ǁKabbo
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ǁKábbo (également connu sous le nom d'ǀuhi-ddoro ou Jantje Tooren) était un chasseur et conteur du peuple ǀXam, un des peuples San (ou Bushman) d'Afrique du Sud. Il est devenu enseignant de la langue et culture |xam lors de son séjour au Cap chez le Dr Wilhelm Bleek et sa belle-soeur Lucy Lloyd, entre 1871 et 1873. Il fut l'un des principaux contributeurs de la "collection Bleek et Lloyd", qui figure au registre Mémoire du Monde de l'UNESCO. Ses récits, dont beaucoup furent publiés en 1911 dans le recueil Specimens of Bushman Folklore, fournissent de précieuses informations sur la vie, les rituels et les croyances de la société ǀXam[1].

Bitterpits, près de Kenhardt, Bushmanland
Vanwyksvlei, Colonie du Cap
| Alias |
uhi-ddoro, Jantje Tooren |
|---|---|
| Naissance |
vers 1815 Bitterpits, près de Kenhardt, Bushmanland |
| Décès |
Vanwyksvlei, Colonie du Cap |
| Nationalité | ǀXam, San, Afrique du Sud |
| Activité principale |
Conteur |
| Famille |
|Han‡kass'o - gendre |
Biographie
Jeunesse
ǁKábbo est né vers 1815 au lieu-dit Bitterpits, situé à environ 50 km au Sud de l'actuelle petite ville sud-africaine de Kenhardt, au nord de ce qui était à l'époque la Colonie du Cap. Le nom ǁKábbo signifie « Rêve », mais ne lui fut donné qu'à l'âge adulte. Son nom d'enfance était « |Han≠i≠I », qui signifie « pensées du mari ». [2] (p129) Ses deux parents moururent avant qu'il atteigne l'âge adulte. Au début des années 1840, il épousa !Kwabba-an, avec qui il eut trois enfants, dont l'un mourut en bas âge.
Les lieux de son enfance (points d'eau, formations rocheuses, etc.) ont été abondamment décrits dans ses récits. La plupart de ces lieux sont associés à la chasse d'animaux tels que les autruches ou les springboks.[2](p141–146) et il considérait que ces lieux étaient « siens », car il les avait hérités de son père.
Relations avec les colons européens (années 1840 à 1860)
ǁKábbo a vécu pendant le génocide à l'encontre des San du Cap, et ses récits nous éclairent sur son vécu et ses relations avec les colons d'origine européenne. Dès les années 1840, ǁKábbo vit de nombreux jeunes membres de sa famille élargie « être emmenés », c'est-à-dire trafiqués ou faits prisonniers pour travailler de force pour les Boers. Dans les années 1850, après que le gouverneur Harry Smith eut étendu les frontières de la colonie du Cap de la rivière Sak jusqu'au fleuve Orange, une partie de la famille élargie de ǁKábbo a été massacrée par un commando boer. [2](p148)Ses récits concernant les épisodes ultérieurs de sa vie incluent de nombreux épisodes heureux de chasse avec le mari de sa fille, |Han‡kass'o, dans les années 1860. Pendant cette période, où les plumes d'autruche étaient très demandées au Cap, les fermiers blancs se sont livrés à du troc avec les |xam, échangeant des plumes d'autruche contre du tabac ou d'autres marchandises. [2] (p152)À la fin des années 1860, une nouvelle période de sécheresse s'installa, aggravée pour les Ixam par le fait que les colons blancs contrôlaient les terres et les ressources en eau pour leur bétail, privant les |xam de ressources essentielles à leur subsistence. Vers 1868, ǁKábbo serait devenu le chef d'une bande notoire de voleurs de bétail qui, selon Tony Traill, aurait volé 19 têtes de bétail vers mai-juin 1868, et 10 autres têtes de bétail pendant l'hiver 1868.
Arrestation, procès et peine de prison
ǁKábbo a fourni un récit détaillé de son arrestation, ce qui nous permet de retracer précisément son parcours. Il fut arrêté pour vol de bétail en mars 1869, avec une douzaine d'autres individus |xam, incluant son fils et son gendre, dans le cadre d'une opération de ratissage à la suite de l'arrestation de centaines de membres de l'ethnie Korana, connue pour piller les fermes des colons.[2](p153) ǁKábbo a rapporté qu'après leur arrestation, les trois hommes furent transportés à Victoria West en chariot (leurs femmes et leurs enfants les suivant à pied). À Victoria West, ils furent jugés et condamnés à deux ans de travaux forcés le 23 octobre 1869. Après être affectés à la construction d'une route à Victoria West, ils furent transférés à Beaufort West, avant d'être conduits à pied à Wellington, d'où ils furent transportés au Cap. Le 1er mars 1870, ils furent inscrits sur le registre des prisonniers de la station de bagnards de Breakwater au Le Cap, et affectés aux travaux portuaires. [2](p153) C’est à la prison que ǁKábbo rencontra le linguiste Dr Wilhelm Bleek et sa belle-sœur Lucy Lloyd, en novembre 1870. En janvier 1871, Bleek soumit ǁKábbo à l’expérience humiliante d’être photographié nu, [2] (p108)conformément aux spécifications fournies par Thomas Henry Huxley, afin de contribuer au projet de Huxley visant à rassembler des spécimens photographiques de toutes les ethnies de l'Empire britannique à des fins anthropologiques. [2] (p105)
Séjour à The Hill, au Cap (1871-1873)
Le linguiste Bleek et sa belle-soeur Lloyd s'intéressaient à la langue et à la mythologie des San, et avaient déjà, en 1870, appris les rudiments de la langue |Xam auprès de leur premier jeune informateur |A!kunta. Mais ils souhaitaient désormais recueillir davantage d'informations sur les contes et la mythologie |Xam. ǁKábbo leur parut comme l'informateur idéal, car il était non seulement un conteur passionné, mais aussi un homme plus expérimenté, possédant un savoir pratique considérable. En février 1871, ǁKábbo fut transféré à The Hill, la maison des Bleek à Mowbray en périphérie du Cap, où il avait un statut mixte d'informant et de domestique. Pendant un peu plus de deux ans, Bleek et Lloyd l'interviewèrent presque quotidiennement, et consignèrent des éléments de sa généalogie , une carte de son lieu d'origine et de multiples récits dans leur carnets, qui sont préservés dans la collection Bleek & Lloyd.
Les récits de ǁKábbo étaient souvent racontés sur plusieurs jours; en conteur expérimenté, il animait ses récits de langage corporel, de dialogues et était maître de l'art de la digression. [2] (p162) Ses sujets de prédilection incluaient la mythologie |Xam[2](p162), (par ex. « La mante et la lune ») des légendes anciennes et des histoires familiales, ainsi que des scènes de la vie quotidienne des |Xam, telles que les pratiques associées à la chasse aux autruches ou aux springboks. [2] (p165)
A partir du milieu de l'année 1871, ǁKábbo commença à exprimer le souhait de rentrer auprès des siens : sa peine de prison était terminée, il éprouvait le mal du pays, et se sentait frustré de devoir travailler comme domestique pour Jemima, la femme de Bleek, et ses sœurs, une relation qui allait à l'encontre du sens de la dignité et du respect qu'il estimait être dû aux hommes plus âgés. [2] (p200) Néanmoins, il resta à The Hill jusqu'en 1873 . [2] (p202)
Retour dans sa région natale
ǁKábbo et |A!kunta quittèrent Mowbray à pied le 15 octobre 1873 pour rejoindre leurs familles, et parvinrent à retrouver leurs femmes respectives. Cependant, ǁKábbo ne resta pas sur la terre de ses ancêtres, probablement parce qu'elle avait été, en son absence, saisie par des colons ; il partit donc s'établir avec sa femme au service d'un fermier blanc, à Vanwyksvlei, à quelque 50 kilomètres au sud du lieu de son enfance. C'est là que ǁKábbo mourut le 26 janvier 1876.
Publications
- Stories That Float From Afar, Cape Town, David Philip, (ISBN 0-86486-462-0)
- Wilhelm H. I. Bleek et Lucy C. Lloyd, Specimens of Bushman Folklore, G. Allen,
