William Cobbett

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Naissance
Décès
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SurreyVoir et modifier les données sur Wikidata
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Pseudonymes
Peter Porcupine, Dick RetortVoir et modifier les données sur Wikidata
William Cobbett
Portrait de William Cobbett vers 1831.
Fonctions
Membre du 12e Parlement du Royaume-Uni
12e Parlement du Royaume-Uni (d)
Oldham (en)
-
Membre du 11e Parlement du Royaume-Uni
11e Parlement du Royaume-Uni (d)
Oldham (en)
-
Biographie
Naissance
Décès
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SurreyVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Pseudonymes
Peter Porcupine, Dick RetortVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Parktown Boys' High School (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Enfant
Anne Cobbett (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Parti politique
Œuvres principales
Rural Rides (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Vue de la sépulture.

William Cobbett (né à Farnham (Surrey) le 9 mars 1763 – mort à Normandy (Surrey) le 18 juin 1835) est un homme politique et essayiste anglais. Militant agrarien, il était d'une faction non-interventionniste, cherchant à réformer le Parlement, notamment par l'abolition des « bourg pourris », et à augmenter les salaires des travailleurs agricoles, dont la condition dans les petites exploitations était misérable. Il était opposé au Malthusianisme, estimant que c’est par l’amélioration de la condition sociale des ouvriers que l’on maîtriserait la surpopulation des villes. Cobbett était partisan de l’épargne populaire, d’une diminution des impôts, de la disparition des enclosures et d'un retour à l’étalon-or, et s'opposa aux bureaucrates comme aux spéculateurs. Ses prises de position lui permirent d'obtenir deux des nouvelles circonscriptions née du redécoupage (à Oldham) et favorisèrent l'adoption du Reform Act 1832. Il réclama aussi l’abolition des lois anticatholiques.

La maison natale de William Cobbett.

William Cobbett est le fils d'un agriculteur et publicain, George Cobbett[1], qui lui apprit lui-même à lire et à écrire. De cette période, il écrivit plus tard : « Je ne puis me souvenir d'une période où je n'ai pas travaillé pour gagner ma vie. Mon premier travail fut de chasser les oiseaux des semis, et les pigeons des champs de pois[2],[3]. » Il fut laboureur au Château de Farnham[4],[5] puis, pour peu de temps, jardinier aux jardins royaux de Kew[6],[3]. Son enfance bucolique lui avait communiqué sa passion pour le jardinage et la chasse[7].

Caricature de Cobbett en recrue, par James Gillray, tirée du Political Register (1809).

Le 6 mai 1783, il prit la malle-poste de Londres où il exerça pendant neuf mois la charge de commis dans l'étude d'un Mr. Holland de Gray's Inn[8],[9]. Puis il s'engagea au 54e Régiment d'infanterie (West Norfolk). Il consacrait ses loisirs à l'étude de la grammaire de l'anglais[1],[10]. De 1785 à 1791, le régiment Cobbett fut envoyé en mission au New Brunswick : parti de Gravesend dans le Kent, il débarqua à Halifax (Nouvelle-Écosse). Cobbett y fut promu sergent-major, le grade de sous-officier le plus élevé.

Le régiment Cobbett fut rapatrié en Grande-Bretagne, et débarqua à Portsmouth le 3 novembre 1791, et lui-même obtint une dispense de l'armée le 19 décembre 1791. À Woolwich, il épousa au mois de février 1792 l'Américaine Anne Reid (1774–1848), qu'il avait rencontrée au Fort Howe à Saint Jean[11],[12]. Ils eurent six enfants : Anne (1795–1877), William (1798–1878), John (1800–1877), James Paul (1803–1881), Eleanor (1805–1900) et Susan (1807–1889)[13]. Anne Cobbett écrira plusieurs manuels d'économie domestique, dont The English Housekeeper: The Manual of Domestic Management[14].

Refuge en France et premier séjour aux États-Unis (1792–1800)

Cobbett s'était pris d'aversion pour les officiers, qu'il suspectait de corruption, et au Nouveau-Brunswick, il avait réuni plusieurs preuves contre certains d'entre-eux ; mais ses accusations furent étouffées par l'Etat-major ; aussi décida-t-il de faire la lumière sur la condition militaire de son temps, dans un premier essai : The Soldier's Friend (1792), où il signalait la solde misérable et les mauvais traitements infligés aux conscrits[1]. Pressentant que l'ouvrage serait censuré, il partit en France pour échapper à la prison au mois de mars 1792. Cobbett avait l'intention d'y rester toute une année pour apprendre le français, mais les troubles de la Révolution française et les guerres révolutionnaires le poussèrent à faire voile vers les États-Unis en septembre.

C'est ainsi qu'au printemps 1793, il débarqua à Philadelphie, alors la capitale provisoire des États-Unis. Cobbett survécut grâce aux cours d'anglais qu'il dispensait aux Français de l'endroit, et à ses traductions du français vers l'anglais. Il affirma plus tard que c'est par hasard qu'il était devenu éditorialiste : au cours d'une de ses leçons, un de ses étudiants français lisait à haute voix dans un journal new-yorkais la lettre ouverte que les Démocrates avaient adressée à Joseph Priestley à son arrivée en Amérique, et la réponse de Priestley. Or le Français se réjouissait bruyamment des sentiments anti-Britanniques qui s'y donnaient libre cours, et irrita Cobbett au point qu'il décida d’« écrire et de publier un manifeste en défense de mon pays[15],[16]. » Ses Observations on the Emigration of Dr. Priestley, publiées anonymement en 1794, étaient une critique virulente contre Priestley[17],[18].

En 1795, Cobbett écrivit un libelle anti-démocrate : Un os à ronger pour les Démocrates[17],[19] et répondit à ses critiques avec « Dent pour dent » (A Kick for a Bite), le premier libelle qu'il signa du pseudonyme « Peter Porcupine », étant donné qu'un de ses adversaires l'avait qualifié de porc-épic[19],[20]. Il prit parti contre Thomas Jefferson et pour les Fédéralistes d’Alexander Hamilton, parce qu'ils étaient pro-britanniques[21],[22].

Au mois de janvier 1796, il publia un nouveau mensuel politique, The Censor, qui ne connut que huit livraisons, avant d'être remplacé par la Porcupine's Gazette, quotidien qui parut du 7 mars 1797 à la fin de l'année 1799[23],[24]. Talleyrand, qui à cet époque dirigeait le Renseignement français aux Etats-Unis, s'efforça en vain de le recruter parmi ses agents[25],[26].

Cobbett ouvrit une librairie à Philadelphie au mois de juillet 1796. Sa devanture affichait un grand portrait de George III et la boutique comportait un immense tableau représentant la « victoire décisive de Richard Howe contre les Français », qui suscita un émoi considérable en ville[27]. Il rééditait l'essentiel des pamphlets pro-anglais alors à la mode, dont la biographie à charge de Thomas Paine par George Chalmers[23],[28],[29] , copieusement annotée des propres annotations injurieuses de l’éditeur.

Après que l’Espagne eut conclu une alliance avec la France contre la Grande-Bretagne, Cobbett se déchaîna dans la Porcupine's Gazette avec une série d’attaques contre Charles IV, au point que le consul espagnol de Philadelphie demanda au gouvernement américain de poursuivre Cobbett pour insulte au monarque espagnol. Cobbett fut effectivement arrêté le 18 novembre 1797 et jugé par Thomas McKean (d’ailleurs gendre du consul d’Espagne) et la Cour suprême de Pennsylvanie. Malgré les réquisitions de McKean, le grand jury rejeta les accusations par une majorité d'une voix[22],[30].

Dans son billet de la Gazette, il s’en prenait régulièrement à Benjamin Franklin Bache, rédacteur en chef de l’organe du parti républicain-démocratique, l’Aurora de Philadelphie, appelant à traiter « ce sans culotte obstiné comme on le ferait d’un JUIF, d’un TURC, d’un JACOBIN ou d’un CHIEN [31]. » Il s'en prit d'une façon toute aussi grossière au successeur de Bache, William Duane, et aux émigrés irlandais[32], estimant que ces hommes étaient « animés des mêmes principes infâmes, et mus par la même soif de sang et de rapines, qui a fait de la France une vaste boucherie humaine[33]. » Au mois de mai 1798, il entreprit de publier les détails d'une « Conspiration des Irlandais Unis, dont l' Intention Évidente est d'aider les Tyrans de France en gagnant à leur cause le Gouvernement des États-Unis[34]. » Au sein de leur African Free School de Philadelphie, les républicains irlandais clamaient (et devaient prêter serment) que « un système de gournement libre et l'abandon de toute police de l'opinion sur n'importe quel sujet, [sont] des droits universels de l'espèce humaine[35]. » Dans le contexte d'une guerre larvée contre les conventionnels Français, la Révolution haïtienne (l'île était jusque-là une partie de la République française[32]) constituait pour Cobbett une preuve suffisante de l'intention d'organiser une révolte des esclaves et « de précipiter tout le pays dans la rébellion et les massacres[35]. »

Cobbett fit aussi campagne contre le médecin abolitionniste Benjamin Rush[36], partisan de la saignée pendant l’épidémie de fièvre jaune, l'accusant d'avoir provoqué une multitude de décès[37]. Rush remporta son procès en diffamation contre Cobbett qui, plutôt que verser 8 000 $ de dédommagement, préféra s'enfuir à New York et en 1800, s'embarquer à Halifax pour Falmouth[38],[39].

Le gouvernement britannique sut d'ailleurs gré à Cobbett de sa défense acharnée des intérêts de son pays aux Etats-Unis : le Duc de Kent salua en lui "this great British patriot"; le consul britannique en Amérique, Robert Liston, lui proposa « une forte récompense » (qu'il repoussa), et William Windham, le Secrétaire d'État à la Guerre, affirma que Cobbett méritait une statue en or pour les services rendus à la Grande-Bretagne en Amérique[40],[41].

Retour en Angleterre (1800–1804)

Les essais politiques d'Amérique de Cobbett furent réimprimés en Grande-Bretagne à l'initiative du libraire John Wright[42],[43] ( 1844). Au mois d'août 1800, Windham invita Cobbett, comme George Canning et d'autres rédacteurs de l’Anti-Jacobin, à dîner chez le Premier Ministre, William Pitt[44],[45]. Là, on lui offrit de diriger un journal gouvernemental, mais il préféra conserver son indépendance[1],[46],[47]. Il lança ainsi son propre journal, The Porcupine, à la devise "Fear God, Honour the King", le 30 octobre 1800, mais ce fut un échec commercial, et il céda ses droits en 1801[1]. Moins d'un mois plus tard, il lançait le Political Register, hebdomadaire qui parut de janvier 1802 à 1835, l’année même de la mort de Cobbett[1], et dont l’idée lui avait été suggérée par Windham et French Laurence. Windham s'était chargé de lancer la souscription publique pour en amorcer la publication[48]

Lorsque le gouvernement britannique signa les préliminaires de paix avec la France en octobre 1801, Cobbett s'imposa comme l'un des principaux adversaires à cet acte diplomatique : dans ses colonnes du Porcupine aussi bien que dans des Lettres ouvertes à Lord Hawkesbury, il le dénonça comme l’humiliation de la Grande-Bretagne, et une concession faite à la France[49],[50]. Le jour de la ratification (10 octobre), Cobbett refusa d'illuminer ses fenêtres en signe de réjouissance, et une foule hostile brisa ses carreaux[51],[52] ; et à la signature de la Paix d'Amiens en mars 1802, Cobbett refusa derechef de faire chorus à la liesse et les Royal Horse Guards durent faire barrage à la foule autour de sa maison[52],[53].

La guerre reprit bientôt avec la France en mai 1803 et Napoléon, en préparation d'une invasion, massa la Grande Armée au Camp de Boulogne. Au mois de juin, The Morning Post appelait tous les journaux à « publier des articles exhortant le peuple à défendre la patrie[54]. » Cobbett publia en juillet un avertissement anonyme sur les risques d'une invasion française (Important Considerations for the People of the Kingdom [55],[56]). Henry Addington en ordonna la diffusion dans toutes les paroisses d'Angleterre, lui donnant une audience massive[57].

Cobbett s'était lié d'amitié avec Windham, avec qui il partageait l'amour du sport et de l'horticulture, et un dégoût pour le Jacobinisme[58],[59]. Le mouvement évangélique faisait alors campagne pour élever les mœurs du peuple : remplacer la corrida, la boxe, la canne de combat, le pancrace et la course à pieds par l'École du dimanche et les chants religieux[60],[61] ; aussi Cobbett s'indigna-t-il de ces prétentions dans les colonnes du Register, et fit l'éloge de l'athlétisme, « qui aiguise les réflexes et renforce la musculature, excite l’émulation et le goût de l'exploit, enfin qui insuffle imperceptiblement les sentiments d'honneur, de générosité et l'amour de la gloire. Les hommes que l’on forme ainsi ne font pas de bons élèves pour l'école puritaine ; c'est pourquoi la secte s'est évertuée à éradiquer sans relâche, souche après souche, les ultimes vestiges des mœurs anglaises[62]. » À la Chambre des Communes, Cobbett soutenait Windham dans son combat contre l'interdiction de la boxe et des courses de taureau[63],[64]. Il était en relation avec le journaliste français émigré et contestataire Jean-Gabriel Peltier

Retraite provinciale et détention (1804–1812)

« La grenouille du Hampshire dans la mare aux canards » (The Hampshire hog in the pound.)

Cobbett s'était retiré dans le village de Botley (Hampshire) en 1805[65], pour s'adonner au jardinage et se consacrer à sa famille, d'abord dans le cottage de Botley House puis, à partir de 1812, dans une maison plus modeste au pied de Botley Hill[65],[66].

Fermement anti-Jacobin jusque-là, Cobbett s'interrogea à partir de 1804 sur certains aspects de la politique du gouvernement Pitt, notamment l'endettement de la nation et l'abus du pantouflage, qui appauvrissait le pays et aiguisait l'antagonisme entre classes de la société anglaise[1]. A partir de 1807, il se rapprocha des réformateurs Francis Burdett et John Cartwright[1]. Il avait amassé une vaste documentation sur les archives du Parlement d'Angleterre depuis 1066, et publia A Complete Collection of State Trials entre 1804 et 1812 ; mais les soucis financiers l'obligèrent à vendre ses parts dans l'édition à T. C. Hansard[1] en 1812. Ce recueil d'actes historiques est connu depuis comme le « Hansard ».

Cobbett aurait voulu se présenter aux élection législatives à Honiton en 1806, mais Thomas Cochrane le convainquit de se démettre en sa faveur, et leur camp perdit finalement l'élection. Cobbett réalisa à cette occasion qu'il existait des bourg pourris et milita désormais pour une profonde réforme parlementaire[67].

Cobbett fut condamné d'incitation à la rebellion le 15 juin 1810, pour avoir mis en cause dans The Register la flagellation infligée à des miliciens d’Ely par des soldats hanovriens. Il mit à profit ses deux ans d'incarcération à la Prison de Newgate pour rédiger, entre autres, un nouveau pamphlet, Paper Against Gold[68], signalant les dangers du papier monnaie. Sa fille Anne vivait à ses côtés en prison[69]. À sa libération, 600 convives prirent part au banquet organisé à Londres en son honneur par Francis Burdett, qui comme Cobbett militait pour la réforme du Parlement.

La presse populaire et le Two-Penny Trash (1812–1817)

Dès 1815, l'impôt sur la presse s'élevait à quatre pence l'exemplaire. Comme peu d'Anglais pouvaient alors se payer le luxe de dépenser six ou sept pence pour lire un quotidien, cette taxe restreignait la diffusion de la plupart des journaux aux classes aisées. Cobbett n'écoulait en effet que quelques milliers d'exemplaires de son journal par semaine. Néanmoins, cela ne l'empêchait pas de s'en prendre à William Wilberforce, député richissime qui avait voté les Corn Laws, s'opposait aux distractions populaires comme les vachettes ou les combats de coq, et surtout à son action en faveur des « nègres gras et paresseux, occupés à chanter et à rire[70]. »

En 1816, Cobbett fit du Political Register une feuille résolument politique, vendue pour 2 pence, lui conférant en peu de temps des ventes à 40 000 exemplaires. La presse critiqua l'initiative, qualifiant cette feuille politique de "two-penny trash", sobriquet que Cobbett adopta à son tour[1] : c’était le premier quotidien chez les ouvriers. Le militant radical Samuel Bamford a écrit à ce sujet :

« À cette époque, les écrits de William Cobbett connurent une vogue croissante ; on les lisait dans tous les foyers villageois des districts manufacturiers du Sud Lancashire, dans ceux de Leicester, de Derby et de Nottingham, ainsi que dans beaucoup de villes industrielles d'Écosse. Leur influence grandissait à vue d'œil. Il montrait à ses lecteurs la vraie cause de leurs souffrances : le mauvais gouvernement ; et le remède qu'il convenait d’y apporter : une réforme parlementaire. »

Cobbett était à présent un éditorialiste dangereux aux yeux du pouvoir : en 1817, il fut prévenu qu'on tentait de l'inculper de sédition. Les rumeurs d'abolition de l’habeas corpus et la liberté de ses prises de position politiques l'incitèrent à repartir aux Etats-Unis[23]. Le vendredi 27 mars 1817, avec ses fils William et John, il embarqua à Liverpool pour New York à bord de l’Importer.

Second séjour aux États-Unis (1817–1819)

Rural rides in the southern, western and eastern counties of England, 1930.

Cobbett passa deux années dans une ferme de Long Island, où il composa sa Grammar of the English Language Le Maître anglais »). Il n'en continuait pas moins ses éditoriaux au Political Register, relayé par un ami londonien, William Benbow. Il composa un nouvel essai, The American Gardener (1821), l’un des premiers traités d’horticulture des États-Unis[6].

Cobbett s'intéressait à la consommation d'alcool aux États-Unis. En 1819, il écrivait à ce sujet :« Les Américains ne perdent rien de leur gravité, de leur calme ni de leur humour, même lorsqu'ils ont bu. » Selon lui, « il serait préférable qu'ils soient aussi bruyants et brutaux que les ivrognes anglais ; car alors le côté détestable de ce vice serait plus visible, et le vice serait combattu[71]. »

Son projet de rapatrier en Angleterre les restes du polémiste Thomas Paine (mort en 1809) prit une tournure étrange. Il s'agissait d'exhumer le cercueil de Paine de sa ferme de New Rochelle (New York) et d'organiser une cérémonie digne de lui en Angleterre ; mais les ossements se trouvaient toujours parmi les archives de Cobbett à sa mort 16 ans plus tard, lorsqu'ils disparurent sans laisser de trace[72],[73].

Cobbett repartit pour l'Angleterre au mois de novembre 1819 et débarqua à Liverpool.

Héraut de l'économie rurale (1819–1835)

Le retour de Cobbett suivait de peu le Massacre de Peterloo. D'emblée, il rallia le camp des radicaux dans leurs attaques contre le gouvernement, et fut inculpé à trois reprises de diffamation au cours des deux années suivantes.

Cobbett soutint la reine Caroline de Brunswick, opposée au Pains and Penalties Bill de 1820. Anne Cobbett estima plus tard que son père, s'il en tira quelques bénéfices financiers, aurait connu moins d'ennuis s'il s'était abstenu dans ce débat. La famille Cobbett s'attendait à de nouvelles faveurs après le procès qui vit le triomphe de la reine Caroline, mais celle-ci mourut peu après[74].

L’introduction de machines agricoles tirées par les chevaux est à l'origine des Swing Riots de 1830.

En 1820, Cobbett se présenta aux élections législatives à Coventry, mais se classa dernier. La même année, il fondait une pépinière à Kensington, où il fit pousser plusieurs arbres d'Amérique du Nord, tels le Robinier Noir (Robinia pseudoacacia), ainsi qu'une nouvelle variété de maïs, le Cobbett's corn[6], qu'il avait trouvée chez des planteurs français, qui était parfaitement adaptée aux été courts de l'Angleterre, et dont il vanta les mérites dans A Treatise on Cobbett's Corn[6] (1828). Simultanément, il publiait sa Cottage Economy (1822), traité d’économie rurale en faveur de l'auto-subsistance, où il vulgarisait la confection du pain, le brassage de la bière et l'élevage de poulets[6].

Non content de faire écho aux nouvelles du temps, Cobbett menait ses propres enquêtes de terrain, surtout guidé par sa foi dans l'essor de l'économie rurale. Il chevauchait à travers le pays, prenait note des initiatives locales qu'il consigna dans ses Rural Rides. Ces notes de voyages, qui ont fait la réputation littéraire de leur auteur, parurent d'abord en feuilleton dans les colonnes du Political Register entre 1822 et 1826, avant d'être compilées pour l'édition en 1830. Simultanément, Cobbett rédigeait son traité de sylviculture, The Woodlands[6] (1825).

Dans le premier supplément du Political Register, Cobbett avait défendu la traite des esclaves, qu'il jugeait indispensable au commerce britannique[56]. Après l'adoption du Slave Trade Act 1807, Cobbett s'insurgea dans le Register, estimant qu'« il y a dans le Royaume aucun homme intelligent qui s'en préoccupe[75]. » Puis dans le Register du 30 août 1823, Cobbett publia une Lettre ouverte à Wilberforce, où il critiquait l’hypocrisie d'un député[76] qui, dans le temps qu'il appelait à abolir l'esclavage, votait le Combination Act, interdisant les syndicats d'ouvriers britanniques[77] : « Pas une fois vous n'avez fait un geste en faveur de ces travailleurs, mais vous en avez commis beaucoup contre eux[76]. » Cette Lettre ouverte à Wilberforce a connu une large diffusion dans les régions ouvrières du nord de l'Angleterre, et a contribué au rejet final du Combination Act[78] en 1824. Wilberforce, malade depuis longtemps, se retira de l'arène politique l'année suivante.

Cobbett montrait toute la contradiction entre les aspirations abolitionnistes des Évangéliques et leur appui inconditionnel à l’exploitation des ouvriers[79]. Il estimait que les esclaves étaient mieux nourris, mieux habillés et mieux logés que les ouvriers d'Angleterre, et qu'il étaient mieux traités par leurs maîtres[80],[81] : « L'altruisme, la sympathie d'un Anglais réellement humain ne doit-elle pas se porter d'abord aux Blancs, plutôt qu'aux Noirs, afin qu'à tout le moins, la situation des premiers devienne aussi bonne que celle des derniers[79]? » En 1833, Cobbett vota bien en faveur de l’abolition de l'esclavage, sans toutefois cesser de dénoncer l'hypocrisie des militants abolitionnistes dans les colonnes du Register[82].

Abolition des lois anticatholiques

Bien qu'il ne soit pas catholique[83], Cobbett fit désormais campagne pour l'émancipation des catholiques en publiant une contre-histoire du protestantisme en Angleterre (History of the Protestant Reformation, 1824 à 1826 ; Histoire de la Réforme en Angleterre et en Irlande), où il rappelait la constance et la violence avec lesquelles les catholiques avaient été persécutés en Grande-Bretagne et en Irlande. Il était encore interdit en 1825 aux catholiques d'Angleterre d'exercer certaines professions ou de détenir un mandat de député ; de plus, les messes étaient officiellement interdites, de même que la construction d'églises, quoique ces dernières lois ne fussent plus réellement appliquées. Cobbett refusa cependant de rejoindre le camp de Wilberforce, qui militait aussi pour la liberté religieuse, car ce dernier avait publié en 1823 un Appel à aider les esclaves nègres des Antilles[84].

L'arrivée de William Cobbett (premier plan à gauche), de John Gully (au centre) et de Joseph Pease (à droite, premier député Quaker) à Westminster en mars 1833. Dessin de John Doyle.

En 1829, Cobbett critiqua (dans Advice To Young Men) l’Essai sur le principe de population de Thomas Malthus, estimant que l'auteur négligeait les possibilités d'une agriculture rationnelle. Il fut inculpé en juillet 1831 pour sédition, parce qu'il avait soutenu, dans un article du Weekly Political Register intitulé Rural War, les émeutes contre le machinisme agricole (Swing Riots). Cobbett assura lui-même sa défense et remporta le procès[85].

Député

Cobbett cherchait toujours à se faire élire à la Chambre des communes. Défait à Preston (1826) puis à Manchester (1832), il remporta la circonscription d'Oldham après l'adoption du Reform Act 1832.

Au Parlement, Cobbett consacrait toute son énergie à la lutte contre la corruption du gouvernement et la Nouvelle loi sur les pauvres. Il estimait que les pauvres, dont les seuls droits ne subsistaient que par l'Old Poor Law, qui les distinguait des autres populations d'Europe[86],[87], devaient bénéficier, eux aussi, de la richesse du pays. La Nouvelle loi sur les pauvres, en les privant de tout secours, marquait selon Cobbett une rupture du contrat social, et les déliait du devoir d'obéissancer. La semaine précédant sa mort, il écrivait encore à un ami: « Avant l'adoption de la Loi sur les pauvres, je voulais m'épargner de mourir dans les convulsions. Je ne souhaite plus les éviter. »r

Le député Thomas Macaulay a noté qu'à la fin de sa vie, les facultés mentales de Cobbett avaient diminué. De 1831 à sa mort, Cobbett tenait la ferme d'Ash à Normandy (Surrey), à quelques kilomètres de son village natal de Farnham. Cobbett y mourut au terme d'une courte maladie au mois de juin 1835 et fut inhumé dans l'église Saint-André de Farnham.

Postérité

Tombe de William Cobbett dans le cimetière de l'église Saint André de Farnham.

Cobbett, d'abord journaliste patriote et conservateur, s'est trouvé en butte à la corruption des élites britanniques, et évolua vers des prises de position démocratiques et sociales. Dans l'Angleterre de la Révolution industrielle, il célébra le retour à la terre et l'économie d'autosuffisance. Cobbett aurait désiré retrouver l'Angleterre rurale de son enfance, celle des années 1760.

Contrairement à l'idéologue radical Thomas Paine, Cobbett n'avait rien d'un penseur cosmopolite et ne milita pas pour la république en Grande-Bretagne.

Publications

Références

Annexes

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