Église Notre-Dame-de-l'Assomption de Montgeard

From Wikipedia, the free encyclopedia

Église Notre-Dame-de-l'Assomption de Montgeard
Image illustrative de l’article Église Notre-Dame-de-l'Assomption de Montgeard
L'église de Montgeard vue du sud
Présentation
Culte Catholique romain
Dédicataire Assomption de Marie
Type Église paroissiale
Rattachement Archevêché de Toulouse
Début de la construction 1522
Fin des travaux 1561
Architecte Pierre Gabriac et Jean d'Escalquens
Style dominant Gothique méridional
Protection Logo monument historique Classée MH (1890)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Midi-Pyrénées
Province historique Haute-Garonne
Coordonnées 43° 20′ 20″ nord, 1° 38′ 06″ est

L’église Notre-Dame-de-l’Assomption de Montgeard est l’église du village de Montgeard (Haute-Garonne), qui fait partie de l’ensemble paroissial de Villefranche-de-Lauragais[1].

Construite en majeure partie entre 1522 et 1561[2], à l’époque de l’apogée de la culture du pastel en Lauragais, elle a bénéficié de dons importants de familles locales enrichies par ce commerce. En cela, elle appartient à la typologie des « églises du pastel »[3] et témoigne de l’âge d’or qu’à connu le « pays de cocagne » pendant la Renaissance[4].

Écrin funéraire destiné à abriter les tombes des principales familles de marchands pasteliers du secteur, l’église devait en particulier célébrer l’ascension de la plus puissante d’entre elles, les Durand, devenus au même moment seigneurs de Montgeard[5].

Suivant le style gothique méridional, l’édifice surprend par le contraste entre son extérieur très dépouillé et d’aspect défensif et la richesse de sa décoration intérieure, en particulier sculptée. Sa voûte peinte au XIXe siècle à l’imitation de celle de la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi lui vaut son surnom de « Petit Albi »[5].

L’église de Montgeard a en grande partie conservé sa très riche décoration, notamment celle remontant au XVIe siècle. L'église et son clocher ont été classés monument historique par arrêté du [6].

Édifice antérieur

Avant le début de la construction de l’église actuelle (1522), un lieu de culte existe déjà à cet emplacement. En témoignent :

  • Un document de 1218, qui mentionne l’existence d’une église « Notre-Dame-des-Cabanes », dans la forêt royale de Nailloux, dite « forêt d’Artiz », probablement sur le site de l’actuel sanctuaire[5].
  • Un acte du pape Jean XXII de 1318, qui rattache le « prieuré » de Montgeard à la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse[7].
  • Un bail à besogne de 1502, qui charge le maître maçon Pierre Gabriac de construire un escalier pour l’église de Montgeard[8].
  • Une inscription gravée dans la chapelle Saint-Michel, qui indique que son fondateur, Bernard Durand, a obtenu l’autorisation de la construire de l’archevêque de Toulouse en 1515[9].
  • Une inscription sur la base d’un bénitier offert à l’église par Jacques Caussidières et qui indique la date 1516.
  • Dans un bail à besogne passé en 1524 pour poursuivre la construction de la nouvelle église commencée en 1522, le maître-maçon doit fournir les échafaudages mais peut se servir de la vieille charpente (celle de l'ancienne église) pour étayer la structure[10].

Contexte du XVIe siècle

Après la Croisade des Albigeois (1209-1229), le roi de France et ses représentants en Languedoc cherchent à affermir le pouvoir royal en Lauragais, « épicentre » de l’hérésie cathare[11]. La fondation de la bastide de Montgeard en 1317 est un exemple de l’appropriation par la Couronne de cet espace auparavant hostile : un acte de paréage est signé puis confirmé un an plus tard[7] par une charte de coutumes.

La richesse apportée par le commerce du pastel a permis à de riches familles de Montgeard de construire et décorer l'église au XVIe siècle

Il faut cependant attendre un siècle et demi à deux siècles avant que Montgeard ne se développe[7], grâce à « l’or bleu du Pays de Cocagne »[12], le pastel. Cette plante mythique, aussi appelée « herbe du Lauragais », poussait à merveille dans la région grâce à la fertilité des sols et à l’abondante main-d’œuvre[13]. Sa commercialisation dans l’Europe entière, assurée par la bourgeoisie d’affaire toulousaine, a entraîné une période d’intense construction en Lauragais, au cœur du triangle de production Albi-Toulouse-Carcasonne[14].

À Montgeard et dans les environs, les constructions se sont ainsi multipliées grâce à l’argent du pastel. À titre d’exemple, les richissimes Durand, principaux mécènes de l’église, sont également responsables de la construction d’un hôtel monumental, le château de Montgeard[15], mais aussi d’une vaste demeure au cœur de leur domaine[16] et d’un pigeonnier de quelque 950 trous dans les environs[17],[18].

Construction

Maîtrise d’ouvrage

La construction de l’église de Montgeard est bien connue grâce à l’existence de sources précises. Même si l’église dépendait du chapitre de la cathédrale Saint-Étienne et du collège Saint-Martial de Toulouse[19], on sait que le chantier a été en grande partie financé par quatre familles de marchands pasteliers locaux : les Caussidières, les Ganac (ou Ganhac / Gagnac), les Faget, et surtout les Durand.

L'église de Montgeard dessinée par Paul Sibra en 1926

Dès 1515, le marchand de pastel Bernard Durand obtient l’autorisation de l’archevêque de Toulouse de fonder une chapelle dédiée à saint Michel[7]. La chapelle existant toujours aujourd’hui (quatrième sud), cette permission peut être comprise comme le signal qui a impulsé le chantier de l’église.

Sept ans plus tard, en 1522, la construction de l’église à proprement parler commence : un bail à besogne est passé avec le maître maçon Pierre Gabriac[20],[9]. Mais la mort prématurée de ce dernier deux ans plus tard entraîne l’annulation du bail par le syndic des paroissiens, Jean Amiel le Vieux, moyennant une indemnité de 50 livres payée par la veuve aux habitants de Montgeard[8].

Le , le même syndic, accompagné d’Arnaud du Faget, nommé séquestre, signent un contrat avec le maître maçon Jean d’Escalquens, dit Pothony, pour terminer la construction de la nef[8]. Les deux notables paraissent donc avoir assuré une partie de la maîtrise d’ouvrage. La désignation d’un séquestre par la cour du sénéchal s’explique par la difficulté de collecter les fruits décimaux de l’église[8].

Jean d’Escalquens termine la construction de la nef (alors limitée à trois travées) en 1528, comme l’atteste une inscription en langue d’oc gravée sur le chapiteau du deuxième pilier nord accompagnée du chiffre du maçon : « faict lan mil vc xxviii per my ». Ce qui signifie : « fait par moi en 1528 ». Le chantier connaît alors à cette date un temps d’arrêt qui se traduit par la fermeture de la nef à l’ouest par une « pena », c’est-à-dire un clocher mur[21].

Un clocher inachevé

Clocher, vu du sud-est

Cinq ans plus tard (1533), la mort d’Arnaud du Faget relance la construction : une inscription à l’entrée de l’église indique en effet qu’il fait don « de tout son bien à l’église du présent lieu »[22]. Puis c’est au tour de Jacques Durand, fils aîné de Bernard, qui meurt en 1535 et surenchérit en offrant « 50 000 briques pour bâtir le présent [clocher] »[22].

Ces généreuses libéralités entrainent la relance du chantier dans des proportions inédites, avec la construction d’un immense clocher-porche à l'ouest de la nef. Après Bernard, puis Jacques, l’influence des Durand se poursuit sur le chantier avec Jean, frère de Jacques, qui apparaît comme maître d’ouvrage du clocher en 1547[8]. Sept ans plus tard (1554), le troisième frère Durand, Guillaume, va même jusqu’à racheter la seigneurie de Montgeard à Catherine de Médicis, comtesse du Lauragais, et agrandir l'hôtel familial situé à deux pas de l'église, l'actuel "château de Montgeard"[23].

La nef de l’église est alors prolongée d’une travée dissymétrique flanquée de deux chapelles, pour rattraper le léger désaxement du clocher, probablement lié à l’instabilité des sols. C'est donc lorsque le chantier entre dans cette phase finale que l'église est consacrée en 1550[24]. La date de 1561 gravée sur la clef de voûte de la nef la plus proche de l’entrée indique certainement la fin de la construction, alors que le clocher est resté inachevé. Ce dernier, tronqué, n’a en effet jamais reçu le couronnement que sa base puissante et massive aurait dû supporter, un modeste clocher-mur terminant l’élévation[25].

Ajouts ultérieurs

Photo ancienne montrant le clocher sans crénelage avant sa restauration, fin du XIXe siècle

Mis à part la reprise du couronnement du clocher et la reconstruction de la voûte du chœur[26], l’architecture de l’église de Montgeard n’a que très peu été modifiée depuis le XVIe siècle. En revanche, du point de vue de la décoration intérieure, de nombreuses œuvres d’art ont été déplacées ou ont disparu, tandis que la quasi-totalité du décor peint date du XVIIIe et surtout du XIXe siècle.

L’aspect défensif du clocher ne doit pas tromper : cette église n’avait pas, au moins à l'origine de vocation militaire. Au sommet du clocher, les mâchicoulis sont factices puisqu’ils ne sont pas dotés d’ouvertures. Il en va de même pour les créneaux, qui ont quant à eux été rajoutés au début du XXe siècle[27]. Dans les années suivant immédiatement la construction, deux tourelles, aujourd'hui disparues, ont été construites de chaque côté de l'abside[27].

À l’intérieur, dans le chœur de l’église, un placage de boiseries peintes de style classique qui encadre des toiles dédiées à la Vie de la Vierge a été mis en place au début du XVIIIe siècle[28]. La voûte du chœur a d'autre part été entièrement reprise au milieu du XIXe siècle, lors des grands travaux de décoration qui ont donné à la nef et en particulier aux voûtes leur aspect actuel « néo-Renaissance »[21],[26].

Description

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI