Abby Whiteside

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Abby Whiteside
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Rudolph Ganz (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Abby Whiteside, née le et morte le , est une professeure de piano américaine. Elle a remis en question l'approche centrée sur les doigts de la plupart des méthodes d'enseignement du piano classique et a plutôt préconisé une attitude holistique dans laquelle le bras et le torse sont les chefs d'orchestre d'une image musicale conçue d'abord dans l'esprit.

Whiteside Whiteside naît le Vermillion, Dakota du Sud[1]. Elle fait des études de musique à l'Université du Dakota du Sud. Après avoir enseigné quelque temps à l'Université de l'Oregon, elle étudie en Allemagne avec Rudolph Ganz (en). De retour aux États-Unis, elle enseigne d'abord en Oregon, puis à New York, et développe progressivement les idées qui l'ont rendue célèbre.

Elle meurt le Menlo Park, Californie[1].

Idées

« Why spend dull hours with Hanon when the arm can easily furnish all the power that is needed without specialized training? If we could only believe in nature's way instead of in traditional concepts, so much wasted time, boredom, and ultimate frustration could be avoided. »

 Abby Whiteside, Mastering the Chopin Etudes and Other Essays, p. 178

« Pourquoi passer des heures ennuyeuses avec Hanon alors que le bras peut facilement fournir toute la puissance nécessaire sans entraînement spécialisé ? Si seulement nous pouvions avoir foi en la méthode naturelle plutôt qu’en les concepts traditionnels, tant de temps perdu, d’ennui et, à terme, de frustration pourraient être évités. »

 Traduction libre, Mastering the Chopin Etudes and Other Essays, p. 178

Le catalyseur du développement de la philosophie de Whiteside est la prise de conscience que, comme elle l'écrivait, « …les élèves de mon studio jouaient ou ne jouaient pas, et c'était tout. Les talentueux progressaient, les autres non – et je ne pouvais rien y faire »[note 1],[2].

Whiteside loue le talent naturel des enfants prodiges et des pianistes de jazz, et cherche à comprendre comment une technique autodidacte pouvait aboutir à une telle virtuosité. Un de ses principes pédagogiques, découlant de cette vision, est que les morceaux de piano doivent être assimilés non pas tant comme une simple mémoire musculaire (en), mais comme une mémoire intrinsèque de leur contenu musical.

L'une de ses méthodes pédagogiques pour y parvenir consiste à travailler les œuvres dans différentes tonalités, ou en alternant les mains, voire simultanément dans plusieurs tonalités. Puis, en revenant à la tonalité, aux positions des mains et au tempo corrects, nombre de problèmes techniques antérieurs sont résolus. Une autre méthode importante, utilisée notamment au tempo correct du morceau, quelle que soit sa rapidité, est ce qu'elle appelle « le contour »[note 2] : sauter des notes à condition de maintenir le « rythme fondamental »[note 3] et la dynamique corporelle. Le pianiste utilise ces techniques pour ancrer le contenu musical le plus fermement possible dans son esprit, remplaçant la concentration technique note par note – et l'attention musicale qui en découle – par la maîtrise de la phrase musicale dans son ensemble.

Dans les Indispensables of Piano Playing, Whiteside décrit un système de « flucrum » (points d'appui) utilisé par le pianiste pour un jeu efficace. Elle affirme que le doigt est le point d'appui du poignet, le poignet celui de l'avant-bras, l'avant-bras celui bras, le bras celui de l'épaule, et l'épaule celui du haut du corps. Whiteside pense que toutes ces parties doivent agir en harmonie pour produire un beau son et que l'âme est le principal moteur de ce système.

Selon elle, les doigts sont presque inutiles pour exercer une force ou une direction. Bien qu'on puisse les entraîner avec beaucoup de patience pour atteindre un certain niveau de dextérité, leur force et leur mobilité restent limitées. En effet, l'annulaire, en particulier, est très peu mobile. Whiteside préconise plutôt l'utilisation de l'humérus comme force principale pour produire un son au piano : l'articulation de l'épaule, à la fois puissante et subtile, est parfaitement capable d'effectuer le travail de n'importe quel doigt, et de plus, de positionner chaque doigt de manière optimale, de sorte qu'un simple mouvement du bras vers le bas suffit pour produire une note. Ainsi, les doigts « faibles » (c'est-à-dire l'annulaire ) ne sont pas faibles s'ils sont actionnés par la force du bras, et les exercices visant à développer leur « force » sont une perte de temps.

Plus encore que le bras, Whiteside défend le concept de « rythme fondamental »[note 3] – un terme quelque peu spécialisé dans ses écrits, désignant un sens inné du phrasé présent chez presque tous les êtres humains. Ce rythme imprègne chaque action nécessaire à la production d'une phrase musicale, le torse, l'humérus, l'avant-bras, le poignet et les doigts formant un mécanisme unique pour l'exprimer. Ainsi, toute tentative de créer une technique digitale totalement indépendante entrave l'expression unifiée d'une phrase musicale et ne fait qu'encourager ce qu'elle appelle une « approche note par note »[note 4] – concevoir la musique comme une suite de hauteurs de sons non liés entre eux plutôt que comme un tout.

Whiteside considère les études de Chopin comme le point précis où la technique digitale atteint ses limites ; seule une technique utilisant le bras pour diriger les phrases conçues dans le cerveau est à même de les aborder. Elle se montre dédaigneuse des exercices de Czerny et de Hanon.

La conception de l'utilisation musculaire chez Whiteside s'apparente en partie à la technique Alexander ; l'école moderne la plus connue et la mieux formalisée a sans doute été fondée par Dorothy Taubman (La méthode de Taubman est aujourd'hui perpétuée par l'Institut Golandsky (en))[3].

Critiques

Malgré les résultats obtenus par Whiteside avec ses propres élèves (dont beaucoup n'étaient pas prometteurs lorsqu'ils ont commencé ses cours), les techniques basées sur l'indépendance des doigts continuent d'être largement enseignées ; bien que l'idée soit désormais répandue qu'une technique de bras efficace est essentielle pour jouer avec fluidité et éviter les blessures dues aux mouvements répétitifs (en), peu d'enseignants sont prêts à abandonner complètement le concept de l'entraînement des doigts.

Les mêmes études de Chopin sur lesquelles elle fonde une grande partie de son enseignement constituent un obstacle jusqu'à ce que ses méthodes soient appliquées. Il est également pertinent de noter que Chopin lui-même aurait été opposé à cette idée d'égalisation des doigts, qui commençait à se répandre à son époque[4].

Héritage

Outre Robert Helps (en), deux élèves de Whiteside sont devenus des professeurs renommés : Joseph Prostakoff, qui a enseigné au célèbre pianiste et pédagogue de jazz Barry Harris, et Sophia Rosoff qui a enseigné à Harris ainsi qu’aux pianistes de jazz Fred Hersch et Ethan Iverson. Whiteside a également été le professeur particulier de deux compositeurs américains : Morton Gould et Vivian Fine. Frankye A. Dixon, une autre élève brillante d’Abbey Whiteside, a enseigné la musique à l’Université Howard, à Washington, D.C.

À la fin des années 1950, Rosoff crée la Fondation Abby Whiteside vouée à la promotion de ses idées, à la formation des enseignants et des interprètes et à l'organisation de récitals de pianistes formés aux méthodes de Whiteside.

Bibliographie

Notes et références

Liens externes

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