Abbaye de Leicester
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| Abbaye de Leicester | ||
Murets disposés selon le plan général de l'abbaye de Leicester, établi lors des fouilles des années 1920 et 1930. | ||
| Ordre | Augustins | |
|---|---|---|
| Fondation | 1143 | |
| Fermeture | 1538 | |
| Diocèse | Diocèse de Lincoln | |
| Fondateur | Robert II de Beaumont | |
| Dédicataire | Assomption | |
| Localisation | ||
| Pays | ||
| Subdivision administrative | Leicestershire | |
| Commune | Leicester | |
| Coordonnées | 52° 38′ 56,21″ nord, 1° 08′ 12,73″ ouest | |
| Géolocalisation sur la carte : Angleterre
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L'Abbaye de Leicester est une institution religieuse augustine située dans la ville de Leicester, dans le Leicestershire, en Angleterre. L'abbaye est fondée au XIIe siècle par Robert II de Beaumont, deuxième comte de Leicester, et devient l'institution religieuse le plus riche du Leicestershire. Grâce au patronage et aux dons, l'abbaye obtient le droit de patronage d'innombrables églises à travers l'Angleterre, et acquiert une quantité considérable de terres, ainsi que plusieurs seigneuries. L'abbaye de Leicester entretient une cellule (une petite maison filiale dépendante) au prieuré de Cockerham, dans le Lancashire. La prospérité de l'abbaye est renforcée par l'octroi de privilèges spéciaux des rois anglais ainsi que du pape. Ces mesures comprennent une exemption de l'obligation d'envoyer des représentants au Parlement et du paiement de la dîme sur certaines terres et certains animaux d'élevage. En dépit de ses privilèges et de ses vastes domaines fonciers, à partir de la fin du XIVe siècle, l'abbaye commence à souffrir financièrement et est contrainte de louer ses biens immobiliers. La situation financière, déjà précaire, est aggravée tout au long du XVe siècle et au début du XVIe siècle par une succession d'abbés incompétents, corrompus et dépensiers. En 1535, les revenus considérables de l'abbaye sont largement inférieurs à ses dettes, encore plus considérables.
L'abbaye abrite en moyenne 30 à 40 chanoines, parfois appelés chanoines noirs, en raison de leur robe (un habit blanc ainsi qu'une cape noire). L'un de ces chanoines, Henry Knighton, est notamment connu pour sa Chronique, écrite durant son séjour à l'abbaye au XIVe siècle. En 1530, le cardinal Thomas Wolsey meurt au sein de l'abbaye, pendant son voyage vers le sud pour y être jugé pour trahison. Quelques années plus tard, en 1538, l'abbaye est dissoute, et est rapidement démolie, avec les matériaux de construction réutilisés dans diverses structures à travers Leicester, dont un manoir ayant été construit sur le site. L'institution passe entre les mains de plusieurs familles aristocratiques et prend le nom de Cavendish House après son acquisition par le 1er comte de Devonshire, en 1613. L'institution est finalement pillée et détruite par le feu en 1645, suite à la prise de Leicester durant la guerre civile anglaise.
Une partie de l'ancien complexe de l'abbaye a été donnée au conseil municipal de Leicester (l'ancêtre du conseil municipal moderne) par le 8e comte de Dysart. En 1882, le prince de Galles l'ouvre et prend le nom d'Abbey Park. Les 13 hectares restants, qui comprennent le site de l'abbaye et les ruines de Cavendish House, sont donnés au conseil par le 9e comte de Dysart en 1925 et, suite à des fouilles archéologiques, ouvrent au public dans les années 1930. Suite à sa démolition, l'emplacement exact de l'abbaye est perdu ; il n'est redécouvert que lors de fouilles dans les années 1920/30, lorsque son plan est établi à l'aide de murets en pierre. L'abbaye est fouillée en profondeur et a déjà été utilisé pour la formation des étudiants en archéologie à l'Université de Leicester. L'abbaye de Leicester est désormais protégée en tant que monument classé et est inscrite au registre des monuments historiques de catégorie I.
Fondation
L'abbaye de Leicester est fondée lors d'une vague d'enthousiasme monastique ayant déferlé sur la chrétienté occidentale au cours du XIe siècle ainsi que du XIIe siècle[1]. Cette vague est responsable de la fondation de la majorité des monastères d'Angleterre, et très peu sont fondés après le XIIIe siècle. Ces monastères sont souvent fondés par un riche bienfaiteur aristocratique dotant et soutenant les institutions en échange de prières pour leur âme, et souvent, le droit d'être enterré au sein de l'église monastique[1]. L'abbaye de Leicester est fondée dans la tradition augustine. Les moines de l'abbaye sont appelés chanoines et suivent les règles monastiques établies par saint Augustin d'Hippone. Parfois appelés chanoines noirs, en raison de leur robe (un habit blanc ainsi qu'une cape noire), les chanoines augustins vivent une vie cléricale consacrée au ministère public ; cela se distingue des autres formes de monachisme où les moines vivent cloîtrés, coupés du monde extérieur, et mènent une vie isolée et contemplative[2].
L'abbaye de Leicester est fondée en 1143 par Robert II de Beaumont dit le Bossu, deuxième comte de Leicester, et est consacrée à l'Assomption de la Vierge Marie[3]. Ce n'est pas la première abbaye que Robert fonde ; il fonde également l'abbaye de Garendon, également dans le Leicestershire en 1133. Le père de Robert, Robert Ier de Meulan, 1er comte de Leicester, avait auparavant fondé à Leicester un collège de chanoines laïcs, connu sous le nom de Collège Sainte-Marie de Castro. La nouvelle abbaye prend le contrôle du collège et de ses biens, qui comprennent toutes les églises de Leicester. Robert y ajoute le don de nombreuses églises dans le Leicestershire, le Berkshire et le Northamptonshire. L'abbaye reçoit également le manoir d'Asfordby suite à sa fusion avec le collège ainsi que le manoir de Knighton de son fondateur[3].
Les comtes de Leicester continuent de soutenir l'abbaye : Pernelle de Grandmesnil, l'épouse du fils du fondateur, Robert III de Beaumont, 3e comte de Leicester, finance la construction du grand chœur de l'abbaye ; tandis que son mari fait don de 24 virgates de terre à Anstey[3].
En 1148, le pape Eugène III accorde à l'abbaye une exemption du paiement de la dîme pour leurs terres et leur bétail nouvellement acquis. Cette autorisation est accordée à la condition qu'il n'y ait ni irrégularités ni violence lors de l'élection de l'abbé, et que ceux qui font des dons à l'abbaye puissent y être enterrés, qu'ils soient excommuniés ou non.
XIVe siècle

Bien que l'abbaye de Leicester soit une institution religieuse, elle est attaquée en 1326 par les soldats du comte de Lancastre, qui saisissent les biens appartenant à Hugues le Despenser (1er comte de Winchester), qui sont conservés là[3].
Sous l'abbé de William Clowne (1345-1378), l'abbaye prospère, accroissant ses terres et ses dotations grâce à des acquisitions telles que les manoirs d'Ingarsby et de Kirkby Mallory. Clowne est décrit comme entretenant des relations amicales avec le roi Édouard III, relations dont il se sert pour obtenir de nouveaux privilèges pour l'abbaye, notamment l'exemption de l'obligation d'envoyer des représentants au Parlement. Cependant, à la fin du XIVe siècle, l'abbaye entre dans une période difficile et ses revenus commencent à diminuer[3].
C'est durant cette période que l'abbaye abrite le chanoine Henry de Knighton, auteur de la Chronique de Knighton[4]. La chronique comprend à la fois les expériences contemporaines de Knighton, entre 1377 et 1395, et une section historique relatant les événements survenus entre 1066 et 1366. Knighton relate l'influence de John Wyclif, la montée en puissance des Lollards et dresse un portrait étonnamment favorable de Jean de Gand. La chronique de Knighton est appréciée des historiens pour son récit contemporain de la peste noire à Leicester, qu'il compare au Décaméron de Boccace, qui relate la peste à Florence[5]. Son récit détaillé relate les effets de la peste noire sur Leicester. Cela inclut l'impact sur les prix de la nourriture, des céréales, du vin et du bétail, ainsi que sur l'évolution des salaires et du marché du travail. La chronique comprend également un bilan détaillé des décès pour toutes les paroisses de Leicester, révélant qu'un tiers de la population de Leicester meurt de la maladie[5],[6]. Suite aux décès des chanoines au sein de l'abbaye, Knighton avance l'hypothèse qu'il s'agit d'une punition infligée en raison de « l'ordination de candidats mal préparés et peu aptes au ministère sacré »[6]. La chronique ne paraît qu'en 1652[4].
XVe siècle
Au XVe siècle, l'abbaye commence à louer ses terres (très probablement pour pallier la baisse de ses revenus). En 1477, seules les terres du domaine à Leicester, Stoughton et Ingarsby restent non louées et sont directement exploitées par l'abbaye[3].

Philip Repyngdon est abbé de l'abbaye de Leicester de 1393 à 1405, date à laquelle il démissionne pour devenir « aumônier et confesseur » du roi Henri IV, puis évêque de Lincoln et cardinal. Le successeur de Repyngdon, Richard de Rothely, obtient une licence royale l'autorisant à demander au pape de retirer l'abbaye de la juridiction de l'évêque de Lincoln, car l'abbé craint que Repyngdon n'interfère avec son ancienne abbaye, qui se trouvait dans ce diocèse. On ignore si le pape a jamais accédé à cette requête, car Repyngdon a également adressé une requête au pape, recevant une déclaration confirmant que l'abbaye de Leicester est « entièrement soumise à lui et à ses successeurs »[3].
Sous l'abbé William Sadyngton (1420-1442), la situation de l'abbaye se dégrade encore. Une visite de William Alnwick, évêque de Lincoln, en 1440, révèle que le nombre de chanoines passe de 30 à 40 à seulement 14 et que le nombre de garçons à l'aumônerie chute de 25 à 6. Sadyngton est accusé de diverses pratiques douteuses : d'accepter des garçons inaptes à l'aumônerie contre de l'argent, de détourner divers revenus mineurs, de s'octroyer les charges de trésorier et de cellérier et de ne pas divulguer les comptes de l'abbaye à ses chanoines. Sadyngton est également connu pour employer des domestiques et est même accusé de pratiquer la magie, dont la divination[3].
Malgré la corruption financière apparente de l'abbé Sadyngton, l'abbaye semble jouir d'une situation financière stable : ses bâtiments monastiques ont été récemment et largement reconstruits, et elle perçoit un revenu annuel conséquent de 1 180 £. Sans doute en raison de ces revenus importants, l'évêque Alnwick n'a apparemment pas pris de mesures fermes contre l'abbé. Il ordonne que le nombre de chanoines soit porté à 30 et celui des garçons à l'aumônerie à 16. L'évêque ordonne également que des comptes soient tenus correctement et interdit à l'abbé d'accorder des faveurs sans l'autorisation de l'évêque et des chanoines[3].

XVIe siècle
En 1518, William Atwater, évêque de Lincoln, se rend à l'abbaye pour l'inspecter. L'abbé, Richard Pescall, comme Sadyngton, est accusé de malversations financières, mais aussi jugé trop âgé pour exercer ses fonctions. Parmi les dépenses extravagantes de Pescall figure un nombre excessif de chiens qui errent en liberté, souillant l'église, la salle capitulaire et le cloître ; quant à lui, l'évêque déplore la mauvaise éducation reçue par les garçons de l'aumônerie[3].
Une visite de suivi, en 1521, du successeur de l'évêque Atwater, John Longland, montre que la situation ne s'améliore pas. L'abbé Pescall assiste rarement aux offices religieux et, lorsqu'il le fait, il amène souvent son bouffon qui « perturbe les offices par ses pitreries ». Le mauvais exemple de l'abbé affecte le comportement du chanoine, mangeant et buvant à des moments inappropriés, ne participe pas aux offices (en moyenne, 11 des 25 chanoines y assistent) et erre librement hors de l'abbaye : il fréquente les auberges de la ville et va souvent à la chasse[3]. Deux chanoines sont également accusés d'incontinence. Cette visite révèle que l'abbaye est fortement endettée, ce qui conduit l'évêque à nommer deux administrateurs pour superviser les finances de l'abbaye[3].
Le chancelier du diocèse de Lincoln visite l'abbaye en 1528 et constate que la situation ne s'améliore pas. L'abbé ne participe toujours pas aux offices et prend ses repas à des heures et dans des lieux inhabituels, à l'écart des autres chanoines. Le chancelier se plaint également du nombre « excessif » de domestiques de l'abbé. Les 24 chanoines continuent par ailleurs de quitter fréquemment l'abbaye sans raison valable[3].
L'évêque Longland ne voit d'autre choix que de destituer l'abbé Pescall, mais la tâche n'est pas simple car Pescall tente de consolider sa position en envoyant des cadeaux et des pots-de-vin à Thomas Cromwell, ce qui conduit l'évêque Longland à « harceler » l'abbé en s'immisçant constamment dans les affaires de l'abbaye[3]. L'abbé Pescall démissionne finalement 5 ans plus tard (10 ans après que ses « échecs » ont été remarqués pour la première fois) et se voit accorder une pension de 100 £ par an. La démission de Pescall est loin d'être calme cependant. Pescall écrit fréquemment à Thomas Cromwell pour se plaindre des affaires de l'abbaye, déplorant même que 13 £ de sa généreuse pension annuelle de 100 £ soient prélevées en impôts, et demandant que cet impôt soit payé par l'abbaye.

C'est durant le mandat de l'abbé Pescall, en 1530, que le cardinal Thomas Wolsey visite l'abbaye[3]. Wolsey est un ministre influent au sein du gouvernement du roi Henri VIII. Il tombe en disgrâce après avoir échoué à obtenir l'autorisation papale pour le divorce d'Henri et de sa femme, Catherine d'Aragon, et, le 4 novembre 1530, est arrêté pour trahison. Pendant son trajet du Yorkshire à Londres, où Wolsey devait être détenu prisonnier, il tombe malade. Le trajet conduit Wolsey à travers Leicester, et, il arrive à l'abbaye le 26 novembre, déclarant : « Père abbé, je suis venu ici pour laisser mes ossements parmi vous. » Wolsey meurt le 30 novembre et le public est autorisé à voir sa dépouille avant qu'il soit enterré au sein de l'église de l'abbaye.
Au moment du départ de Pescall, la situation financière de l'abbaye est précaire : bien qu'étant le monastère le plus riche du Leicestershire (avec un revenu de 951 £ en 1534), il doit au total 1 000 £ à ses créanciers. John Bourchier, qui sera le dernier abbé de l'abbaye, en prend la direction en 1534 et, dès 1538, ramène la dette à 411 £[3]. Les abbés sont généralement élus parmi les chanoines de l'abbaye : Bourchier représente une rupture avec la tradition. Il accède très probablement à la charge d'abbé grâce à l'instigation de l'influent Robert Fuller, abbé de Waltham Abbey, et à la promesse d'un pot-de-vin pour Thomas Cromwell, principal conseiller d'Henri VIII. Les détails exacts sont inconnus, mais des lettres semblent indiquer que Cromwell se voit promettre 100 £ et le bail de la grange de l'abbaye d'Ingarsby à son neveu Richard Williams (Cromwell) ; la promesse ne sera tenue qu'en avril 1536, Bourchier fait face à l'opposition de la part des chanoines de l'abbaye. Les historiens suggèrent qu'en choisissant des abbés comme Bourchier, Cromwell aurait pu sélectionner ceux qu'il jugeait plus « dociles » face à ses futures réformes de l'Église (c'est-à-dire la future Dissolution des monastères, de laquelle Cromwell est l'architecte).

En 1527, le roi Henri VIII demande au pape Clément VII d'annuler son mariage à Catherine d'Aragon, mais le pape refuse. Cela déclenche une série d'événements connus sous le nom de Réforme anglaise, au cours de laquelle Henri rompt avec l'autorité du pape[7]. Au lieu du pape, Henri s'arroge l'autorité sur l'Église : tous les prêtres et religieux, y compris les moines, sont tenus de prêter serment de fidélité à la suprématie royale sur l'Église. L'abbé Bourchier ainsi que les 25 chanoines de l'abbaye de Leicester reconnaissent la suprématie royale du roi le 11 août 1534, sauvant ainsi l'abbaye d'une dissolution immédiate[3].
Thomas Cromwell, principal ministre d'Henri VIII, convoitait depuis longtemps les richesses des monastères anglais, qui représentaient alors environ un quart du patrimoine foncier du royaume. À partir de 1534, Cromwell fit inspecter chaque monastère, recensant leurs richesses et leurs dotations, et faisant régulièrement état d'irrégularités, de vices et d'excès. Ces rapports furent compilés dans des volumes intitulés le Valor Ecclesiasticus. L'abbaye de Leicester fut inspectée par Richard Layton en 1535 qui complimente l'abbé Bourchier en tant qu'homme honnête, mais qui essaie de porter des accusations d'« adultère et de vice contre nature » contre les chanoines de l'abbaye. L'abbé Bourchier cherche à s'attirer les faveurs de Thomas Cromwell afin de protéger ses chanoines et son abbaye ; en 1536, il lui envoie 100 livres sterling ainsi que des moutons et des bœufs en cadeau. Cette démarche s'avère finalement vaine : Cromwell persuade le roi Henri du comportement immoral au sein des monastères anglais, et ainsi, entre 1536 et 1541, ils sont tous supprimés et dissous : leurs terres, leurs biens et leurs richesses sont transférés au roi. Les tentatives de corruption de l'abbé ne purent sauver l'abbaye de Leicester, qui fut finalement remise à la couronne pour dissolution en 1538[3].
Après la Dissolution
Après la Dissolution en 1538, les bâtiments de l'abbaye sont démolis en quelques années ; seuls le corps de garde principal, les murs d'enceinte et les bâtiments de la ferme restent debout[3]. Le dernier abbé, John Bourchier, bénéficie d'une pension substantielle de 200 livres sterling par an, lorsque l'abbaye est dissoute : la plus importante du diocèse de Lincoln[3]. Les paiements ne durent pas très longtemps, cependant, en 1552, sous le règne du fils d'Henri VIII, le roi Édouard VI, les finances nationales sont si mauvaises que toutes les pensions supérieures à 10 £ sont suspendues, Bourchier n'ayant reçu aucun paiement pendant plus de six mois.

Suite à la Dissolution, durant une période où la religion évolue rapidement en Angleterre, Bourchier parvient à adapter ses convictions pour rester au sein de la hiérarchie ecclésiastique : il devient à deux reprises candidat à un évêché, avant d'être nommé recteur de Church Langton à partir de 1554. Ce bénéfice reflétait peut-être ses véritables convictions religieuses, car la cure était sous le patronage d'Edward Griffin de Dingley Hall, un fervent catholique ; il présentait également un intérêt financier, avec un revenu annuel de 60 livres sterling, le plus élevé du Leicestershire. Henri VIII envisagea personnellement la candidature de Bourchier au poste d'évêque du roi et proposa la création d'un nouvel évêché à Shrewsbury, mais il se ravisa finalement. En 1554, Bourchier est sur le point de devenir évêque lorsqu'Edward Griffin le propose comme candidat à l'évêché de Gloucester. Il se voit même accorder les revenus de l'évêché en prévision de sa nomination officielle par la reine Marie. Marie, en revanche, meurt, et Bourchier n'est jamais nommé. Marie est catholique, alors que sa sœur et successeure, la reine Élisabeth, est protestante, cette dernière refuse de nommer les candidats favoris de Marie aux cinq évêchés vacants laissés par cette dernière. Bourchier s'en est peut-être bien tiré, car deux autres candidats ont été arrêtés.
Bourchier se sentant incapable d'accepter les Actes d'établissement et d'uniformité de la reine Élisabeth, il décide, tout en conservant sa charge de recteur de Church Langton, de se faire discret : une liste des pensionnés du diocèse de Lincoln, dressée vers 1569, le mentionne comme « inconnu, vivant ou mort ». Cette situation perdure jusqu'en 1570, date à laquelle sa désobéissance est remarquée et il est démis de ses fonctions. En juin 1571, Bourchier vend ses droits à sa pension annuelle de 200 livres sterling à Sir Thomas Smyth pour la somme de 900 livres sterling, et s'envole discrètement à l'étranger, probablement en France ou en Flandres. Bourchier, un homme riche mais très âgé, recherché par l'État comme « fugitif outre-mer, en violation de la loi », vécut paisiblement à l'étranger jusqu'à la fin de ses jours. On ignore la date et le lieu de son décès, mais on pense qu'il vécut au moins jusqu'en 1577, date à laquelle il aurait eu environ 84 ans.

Cavendish House
Suite à la Dissolution des monastères, Henri VIII commence à louer ses terres et propriétés nouvellement acquises afin d'en tirer des revenus. L'abbaye de Leicester est concédée en 1539, pour une durée de 21 ans, au docteur Francis Cave, l'un des commissaires qui négocient la cession de l'abbaye. Durant cette période, l'abbaye est rapidement démolie et les pierres sont vendues pour répondre à la forte demande de la ville de Leicester.
La guerre contre la France et l'Écosse contraint Henri VIII à vendre certains établissements religieux et terres pour renflouer rapidement ses caisses. Ces biens sont ensuite concédés ou légués à des familles influentes qui sont des amis ou des partisans du roi. Ces anciennes institutions religieuses sont fréquemment transformées en maisons de campagne par leurs nouveaux propriétaires aristocrates[8],[9]. Parmi les exemples notables, citons l'abbaye de Calke, Longleat House, Syon House, l'abbaye de Welbeck et l'abbaye de Woburn.

L'abbaye de Leicester suit un schéma similaire : le bail du Dr Cave est écourté en 1551, lorsque le roi Édouard VI accorde l'abbaye à William Parr (1er marquis de Northampton), le frère de l'ancienne reine Catherine Parr. Une grande partie des pierres de l'abbaye est ensuite utilisée pour construire un nouveau manoir sur le site, pour le marquis. Ce dernier ne conserve l'abbaye que deux ans : après avoir soutenu la revendication du trône de Jane Grey en 1553, lors de l'accession au trône de Marie la Sanglante, il est arrêté et ses terres confisquées. Marie fait don de l'abbaye et du manoir à son partisan catholique Edward Hastings (1er baron Hastings de Loughborough), or, lui aussi tombe en disgrâce lorsque la sœur de Marie, Élisabeth Ire, accède au trône.
En 1572, l'abbaye est vendue à Henry Hastings (3e comte de Huntingdon), puis à son frère, Sir Edward Hastings, en 1590. Sir Edward est considéré comme le premier propriétaire à résider de façon permanente à l'abbaye, logeant dans le corps de garde pendant les travaux d'aménagement du site. Son fils, Henry (qui hérite de l'abbaye en 1603), la vend en 1613 à William Cavendish (1er comte de Devonshire) ; le manoir construit sur le site prend alors le nom de Cavendish House. Le 1er comte souhaite faire de l'abbaye sa résidence principale et entreprend donc d'agrandir considérablement le manoir, avec la construction d'une nouvelle aile au sud et d'une grande aile latérale au nord. La famille est extrêmement riche avec plusieurs autres domaines et demeures seigneuriales ; suite au décès du 1er comte, la famille décide d'utiliser Chatsworth House comme résidence principale : Cavendish House n’est utilisée que comme étape sur le chemin de Londres. La maison retrouve sa résidence à temps plein en 1638, cependant, lorsqu'elle est utilisée comme maison de douaire par Christian Cavendish (née Bruce), la veuve du 2e comte de Devonshire.
En 1645, au cours de la guerre civile anglaise, la maison est utilisée par le roi Charles Ier ainsi que les forces royalistes après avoir assiégé et pris Leicester. La maison est pillée et incendiée lorsque les royalistes partent et marchent vers le sud en direction d'Oxford, rencontrant les forces parlementaires à la bataille de Naseby. La maison Cavendish n'est jamais réparée.

La famille Cavendish vend l'abbaye en 1733, à ce moment-là, Cavendish House étant en ruines, le site est exploité comme terre agricole. Au XIXe siècle, l'abbaye devient la propriété des comtes de Dysart. Lionel Tollemache (8e comte de Dysart), vend les terres situées à l'est de la Soar (connues sous le nom d'Abbey Meadows) en 1876 afin de permettre à la municipalité de Leicester d'entreprendre des travaux de protection contre les inondations. La partie de ces terres située entre la rivière et le Grand Union Canal est aménagée par la municipalité en un espace public appelé Abbey Park, inauguré par le roi Édouard VII (alors prince de Galles) en 1882.
Les 13 hectares restants de l'enceinte de l'abbaye, qui comprennent le site de l'abbaye et Cavendish House, sont donnés par William Tollemache, 9e comte de Dysart, au conseil municipal de Leicester en 1925. Une partie de Cavendish House doit être démolie car elle est jugée dangereuse ; cependant, près de six ans et demi plus tard, la zone est ouverte au public et intégrée à Abbey Park.
Sépultures
- Pernelle de Grandmesnil, comtesse de Leicester
- Robert II de Beaumont, 2e comte de Leicester
- Stephen Segrave
- Gilbert de Segrave, fils de Stephen Segrave
- Robert IV de Beaumont, 4e comte de Leicester
- Thomas Wolsey
Fouilles archéologiques

Les premières fouilles de l'abbaye ont lieu au XVIIe siècle, lorsque la comtesse douairière, Christian Cavendish, charge son jardinier de rechercher le corps du cardinal Wolsey et des reliques de l'abbaye ; mais on ne trouve que peu de choses.
En l'absence de vestiges en surface, l'emplacement exact de l'abbaye est perdu, et c'est ainsi que, dans les années 1840, le rédacteur en chef du Leicester Chronicle, James Thompson, essaie, et échoue, de tenter de localiser l'église abbatiale. Dans les années 1850, la Société d'architecture et d'archéologie de Leicester mènerait également des fouilles, mais échoue aussi à localiser l'abbaye. Avant la donation du complexe abbatial par le 9e comte de Dysart, une autre tentative est entreprise, mais là encore, aucune trace de l'abbaye n'est retrouvée.
Dans la période qui s'écoule entre la donation du terrain en 1925 et l'ouverture du parc de l'abbaye, celle-ci fait l'objet de nombreuses fouilles archéologiques, qui se poursuivent pendant la décennie suivante. En 1930, l'église abbatiale et plusieurs de ses bâtiments annexes sont enfin localisés, et il est décidé (par l'architecte chargé de concevoir le nouveau parc public, William Bedingfield) que le site de l'abbaye serait aménagé avec des murs de pierre bas. Avec le pillage des pierres de l'abbaye, il ne reste de nombreux bâtiments que des tranchées : les vestiges des anciennes fondations. Ces tranchées ne sont pas toujours repérées par les premiers archéologues, ce qui explique que l'agencement de lieux comme la salle capitulaire, le dortoir et les cuisines demeure incertain.
En 2002, le service archéologique de l'université de Leicester décide de procéder à des fouilles sur le site présumé des cuisines de l'abbaye, afin de clarifier l'agencement de cette partie de l'abbaye. Ces premières fouilles ont mis au jour les murs nord et sud ainsi qu'un four en briques datant des XVe siècle et XVIe siècle, confirmant qu'il s'agit bien des cuisines. La zone de fouilles a été agrandie en 2003, avec la mise au jour de l'angle sud-ouest du bâtiment et d'un second four : cet angle n'est pas entièrement dépouillé de ses pierres, deux assises de grès subsistant. Le second four contenait du charbon de bois, des fragments de blé et d'orge, des arêtes de poisson et des noisettes. Un drain identifié lors des fouilles des années 1930 a également été localisé ; on y a trouvé de petits os, des écailles de poisson et des ossements de rats qui y vivaient autrefois.
Cette fouille confirme que la cuisine s'agit d'un bâtiment carré mesurant 11,88 mètres de côté, avec des murs d'une épaisseur comprise entre 1,32 mètre et 1,74 mètre. La présence de fours dans les coins de la pièce suggère que celle-ci a une forme octogonale à l'intérieur : similaire aux cuisines retrouvées à l'abbaye de Glastonbury.
De 2000 à 2008, les ruines de l'abbaye servent de site de fouilles pédagogiques pour les étudiants en archéologie de l'École d'histoire ancienne et d'archéologie à l'Université de Leicester.
Plan

Les fouilles archéologiques entreprises permettent aux historiens de calculer l'agencement et le plan de l'abbaye : qui sont ensuite tracés avec des murs de pierre bas, au cours des années 1920 et 1930. L'église abbatiale est construite sur un terrain artificiellement surélevé et est réputée pour sa riche décoration. Elle possède une tour à l'extrémité ouest, sous laquelle se trouve l'entrée principale de l'église ; deux grands transepts qui s'étendent au-delà des bas-côtés ; et de grandes chapelles latérales secondaires, situées soit près du chœur, soit à l'extrémité est de l'église.
Le cloître se situe au sud de l'église abbatiale et est flanquée de trois ailes de bâtiments. L'aile ouest abrite le « lavatorium », une pièce servant à la toilette ; une crypte voûtée, utilisée comme réserve ; et, au premier étage, les meilleurs logements de l'abbaye, probablement y compris ceux occupés par l'abbé. L'aile est abrite la salle capitulaire de l'abbaye ; une petite pièce probablement une bibliothèque ou une sacristie ; une seconde crypte plus vaste, également utilisée comme réserve ; un couloir, appelé la Slype, menant au cimetière ; et, au premier étage, le dortoir du chanoine et les latrines communes. L'aile sud comprend une autre crypte ; une salle de réchauffement, équipée d'un grand feu pour que les résidents puissent se réchauffer ; et, au premier étage, le réfectoire où les frères prennent leurs repas.
Au sud des cloîtres se situetrois autres ensembles de bâtiments s'organisent autour d'une cour pavée. L'aile ouest de cette cour abrite les cuisines de l'abbaye. Au sud-est de cette cour se trouve un grand bâtiment rectangulaire séparé, doté d'une petite avancée orientée au nord : ce bâtiment aurait été la « salle des invités », l'avancée étant interprétée comme un oriel.
L'abbaye se situe à l'intérieur d'une vaste enceinte fortifiée. Les murs d'origine, construits en grès au XIIIe siècle, présentent des tours d'angle saillantes et des tours intermédiaires plus petites. Une grande partie de cette enceinte est démolie lors de l'agrandissement de celle-ci vers le sud, au début du XVIe siècle. Ces travaux auraient été réalisés sous l'abbé John Penny, et les vestiges sont aujourd'hui connus sous le nom de « Mur de l'abbé Penny ». Ce nouveau mur est construit en briques rouges, et non en pierre, et orné de quarante-quatre motifs ou symboles différents, parmi lesquels des blasons, des motifs simples et des symboles religieux, tous intégrés à la maçonnerie en briques noires.
On accède à l'enceinte de l'abbaye par une porte extérieure située sur le mur nord. Celle-ci mène à un passage d'environ 60 mètres de long, bordé de part et d'autre par des murs de pierre. Au sud, il est délimité par le corps de garde officiel de l'abbaye. Le corps de garde d'origine, de plain-pied, se composait de deux logis encadrant la porte ; il fut agrandi par la suite. Le nouveau corps de garde mesure 21 mètres sur 8,5 mètres : il présente des tourelles rondes à chaque angle, probablement destinées à abriter des escaliers, et comporte deux étages au-dessus de la porte. À l'ouest du corps de garde se trouve ce qui semble être une petite cuisine secondaire.
À l'est de l'enceinte se trouve l'infirmerie de l'abbaye : un hôpital qui servait autrefois à soigner les chanoines malades ou âgés. L'infirmerie se compose de deux grands bâtiments : une chapelle et une salle (avec des latrines à une extrémité) faisant office de salle commune. L'enceinte de l'abbaye comprend également un aumônerie, où des garçons pauvres reçoivent une éducation gratuite dans une sorte d'internat ; un moulin à eau ; un pigeonnier ; et un étang à poissons.
