouvel Empire hittite. Les Hittites et leur histoire, vol.4, L'Harmattan, Paris, 2010 ; J. Briend et M.-J. Seux, Textes du Proche-Orient ancien et histoire d'Israël, Le Cerf, Paris, 1977; I. Finkelstein et N. A. Silberman, La Bible dévoilée (trad. de l'américain par P. Ghirardi), Bayard, Montrouge, 2002 [NdT].
- ↑ D'après W. F. Edgerton et J. A. Wilson, Historical Records of Ramses III : The Texts in Medinet Habu, vols 1 et 2, University of Chicago Press, Chicago, 1936. NdT : nous avons repris la traduction proposée par C. Lalouette, L'Empire des Ramsès, Fayard, Paris, 1985, p. 312.
- 1 2 Heike Sternberg-el Hotabi: Der Kampf der Seevölker gegen Pharao Ramses III. Rahden 2012, p. 50.
- ↑ Edward Noort, Die Seevölker in Palästina, Peeters Publishers, (ISBN 9789039000120, lire en ligne), p. 74–77
- ↑ D'après J. H. Breasted, Ancient Records of Egypt, University of Illinois Press, Urbana, 1906 (rééed., 2001), vol. 4, p. 201 ; N. K. Sandars, The Sea Peoples, op.cit., p. 133 ; Voir, désormais, W. Zwickel, « The Change from Egyptian to Philistine Hegemony in South-western Palestine during the Time of Ramesses III or IV», in G. Galil, A. Gilboa, A. M. Maeir et D. Kahn(dir.), The Ancient Near East in the 12th-10th Centuries BCE, op. cit., 2012, p. 595-601.
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