En 1876, le conseil municipal de Leicester achète 23 ha de terrains marécageux entre la rivière et le canal au comte de Dysart dans le but de développer des plans de prévention des inondations. La planification de cette première version du parc est en cours en 1879, dans le cadre des plans élaborés par les géomètres de l'arrondissement pour atténuer les inondations dans la région. Toujours est-il que la conception du parc lui-même est soumise à un concours. Le projet lauréat, avec son kiosque à musique, ses ponts rustiques et ses jardins aménagés, est l'œuvre de William Barron, un paysagiste de renom. Il s'agit du premier parc public de taille significative à Leicester et ouvre le 29 mai 1882 par le prince et la princesse de Galles, un événement commémoré par une plaque ornée à l'entrée de la route d'Abbey Park[1]. Le parc est créé dans une région qui avait auparavant été décrite comme « un terrain marécageux dans un quartier pauvre » pour un coût supérieur à 40 000 £. Les travaux comprennent l'élargissement et l'approfondissement du fleuve sur une longueur d'environ un mile, la terre excavée étant utilisée pour créer des tertres au sein de parc, ainsi que la construction de barrages et écluses en pierre. Trois nouveaux ponts sont construits traversant la rivière. Un lac artificiel est créé et plus de 33 000 arbres sont plantés. Les fouilles effectuées dans le cadre de ces travaux ont permis de découvrir des restes d'animaux dont des éléphants et des rhinocéros. Le parc ainsi créé occupe 57 acres de terrain entre la Soar et le Grand Union Canal[1]. Deux pavillons conçus par l'architecte J. Tait sont construits à l'entrée du parc, côté Abbey Road.
Bien que le nouveau parc s'appelle Abbey Park, le site de l'abbaye lui-même, délimité par d'imposants murs médiévaux en maçonnerie et en briques, ne se situe pas dans le parc, mais se trouve en zone agricole, de l'autre côté de la Soar. L'emplacement exact de l'abbaye est inconnu, il ne reste aucun vestige autre que les murs d'enceinte et les ruines de Cavendish House, datant du XVIe siècle. Les investigations archéologiques de nature limitée commencent dans les années 1920, et l'enthousiasme populaire est alimenté par la découverte, en 1922, du tombeau de Toutankhamon en Égypte, et l'espoir que la tombe du cardinal Wolsey puisse être découvert de la même manière[2]. Après diverses fouilles modestes, le site de l'abbaye, d'une superficie de 13 hectares, est donné à la ville par le comte de Dysart en fin 1925. Plusieurs années de travaux préliminaires et des tentatives sporadiques pour déterminer l'emplacement des bâtiments de l'abbaye sont suivies de travaux plus approfondis entrepris en 1929-1930. Avec la montée du chômage qui culmine au cours de la Grande Dépression, le conseil municipal tente d'atténuer la pauvreté locale en employant une équipe d'ouvriers pour débroussailler le site envahi par la végétation, et l'architecte W K Bedingfield est en mesure d'utiliser ce processus pour rechercher, puis mettre au jour, les fondations enfouies des bâtiments de l'abbaye[2]. On y découvre diverses sépultures, mais aucun tombeau grandiose comme on l'espérait. Après avoir dégagé et cartographié l'étendue de l'église abbatiale et de plusieurs bâtiments monastiques, les ouvriers érigent des murets pour marquer les fondations et les bases des piliers. Ils entreprennent également d'importantes restaurations des ouvrages en pierre et en brique des murs d'enceinte médiévaux, notamment le long des côtés nord et ouest du site, traditionnellement attribués aux abbés Penny et Cloune[2]. Le mur nord et ouest s'appelle désormais le mur de l'abbé Penny et est classé monument historique de catégorie I. Des allées sont aménagées sur le terrain, des courts de tennis sont construits, un grand ovale est nivelé pour servir de terrain de cricket, et un nouveau pont en pierre de style classique est construit enjambant la Soar pour relier les deux parties du parc[2].
En dépit de l'absence de la tombe, les ruines de l'abbaye reçoivent une dalle commémorative en l'honneur du cardinal Thomas Wolsey. Il meurt en route de York à Londres le 29 novembre 1530. Une statue à son effigie se dresse également à côté du café du parc[3][4]. À côté du site de l'abbaye de Leicester du XIIe siècle, délimité par de bas murs de pierre, se trouvent les imposantes ruines de Cavendish House (construite au XVIIe siècle par William Cavendish (1er comte de Devonshire), intégrant le corps de garde de l'abbaye et, selon la tradition, construite avec des pierres provenant de l'abbaye)[2][5]. La maison est utilisée par Charles Ier après le siège de Leicester durant la guerre civile anglaise en 1645 ; après qu'il soit parti, ses soldats y mettent le feu, laissant la maison brûlée. Le cadre de fenêtre en pierre calcinée est encore visible aujourd'hui.