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Association catholique de la jeunesse française

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L'Association catholique de la jeunesse française (ACJF), est un mouvement de jeunes militants ayant pour pratique « la piété, l'étude et l'action ». Elle est fondée par le comte Albert de Mun, importante figure du catholicisme social au Parlement, en 1886, dans le but de « restaurer l'ordre social chrétien ». A l'origine association de « jeunes gens » issus de la bourgeoisie, l'organisation s'ouvre aux catégories populaires dans les années 1900, atteignant 160 000 adhérents à son apogée. Dans l'entre-deux-guerres elle s'ouvre aux mouvements spécialisés de l'Action catholique, en assurant leur coordination théorique. Le conflit qui l'oppose dès l'origine à la Jeunesse ouvrière chrétienne provoque, entre autres causes, sa dissolution en 1956.

Fondation
Dissolution
Structure
Fédération, confédération
Faits en bref Fondation, Dissolution ...
Association catholique de la jeunesse française
Piété, étude, action
Histoire
Fondation
Dissolution
Cadre
Forme juridique
Structure
Fédération, confédération
Siège
Organisation
Effectif
160 000 (1927)
Fondateur
Albert de Mun
Personnes clés
Henri Bazire, Pierre Gerlier, Charles Flory
Idéologie
Catholicisme social
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De 1886 à 1926, de la fondation au mouvement de masse

Photo du siège en 1909, 76 rue des Saints-Pères (6e arrondissement de Paris).
Les dirigeants de l'ACJF lors du congrès d'Albi (1905).

Le lancement

L'Association catholique de la jeunesse française est fondée dans un contexte de stratégie de « reconquête » de la société par les catholiques, en butte à la législation anticléricale de la Commune puis de la Troisième République.

Albert de Mun, député légitimiste à la Chambre des députés, et fondateur de l'Œuvre des cercles catholiques d'ouvriers a été frappé par la vitalité de la Jeunesse catholique suisse lors de son déplacement au congrès eucharistique de Fribourg en 1885. Il prend alors l'initiative de rassembler six ou sept « jeunes gens » pour créer officiellement l'ACJF, le 23 ou 29 mars 1886, selon les sources[1][2], au siège parisien de l'Œuvre des cercles. Son premier aumônier est l'abbé Charles Maignen, de la congrégation des Frères de Saint Vincent de Paul[1]. Cependant ce sont les jésuites qui vont assurer l'aumônerie, en partie car de Mun souhaite « maintenir sa fondation à distance respectable d'une hiérarchie séculière trop encline à la contrôler », d'après l'historien Alain René Michel[1].

De Mun souhaite former une élite de jeunes gens issus des écoles catholiques afin de former une nouvelle « aristocratie de dirigeants » qui coopèreront au « rétablissement de l'ordre social chrétien »[2], selon la formule d'un livre de René de La Tour du Pin[3].

Les jeunes se retrouvent par groupes locaux, avec l'assistance d'aumôniers qui ne doivent cependant assurer qu'une présence discrète. Leur occupation suit le triptyque « Piété, étude, action »[2]. Les jeunes sont incités à communier fréquemment, selon les injonctions des papes et des évêques à cette époque, et à prendre part à des retraites spirituelles. Les militants participent à des cercles d'études. Ils préparent des exposés pour leurs camarades et apprennent l'art oratoire. Ils mettent en place des œuvres sociales dans leur quartier, et animent des conférences Saint Vincent de Paul ou des patronages d'enfants. Ils prennent part également aux campagnes de défense religieuse menées contre la politique anticléricale des gouvernements radicaux.

Au début les jeunes sont issus des écoles jésuites, et comptent principalement des étudiants en droit[2]. L'association rassemble déjà 1 500 adhérents à son premier congrès, à Angers, en 1887[4], puis 5 000 en 1891 avec 70 groupes[2]. Elle s'organise en groupes locaux et en fédérations régionales.

L'élargissement

Une séance d'étude au cercle ACJF St Joseph

Le 4 avril 1904, Henri Bazire, président de l'ACJF, lance sa célèbre formule : « nous sommes sociaux parce que nous sommes catholiques », appelant son mouvement à développer son action en direction de la classe ouvrière[2]. L'ACJF poursuit alors l'ouverture amorcée plus tôt aux paysans, ouvriers et classes moyennes, notamment par l'entremise des patronages. À tel point qu'à la veille de la guerre, l'association compte près de 140 000 membres, répartis en 3 000 groupes[5], ce qui en fait l'un des mouvements de jeunesse français les plus importants. En 1927, elle revendique 6 000 jeunes ouvriers, issus l'artisanat et de la petite entreprise.

L'ACJF développe son action sociale par la tenue de quatre congrès provinciaux entre 1903 et 1908, qui étudie les questions syndicales, mutualistes, ouvrières et agraires. Les mesures réclamées passeront dans la législation 20 à 30 ans plus tard[5]. Chaque congrès est préparé par les militants au moyen d'un questionnaire qui les invite à mener une enquête.

L'ACJF gagne sa popularité auprès des évêques grâce à sa participation aux campagnes de défense religieuse, contre la tenue des inventaires en 1905 et contre l'expulsion des congréganistes[5]. Elle obtient ainsi une solide base paroissiale, notamment dans le Nord-Pas-de-Calais, où l'on recense 450 groupes en 1913[5].

La Première guerre mondiale provoque une véritable hécatombe dans les rangs de l'ACJF. Au moins 15 000 jeunes y laissent leur vie, ainsi que l'ancien président Henri Bazire, décédé de ses blessures au gaz en 1919[6]. Les effectifs sont toutefois rapidement reconstitués, puisqu'ils parviennent à leur apogée en 1927, avec 160 000 membres. C'est ce qui permet à l'ACJF de s'opposer en premier à la politique anticléricale d'Édouard Herriot en 1924, avant de passer le relai à la Fédération nationale catholique du général Castelnau.

Groupe ACJF de Ville-au-Val (Meurthe-et-Moselle) au congrès de Lourdes en 1931

Président de l'ACJF de 1921 à 1926, Charles Flory, prolongeant l'orientation de Henri Bazire, mobilise les militants afin de s'engager dans les affaires de la cité, sous le slogan « civiques, parce que catholiques ». L'engagement dans un parti politique est exclu, mais l'ACJF ne se prive pas d'inviter les jeunes à pénétrer les institutions républicaines. Cet effort civique est soutenu par la revue Les annales de la Jeunesse catholique, adressée aux dirigeants[6].

L'association est pourvoyeuse de nombreuses vocations religieuses (comme Pierre Gerlier, son ancien président, qui deviendra archevêque de Lyon) et politiques (engagement au Parti démocrate populaire puis au Mouvement républicain populaire).

De 1927 à 1945, une fédération de mouvements spécialisés

La spécialisation

Le lancement de la Jeunesse ouvrière chrétienne en 1925, par l'abbé Guérin, crée un conflit avec l'ACJF. Celle-ci disposait déjà de ses propres équipes ouvrières, encadrées par une Commission ouvrière centrale[2]. Devant le succès de la JOC, le président de l'ACJF, François de Menthon, souhaite d'abord la placer sous la direction de son organisation. L'abbé Guérin refuse, arguant d'une différence de méthode et de la nécessaire autonomie de son mouvement. Un compromis est trouvé par l'entremise de l'abbé Pierre Gerlier : la JOC conserve son autonomie, mais est institutionnellement rattachée à l'ACJF, qui va développer ses propres mouvements spécialisés[7]. Cette nouvelle forme est actée au congrès de Rouen en 1927. Les ouvriers revendiqués par l'ACJF viennent alors épaissir les rangs de la JOC.

En 1929, l'ACJF crée sous son autorité la Jeunesse agricole catholique et la Jeunesse étudiante chrétienne. En 1930, elle lance également une Jeunesse maritime chrétienne[2], puis la Jeunesse indépendante chrétienne en 1935. Il faut également compter parmi ces mouvements leurs alter égo féminins.

En 1936, l'ACJF organise son dernier congrès de masse au Parc des Princes, où elle réunit 40 000 jeunes. La fédération revendique alors 200 000 membres pour l'ensemble de ses mouvements. Ce congrès a été largement éclipsé par le succès du congrès jociste l'année suivante.

L'ACJF est donc devenue une instance fédérale chargée de coordonner et d'amplifier l'action des mouvements spécialisés. De ce fait elle se fait moins visible, certains militants ignorant même son existence.

La deuxième guerre mondiale

L'ACJF joue cependant un rôle important durant l'Occupation allemande de 1940-1944, en représentant les mouvements spécialisés auprès du Secrétariat général de la Jeunesse à Vichy. Elle s'oppose notamment à la formation d'un mouvement national unique sur le modèle fasciste[8].

Comme la majorité des Français, les dirigeants de l'ACJF adhèrent au début à la figure du maréchal Pétain, unanimement salué par l'épiscopat. Ils espèrent beaucoup de la révolution nationale, qui « converge » fortement avec leur programme éducatif. Les mouvements spécialisés bénéficient d'une aide matérielle de la part de l'État français[9].

Cependant l'ACJF reste très lucide sur les dangers du nazisme, qu'elle dénonçait déjà avant la guerre, à l'instar de la papauté, pour des raisons spirituelles. Les Cahiers de notre jeunesse de l'ACJF, qui paraissent de juin 1941 à juin 1943, ont une ligne très antifasciste. Parallèlement l'organisation s'oppose de plus en plus à la politique du second gouvernement Laval. Ainsi le 6 mars 1943, le Conseil national élève une protestation contre l'instauration du STO. Lors du conseil national clandestin de Montmartre à la Toussaint 1943, il est décidé que Maurice-René Simonnet prenne la direction des jeunes chrétiens combattants, qu'André Colin et Albert Gortais se consacrent au Conseil national de la Résistance[9].

De 1945 à 1956, la crise de la « troisième ACJF »

En 1947, René Rémond présente au Conseil fédéral un rapport dans lequel il appelle à renforcer l'action collective des mouvements spécialisés sur le plan institutionnel. Cela aboutit à la mise en place, en décembre 1949, d'une commission exécutive, chargée de constituer un mouvement autonome à cinq branches (JOC, JEC, JAC, JIC, JMC).

La JOC fait cependant volte face en 1954 en refusant le projet de nouveaux statuts. En février 1955, l'ACJF passe outre et lance la publication des « Cahiers de l'ACJF », une revue commune à tous les mouvements. La JOC quitte alors la commission, et reçoit le soutien d'Émile Guerry, secrétaire générale de l'Action catholique. Bien que la JOC ait réintrégré le comité restreint de l'ACJF en janvier 1956, le président André Vial décide de démissionner, le 15 septembre, devant une « paralysie quasi totale de l'ACJF »[10] Cette situation résulte de causes multiples et complexes : opposition avec la JOC et la JEC, conflit avec le clergé sur l'autonomie du mouvement, désaccord sur les méthodes apostoliques et les orientations politiques et sociales...

Liste des présidents

Chants

Hymne de l'ACJF (parles de l'abbé H. Baron et musique de H. Valeur)[8] :

Debout ! La jeunesse de France !


Refrain

Debout ! la jeunesse de France !
Formons pour Dieu nos rangs vainqueurs !
Debout ! nous sommes l'espérance,
Armons nos bras, gardons nos cœurs !

I

Fils des martyrs tombés dans les arènes
Nous sommes nés de leur sang généreux.
Et si leur sang coule encor dans nos veines,
Sachons encor le répandre pour eux.
Ne craignons pas. Les Césars invincibles
Contre eux jadis ont brisé leur pouvoir :
Et nos tyrans ne sont pas plus terribles,
Ni Dieu moins fort, ni moins beau le devoir.

Notes et références

Bibliographie

Archives

Liens externes

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