Yelü Zhilugu
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Coup d'état
Pendant le règne de l'impératrice Yēlǜ Pǔsùwán, le Khanat des Kara-Khitans est particulièrement actif sur le plan militaire et politique avec le Khwarezm. En 1153, une nouvelle offensive est dirigée vers eux avec le mari de l'impératrice à sa tête. Pendant son absence, elle se rapproche du frère de ce dernier, Xiao Fuguzhi. Son beau-père influent, Xiao Wolila, organise un coup d'État : il encercle le palais avec ses troupes puis fait tuer son fils et l'impératrice[1].
À la suite de ce coup d'État, il fait installer Yelü Zhilugu qui est le second fils de Yēlǜ Yíliè. Cependant, le scandale provoque un précédent qui ne lui permet pas d'établir aisément son autorité au sein de son gouvernement, d'autant plus que son frère aîné est toujours en vie et prétend également au titre de Gurkhan. De plus, Yelu Zhilugu se trouve à la tête d'un pays dans lequel les élites qui gouvernent les provinces profitent de la faiblesse du gouvernement central pour gagner en autonomie. Ce contexte pousse les vassaux du Khanat à se tourner vers d'autres suzerains[2].
Fortes tensions aux frontières
Au moment de l'accession au trône de Zhilugu, l'armée envoyée par feu l'impératrice attaquer le Khwarezm et renverser Ala ad-Din Tekish est toujours en route, et elle est toujours sous le commandement de Xiao Duolubu, le mari de la défunte et Jalal-ud-Din Sultan-Shah (en). Tekish réussit à stopper l'avancée des Kara-Khitans en rompant les digues de l'Amou-Daria pour provoquer une inondation qui leur barre la route. Xiao Duolubu décide de battre en retraite, mais Sultan Shah lui offre une forte somme pour qu'il lui laisse une partie de ses troupes. Ces soldats participent à la guerre contre les Oghouzes au Khorasan et, en 1181, ils lui permettent de s'emparer de Merv, Sarakhs, Nasa et Abiward[3].
Yelu Zhilugu fait face à une situation conflictuelle à l'ouest complexe, puis à des tensions à l'est. En 1190, un haut fonctionnaire de la dynastie Jin met en place un projet permettant d'éviter que leurs sujets frontaliers fassent défection chez les Kara-Khitans, affaiblissant leur pouvoir[4]. C'est également cette année là que Toghril, le khan des Kéraït, en quête d'asile chez les Khitans, est rejeté par ces derniers et rejoint la Mongolie. Il y trouve l'aide de Temüjin en 1197 et établit les bases du futur Empire mongol[5].
Guerre avec les Ghorides
En 1198, Muhammad Ghûrî, l'un des souverains Ghorides, s'empare de Balkh au détriment d'un vassal des Khitans. Tekish, qui est également en conflit avec les Ghorides, profite de la situation pour exhorter les Kara-Khitans à ne pas laisser passer cette occasion, car l'autre souverain Ghoride, Ghiyath al-Din Muhammad (en), tente de s'emparer du Khwarezm et de la Transoxiane. Les Kara-Khitans répondent favorablement à sa demande et envahissent les terres Ghorides situées autour de Kurzuban, un citée située à proximité de l'actuelle ville de Tâloqân. Ils sont d'abord victorieux, tuant et capturant de nombreux soldats Ghorides, mais ils sont surpris par une attaque nocturne et subissent une cuisante défaite lorsque les renforts de Ghiyath al-Din arrivent au matin, laissant 12 000 morts sur le champ de bataille. Les Kara-Khitans se tournent vers Tekish pour obtenir une compensation pour les dommages subis et envoient Xiao Duolubu au Khwarezm pour collecter l'argent. Tekish réagit en demandant de l'aide aux Ghorides. Ghiyath al-Din accepte de contribuer au dédommagement, à condition que Tekish offre son obéissance au calife et restitue les territoires pris précédemment par les Qara Khitai. En conséquence, le Khwarezm réussit à fournir une sorte de compensation aux Kara-Khitans pour les pertes qu'ils ont subies en combattant les Ghorides, en utilisant des fonds Ghorides. Tekish meurt en 1200 et son fils Ala ad-Din Muhammad devient le nouveau Chah du Khwarezm. Il commence son règne en tant que tributaire des Kara-Khitans[6].
Après la mort de Tekish, les Ghorides en profitent pour tenter de sécuriser de nouveaux territoires. L'armée Kara-Khitan intervient et force les Ghorides à se retirer vers le sud[7]. Ils sont poursuivis et, peu avant la capture de Muhammad Ghuri, acceptent de négocier sa reddition en échange d'une rançon[8]. Mais la paix ne dure qu'un temps et Muhammad Ghûrî revient quelque temps plus tard pour se venger des Khitans. Au cours de l'été 1205, le vice-roi ghoride de Balkh s'empare de Termez et détruit une armée Kara-Khitane qui y était stationnée. Le souverain Ghoride planifie la construction d'un pont sur l'Amou-Daria afin de faciliter l'invasion de la Transoxiane par ses troupes, mais avant que son projet ne se concrétise, il est tué le 13 mars 1206 et l'invasion Ghoride prend fin[9].
Montée en puissance du Khwarazem
Après la mort du souverain Ghoride, Ala ad-Din Muhammad convainc le gouverneur de Tirmidh de se rendre et rend la ville aux Kara-Khitans. En retour, ces derniers reconnaissent la suzeraineté des Khwarezmchahs sur l'ensemble du Khorassan[10].
Muhammad interprète la reconnaissance de ses revendications par les Khitans comme un signe de faiblesse et attend la première occasion pour se rebeller contre eux et s'emparer de la Transoxiane. L'occasion se présente en 1207, lorsque Sanjar, le fils d'un fabricant de boucliers, se révolte contre les dirigeants locaux à Boukhara. Les représentants de la famille Burhan, qui sont chargés de la collecte des impôts, demandent l'aide de la cour des Kara-Khitans. Ces derniers réaffirment leur soutien à la famille Burhan, mais n'offrent aucune aide concrète. Face à l'absence de réaction des Khitansi, les notables de Boukhara et de Samarcande demandent de l'aide à Muhammad II. Avant de défier les Khitans, le souverain du Kwarazem se prépare en établissant un compromis avec les Ghorides, au prix de quelques concessions, et en s'assurant l'aide du souverain Qarakhanide Uthman ibn Ibrahim, qui a pris le refus des Khitans de lui accorder une princesse royale en mariage comme une insulte[11].
En 1207, Muhammad II entre à Boukhara et exile Sanjar au Khwarazem. Les Khitans réagissent en envoyant une armée pour le combattre. La guerre se poursuit pendant un certain temps, avant que Tort-Aba, le représentant du khwarazem à Samarcande, et l'isfahbad de Kabud-Jama, au Tabarestan, ne fassent défection au profit des Khitans. Les deux camps battent en retraite, mais les Kara-Khitans en profitent pour faire de nombreux prisonniers. Selon certains récits, Ala ad-Din Muhammad aurait même été fait prisonnier à un moment donné, mais n'ayant pas été reconnu il aurait été relâché[12].
Pendant l'absence de Muhammad, son frère Ali Shah, qui occupe le poste de vice-roi au Tabaristan, et Kozli, le commandant de Nishapur, tentent de prendre le pouvoir et de devenir les souverains du Khorassan. Lorsque Muhammad revient, Kozli et son fils s'enfuient, ce qui ne les empêche pas d’être tué peu de temps après. Ali Shah a plus de chance et réussi à s'enfuir à Firuzkuh. Muhammad reprend la main et rétablit son contrôle sur le Khorassan en conquérant Herat et Firuzkuh en 1208-1209 (la date exacte est inconnue). À la suite de ces conquêtes, Ali Shah est finalement exécuté. Le Khwarazem recommence à payer un tribut aux Khitans en 1209-10, alors que Muhammad prépare une campagne contre les Coumans. Ne voulant pas rompre les relations avec Khitans à un moment aussi crucial, le Chah laisse sa mère s'occuper de la question du tribut. Cette dernière accueille les émissaires des Khitans avec beaucoup de respect. Cependant, Mahmud Tai, le principal vizir des Khitans, n'est pas convaincu et rapporte qu'il est peu probable que Ala ad-Din Muhammad ait payé à nouveau un tribut[13].
Vers la fin de la période, Muhammad étend ses possessions vers le sud et le Kwarezem prend le nom d'Empire khwarezmien. Il garde ce rang jusqu'à sa conquête par les Mongols en 1220, soit deux ans après celle des Kara-Khitans.
Dans le sud, les vassaux Qarakhanide des Khitans sont peu impliqué dans ces changements, car ils sont engagés dans divers conflits avec les Kara-Khitans, le Khwarezm, les Ghorides et aussi internes entre les diverses factions Qarakhanides[14].
Rébellions dans l'est
En 1204, les Kara-Khitans répriment des rébellions qui éclatent à Khotan et Kachgar. En 1209, c'est au tour du royaume de Qocho de se rebeller, le représentant du pouvoir impérial Kithan étant poursuivi dans un bâtiment élevé où il est mis à mort. Le souverain ouïghour, Barchuq Art Tegin, rapporte l'incident aux Kara-Khitans ; mais à ce moment-là, les habitants de Qocho ont déjà commencé à faire défection au profit des Mongols. Lorsque les messagers de Gengis Khan arrivent à Qocho, le souverain ouïghour prend acte de la situation et fait allégeance au khan mongol. Gengis donne sa fille en mariage à Barchuq, en échange de sa présence à la cour et du versement d'un important tribut. Fin 1209 ou début 1210, lorsque des réfugiés Merkit arrivent à Qocho, Barchuq les attaque et les chasse. Il s'empresse de rapporter son comportement loyal au Khan, en l'accompagnant d'un tribut. En 1211, l'Idiqut ouïgour eut une audience avec Gengis sur la rivière Kerulen. La même année, un autre vassal des Khitans, Arslan, le Khan des Karlouks, fait sa soumisssion aux Mongols[15].
Usurpation du pouvoir par Kütchlüg et chute du Khanat
En 1208, un prince Naïman du nom de Kütchlüg fui son pays après avoir été vaincu par les Mongols. Kuchlug est accueilli par les Khitans et est autorisé à épouser la fille de Zhilugu. Cependant, en 1211, Kütchlüg se révolte et capture Yelü Zhilugu alors que ce dernier est en train de chasser. Zhilugu est autorisé à rester le souverain officiel des Khitans, mais il n'a plus aucun pouvoir et n'est que l'homme de paille de Kütchlüg[16]. Il meurt deux ans plus tard, et de nombreux historiens considèrent la date de sa mort comme étant celle de la fin de la dynastie Liao occidentale, bien que le Khanat Kara-Khitan se perpétue quelques années de plus[16].
Cependant, Kutchlug reprend les différents titres et coutumes Kara-Khitan et semble confirmer sa légitimité en tant que Gurkhan, alors qu'en Mongolie, Gengis Khan était intronisé à la tête de l'Empire mongol émergent[17]. L'invasion mongole des Kara-Khitans met un terme définitif et annexe le Khanat.
Notes et références
- ↑ Biran 2005, p. 57-58.
- ↑ Biran 2005, p. 60.
- ↑ Biran 2005, p. 60-61.
- ↑ Biran 2005, p. 64.
- ↑ Biran 2005, p. 64-65.
- ↑ Biran 2005, p. 65-66.
- ↑ Biran 2005, p. 68.
- ↑ Biran 2005, p. 68-69.
- ↑ Biran 2005, p. 70.
- ↑ Biran 2005, p. 70-71.
- ↑ Biran 2005, p. 72.
- ↑ Biran 2005, p. 72-73.
- ↑ Biran 2005, p. 73-74.
- ↑ Biran 2005, p. 48, 80.
- ↑ Biran 2005, p. 74-75.
- 1 2 Biran 2005, p. 79.
- ↑ Biran 2005, p. 80.
Bibliographie
- Michal Biran, The Empire of the Qara Khitai in Eurasian History: Between China and the Islamic World, Cambridge, England, Cambridge University Press, coll. « Cambridge Studies in Islamic Civilization », (ISBN 978-0521842266)