Écologie décoloniale

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L’écologie décoloniale est un courant de l’écologie politique luttant contre l'impérialisme, l'extractivisme et le néocolonialisme occidental dans les pays du Sud (anciennement appelés pays du tiers-monde) et territoires colonisés. Pour les chercheurs décoloniaux, les crises environnementales sont liées à l’histoire esclavagiste et coloniale de la modernité occidentale. Selon eux, le capitalisme s’est structuré sur une économie extractive et des monocultures intensives qui ont détruit la biodiversité.

C'est une doctrine qui met aussi en avant les savoirs et récits des peuples colonisés, et intègre intimement les luttes sociales, en Europe et dans le monde.

Malcom Ferdinand, auteur de la thèse Une écologie décoloniale, parue en 2019.

Développée par le Colombien Arturo Escobar, inspirée de la pensée de René Dumont en France, et développée à l'origine dans la Caraïbe par l'Haïtien Georges Anglade, et les Martiniquais Garcin Malsa et Marcellin Nadeau depuis la fin des années 1980, elle a été théorisée et mis en avant en France en 2019 par Malcom Ferdinand dans son ouvrage de thèse Une écologie décoloniale, qui traite de l’histoire des Caraïbes et du rapport colonial et de l’écologie[1]. Ce dernier a aussi travaillé sur l'impact environnemental et colonial du chlordécone en Martinique et Guadeloupe[2].

Dès les années 1970, des chercheurs afro-américains font le lien entre la question écologique et la colonisation. Ils constatent notamment que les décharges de produits toxiques sont placées aux abords des quartiers des communautés noires. Selon l'anthropologue Nathan Hare : « La véritable solution à la crise environnementale est la décolonisation des Noirs »[3]. Il est suivi par le sociologue Terry Jones qui avance le concept d’« écologie d’apartheid »[4].

Puis, dans les années 1990, le collectif « Modernité/Colonialité/Décolonialité » (MCD), composé de chercheurs latino-américains présents dans des universités américaines comme Walter Mignolo, Ramón Grosfoguel ou Arturo Escobar, poursuivent le développement de cette approche[3]. En particulier, Arturo Escobar, anthropologue colombien et professeur à l’université Chapel Hill (Caroline du Nord, États-Unis), développe une théorie critique connue sous le nom de « post-développement ». Celle-ci met l'accent sur les aspects coloniaux et culturels du « développement » (économique, technologique etc.)[5]. Il est l'auteur notamment de Sentir-penser avec la Terre : Une écologie au delà de l'Occident[5]. Selon Roland d'Hoop, « Arturo Escobar invite à une écologie décoloniale et propose de repenser le sujet à partir de ses interactions avec le vivant »[6]. En effet, Escobar déconstruit l'idée d'un savoir moderne occidental universel et lui oppose la perspective de savoirs multiples, « pluriversels » ; son travail met en évidence d'autres types de connaissance du monde qui ont été dépréciées par les scientifiques occidentaux, d'autres modes de vie où l’humain établit un rapport différent avec la nature[6].

Le philosophe algérien et spécialiste d'écopsychologie Mohammed Taleb plaide pour une écologie vue du Sud et observe la manière dont des communautés religieuses prennent en main la question de l’écologie[7],[8].

Le , dans une tribune intitulée « Why we strike again » (« Pourquoi nous sommes à nouveau en grève »), la militante Greta Thunberg reprend les arguments de l'écologie décoloniale : « la crise climatique ne concerne pas seulement l’environnement. C’est une crise des droits humains, de la justice et de la volonté politique. Les systèmes d’oppression coloniaux, racistes et patriarcaux l’ont créée et alimentée. Nous devons les démanteler. »[3]

Axes principaux

Critique de l'extractivisme

L'écologie décoloniale critique « l’habiter colonial », un mode de vie qui suppose que l'environnement est une ressource, et qui conduit à la pratique des monocultures et à une déforestation intensives. A la différence du mode de vie des peuples autochtones, « l'habiter colonial » ne laisse pas le temps aux ressources de se régénérer et les exploitent jusqu'à rendre le monde inhabitable[1]. Mike Davis explique bien ce phénomène dans son ouvrage Génocides tropicaux, Famines coloniales et catastrophes naturelles aux origines du sous-développement [9],[10],[11].

Performance Club Kids en 2024 faisant le lien entre écologie décoloniale et écologie queer.

Critique du « colonialisme vert »

L'écologie décoloniale critique le concept de « naturalité » (wilderness), à savoir d'une nature sauvage et non habitée par les humains, à l'image des réserves naturelles créées en expropriant les natifs de leurs terres. Ce concept repose sur une vision coloniale de la nature, qui stigmatise des pratiques autochtones de chasse, ou qui interdit l'accès des habitants aux différentes ressources[12],[13].

Nouveau concept de « plantationocène »

L’utilisation du terme Anthropocène n’est pas suffisant selon les théoriciens de l'écologie décoloniale pour fournir une critique globale de l’écologie. Aussi, d’autres termes émergent comme le « capitalocène » ou le « plantationocène » qui permettent de voir les problèmes environnementaux actuels par le biais de l'économie des plantations imposée par les colons[3]. La chercheuse Donna Haraway rappelle que « ces modèles de plantations à grande échelle ont précédé le capitalisme industriel et ont permis sa mise en place, en accumulant du capital sur le dos d’êtres humains réduits en esclavage. »[3]

Écologie et philosophies autochtones

L'écologie décoloniale souhaite insérer dans l’écologie les récits ancestraux et les différentes formes de spiritualités qui ont été annihilés par la vision moderne liée à la colonisation[3].

De même, le concept de nature est approché différemment, inspiré notamment des Autochtones de Caraïbe et d'Amérique centrale (Kalinagos ou du Chiapas) pour lesquels nous ne sommes pas « dans la nature », mais « nous sommes la nature » qui est à tous[réf. nécessaire].

Critique du néolibéralisme

Critiquant le néolibéralisme et l'environnementalisme écologique des pays développés, l'écologie décoloniale recherche un nouveau modèle de développement autour des concepts de « désenveloppement », de « ménagement » et de « municipalisme » qui lient écologie et solidarité sociale dans le monde avec la liberté des peuples opprimés et colonisés dans le monde, notamment paysans ou amérindiens. L'appellation d'« écologie-monde » est parfois donnée à ces combats[réf. nécessaire].

Dénonciation du racisme environnemental

Le racisme environnemental se caractérisé par les lieux hautement pollués, habités par des personnes non-blanches ou issues de l’immigration. À titre d’exemple, le couloir pétrochimique entre Bâton-Rouge et La Nouvelle-Orléans (Louisiane), surnommé Cancer Alley, est peuplé majoritairement de personnes noires installées depuis l’esclavage et la ségrégation. Dans cette zone le taux de cancer est parfois soixante fois supérieur à la moyenne nationale[3].

Malcom Ferdinand ajoute que ce racisme environnemental est marqué aussi par l’éloignement des différents essais nucléaires hors des territoires français (Algérie et Polynésie)[3],[14],[15].

Exemples de luttes écologiques décoloniales

Personnalités

Notes et références

Voir aussi

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