Affaire du chantage à la sextape à Saint-Étienne
scandale politique français à Saint-Etienne
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L'« affaire du chantage à la sextape de Saint-Étienne » fait référence à un scandale politique français qui débute en et se conclut par une affaire judiciaire en 2025.
| Affaire du chantage à la sextape à Saint-Étienne | |
| Titre | Affaire du chantage à la sextape de Saint-Étienne |
|---|---|
| Fait reproché | Chantage |
| Chefs d'accusation | Chantage, Association de malfaiteurs |
| Auteurs | Gaël Perdriau, Samy Kéfi-Jérôme, Gilles Rossary-Lenglet et Pierre Gauttieri |
| Pays | |
| Ville | Lyon |
| Date | Années 2010 et 2020 |
| Nombre de victimes | Gilles Artigues |
| Jugement | |
| Statut | Affaire jugée |
| Tribunal | Tribunal judiciaire de Lyon et Cour d'appel de Lyon |
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Gaël Perdriau, maire de Saint-Étienne, est accusé d'avoir exercé un chantage, pour des raisons politiques, auprès de son adjoint Gilles Artigues en se servant d'une sextape destinée à compromettre un membre de son équipe municipale.
En 2025,, un procès s'ouvre contre Gaël Perdriau et sept co-prévenus, aboutissant à une condamnation de ce dernier et de la plupart des prévenus, condamnations globalement confirmées en appel en 2026.
Déroulé des faits
Premières révélations de Médiapart
Le , Gaël Perdriau, maire LR de Saint-Étienne, est mis en cause dans une enquête de Mediapart dans une affaire de chantage visant son premier adjoint, Gilles Artigues. Perdriau, qui voyait Artigues comme un rival potentiel, aurait cherché à le neutraliser en obtenant un moyen de pression sur lui[1]. Des proches de Gaël Perdriau auraient piégé Gilles Artigues en le filmant à son insu avec un prostitué homosexuel recruté par leurs soins lors d’une soirée intime en 2014, à Paris, dans le but de faire pression sur lui sur le plan électoral[1].
Selon Mediapart, c'est un élu municipal de la majorité (et adjoint au maire chargé de l’éducation), Samy Kéfi-Jérôme, devenu ensuite conseiller régional délégué[2] et vice-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui a placé une caméra dans la chambre d'hôtel de Gilles Artigues et utilisé la technique du Kompromat en utilisant une sextape. Gilles Rossary-Lenglet, à l'époque compagnon de Samy Kéfi-Jérôme, déclare avoir conçu et organisé cette opération à la demande de l'équipe du maire et touché avec lui 50 000 € de la part de la municipalité, via des subventions versées à des associations stéphanoises qui l'auraient ensuite rémunéré[1].
Rossary-Lenglet reconnaît les faits dans d’autres médias et sera mis en examen. Dans une interview du , il explique que le chantage a été motivé par le fait que Gilles Artigues avait en politique « construit son rapport de force sur la communauté catholique » et été « très proche de la manif pour tous » [3]. Lors du procès, il déclarera avoir été motivé par son animosité personnelle envers Gilles Artigues, ce dernier s'étant opposé en 2013 à la loi sur le mariage homosexuel[4]. L’AFP a mentionné ensuite brièvement que Gilles Artigues était « connu » pour être « homophobe »[5] puis a abandonné cette accusation sans source. Le but du chantage était, selon Gilles Rossary-Lenglet, de faire pression sur le leader local centriste de l'UDI afin de le dissuader d'entretenir des velléités d'indépendance, voire de se présenter à la mairie de Saint-Étienne. Par la suite, Gilles Rossary-Lenglet, sans emploi et atteint dans sa santé, n'obtient pas le poste qu'il espérait de la part de la mairie. Se jugeant abandonné, il décide de rendre publics les faits, quitte à être condamné lui-même. En , Rossary-Lenglet contacte Antton Rouget de Mediapart et lui raconte l’histoire de la vidéo [6].
D'après l’enquête menée pendant trois mois par Mediapart, le harcèlement dont était victime Gilles Artigues depuis six ans, à partir de 2016, l'aurait poussé à envisager le suicide[7] et l'aurait conduit à renoncer à ses ambitions politiques vis-à-vis de la mairie de Saint-Étienne. Le directeur de cabinet de Gaël Perdriau aurait menacé de transmettre la vidéo à des parents d'élèves[7], et fait croire à Gilles Artigues qu'elle contenait des éléments très compromettants sur lui[7].
Le lendemain de la publication de l'article de Mediapart, Gilles Artigues annonce une plainte contre X et contre Samy Kéfi-Jérôme pour « guet-apens en bande organisée financé par des fonds publics », « non-dénonciation de délit ou crime », « menaces et chantage »[8]. Ce qui conduit le parquet de Lyon à ouvrir une information judiciaire[9],[10]. Gaël Perdriau dément dans un premier temps toute implication[11]. Il affirme ne pas avoir connaissance de l'existence d'une vidéo à caractère homosexuel, alors que ce détail n'était a priori connu que de la victime et des maitres chanteurs.
Mediapart publie le 2022 des enregistrements qui établiraient l'implication directe du maire dans le chantage, appuyé par son directeur de cabinet Pierre Gauttieri[12],[13],[14]. L'émotion parmi les Stéphanois est telle qu'une centaine de personnes manifestant le 2022 devant l'hôtel de ville en forcent l'entrée pour demander une rencontre avec l'édile[15].
Le 2022, acculé par sa majorité, Gaël Perdriau décide de licencier son directeur de cabinet[16]. Samy Kéfi-Jérôme démissionne de ses mandats de conseiller municipal et métropolitain[17] après l'annonce de la diffusion par Mediapart d'un nouvel enregistrement accablant[18]. Gaël Perdriau refuse pour sa part de démissionner, se met en retrait de ses fonctions à la métropole en [19],[20]. En , il est exclu à l'unanimité du parti Les Républicains[21].
Nouvelles révélations de Médiapart et conséquences politiques
Le , Mediapart révèle qu'une nouvelle vidéo a été découverte sur un vieux disque dur d'ordinateur, datant du , en relation avec la première vidéo qui avait été découverte en 2022[22].
Le , le média révèle qu’une autre opération avait été envisagée, à l’été 2015, cette fois contre Michel Thiollière, maire de la ville de 1994 à 2008, avec lequel Gaël Perdriau avait eu des divergences politiques par le passé. Le piège imaginé par MM. Rossary-Lenglet et Gauttieri aurait consisté à le compromettre gravement en utilisant une prostituée mineure[23].
Cette affaire, et le refus de Gaël Perdriau de démissionner, divise profondément la majorité municipale, dont une dizaine d’élus ont officiellement demandé sa mise en retrait en attendant le procès. Le 2023, six d’entre eux ont dénoncé, dans un communiqué, des « pratiques mafieuses » instaurées, selon eux, par son ancien directeur de cabinet. Un conseiller municipal réputé proche du maire a démissionné en évoquant un « profond malaise qui n’a fait que grandir ». Un ancien adjoint UDI, proche de Gilles Artigues, a, lui, décidé de siéger dans l’opposition à la suite de nouvelles révélations concernant l'affaire imaginée contre l’ex-maire Michel Thiollière. Une trentaine d'autres élus de la majorité restent en revanche fidèles au maire[24].
De plus en plus d'élus quittent le groupe du maire pour siéger dans l'opposition, voire démissionnent du conseil municipal. Les vexations et sanctions exercées par le maire se multipliant, des élus de la majorité décident collectivement, en juin, de ne plus exercer leur fonction d'adjoints ou de délégués, en quittant la majorité[25]. Le but de ce nouveau groupe d'opposants est alors, grâce à un nombre de départs de la majorité qu'ils espèrent suffisant pour atteindre un quota avant le , de provoquer l'obligation juridique d'élections municipales anticipées, car il n'y aura plus alors pour la majorité de réserve de personnes en nombre suffisant pour pourvoir ces postes vacants, parmi ceux qui étaient dans la liste des candidats de Gaël Perdriau lors des dernières élections municipales[26].
Des élections municipales anticipées se profilent alors à l'horizon mais mi-, les élus ayant quitté le groupe majoritaire annoncent finalement ne pas vouloir démissionner du conseil municipal car ils craignent que de nouvelles élections apportent la victoire des partis « extrêmes »[27]. Il est également reproché à Gaël Perdriau et ses avocats de retarder la date du procès via des demandes d’actes complémentaires, afin que celui-ci ait lieu après les élections municipales prévues en 2026 puisqu'il risque une peine inéligibilité avec exécution provisoire, ce qui l'empêcherait de se représenter à la mairie[28],[29].
Ouverture d'une information judiciaire et procès
En , le procureur de la République de Lyon annonce que Gaël Perdriau est renvoyé devant le tribunal correctionnel[30].
Le procès débute le au tribunal correctionnel de Lyon pour « chantage, soustraction, détournement de fonds publics par un dépositaire de l'autorité publique et participation à une association de malfaiteurs », l'association Anticor se porte partie civile[31],[32].
Le délibéré est rendu le : Gaël Perdriau est reconnu « entièrement coupable » de chantage, de complicité de chantage, d'association de malfaiteurs et de détournement de fonds publics, et condamné à cinq ans de prison dont un avec sursis avec mandat de dépôt à effet différé, et à cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate[33],[34].
Samy Kéfi-Jérôme et Gilles Rossary-Lenglet écopent de quatre ans d'emprisonnement dont trois ans fermes[33],[34].
Enfin, Pierre Gauttieri est condamné à une peine de quatre années de prison dont deux ans fermes[33].
Les deux couples à la tête d’associations stéphanoises poursuivis pour abus de confiance sont quant à eux relaxés, faute d'intention frauduleuse[33].
Les condamnés doivent également verser 200 000 € de dommages et intérêts à Gilles Artigues pour préjudice moral, 30 000 € à Mireille Artigues, son épouse, ainsi que 20 000 € à chacun des quatre enfants du couple, 13 000 € euros à Michel Thiollière, victime d'une tentative de chantage de la part de Pierre Gauttieri et Gilles Rossary-Lenglet, pour la Mairie de Saint-Etienne, 20 000 € à titre de préjudice moral, 20 000 € à titre de préjudice d'image, et au remboursement des 184 000 € de la protection fonctionnelle qu’avaient perçus les élus en cause, ainsi que 8 000 € à l’association Anticor[35],[36]
Gaël Perdriau, Samy Kéfi-Jérôme et Gilles Rossary-Lenglet font appel, contrairement à Pierre Gauttieri[37].
Gaël Perdriau est incarcéré au centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse le 7 janvier 2026[38],[39]. Le , il obtient une remise en liberté sous contrôle judiciaire jusqu’à son procès en appel prévu du au , devant la cour d’appel de Lyon[40]. Il a néanmoins obligation de s'enregistrer tous les quinze jours au commissariat de Saint-Étienne et a interdiction de quitter le territoire français[41].
Le 10 septembre 2026, la cour d'appel condamne à nouveau Gaël Perdriau à cinq ans de prison dont un avec sursis, mais alourdit sa peine d'inéligibilité, portée à dix ans, et décerne un mandat de dépôt, entrainant son incarcération immédiate. Samy Kéfi-Jérôme est à nouveau condamné à trois ans de prison fermes. Gilles Rossary-Lenglet voit sa peine réduite à deux ans de prison fermes contre trois en première instance[42].