Élection présidentielle béninoise de 2026
élection au Bénin
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L'élection présidentielle béninoise de 2026 a lieu le afin d'élire le président de la république du Bénin pour un mandat de sept ans.
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| Élection présidentielle béninoise de 2026 | ||||||||||||||
| Corps électoral et résultats | ||||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Inscrits | 7 897 287 | |||||||||||||
| Votants | 4 853 746 | |||||||||||||
| 63,57 % | ||||||||||||||
| Votes exprimés | 5 020 401 | |||||||||||||
| Blancs et nuls | 166 655 | |||||||||||||
| Romuald Wadagni – Indépendant[a] Colistier : Mariam Chabi Talata | ||||||||||||||
| Voix | 4 575 449 | |||||||||||||
| 94,27 % | ||||||||||||||
| Paul Hounkpè – FCBE Colistier : Judicaël Hounwanou | ||||||||||||||
| Voix | 278 297 | |||||||||||||
| 5,73 % | ||||||||||||||
| Président de la République | ||||||||||||||
| Sortant | Élu | |||||||||||||
| Patrice Talon Indépendant |
Romuald Wadagni Indépendant | |||||||||||||
| modifier - modifier le code - voir Wikidata | ||||||||||||||
Le président sortant Patrice Talon n'est pas éligible à sa réélection, la constitution limitant le chef de l'État à un maximum de deux mandats. À la suite d'une révision de la Constitution entreprise l'année précédente, le mandat du président élu en 2026 sera de sept ans, contre cinq auparavant.
Les conditions particulièrement strictes de candidatures mises en place par le gouvernement sortant conduisent à l'affrontement de seulement deux candidats dès le premier tour, le candidat du parti d'opposition Les Démocrates, Renaud Agbodjo, n'ayant pu valider sa candidature.
Dauphin du président sortant et des partis de la majorité présidentielle, l'indépendant Romuald Wadagni l'emporte de manière écrasante avec plus de 94 % des voix face à Paul Hounkpè, du parti d'opposition Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE).
Contexte
Fin de la présidence de Patrice Talon

L'élection présidentielle d' intervient peu après une importante révision constitutionnelle suivie des élections législatives organisées le précédent[1]. Le scrutin est précédé en d'une vaste révision constitutionnelle, qui voit la durée du mandat des députés passer de cinq à sept ans, ainsi que par un durcissement du seuil électoral exigé pour l'obtention des sièges, qui passe de 10 à 20 % des suffrages exprimés. Comme lors des précédentes élections législatives organisées sous la présidence de Patrice Talon, seules une poignée de formations politiques sont autorisées à concourir.
Le , une proposition de loi constitutionnelle est en effet présentée devant l'Assemblée nationale par les députés Aké Natondé et Assan Séibou — respectivement présidents du groupe de l'Union progressiste le renouveau (UP-R) et du Bloc républicain, deux partis soutenant Patrice Talon[2]. Le texte est voté dans la nuit du par 90 voix pour et 19 contre, soit la majorité qualifiée des quatre cinquièmes exigée par la Constitution de 1990[3]. L'adoption du texte est notamment rendu possible par la défection, en octobre, de six députés du groupe d'opposition Les Démocrates dont notamment Michel Sodjinou[4],[5]. La révision est officiellement promulguée le par le président Talon[6].
La révision prévoit notamment le rallongement de deux ans du mandat du président de la République, qui passe ainsi de cinq à sept ans. La limitation à un maximum de deux mandats présidentiels, consécutifs ou non, ne fait en revanche pas l'objet de changement. Au niveau législatif, une innovation majeure voit l'établissement d'un parlement bicaméral composé de l'Assemblée nationale qui devient la chambre basse tandis qu'est créé un Sénat, qui devient la chambre haute. Prévu pour être composé de membres élus au scrutin direct et nommés en partie par le président, ce nouvel organe a pour charge, selon la révision, de « réguler la vie politique. ». Le mandat des parlementaires et des élus locaux passent également de cinq à sept ans mais sans limitation du nombre de mandats. Enfin, la discipline de parti est instaurée pour les députés : désormais tout député qui quitte son parti se voit déchoir de son mandat[7],[5].
Une autre disposition instaure une « trêve politique » de six ans allant de la proclamation de l'élection du président jusqu'à un an avant le début d'un nouveau scrutin, durant laquelle « l'activité politique à finalité compétitive et électorale est prohibé »[7]. Pour le président Patrice Talon cette disposition vise essentiellement à limiter « les activités assimilables à une campagne électorale » et amener l'opposition à se montrer « constructive » lors de cette trêve, sans que cela l'empêche de critiquer l'action du gouvernement[8].
Le vote de cette nouvelle révision de la Constitution, peu après la dernière en 2019, fait l'objet de critiques de la part de l'opposition, émanant surtout du parti Les Démocrates, qui demande son annulation. Le parti dénonce le prolongement des mandats présidentiels et parlementaires qui n'était pas prévu initialement dans la proposition de loi[5]. La trêve politique instaurée après les élections est également décrié comme une atteinte à la liberté d'expression et un moyen de museler l'opposition par le pouvoir[3]. Enfin, la création de sièges ex officio au Sénat, réservés aux anciens présidents de la République, est vu par les Démocrates comme un moyen pour Talon de se placer pour continuer à garder un contrôle sur le futur président[7],[9].
Échec de l'opposition aux législatives
A l'issue du scrutin législatif, seules l'Union progressiste le renouveau (UP-R) et le Bloc républicain (BR) — deux partis soutenant Patrice Talon — parviennent à franchir le seuil électoral et obtenir des sièges. L'opposition est ainsi totalement absente de l'assemblée.
Le président sortant en est alors à son deuxième et dernier mandat constitutionnel, et déclare à plusieurs reprises ne pas avoir l’intention de modifier la constitution pour se présenter à sa réélection[10]. Pour la première fois, le président beninois est élu en 2026 pour un mandat de sept ans renouvelable une seule fois, le septennat ayant également été introduit à la présidence en même qu'à l'Assemblée[11].
L'échec de l'opposition aux législatives est alors déterminante en vue de l'élection présidentielle. Depuis , un candidat à la présidence doit en effet pour valider sa candidature recueillir les parrainages d'au moins 15 % du total des 109 députés et 77 maires du pays, soit 28 parrainages, contre 10 % auparavant[12],[13]. Cette limitation conduit à l'invalidation de la candidature de Renaud Agbodjo, candidat du principal parti d'opposition, Les Démocrates. Celui manque d'une signature le seuil requis après le retrait du parrainage de l'un des 28 députés de son parti, Michel Sodjinou, sous la législature précédente[14].
Tentative de coup d'État en 2025
Le matin du , des éléments des Forces armées béninoises menés par le lieutenant-colonel Pascal Tigri attaquent la résidence de Patrice Talon à Cotonou et annonce à la télévision nationale l'avoir « démis de ses fonctions[15]. » Ils annoncent également la suspension de la Constitution et des institutions, et s'identifient comme le Comité militaire pour la refondation (CMR)[16]. Cette tentative de coup d'État intervient dans le contexte de la fin du mandat de Talon, en fonction depuis 2016, qui doit quitter ses fonctions à la suite des élections prévues en . En , deux associés de Talon sont condamnés à 20 ans de prison en 2024 pour complot contre l'autorité de d'État et corruption selon le verdict de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET)[17].
L'insurrection échoue en quelques heures face à la résistance des forces loyalistes, soutenues par une intervention militaire du Nigeria et de la CEDEAO, ainsi qu'un appui technique de la France[18]. Le président Talon affirme dans la soirée que la situation est « totalement sous contrôle. » Le bilan humain fait état de plusieurs victimes, notamment lors des affrontements près de la présidence. Si une douzaine de militaires sont rapidement interpellés, Pascal Tigri demeure en fuite[19]. Dans les jours qui suivent, les autorités procèdent à une vague d'arrestations visant des figures de l'opposition, dont l'ancien ministre Candide Azannaï et l'activiste Kémi Séba, qui se voit soumettre un mandat d'arrêt, soupçonnés d'implication dans cette tentative de déstabilisation[20].
Système électoral
Le président de la république du Bénin est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de sept ans renouvelable une fois. Si aucun candidat n'obtient la majorité des voix au premier tour, les deux candidats arrivés en tête s'affrontent lors d'un second tour organisé dans les quinze jours suivant le premier tour[21]. Depuis un amendement constitutionnel adopté en , chaque candidat à la présidence doit se présenter avec un candidat à la vice-présidence. Ce colistier a également un mandat de sept ans et est chargé de terminer le mandat du président en cas de destitution ou d'autre empêchement[22].
Les candidats doivent être de nationalité béninoise de naissance, ou l'avoir obtenue depuis au moins dix ans, résider au Bénin, être de « bonne moralité et d'une grande probité », jouir de leurs droits civils et politiques, être âgés de plus de 40 ans et de moins de 70 ans au moment de leur candidature, et jouir d'un état complet de bien-être physique et mental dûment constaté par un collège de trois médecins assermentés par la cour constitutionnelle[23]. À ces conditions s'ajoute, depuis un amendement voté en 2019, l'obligation de réunir les parrainages d'au moins 10 % du total des 109 députés et 77 maires du pays, soit 18 parrainages[24].
Campagne
Dauphin du président sortant et des partis de la majorité présidentielle — l'Union progressiste le renouveau et le Bloc républicain — l'indépendant Romuald Wadagni fait figure de favori[25],[26]. Ministre de l'Économie et des Finances dans le gouvernement sortant, il fait campagne sur les thème de la lutte contre la pauvreté ainsi que sur le renforcement des forces de sécurité nationale, dans le contexte de l'insurrection djihadiste dans le nord du pays. Se réclamant ouvertement de l'héritage du président sortant, il promet de continuer les programmes de modernisation et de développement mis en œuvre sous Patrice Talon, et d'étendre l'accès aux équipements de santé[27],[28],[29].
Seul candidat de l'opposition ayant pu concourir graces aux parrainages de membres de la majorité sortante, Paul Hounkpè, des Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE), pâtit du refus du dirigeant des Démocrates, Noureini Atchade, d'appeler à voter pour lui[30],[31],[32]. Il fait campagne sur le thème du coût de la vie en promettant de réduire les prix des biens de première nécessité, et sur la libération des opposants emprisonnés sous le gouvernement sortant[33].
Résultats
| Candidats et colistiers |
Partis | Premier tour | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Voix | % | |||||
| Romuald Wadagni Mariam Chabi Talata |
Indépendant[a] | 4 575 449 | 94,27 | |||
| Paul Hounkpè Judicael Hounwanou |
FCBE | 278 297 | 5,73 | |||
| Votes valides | 4 853 746 | 96,68 | ||||
| Votes blancs et nuls | 132 059 | 2,63 | ||||
| Votes annulés | 34 596 | 0,69 | ||||
| Total | 5 020 401 | 100 | ||||
| Abstention | 2 876 886 | 36,43 | ||||
| Inscrits / participation | 7 897 287 | 63,57 | ||||
Analyse et conséquences

L'élection se déroule dans le calme. La place de favori de Romuald Wadagni et l'exclusion des autres opposants font de la participation une donnée particulièrement suivie par les observateurs et le gouvernement. Ce dernier demeure en effet marqué par la tentative de coup d'État quelques mois plus tôt, qui a révélé la fragilité d'un pays considéré comme l'une des démocraties les plus stables d'Afrique de l'Ouest, avec cinq passations de pouvoir démocratiques depuis l'indépendance[36],[37].
La participation jugée faible par les observateurs durant le scrutin[38], se révèle néanmoins plus élevée qu'en 2021 avec 58 % contre 50 % cinq ans plus tôt. Romuald Wadagni est élu comme attendu avec une majorité écrasante de 94 % des suffrages exprimés, en l'absence de candidats d'envergure[39]. Son avance est telle que son opposant Paul Hounkpè reconnait sa défaite et le félicite dés le soir du scrutin, avant même la publication des résultats provisoires le lendemain[30],[40]. La mission d'observation de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) salue une « bonne organisation du scrutin »[30]. Les partis de la majorité, l'Union progressiste le renouveau et le Bloc républicain, se félicitent à leur tour du déroulement de l'élection[41].
Technocrate discret bénéficiant de bons rapports avec son prédécesseur sous lequel il avait dirigé de profondes réformes économiques, Romuald Wadagni aurait bénéficié — outre l'exclusion des principaux opposants — d'un bon bilan et d'une image consensuelle. Le candidat avait également été très présent sur le terrain tout au long de la campagne, multipliant les meetings. Ayant été « adoubé » par Boni Yayi en amont du scrutin, son élection à la présidence pour un septennat inscrit ainsi le pays dans la continuité du gouvernement sortant[42].