Église Sainte-Anne de Gassicourt

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TypeÉglise
Début de la constructionDébut XIIe siècle
Église Sainte-Anne
Image illustrative de l’article Église Sainte-Anne de Gassicourt
Présentation
Culte Église catholique latine
Type Église
Rattachement Diocèse de Versailles
Début de la construction Début XIIe siècle
Fin des travaux Vers 1275 (reconstruction transept et chœur)
Style dominant Roman, gothique rayonnant
Protection Logo monument historique Classée MH (1862)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France Île-de-France
Département Yvelines Yvelines
Commune Mantes-la-Jolie Mantes-la-Jolie
Coordonnées 49° 00′ 08″ nord, 1° 41′ 52″ est[1]
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Église Sainte-Anne
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Église Sainte-Anne
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Église Sainte-Anne

L'église Sainte-Anne de Gassicourt est une église catholique paroissiale de style roman située à Mantes-la-Jolie, en France. Ce n'est pas la première église en ce lieu. En 1074, un prieuré est fondé auprès de l'église primitive. En 1075, ce prieuré est donné à l'ordre de Cluny, et dédié à saint Sulpice.

À partir du début du début du XIIe siècle, les moines construisent une nouvelle église dans le style roman normand. Elle est de plan basilical, et se caractérise par un style austère. La nef de cinq travées reste très authentique, et se caractérise par ses deux rangées de quatre colonnes isolées aux chapiteaux d'une facture archaïque.

Vers la fin du règne de saint Louis, les religieux font reconstruire les croisillons du transept et le chœur dans le style gothique rayonnant, avec de nouvelles voûtes et de vastes fenêtres munies de délicats réseaux. Ils sont prédestinés à recevoir des vitraux, et ceux-ci se sont en grande partie conservées. Les trois verrières narratives avec leurs nombreux médaillons, et les deux verrières hagiographiques avec leurs huit effigies de saints font aujourd'hui l'une des principales richesses de l'église. Une autre richesse représente l'ensemble de trente-deux stalles gothiques flamboyantes de la fin du XVe siècle, avec des clôtures liturgiques assorties. Si les parties hautes des jouées manquent, les bas-reliefs sur leurs parties basses, les miséricordes et les appuie-mains sont globalement bien conservés, et sont d'un grand intérêt tant pour leur iconographie que pour la qualité de la sculpture.

Le prieuré a été dissout bien avant la Révolution française, en 1738.

L'église Sainte-Anne a été intégralement restaurée entre 1855 et 1876, et classée aux monuments historiques par liste de 1862[2]. Restaurée une nouvelle fois à la suite des bombardements de 1944, elle se trouve aujourd'hui en bon état, et reste au centre de la vie spirituelle de l'une des paroisses sur la ville de Mantes-la-Jolie. Des messes dominicales y sont célébrées chaque samedi soir.

L'église Sainte-Anne se situe en France, en région Île-de-France et dans le département des Yvelines, sur la commune de Mantes-la-Jolie, dans l'ancien village de Gassicourt, rue du Val-de-Seine / place Sainte-Anne. La façade occidentale, précédée d'un parvis, est tournée vers la rue du Val-de-Seine, et fait directement face au portail principal du cimetière de Gassicourt. L'élévation méridionale, bordée d'une pelouse, est alignée sur la place Sainte-Anne, qui est en fait une rue, et se nomme rue Maurice-Braunstein quelques mètres plus loin à l'est. Perpendiculairement à l'axe de l'église, une large esplanade plantée d'arbres s'étend en direction du sud, et est délimitée par la rue du Val-de-Seine d'un côté, et la rue Sainte-Anne de l'autre côté. Cette dernière croise la place Sainte-Anne / rue Maurice-Braunstein au sud-est du chœur de l'église, passe derrière le chevet, et se termine en impasse. Elle dessert notamment la maison paroissiale et le parking de l'église. Tant à l'ouest, qu'au sud et à l'est, l'édifice est ainsi dégagé de toute autre construction, et bien mis en valeur, mais son contexte urbain s'est en revanche perdu. Au nord, le jardin du presbytère jouxte l'église. Il occupe en partie l'emplacement du cloître du prieuré associé à l'église jusqu'à la Révolution française.

Histoire

L'histoire de la paroisse

Sous l'Ancien Régime, Gassicourt est une paroisse du diocèse de Chartres[3]. L'on ignore sa date de fondation. L'église primitive existe déjà vers le milieu du XIe siècle. Peu avant sa mort en 1074, Raoul IV, comte de Vexin, installe quelques moines à Gassicourt, et leur offre l'église[4]. Ensuite, son fils Simon, comte de Mantes, donne le monastère à l'ordre de Cluny, et le transforme ainsi en prieuré bénédictin. Au début du XIIe siècle, les moines lancent la reconstruction de l'église dans le style roman[5]. Le prieuré est dédié à saint Sulpice le Pieux, tandis que l'église est placée sous le vocable de sainte Anne[6]. À l'époque de construction, le prieuré se situe dans les bois. Les moines sont au nombre de dix environ. Ils défrichent les terres environnantes. Grâce à d'importantes donations et restitutions de biens ecclésiastiques spoliés, il réunit rapidement un important domaine qui s'étend sur les rives de la Seine entre La Roche-Guyon et Aubergenville[réf. souhaitée]. Les cultures dominantes sont le blé et la vigne[6]. Une charte signée par le roi Louis le Gros en 1119 mentionne le prieuré de Gassicourt parmi les possessions de l'abbaye de Cluny placées sous protection royale. En 1295, treize prieurés clunisiens, dont Gassicourt, sont érigés en prieuré-doyennés par une bulle pontificale de Boniface VIII[7]. Après le concordat de Bologne en 1516, le prieuré est mis en commende, et l'on obtient ainsi la situation particulière que la charge du doyen est exercé par le prieur commendataire[8]. En octobre 1660, le jeune abbé Jacques-Bénigne Bossuet (non encore consacré évêque) est installé prieur-doyen commendataire, mais après la mort du cardinal Jules Mazarin, abbé commendataire de Cluny, survenu le de l'année suivante, cinq ou six compétiteurs surgissent et lui contestent sa nomination. Les conflits qui en surgissent durent au moins trois ans. Un bail signé avec un laboureur en 1669 permet de savoir que l'effectif du prieuré se compose alors du prieur claustral et de quatre autres moines. Un an avant sa mort en 1704, Mgr Bossuet se résigne du prieuré à la faveur de son neveu éponyme, évêque de Troyes[9]. En 1738, le prieuré, dont les revenus n'ont cessé de diminuer depuis le début du siècle, est vendu à François-Olivier de Senozan, marquis de Rosny-sur-Seine, et les moines partent l'année suivante[réf. souhaitée]. Les bâtiments conventuels sont démolis vers le début des années 1740. Ne reste que le titre de doyen commendataire, qui est désormais à la nomination du roi[10]. Selon Mme Desmolins, « reconstituer avec continuité le passé du prieuré est bien difficile car presque tous les documents officiels ont disparu »[7].

L'histoire de l'église

Nef, vue dans le chœur.

La nef est datée du début du XIIe siècle par Eugène Lefèvre-Pontalis (1919) et Anne Prache (1983). Elle est initialement recouverte d'une charpente lambrissée. La sculpture archaïque des chapiteaux pourrait suggérer une date antérieure, mais Lefèvre-Pontalis insiste sur le point que le profil des tailloirs indique clairement le XIIe siècle[11],[12].

Vers la fin du règne de saint Louis, soit au troisième quart du XIIIe siècle, le transept et le chœur sont voûtées d'ogives, et leurs fenêtres sont agrandies et munies de délicats réseaux gothique rayonnants. Les contreforts aux angles du chœur sont refaits dans le même contexte. Vers la fin du XVIe siècle, la nef est à son tour voûtée d'ogives, avec des nervures piriformes d'inspiration gothique flamboyante[5].

En 1740-1741, les bâtiments conventuels sont démolis, sauf une partie du réfectoire, qui est transformée en sacristie[7].

Entre 1855 et 1876, l'église est restaurée sous la direction de l'architecte en chef des monuments historiques Alphonse Durand (1799-1888)[5]. Cette restauration est assez radicale pour les murs de la nef[13], et les bas-côtés sont presque entièrement bâtis à neuf. Le bas-côté nord est même élargi, et recouverte d'une charpente qu'Eugène Lefèvre-Pontalis qualifie de mal conçue. L'auteur signale aussi les huit petites fenêtres modernes. Elles semblent en revanche correspondre à la configuration d'origine, comme le montrent les traces de telles fenêtres bouchées dans le mur du sud. Le bas-côté sud est voûté d'ogives par Durand, et doté d'un portail latéral qui n'existait pas sous cette forme auparavant. L'intérêt archéologique des bas-côtés est donc réduit, hormis les arcades vers la nef et les croisillons, qui sont toujours celles d'origine, et les vestiges des ouvertures anciennes dans le mur du sud[11]. Entre-temps, l'église est classée monument historique par liste de 1862[2].

En 1944, sous la Seconde Guerre mondiale, elle est fortement endommagée par les bombardements. La restauration qui s'ensuit dure jusqu'en 1963. Les voûtes de la nef et du bas-côté sud sont supprimées, et remplacées par des charpentes lambrissées qui permettent à ces parties de retrouver leur état primitif[7].

Description

Aperçu général

Plan de l'église.

Orientée à peu près régulièrement, avec une légère déviation de l'axe vers le sud-est du côté du chevet, l'église répond à un plan cruciforme, et se compose d'une nef de cinq travées accompagnée de deux bas-côtés ; d'un transept débordant ; et d'un chœur rectangulaire au chevet plat. Le clocher en bâtière central s'élève au-dessus de la croisée du transept. La sacristie se situe au nord du croisillon nord. correspond à une partie de l'ancien réfectoire des moines. La longueur est de 34,90 m dans l'œuvre, et la largeur est de 14,00 m entre les murs gouttereaux des bas-côtés. La longueur du transept (nord-sud) est de 19,80 m dans l'œuvre. La nef, qui est à deux niveaux d'élévation, avec l'étage des grandes arcades et un étage de fenêtres hautes, est recouverte d'une charpente lambrissée en carène renversée. Les plafonds des bas-côtés sont les revers lambrissés des toits en appentis. Seul le transept et le chœur sont voûtés d'ogives, ainsi que la sacristue. L'on accède à l'église par le portail occidental de la nef, par le portail latéral au milieu du bas-côté sud, ou par une petite porte dans la dernière travée du bas-côté nord, dans l'angle avec la sacristie. La structure des toitures fait apparaître l'organisation intérieure de l'édifice, et chacun des quatre vaisseaux perpendiculaires au clocher possède un pignon à son extrémité[14].

Intérieur

Nef

Nef, vue vers l'est.
Nef, vue vers l'ouest.

En entrant par le portail occidental, l'on descend six marches dans la nef. Elle mesure environ 5,80 m de largeur entre les piliers des grandes arcades, et 17,30 m de longueur, soit deux fois et demi la largeur. Ses travées sont donc nettement barlongues. La hauteur des murs gouttereaux atteint presque deux fois la largeur, ce qui confère au vaisseau un certain élancement. Les élévations sont dominées par les grandes arcades, qui représentent les deux tiers de la hauteur des élévations latérales. Le nombre de cinq travées, en lieu et place des quatre travées coutumières, placent l'église Sainte-Anne parmi les édifices d'une certaine importance. L'architecture est d'une relative légèreté grâce à la réduction de la place accordée aux piliers : au revers de la façade et près du transept, les grandes arcades retombent sur des impostes et non sur des piliers engagés, et l'arc triomphal ouvrant sur la croisée du transept est presque aussi large que la nef. Les quatre piliers intermédiaires des grandes arcades sont monocylindriques et appareillés en tambour, et les fenêtres hautes sont de dimensions généreuses, et leurs pourtours se rapprochent d'une assise du rang de claveaux supérieur des grandes arcades, ainsi que du sommet des murs. La partie inférieure des fenêtres est néanmoins bouché, afin d'assurer une pente suffisante aux toits en appentis des bas-côtés, et ne pas faire descendre leurs murs gouttereaux trop bas. Les grandes arcades et les fenêtres hautes harmonisent parfaitement par leurs arcs en plein cintre et leurs deux rangs de claveaux non moulurés, ni même chanfreinés, ce qui leur confère en même temps un aspect archaïque. À l'ouest, le large portail en plein cintre est surmonté d'un oculus entre deux étroites baies en plein cintre près des angles. Sur toutes ces fenêtres, l'on remarque l'absence d'ébrasement. À la naissance du pignon, le mur se retraite, et est percé d'un minuscule oculus entre deux meurtrières tout en haut, mais comme le montre l'examen extérieur, l'authenticité de ces ouvertures n'est pas assurée[15],[16].

Les tailloirs se composent, du haut vers le bas, d'une tablette, puis, d'une baguette, d'un listel et d'un étroit cavet ; ou à titre d'exception, d'une baguette et d'un étroit cavet, ou d'un listel et d'une baguette. Tous les chapiteaux ont quatre volutes d'angle. Au nord, elles sont très schématisées, et issues d'un simple épannelage, la sculpture proprement dite se limitant aux extrémités. Au sud, elles sont d'une facture plus organique, et ne nient pas leur inspiration végétale. Elles sont associées à des feuilles plates. Sur les deux premiers chapiteaux, ces feuilles sont seulement suggérés par les facettes de la corbeille. Sur le quatrième chapiteau du sud, elles sont sculptées en bas-relief. Les quatre chapiteaux du nord et la troisième du sud sont vaguement inspirés du corinthien. Ils se caractérisent par des corbeilles nettement divisées en deux parties. Les volutes ne concernent ici que la partie supérieure, et ne sont donc pas associées à des feuilles. La partie inférieure est sculptée de deux collerettes de petites feuilles, qui sur trois chapiteaux au nord évoquent clairement la feuille d'acanthe. Sur le deuxième chapiteau du nord, les feuilles sont sculptées d'un hémicycle en bas-relief ou d'étoiles à quatre ou cinq branches aux intervalles excavés, ce qui est un motif fréquemment employé pour les impostes, y inclus à Gassicourt. Sur le troisième chapiteau du sud, les feuilles sont plus larges, et chacune se présente comme une sorte de palmette. Sauf sur ce dernier chapiteau, ou des petites feuilles plates avec des volutes s'insèrent entre les volutes d'angle, des « dés de pierre centraux » (Eugène Lefèvre-Pontalis) occupent le milieu de la face de la partie supérieure de la corbeille. Dans certains cas, ces dés sont à peine sculptées ; dans d'autres, ils répètent les motifs de la partie inférieure de la corbeille, mais seulement sur deux faces de la corbeille. Sinon, ils arborent de différents motifs d'une complexité variée, dont des feuilles plates triangulaires, des feuilles en hémicycle superposées en un ou deux rangs, des entrelacs, une coquille Saint-Jacques, une étoile, un masque, ou une figurine renversée. Quant aux bases, elles s'inscrivent dans la tradition normande, et accusent un tore aplati relié au fût par une scotie étriquée. Trois fûts, et sans doute aussi leurs bases, ont été refaits par Durand. Dans leur ensemble, l'on peut rapprocher les grandes arcades de leurs homologues d'Étretat, Manéglise et Ryes. Plus globalement, des colonnes du même type sont assez fréquentes dans les églises normandes de moyenne importance[15],[16].

Bas-côtés

Bas-côté nord, arcade vers le croisillon.

Comme déjà évoqué, les bas-côtés sont presque entièrement modernes, mais leurs volumes correspondent à la disposition d'origine, et à travers les grandes arcades, d'intéressantes perspectives s'ouvrent sur la nef. Les chapiteaux ont déjà été décrits. Au revers de la façade, les arcades sont reçues sur des impostes frustes profilés d'une plate-bande et d'un biseau, probablement refaits par Durand. Devant les piles occidentales de la croisée du transept, l'échine sous la tablette est sculptée d'un damier, qui est constitué de segments d'un tore alternant avec des segments sculptés de deux tores reliés par une gorge. Ce même motif revient à droite (au sud) des arcades faisant communiquer les bas-côtés avec les croisillons. La tablette est en outre gravée de lignes brisées entrecroisées, découpées par une ligne horizontale. Un motif différent, assez rare pour cet emploi, figure à gauche de l'arcade séparant le bas-côté nord du croisillon voisin. Il s'agit d'une torsade formée par deux lignes ondulées superposées. Cette torsade anime le biseau sous la tablette, qui reste fruste. À l'emplacement équivalent au sud, le biseau est décoré d'étoiles à quatre branches aux intervalles excavées, comme déjà observés sur les feuilles de certains chapiteaux. Ce motif est parmi les plus fréquents pour les impostes et tailloirs à l'époque romane, jusqu'au début du XIIe siècle. — Dans le mur gouttereau sud, les vestiges des baies primitives bouchées ont vraisemblablement été mis au jour lors de la restauration d'après-guerre, allant de pair avec l'enlèvement des enduits dans les bas-côtés. En 1919 en effet, Eugène Lefèvre-Pontalis ne signale pas ces vestiges, et comme le suggère son plan, considère même que le mur gouttereau sud soit neuf. Les baies primitives sont plus nombreuses que les baies actuelles, et réparties sans tenir compte du rythme des piliers. Contrairement aux fenêtres hautes de la nef, elles sont pourvues d'un ébrasement. Alphonse Durand n'a conservé que la première baie, dont l'authenticité est mise en évidence par l'état de dégradation de la pierre à l'extérieur. Les autres baies se situaient face aux piliers, et ont été obturées par les contreforts ajoutés par Durand pour le besoin du voûtement d'ogives, ou étaient trop proches du nouveau portail.

Croisée du transept

Croisée, vue vers l'ouest.

La croisée du transept est parfaitement homogène avec la nef. Elle est délimitée par quatre piles cruciformes, qui supportent le clocher, et sont reliées entre elles par de larges arcades à double rouleau et en plein cintre. À l'instar de la nef, la saillie du rang de claveaux supérieur par rapport au rang de claveaux inférieur est infime, si bien que les deux rangs de claveaux ne justifient pas de ressauts dans les piles, ni une hiérarchisation des supports. Chaque arcade repose donc simplement sur deux impostes. Ils ont, pour la plupart, perdu leurs motifs gravés ou sculptés. À l'est de l'arcade vers le croisillon nord, le biseau est remplacé par deux ressauts. Au sud de l'arcade vers la nef, il est sculpté d'un entrelacs intéressant, tandis que des étoiles à quatre branches aux intervalles excavées se devinent sur la tablette : ce motif a déjà été signalé sur des chapiteaux et des impostes des arcades des bas-côtés. Tout ceci montre en tout cas que le carré du transept n'a pas été retouché à l'occasion de son voûtement d'ogives après le milieu du XIIIe siècle. Les ogives, dont le profil est d'un tore aminci en forme d'amande entre deux baguettes, sont reçues sur des chapiteaux encastrés dans les angles des piliers. Ces chapiteaux sont sculptés dans le même bloc que ceux des formerets, dont la présence est à souligner, car loin d'être la règle pour les voûtes secondaires. Les tailloirs affichent un filet et un cavet, et les corbeilles sont sculptées de feuilles striées aux extrémités enroulées, auxquelles se superpose un premier rang de feuilles polylobées d'une facture naturaliste. Ce n'est pas par hasard qu'Eugène Lefèvre-Pontalis emploie le terme de chapiteau, alors qu'il s'agit en fait de culs-de-lampe, car le dessous des corbeilles est plat, et permet d'imaginer qu'il s'agit d'anciens chapiteaux dans le sens propre du terme, dont les fûts auraient été supprimés. Dans le chœur, les chapiteaux sont en effet supportés par des faisceaux de fines colonnettes. L'église Sainte-Anne ne représente pas le seul cas d'une croisée du transept purement romane voûtée d'ogives sans altération de l'architecture d'origine. L'on peut, par exemple, signaler Le Bellay-en-Vexin, où des faisceaux de colonnettes ont été ajoutés, et Catenoy. Mais le plus souvent, le revoûtement entraîne de profonds remaniements qui perturbent l'harmonie de l'édifice. En l'occurrence, les nervures très fines qui sont d'usage à la période rayonnante ont certainement favorisé une solution esthétiquement satisfaisante. Avant le revoûtement, la croisée du transept prenait peut-être le jour par des baies ouvertes sur l'extérieur : une baie bouchée subsiste du côté ouest, au-dessus du niveau de la voûte actuelle. Eugène Lefèvre-Pontalis part donc sur l'hypothèse d'une tour-lanterne, comme souvent en Normandie, ainsi qu'à l'Saint-Étienne de Beauvais, Catenoy et Morienval[16],[11].

Croisillons

Croisillon nord, côté est.
Croisillon sud, côté est.

Les deux croisillons ont les mêmes dimensions que le carré du transept et ont été voûtés de la même manière. Mais les remaniements au troisième quart du XIIIe siècle ne se limitent ici pas au voûtement d'ogives. Le mur oriental du croisillon nord et le mur oriental ainsi que le mur méridional du croisillon sud ont été percés de vastes fenêtres, dont le remplage gothique rayonnant diffère pour chacune. S'y ajoutent d'importantes différences de modénature, qui suggèrent que les fenêtres n'ont pas été créées en même temps. À l'est du croisillon nord, le pourtour de la baie est mouluré d'une gorge entre deux baguettes, qui se rejoignent en bas des piédroits. Le remplage est à trois lancettes simples, dont celle du milieu est à la fois plus élevée et moins large que les deux autres. Les lancettes sont surmontées de trois quatre-feuilles s'inscrivant dans des oculi. Les meneaux sont très épais et agrémentés de tores, qui fusionnent aux points de contact et portent des chapiteaux ronds au niveau des impostes des lancettes. L'on peut considérer que cette fenêtre soit la plus ancienne parmi les trois. À l'est du croisillon sud, le pourtour de la baie accueille une archivolte torique retombant sur deux colonnettes à chapiteaux. Le remplage est à trois lancettes à têtes trilobées, qui sont toutes les trois de la même largeur et presque de la même hauteur. Les lancettes sont surmontées de trois trilobes s'inscrivant dans des oculi. Les meneaux sont ici plus fins. Pour les lancettes et oculi, ils sont agrémentés de tores et chapiteaux comme dans le croisillon nord. Pour les têtes trilobées et les trilobes, ils affectent une modénature chanfreinée. Au sud du croisillon sud, le pourtour de la baie est mouluré d'une faible gorge et d'une moulure concave. Le soubassement de la baie est plus élevé. Elle est en revanche plus large que les autres, et son remplage se hiérarchise par conséquent en un réseau primaire et un réseau secondaire. Le réseau primaire comporte deux lancettes surmontées d'un oculus inscrivant un hexalobe. Le réseau secondaire comporte, pour chacune des deux lancettes, deux lancettes simples surmontées d'un oculus inscrivant un trilobe. Comme pour les deux autres baies, les tores devant les meneaux fusionnent aux points de contact. Sinon, la modénature s'apparente à celle de la baie orientale du même croisillon, avec des tores pour les lancettes et oculi, mais un profil chanfreiné pour les trilobes et l'hexalobe. Ce détail, ainsi que le traitement du pourtour, traduisent la période rayonnante tardive. Dans le contexte des réseaux rayonnants, il convient de mentionner les délicates piscines liturgiques du même style, qui existent dans le haut soubassement de la baie méridionale, à gauche, et à droite de la baie orientale du croisillon sud. Les niches en tiers-point sont décorées d'une lancette à tête trilobée, qui retombe de chaque côté sur trois chapiteaux accolés, portés par trois grêles colonnettes[17].

Les éléments d'architecture romane se font plus discrets dans les croisillons. Les arcs-doubleaux vers la croisée du transept et les arcades vers les bas-côtés de la nef, déjà décrits, n'ont pas été retouchés. Il y a également, au-dessus de chacune des deux arcades vers les bas-côtés, une fenêtre haute, un peu plus petite que celles de la nef et nettement ébrasée. Le mur septentrional du croisillon nord comporte, en bas à gauche, la porte d'intercommunication vers la sacristie, qui correspond à l'ancien réfectoire des moines. La présence d'une salle derrière ce mur explique l'absence d'une grande fenêtre de ce côté. Il y avait toutefois deux fenêtres géminées tout en haut, dont l'on voit encore la partie basse des piédroits. Le reste est dissimulé par une tribune reposant sur des poutres de bois, et munie d'un garde-corps en torchis. L'on accède à cette tribune par une échelle depuis une porte dans le mur occidental, à deux mètres et demi du sol, que l'on atteint par une petite cage d'escalier hors-œuvre depuis la sacristie. L'unique vocation de la tribune est aujourd'hui de desservir les combles, moyennant une seconde échelle et un trou percé dans le voûtain septentrional. Un vieux cadran donne à penser que la tribune abritait également un mécanisme d'horloge, remontant sans doute à l'époque de Bossuet, et destiné à faciliter l'observance des heures liturgiques. Lors de la restauration d'après-guerre, les murs du croisillon ont été décapés, tout comme dans les bas-côtés. Ce n'est pas le cas du croisillon sud (sauf sur les premiers mètres à partir du sol), où des peintures murales ont été appliquées sur l'enduit au cours du XVIe siècle. La mieux conservée est celle de l'intrados du doubleau vers le carré du transept. On y voit des anges musiciens tenant violon, flûte, harpe, guitare, orgue et hautbois. Selon François Ripoche, le Jugement dernier était jadis représenté sur le mur oriental : « au-dessus des mors sortant des tombeaux, les paroles du jugement encadraient Dieu, les anges et les démons, présidant à la Résurrection ». Aujourd'hui, l'on voit un saint tenant la palme du martyr et un livre sur le piédroit de l'arcade, apparemment repeint au XIXe siècle ; un saint évêque à gauche de la fenêtre ; et un personnage casqué, vêtu d'un ample manteau, à droite de la fenêtre. Sur le mur occidental, l'on ne reconnaît plus rien. Autrefois, l'on y voyait la Transfiguration, « le Christ avec Moïse et Élie dominant des têtes diverses d'Apôtres et d'abbés ». Sous la voûte, l'on devine encore quatre anges tenant les instruments de la Passion : lance, clous, marteau et couronne d'épines[18]. Ces différentes peintures sont protégées par le classement de l'église au titre immeuble en 1862[19].

Chœur

Vue vers le nord-est.

De plan barlong dans le sens longitudinal, le chœur est plus grand que les travées du transept, mais ne comporte néanmoins qu'une unique travée. Ici, la reconstruction vers la fin du règne de saint Louis est presque totale, et seulement le doubleau vers la croisée du transept et les allèges sont conservés du sanctuaire roman. Au nord et au sud, l'on voit les traces de petites portes bouchées, mais Eugène Lefèvre-Pontalis réfute l'hypothèse que l'église était primitivement pourvue d'absidioles. La vaste baie du chevet est analogue à celle à l'extrémité méridionale du transept, et les deux baies latérales sont du même style rayonnant tardif. Leur pourtour est toutefois traité d'une manière semblable que sur la baie orientale du croisillon sud, et est mouluré d'une faible gorge et d'un tore, qui porte des chapiteaux au niveau des impostes. Ces deux baies sont plus étroites que les autres, et leur remplage se limite donc à deux lancettes simples surmontées d'un quadrilobe. Une grande piscine double est ménagée dans l'épaisseur du mur à gauche de la baie méridionale. Sa hauteur dépasse celle du soubassement, et sa largeur dépasse celle du pan de mur entre la baie et l'angle du mur, si bien que le flanc droit de sa niche en tiers-point tangente l'angle de la baie. Cette piscine est dotée d'un véritable remplage, qui est malheureusement mutilé, ce qui n'est guère surprenant eu égard l'extrême minceur des meneaux. Restent encore deux lancettes surmontées d'un oculus, et les arrachements de deux têtes trilobées et d'un trilobe. La modénature et les faisceaux de colonnettes sont traités de la même manière que pour les piscines des croisillons. La voûte affiche quant à elle un style plus avancé, qui correspond à celui des fenêtres. Les ogives sont au profil d'un tore aigu en forme d'amande entre deux baguettes, comme dans le transept, mais les baguettes sont reliées aux voûtains par des gorges. Il y a également des formerets monotoriques. Les tailloirs et chapiteaux des ogives et formerets sont ici espacés, mais les tailloirs à bec des ogives et les tailloirs polygonaux des formerets sont découpés dans une même tablette, et les corbeilles des chapiteaux sont reliées entre elles par une frise continue. En comparaison avec les croisillons, l'on constate que les tailloirs sont devenus très plats, et que certains chapiteaux n'arborent plus qu'un simple rangs de feuilles polylobées et pas de crochets gothiques. En outre, les feuilles deviennent plus maigres. Assez remarquables sont les fûts, qui continuent parfaitement le profil des nervures de la voûte, et préfigurent ainsi l'un des caractéristiques du style gothique flamboyant, qui évincera les tailloirs et chapiteaux[20].

Extérieur

Façade occidentale

Façade occidentale.

La façade occidentale est appareillée en pierre de taille. Bien que d'allure romane, elle date en grande partie de la restauration des années 1855-1876, comme le souligne déjà Eugène Lefèvre-Pontalis, qui a étudié l'église vingt-cinq ans avant les bombardements de 1944. Les murs occidentaux des bas-côtés, les deux contreforts plats, les montants du portail, se deux colonnettes à chapiteaux, son linteau et son tympan, ainsi que les murs hauts près des contreforts et la majeure partie du pignon sont modernes. La substance romane se borne donc à l'archivolte du portail avec ses multiples strates de sculpture et de modénature ; la plupart des blocs sculptés entourant le grand oculus au-dessus du portail ; le montant droit de la fenêtre à sa gauche et son archivolte ; et le mur au-dessus, avec notamment le larmier mouluré à la naissance du pignon, et la partie centrale des huit premières assises du pignon. Les éléments remarquables sont l'archivolte du portail et l'oculus, connu comme roue de la fortune. La modénature torique indique une date plus récente que pour la nef, autour de 1125 / 1130 au plus tôt. — Si les deux chapiteaux paraissent néo-gothiques, leurs tailloirs sculptés de lignes brisées aux intervalles excavées déclinent un motif fréquemment employé à l'intérieur, soit les étoiles à quatre, cinq ou six branches aux intervalles excavés, et il est admis que le tympan reproduise la configuration d'origine. Il est sculpté de six rangs d'étoiles à six branches aux intervalles excavés, comme à Beaumais et dans la salle de l'échiquier du château de Caen. Au-dessus, suit un rang de claveaux dont chacun est entaillé de deux triangles, soit un en haut à gauche, et un en bas à droite. L'archivolte proprement dite est moulurée de trois tores dégagés, d'une arête, et d'un quatrième tore. Seulement les deux tores inférieurs sont supportés par les tailloirs des chapiteaux. L'archivolte est surmontée de deux rangs de trous destinés à recevoir des incrustations, et de petites arcatures en plein cintre retombant sur des mascarons du XIXe siècle, comme sur une corniche. Les trous sont entourés de cercles concentriques gravés dans la pierre, et les intervalles accueillent des losanges ou une fois de plus des étoiles à quatre branches. Les arcatures sont également gravées de raies concentriques, tandis que les petites demi-voûtes sphériques dans leurs intervalles sont gravées de lignes croisées définissant de petits losanges. Ce type de décor est tout à fait exceptionnel. Pour venir à l'oculus, il est entouré d'un tore, d'une arête, d'un second tore, et d'un rang de grosses billettes reliées les unes aux autres par des arcatures en cintre surbaissé. Deux petits personnages debout flanquent l'oculus, un à droite et un gauche, dont ce dernier, qui a perdu sa tête, semble entraîné par la rotation de la roue. En bas, l'oculus repose sur le sommet de l'archivolte du portail et sur les épaules de deux personnages, dont les genoux semblent fléchir sous le poids. Deux sur les quatre personnages ont été refaits. Assez répandues sur les églises italiennes, d'autres exemples de roues de la fortune existent sur la cathédrale de Bâle, l'abbaye de Fécamp et l'église Saint-Étienne de Beauvais[16],[21].

Clocher et parties orientales

Chevet.
Clocher, étage de beffroi.
Clocher, étage de beffroi.
Fonts baptismaux.

À l'instar des élévations latérales de la nef et des bas-côtés, le clocher, les croisillons et le chœur sont bâtis en petits moellons irréguliers, avec quelques assises en opus spicatum, la pierre de taille étant réservée aux pourtours des baies, aux contreforts et aux blocs sculptés ou moulurés. Au-dessus des baies de l'étage de beffroi, le clocher est toutefois en pierre de taille. La tour centrale se compose d'un étage intermédiaire aveugle, avec la baie en plein cintre bouchée déjà mentionnée du côté ouest ; de l'étage de beffroi ; et de son toit en bâtière dans l'axe de l'édifice. Les contreforts font défaut, et l'on note seulement des chaînages d'angle en pierre de taille. Le diamètre du clocher est important, et il domine nettement la toiture de la nef, mais la différence de hauteur par rapport aux parties orientales est moindre, si bien que les faîtages arrivent au niveau de la tablette continue qui sert d'appui aux baies de l'étage de beffroi. Le caractère de cet étage est tout sauf élancé. Il est ajouré, sur chacune de ses faces, de trois baies en plein cintre, dont les archivoltes sont à deux rangs de claveaux, et retombent sur des impostes qui paraissent avoir été décorés de motifs géométriques. Par son architecture austère et ses lignes épurées, l'étage de beffroi renoue donc avec les partis retenus pour l'intérieur de l'édifice. Les murs se terminent par une corniche d'arcatures en plein cintre retombant sur des mascarons, qui a été en grande partie refaite par Alphonse Durand, et est analogue au type de décor que l'on trouve sur la voussure supérieure du portail occidental. Les pignons sont percés d'un oculus entouré d'un mince tore et d'un large ébrasement, et de deux étroites ouvertures rectangulaires à gauche et à droite. Des animaux fantastiques tiennent lieu d'antéfixe. Ils sont susceptibles d'être issus de l'imagination de Durand, tout comme les fleurons effilées qui somment les pignons des croisillons et du chœur[22].

Les parties orientales sont largement marquées par les grandes fenêtres aux réseaux rayonnants, et paraissent à la première vue comme des morceaux d'architecture du XIIIe siècle. C'est effectivement le cas de la corniche moulurée ; des trilobes servant à l'aération des combles au centre des pignons ; et des petites chimère, dont la plupart cassées, qui se détachent en bas des rampants des pignons. Le principal élément du début du XIIe siècle est la baie occidentale du croisillon sud. Les claveaux de son archivolte sont agrémentés des étoiles aux intervalles excavés connus du portail et des impostes, et surmontés d'un cordon de fines billettes disposées en damier, ce qui évoque une fois de plus l'un des impostes des arcades du transept. Les contreforts plats qui flanquent les angles des croisillons sont potentiellement romans. Vers le sud et vers le nord, ils s'amortissent par un court glacis. Vers l'ouest et vers l'est, ils ont été exhaussés jusqu'aux rampants des pignons. Les contreforts larges et saillants qui épaulent les deux angles du chœur renvoient à une époque différente, en l'occurrence le XIIIe siècle, mais pas spécifiquement l'époque précise des fenêtres. Ils sont scandés par trois niveaux de larmiers, dont le premier est présent sur les trois faces, et dont le dernier va de pair avec une retraite. En haut, les contreforts s'amortissent par un glacis formant larmier[22].

Mobilier

Annexes

Notes et références

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