Yuisa
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Yuisa, aussi appelée Yuiza, Luisa del Aimanio, Luysa, Luiza, Loaiza et Loiza, morte vers 1513, est une cacique taïno, cheffe du yucayeque de Haymiano. Après la colonisation, son village est rebaptisé Loíza, d'après son nom hispanisé. Dès le XVIe siècle, Yuisa devient une légende, un symbole des guerres coloniales, à la fois comme héroïne et comme traîtresse. Par la suite, le roman national puertoricain du tournant du XXe siècle, qui exalte le mélange des prétendues races humaines, pose Yuisa comme une mère de la nation en lui imaginant une relation conjugale avec son encomendero afro-espagnol.
La vie de Yuisa est connue par les archives de l'empire colonial espagnol. Celles-ci rapportent que lorsque la cacique fut réduite au régime de travail forcé de l'encomienda, cela permit d'asservir en même temps 160 Taïnos tributaires d'elle[1].
Dans une lettre du 25 août 1513, le factor (es) Miguel Dias écrit[2]:
« que viendo los caciques e indios de aquella isla e caribes de las islas comarcanas que todos los cristianos desamparaban el dicho Puerto Rico e estancias, se alzaron e levantaron e lo primero que hicieron fue matar a dos vecinos de la dicha isla que se decian Garcí Fernández y Pedro Mexia, que nosotros, los oficiales de su alteza habiamos enviado a recoger la cacica Luysa, de que su alteza tiene en encomienda para que viniese a servir las estancias y sacar oro; [...] junto con los dichos dos cristianos mataron a la dicha cacica Luysa. »
« Voyant que tous les chrétiens abandonnaient Porto Rico et ses estancias, les caciques et les autochtones de cette île ainsi que les Caraïbes des îles voisines se soulevèrent. Leur première action fut de tuer deux résidents de l'île, Garcí Fernández et Pedro Mexia. Nous, les officiers de Son Altesse, avions envoyé ces deux hommes saisir la cacique Luysa, dont Son Altesse dispose en encomienda, afin qu'elle allât servir dans les estancias et extraire de l'or. [...] Les autochtones tuèrent la cacique Luysa avec les deux chrétiens. »
Après la mort de Yuisa, son successeur est Fancisco Cacibona[1].
En 1535, le chroniqueur Gonzalo Fernández de Oviedo donne une version romancée de la mort de Yuisa[2]:
« Mexia; hombre de bien animo e suelto e de vivas fuerzas, al cual mataron los caribes en el Haimanio de Luisa, e a la misma Luisa, cacica principal, la cual le avisó e le dijo que se fuese, y el no lo quiso hacer por no la dejar sola. E asi le frecharon. »
« Mexia, homme joyeux, détendu et fort, fut tué par les Caraïbes dans l'Haimanio de Luisa. Celle-ci, cacique en chef, lui conseilla de prendre la fuite. Il refusa, pour ne pas la laisser seule. Et c'est ainsi qu'ils le transpercèrent de flèches. »
Cette amorce de légende est ensuite reprise par le poète et chroniqueur Juan de Castellanos. En 1904, l'historien officiel Salvador Brau (en) réinterprète cet épisode : pour lui, le sacrifice supposé de Yuisa aurait été le signe d'une relation amoureuse avec Mexia[2].
Littérature
Dans le roman homoérotique Taíno Ti de K. B. Forrest paru en 2007, le héros, Yuis, découvre que son nom vient de celui de Yuisa, son ancêtre[3].
Dans le recueil de nouvelles de Yolanda Arroyo Pizarro Las negras, un des personnages est inspiré de la cacique Loíza[4].
Le recueil de contes Puerto Rican Folktales de Lisa Sánchez González, paru en 2014, contient une version de la légende amoureuse entre Yuisa et Pedro Mejías[5]. Pura Belpré (en) a aussi publié une version[6].
Dans la BD « Today, Yesterday, and Tomorrow » de Will Rosado, parue dans la seconde anthologie du comic La Borinqueña (en) en 2018, la superhéroïne afro-puertoricaine éponyme reçoit une vision mystique de la divinité Atabex (en). Dans cette vision, La Borinqueña revit les expériences de Yuisa puis, après son réveil, exprime sa reconnaissance envers la cacique[7].
Politique mémorielle
L'histoire de Yuisa a connu à Puerto Rico un traitement similaire à celui de la Malinche au Mexique : elle a été « transformée en objet narratif », vue simultanément comme traîtresse et comme héroïne[8].
En 2014, Lior Pachter (en) publie sur son blog personnel une expérience de pensée où il examine des données issues de la recherche génétique. Afin d'imaginer « l'humain parfait », Pachter cherche l'échantillon d'ADN avec le plus de mutations qu'il juge positives, et finit par choisir celui provenant d'une femme puertoricaine. Pour illustrer son article, il choisit alors d'utiliser une peinture par Samuel Lind, peintre afro-américain de Loiza Aldea, qui représente Yuisa. Cette idée que la « femme parfaite » serait scientifiquement originaire de Puerto Rico est alors largement reprise dans la presse généraliste. Selon la chercheuse Jennifer A. Hamilton, les médias de l'île ont beaucoup couvert cet article de blog parce qu'il fait écho à l'idéal nationaliste puertoricain de mestizaje hétéronormatif[5].