L'église Saint-Piat de Seclin est une ancienne collégiale située à Seclin, en France[1],[2]. Vestige d'une collégiale dont les origines remontent au VIIesiècle, c'est le plus ancien édifice religieux de la Métropole lilloise.
L'église est située dans le département français du Nord, sur la commune de Seclin.
Historique
Les origines de la collégiale Saint-Piat remontent au VIIesiècle, lorsque saint Éloi, évêque de Noyon et de Tournai, fait élever une première église sur la tombe de saint Piat, décapité en 287 à Seclin. Selon la légende, il aurait été martyrisé à Tournai et aurait porté le haut de son crâne tranché jusqu'à Seclin pour y mourir. Le culte du martyr prend une ampleur particulière au XIesiècle, et la collégiale se développe autour de l’église avec un cloître, une salle capitulaire, une bibliothèque, une école, une brasserie et des habitations réservées aux chanoines.
Seule la crypte, qui abrite le sarcophage et les reliques du Saint, témoigne de cette origine primitive.
Le chapitre Saint-Piat est cité pour la première fois dans un acte daté le . Cependant, il est probable que l'installation d'un chapitre est plus ancienne car la collégiale romane est terminée et qu'un cloître a été érigé sur le côté sud de l'église. En 1187, le chapitre de Seclin a été placé sous la protection du Saint-Siège.
L'église actuelle est une reconstruction du XIIIesiècle. Elle a été rénovée au XVesiècle, puis une tour clocher est ajoutée en 1531. L'intérieur de l'église est ensuite réaménagé au XVIIIesiècle.
Dans la seconde moitié du XIXesiècle, l'église est redécorée dans différents styles néomédiévaux. Des autels latéraux néogothiques dans le transept sont créés. Les chapelles du déambulatoire sont décorées de fresques et un nouveau mobilier y est installé. Le maître-autel du XVIIIesiècle reçoit un nouveau retable.
Dans la nuit du 16 au , les Allemands dynamitent le clocher qui, en s’écroulant, détruit la toiture et la partie sud de l’édifice. La reconstruction commence à la fin des années 1920, et un carillon de 42 cloches est fondu en 1933. Lors de la Seconde Guerre mondiale, l'église est de nouveau endommagée par les bombardements de 1940[3].
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Plan de la collégiale Saint-Piat de Seclin
Les colonnes du transept, au centre de l'église, remontent à l'église romane. Le chœur lui-même a été modifié entre 1705 et 1725. Le déambulatoire date de la reconstruction, au XIIIesiècle. Il donne accès à treize chapelles. Ancienne salle capitulaire, la chapelle d'hiver, entre la sacristie et le transept sud, date du XIVesiècle.
Intérieur de l'église Saint-Piat de Seclin en 2025
Mobilier et éléments remarquables
Crypte romane et sarcophage de Saint Piat
Dans la crypte romane du VIIesiècle, se trouve le sarcophage de saint Piat. Il est d'origine gallo-romaine (datation incertaine). Il est recouvert d'une dalle de pierre bleue de Tournai du XIIIesiècle, ornée d'une gravure représentant le saint tenant entre ses mains sa calotte crânienne tandis que la main de Dieu le bénit.
Couvercle du sarcophage
Relevé de la pierre
L'autel, au fond de la crypte, a été aménagé au XVIIIesiècle. Il est entouré d'une armoire et d'une piscine liturgique creusées dans le mur, ces dernières étant beaucoup plus anciennes.
Un puits est situé entre l'autel et le sarcophage. Il est profond de plus de 11m et a été creusé en même temps que la crypte. Son eau est réputée guérir les maux de tête.
Puit et autel de la crypte
Les murs sont couverts de graffitis témoignant de l'histoire ancienne de la collégiale.
Salle capitulaire
Accessible depuis le déambulatoire Sud, la salle capitulaire est probablement le vestige d'un ancien cloître contigu à la cathédrale. Elle daterait du XVesiècle. Elle présente des voûtes et un fenestrage gothiques.
Voûtes et fenêtres de la salle capitulaire
Elle servait de salle de réunion au chapitre des chanoines. Elle est aujourd'hui aménagée pour la célébration des messes en semaine.
Intérieur de la salle capitulaire, aménagée en chapelle
Maître-autel et retable
Le maître-autel en marbre est de Mathieu Jonniau et date de 1763[4]. Il est inscrit à l'Inventaire Départemental des Antiquités et Objets d'Arts non classés par l'Etat le 3 novembre 1969, repris par l'arrêté d'inscription du 6 mars 1973.
Maître-autel de l'église Saint-Piat de Seclin
Les reliques présentées sous la table du maître-autel sont celles de saint Fidentius, martyr, (à droite) et de sainte Dieudonnée, martyre, et de l'une des 11000 vierges et martyres (à gauche). Un troisième reliquaire au centre, caché par l'agneau pascal , contient des reliques non identifiées[5].
Dans le dernier quart du XIXesiècle, un retable, un tabernacle et deux anges adorateurs sont créés pour compléter l'autel. Ces éléments sont les œuvres du sculpteur et ébéniste belge Modeste Verlinden (1840-1909).
Retable, tabernacle et anges adorateurs du maître-autel, œuvres de Verlinden
Elles sont aujourd'hui très encrassées. Certaines se décrochent et présentent des détériorations. Une collecte pour leur restauration est actuellement en cours auprès de la Fondation du Patrimoine[6].
Toile centrale (détail), restaurée numériquement pour la rendre lisible.
Reliques de Saint Piat
La collégiale abrite deux reliquaires contenant les reliques de Saint Piat. Le premier est une châsse en acajou datant de 1804. Elle est située dans une armoire placée au revers du maître-autel. Cette châsse renferme divers ossements.
Armoire (fermée) des reliques de Saint Piat à l'arrière du maître-autel
Le deuxième reliquaire est une châsse en bois doré néogothique datant de 1853. Aux angles de cette châsse sont représentés Saint Chrysole, Saint Eleuthère, Saint Eloi et Saint Eubert. Elle renferme un fémur droit et une partie de la boite crânienne de Saint Piat. Elle se trouve habituellement dans une chapelle du déambulatoire Sud mais elle participe aussi chaque année à la Grande procession de Tournai en septembre.
Châsse reliquaire de Saint Piat
Châsse
Châsse
Reliques
Saint Chrysole
Saint Eleuthère
Chemin de croix
Dans la seconde moitié du XIXesiècle, l'église est dotée d'un chemin de croix[7] dont l'encadrement est de style néogothique. Malheureusement, les stations sont endommagées durant la Première Guerre mondiale. Une seule station est encore aujourd'hui présente et se trouve dans le transept Nord.
Station 14 du premier chemin de croix de la collégiale
En 2006, un nouveau chemin de croix est installée dans la collégiale en provenance de l'ancienne église Saint Paul d'Haubourdin, aujourd'hui détruite. Daté de 1931, ce chemin de croix a été réalisée par la Cuivrerie Saint-Eloi (Desclée Frères & Cie) d'après les dessins de Georges Trenteseaux, peintre et professeur à l'école Saint-Luc de Tournai. Il s'agit d'un ensemble de plaques de laiton gravées. Le style est Art Déco. Chaque scène est formée par un dessin au trait qui rappelle par son style celui des illustrations de Jos Speybrouck. Ce dernier était un collègue et un proche de Georges Trenteseaux.
Stations du chemin de croix de l'église Saint-Piat de Seclin
Station 01
Station 08
Station 10
Station 07
Station 12
Depuis 2009, il existe aussi un projet de création de vitraux pour la nef de la collégiale dont le thème est les stations du chemin de croix[8].
Confessionnal "clés de Saint Pierre et tiare papale"
vue générale
porte
tympan
Autels latéraux du transept
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Chapelles du déambulatoire
Les chapelles du déambulatoire ont été réaménagées probablement dans le dernier quart du XIXesiècle. Elles reçoivent un mobilier néogothique et plusieurs d'entre elles sont peintes dans le même style. Malheureusement, l'humidité de la collégiale a engendré de fortes dégradations des murs et du mobilier.
Chapelle Saint-Antoine-de-Padoue
Dans la partie nord du déambulatoire se trouve la chapelle dédiée à saint Antoine de Padoue.
Chapelle Saint-Antoine-de-Padoue
Au centre, un autel réalisé par Modeste Verlinden attire immédiatement le regard. Sa partie inférieure est en marbre blanc veiné de gris, tandis que le retable est en pierre blanche. Les reliefs figurent, à gauche, le miracle de la mule et, à droite, saint Antoine répondant aux prières des affamés et secourant les personnes en détresse. Le tombeau de l’autel abrite un gisant du saint, en cire et revêtu d’habits.
Autel de Saint Antoine de Padoue par Modeste Verlinden
vue de l'autel
tombeau de l'autel et gisant
miracle de la mule
Saint Antoine au secours des affamés et des désespérés
Le ciboriumnéogothique est surmonté d’une statue en plâtre du saint, œuvre de série produite par la Maison Raffl ou par l’une des maisons concurrentes qu’elle a absorbées au fil du temps[10].
Statue de saint Antoine de Padoue
Dans les niches latérales de la chapelle se trouvent également des statues de série: une Vierge à l’Enfant en terre cuite, sortie de la Sainterie de Vendeuvre, et, en vis-à-vis, une sainte Catherine d’origine inconnue. Cette dernière pourrait être l’œuvre d’un sculpteur lillois spécialisé dans la production en série de statues destinées aux églises du Nord.
En son centre se dresse un autel en marbre et en pierre, œuvre de Modeste Verlinden. De style néogothique, il présente dans sa partie basse le monogramme de saint Joseph (les lettres S et J entrelacées), posé sur un semi de fleurs de lys, lui-même encadré de colonnettes. Le retable est orné de deux reliefs: à gauche, le mariage de Marie et Joseph; à droite, la mort de saint Joseph. L’attribution à Verlinden ne fait guère de doute, tant cet autel correspond aux caractéristiques de sa production[11]. Malheureusement, l’autel est aujourd’hui en mauvais état et a subi, au XXᵉ siècle, des repeints peu esthétiques.
Autel de Saint Joseph dans l'église Saint Piat de Seclin
vue générale
partie basse
retable
tabernacle
Mariage de Marie et Joseph
Mort de Joseph
La statue placée au sommet est une œuvre de série d’auteur inconnu, relativement rare.
Statue de saint Joseph
Les murs de la chapelle sont ornés de peintures néogothiques, elles aussi fortement dégradées. Leur thématique s’inscrit dans une dimension sociale, comme en témoigne cette prière inscrite:
«Glorieux Saint Joseph, gardez la paroisse, protégez les familles, sauvez les enfants et les ouvriers, assistez les mourants.»
Cette invocation rappelle que Joseph est le saint patron des ouvriers, de la bonne mort, des pères de famille et de l’Église.
Les vitraux de cette chapelle, répartis en deux baies, sont l'œuvre de Louis Koch, peintre verrier à Beauvais, actif à son propre compte entre 1889 et 1904[12]. Ils évoquent la vie de Joseph mais aussi surtout celle de Marie.
Sur la baie gauche: l’Adoration des Mages, l’Adoration des Bergers, le Mariage de Marie et Joseph, et l’annonce faite à Joseph de ne pas répudier Marie.
Scènes de la baie gauche (photographies redressées)
Adoration des mages
Adoration des bergers
Mariage de Marie et Joseph
Annonce à Joseph de ne pas répudier Marie
Sur la baie droite: l’Assomption, le Couronnement de la Vierge, le songe de Joseph précédant la fuite en Égypte et l’apparition de Notre-Dame de Lourdes.
Scènes de la baie droite (photographies redressées)
Assomption
Couronnement de la Vierge
Songe de Joseph avant la fuite en Egypte
Apparition de Notre-Dame de Lourdes
Vitraux
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Chaire
L'ancienne chaire des annonciades devenu la "cathèdre"
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La chaire de Vermare
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Orgue
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Carillon
Le carillon, inauguré en 1933, comporte 42 cloches. Construit en Angleterre, à Croydon, par la fonderie Gillett et Johnston, il pèse 7,5 tonnes. Il sonne en automatique tous les quarts d'heure mais possède aussi un clavier manuel.
Les ritournelles jouées en automatiques tous les 1/4 d'heure sont: Le Petit Quinquin à l'heure, Le Roi Dagobert au quart, la Mandoline d'Oiseaux à la demi et J'ai du bon tabac au 3/4 d'heure.
↑L'attribution à Verlinden des 3 confessionnaux a été effectué par comparaison avec des œuvres bien documentées. Au delà du style néogothique de ces confessionnaux teintés de relents néoromans (ce qui est le propre de Verlinden), l'artiste a produit des tympans apparentés pour d'autres églises. Tympan "Le Bon Pasteur": église Saint Piat de Roncq, église Saint Roch de Roncq, église Notre Dame de la Visitation de Lomme. Tympan "Marie Madeleine pénitente": église Saint Piat de Roncq. Tympan "Fils prodigue": église Saint Roch de Roncq.
↑La scène de la mort de Joseph se retrouve également sur l’autel de Saint Joseph de l’église Notre-Dame de Lourdes à Lomme, également réalisé par Verlinden
↑Le vitrail en Picardie et dans le nord de la France aux XIXe et XXe siècles, Amiens, Encrage, , «Verriers et verrières en Picardie au XIXe siècle», p.21-43
Jean-Paul Thorez, A la découverte des trésors de la collégiale saint Piat, t.I, Seclin,
Jean-Paul Thorez, A la découverte des trésors de la collégiale saint Piat, t.II, Seclin,
Jean-Paul Thorez, Les secrets de la collégiale Saint-Piat de Seclin, t.II, Seclin, Fleur d’espoir,
Guillaume Lassaunière, «Nord. Seclin. Les maisons canoniales du chapitre Saint-Piat entre le XIIe et le XVIe siècle», Bulletin monumental, t.182, no1, , p.70-74 (ISBN978-2-36919-205-3)