Affaire des hommes de la rue du Bac
affaire pédocriminelle française révélée en 2024
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L'affaire des hommes de la rue du Bac est une affaire française lors de laquelle un groupe pédocriminel composé de personnalités de l’intelligentsia parisienne est accusé, en 2024, d'avoir opéré au cours des années 1980 dans un appartement situé au 97, rue du Bac à Paris (l'hôtel de Salm-Dyck).
François Gibault
Claude Imbert
Jean-François Lemaire
Gabriel Matzneff
Jean-François Revel
| Affaire des hommes de la rue du Bac | |
| Chefs d'accusation | Pédophilie |
|---|---|
| Auteurs | Mis en cause François Gibault |
| Pays | |
| Ville | Paris |
| Date | Années 1970 et 1980 |
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Principales caractéristiques de l'affaire
D'après les témoignages récoltés, un groupe d'hommes impose des sévices à plusieurs enfants dans un appartement au 35, rue de Varenne dans les années 1970 et 1980[1],[2].
Les hommes humilient les enfants et les pénètrent avec des objets métalliques. Il y a cinq ou six enfants environ à chaque séance, des garçons blancs et des filles non blanches[3],[4]. En début de séance, les enfants doivent boire un produit, probablement un décontractant musculaire, puis ôter les vêtements du bas de leur corps. Les filles sont plus souvent pénétrées, tandis que les garçons doivent plus souvent regarder les sévices[5][3], l'acte est présenté comme éducatif[6]. Un des objets utilisés pour la pénétration est le manche d'un coupe-papier Christofle créé par le sculpteur Jean Filhos, orné d'un bas-relief d'une scène d'orgie entre femmes inspirée par les Métamorphoses d'Ovide[7]. Si un enfant pleure ou résiste, les hommes insistent sur lui[8].
Les cérémonies sont néopaïennes, avec capes et masques et une inspiration assumée du monde antique[9],[10],[5],[11].
Les enfants concernés ont pour certains été adoptés par des familles proches du groupe d'hommes mis en cause[12], souvent par des organismes privés aujourd'hui critiqués pour leurs contrôles insuffisants comme la Famille adoptive française[13].
Cas d'Inès Chatin
Inès Chatin naît en 1973 dans une clinique à Montpellier et est adoptée illégalement moins d'un an plus tard par Jean-François Lemaire et Lucienne Chatin[14],[15], qui viennent d'acheter un grand appartement au 97, rue du Bac à Paris. Le couple s'est marié par convenance, car l'homosexualité de Lemaire est connue de ses proches[4][16]. Trois ans plus tôt, le couple a aussi adopté un garçon, Adrien. Dans les deux cas, ils passent par l'organisme d'adoption Famille adoptive française[17]. Le schéma de la double adoption d'un aîné blanc puis d'une petite sœur souvent d'ascendance asiatique ou africaine est répandu dans la bourgeoisie de la rive gauche parisienne[4]. Inès Chatin aime beaucoup sa mère, dont elle estime qu'elle a essayé de protéger ses enfants et qui a été victime de violences conjugales ; en 2022, elle adopte son nom de famille[18].
Inès Chatin affirme avoir subi des viols et sévices sexuels de 4 à 13 ans, soit de 1977 à 1987, notamment aux mains de son père adoptif, le médecin Jean-François Lemaire[19]. Elle accuse également certains des amis de Lemaire, dont les éditorialistes Claude Imbert et Jean-François Revel, l'avocat François Gibault et l'écrivain Gabriel Matzneff[20],[21],[22][19],[5],[6], ce dernier la surnommant « ma petite chose exotique »[4],[23]. Elle présente Gibault comme « le boss, le vrai cerveau, le plus dangereux de tous, celui qui dirige et qui a l'ascendant sur les autres »[10]. Les hommes portant un masque pendant les sévices, elle ne reconnaît personne d'autre : elle soupçonne, sans en être certaine, le directeur de banque Claude Janssen[24] et Jean-Michel Di Falco[25], ainsi que l'architecte Ricardo Gaggia, dont elle est certaine qu'ils ont été présents mais pas qu'ils aient commis des sévices eux-mêmes[26],[27].
Adolescente, Inès Chatin se scarifie les cuisses et les genoux pour attirer l'attention de ses professeurs. Lorsqu'elle dit à une enseignante « ça ne va pas chez moi », son père pousse sa mère dans les escaliers et la blesse et Inès Chatin cesse d'évoquer toute difficulté familiale[28].
Inès Chatin vit une seconde phase des violences, constituée de viols et agressions sexuelles commises jusqu'en 1987 par Gabriel Matzneff et Claude Imbert[2]. Jean-François Lemaire fait prendre de nouveau le décontractant musculaire avant les viols : il est possible qu'il s'agisse de lorazépam broyé[29]. Lemaire vient souvent sur les lieux avant la fin du viol pour l'observer[30].
Adulte, elle reste en contact forcé avec les hommes qu'elle accuse. Lemaire lui fait réaliser ses stages étudiants chez Claude Imbert, au Point, qu'il a fondé, et au cabinet de Gibault. Imbert et Jean-François Revel sont invités par Lemaire à la fête d'annonce du mariage d'Inès Chatin en 1997[31]. Son mari et elle quittent finalement Paris en 2007, mais continuent à rendre visite à la famille pour ne pas priver Lucienne Chatin de ses petits-enfants[32]. Ils retournent vivre à Paris en 2016[33]. Quand Jean-François Lemaire part en Ehpad, elle a de longues discussions, enregistrées avec son accord, avec son père adoptif. Elle lui fait lire La Familia grande, de Camille Kouchner ; il présente la pédocriminalité comme un rite initiatique, un apprentissage positif pour un enfant[34]. Enregistré, il dit par exemple que l'enfant est responsable de la pédocriminalité, « mais sans arrière-pensée »[21].
Elle embauche en 2021 une détective privée, Margaux Duquesne, pour retracer son dossier administratif et étudier la démarche de son adoption[35]. Elle apprend alors que sa mère biologique, mineure, l'a abandonnée à une femme qui recueille plus d'une vingtaine de bébés en dehors du cadre légal[36], puis qu'elle a été amenée à la Famille adoptive française, sans dossier administratif ni examen médical. La requête en adoption des Lemaire est déposée alors qu'Inès Chatin vit chez eux depuis sept mois[37], après plusieurs rendez-vous entre Lemaire et le fondateur de l'association puis le notaire qui établit six ans plus tard l'acte d'abandon de la mère biologique[38].
Inès Chatin est expertisée par le psychologue Jean-Luc Viaux à la demande de ses avocats. Le psychologue lui diagnostique un trouble de stress post-traumatique complexe causé par la souffrance psychique venue de son enfance, sans amnésie traumatique[2].
Révélation de l'affaire dans Libération
Le 23 novembre 2023, le journaliste de Libération Willy Le Devin contacte l'avocate Marie Grimaud, qui soutient sur RMC qu'une de ses clientes accuse Gabriel Matzneff, son oncle, de viols. Le Devin n'a pas jusque-là entendu parler de liens de parenté dans les cibles de Matzneff ; lui-même travaille depuis un certain temps sur l'avocat et ami de Matzneff, Emmanuel Pierrat[39]. Il s'intéresse aussi à leur ami commun François Gibault, avocat lui aussi[40]. Marie Grimaud et son confrère Rodolphe Constantino représentent entre autres les parties civiles pendant l'affaire Joël Le Scouarnec[41].
Marie Grimaud répond d'abord à Le Devin en lui disant que sa cliente s'entretient avec l'Office mineurs plutôt qu'avec les journalistes, par volonté de passer par les institutions plutôt que par la place publique des médias[40]. Elle évoque cependant que sa cliente accuse un proche de Matzneff, et Le Devin mentionne le nom de Gibault ; elle ne répond pas et ne lui parle plus pendant deux mois[42].
Fin janvier 2024, Marie Grimaud reprend contact avec Willy Le Devin après les témoignages d'Inès Chatin auprès de l'Office mineurs. Inès Chatin rencontre le journaliste et lui dit vouloir témoigner dans les médias pour protéger les enfants, sachant que les faits de son propre cas sont prescrits[43]. Elle confie n'avoir trouvé les mots pour parler du sujet qu'après avoir lu La Familia grande, sorti en 2021 et qui raconte l'inceste subi par son frère jumeau aux mains d'Olivier Duhamel[44]. Elle a aussi attendu la mort de sa mère adoptive pour s'exprimer publiquement[22].
Inès Chatin et Le Devin se voient au moins deux fois par semaine au cabinet de Marie Grimaud à partir de février 2024, toujours en présence de l'avocate, Inès Chatin ne souhaitant pas être seule avec un homme inconnu[45]. Marie Grimaud ne prend pas la parole. Après quelques semaines, Le Devin et Inès Chatin échangent leurs numéros de téléphone pour se joindre plus souvent[14].
Du 13 au 22 juin 2024, le journaliste Willy Le Devin publie une série de six articles dans Libération[46], intitulée « Les hommes de la rue du Bac »[19]. Il y reprend le témoignage d'Inès Chatin[23].
L'affaire trouve très peu de retentissement dans les mois qui suivent cette publication[6][47]. Une éditrice estime que ce silence peut s'expliquer par la prévalence des incestes dans les familles bourgeoises[47], tandis que Challenges compare ce silence à celui qui a suivi les révélations sur Jeffrey Epstein dès 2005, invoquant le concept de too big to fail[6]. Le frère d'Inès Chatin, qui confirme son témoignage en janvier 2023, refuse de s'exprimer en dehors de cette mention sur une lettre de sa sœur écrite lors de la procédure judiciaire[48].
Le 11 juillet 2024, un article co-écrit par Pierre Boncenne, auteur de deux livres sur Jean-François Revel, est publié sur la plateforme Medium sous le titre « Revel coupable, forcément coupable ». Il critique l'enquête de Libération mais ne propose pas de nouveaux éléments[49]. En 1993, le président de la société propriétaire des appartements rue de Varenne où ont eu lieu les sévices était Félix Boncenne, père de Pierre Boncenne[50].
Témoignages après 2024
Témoignage anonyme
À l'été 2024, une femme contacte Willy Le Devin et lui raconte avoir vécu une histoire très similaire dans Paris, ainsi que des viols dès l'âge de 5 ans dans les Antilles par un oncle. Elle est forcée à la prostitution pour des notables de l'île et des visiteurs prestigieux, dont Gabriel Matzneff[51], et séquestrée quand elle refuse de se soumettre[52].
Pendant les vacances scolaires, son oncle l'emmène en région parisienne, où elle participe à des séances similaires à celles décrites par Inès Chatin, avec des enfants qu'elle ne connaît pas. Elle se souvient de capes rouges ou noires et de masques noirs couvrant la moitié du visage, ainsi que de la nature des objets utilisés pour les pénétrations[51].
À neuf ans, elle se rend à la gendarmerie pour dénoncer les abus subis, mais les gendarmes la raccompagnent chez elle sans enquêter[53]. Au collège, un médecin convoque ses parents. Pour éviter d'attirer l'attention sur la famille, elle est envoyée en France hexagonale[54], où elle vit seule ou en famille d'accueil[55].
Mathilde Brasilier
En 2018, Mathilde Brasilier, fille de l'architecte Jean-Marie Brasilier, raconte dans le livre Le Jour, la nuit, l'inceste l'inceste qu'il a commis sur son frère et elle entre 1965 et 1970[56].
Brasilier invite chez lui plusieurs proches de Jean-François Lemaire mis en cause par Inès Chatin et Gabriel Matzneff semble être au cœur des deux bandes[57].
Blandine de Chalon
Blandine de Chalon est la fille d'une victime de l'abbé Pierre, en contact avec une collègue de Le Devin, Bernadette Sauvaget, qui enquête sur ce dernier. Blandine de Chalon suppose des liens entre Lemaire et son propre père, Jean-Claude de Chalon, haut fonctionnaire, avec qui il a plusieurs amis en commun. Chalon est condamné en 2001 et 2002 pour des agressions sexuelles aggravées commises sur ses deux filles âgées alors de 3 et 6 ans[58]. Dans les années 2020, après avoir repris les alertes de sa mère depuis décédée envers l'abbé Pierre, Blandine de Chalon enquête sur le réseau autour de son père[59].
Le 25 mai 2025, Inès Chatin, Mathilde Brasilier et Blandine de Chalon publient ensemble une tribune dans La Tribune Dimanche où elles comparent leurs expériences et accusent « un entre-soi qui a protégé les auteurs des abus sexuels commis sur les enfants » ainsi que des « agresseurs communs qui, sous couvert d'un prétendu élitisme intellectuel et esthétique, ont en réalité perpétré l'indicible »[60],[61].
D'autres témoignages suivent au sujet de la pédocriminalité et de l'inceste dans les milieux bourgeois parisiens, en dehors de la stricte affaire de la rue du Bac. Frédéric Pommier et Mahaut d'Arthuys témoignent entre autres dans ce cadre[62],[63],[64].
Réactions
Réponse des mis en cause
Plusieurs hommes, dont Matzneff, Imbert et Lemaire, justifient leurs agissements par un culte du corps de l'enfant qu'ils font remonter à l'antiquité gréco-romaine[7],[10]. Lemaire explique que les enfants perdent leur intérêt vers 12 ou 13 ans, quand les corps des garçons et des filles se différencient[2]. Il ne remet en cause aucune des accusations d'Inès Chatin lors d'échanges enregistrés avec elle, cherchant seulement à les justifier[5].
Gabriel Matzneff ne répond pas aux sollicitations de Le Devin pendant les deux ans d'enquête[65],[8], répondant enfin le 16 février 2026[66]. Dans cette lettre, il affirme « je n'ai jamais touché, fût-ce du bout du doigt, la fille adoptive du docteur Lemaire, je puis en dire autant de son frère »[67].
Claude Imbert meurt en 2016. Son fils, l'avocat Jean-Luc Imbert, affirme que son père « aimait les femmes mais pas les petites filles »[68],[69] et ajoute dans son contradictoire officiel, adressé à Libération, que le mouvement MeToo est « notre maccarthysme ». Après la parution de l'enquête, il ajoute que si les faits sont exacts, alors les comportements décrits sont « aussi abjects qu'inadmissibles » et qu'il est « profondément désolé pour Inès [Chatin] »[8]. Jean-François Lemaire affirme qu'Imbert a « monté de véritables réseaux de prostitution », mais pas forcément pédophiles[12]. Les deux hommes sont proches depuis le lycée, et Imbert écrit au procureur général près la cour d'appel de Paris Paul-André Sadon pour défendre Lemaire lorsque ce dernier est mis en cause pour publicité mensongère dans l'affaire Cœur assistance en 1981[70], puis pour lui faire attribuer la Légion d'honneur[71].
Le conseil de François Gibault, Jérémie Assous, affirme qu'il « conteste avec vigueur les allégations », que le récit est inexact, et que s'il avait assisté au moindre acte criminel, il y aurait mis un terme et l'aurait dénoncé aux autorités[8]. Lui-même accepte deux rendez-vous avec Inès Chatin. Dans les entretiens enregistrés, elle ne l'accuse pas frontalement, et conclut en disant, au sujet de Lemaire, « Vous le détruisez complètement (…) vous avez cassé non pas une idole, hein… mais l'image que j'avais de votre père »[72]. En décembre 2024, François Gibault contacte Willy Le Devin contre l'avis de ses avocats pour lui partager des documents. Il lui dit qu'il n'était pas rue de Varenne et qu'Inès Chatin n'a pas pu prouver sa présence. Elle le décrit comme petit et chétif, il montre des photos de vacances où il fait du sport et montre qu'il mesure dix centimètres de plus que Claude Imbert[73]. Il demande enfin au journaliste de négocier un accord avec Inès pour qu'elle dise ne pas l'avoir vu, puisqu'elle n'a pas de preuve[74].
Jean-François Revel est décédé en 2006. Ses enfants, Eve Ricard, Matthieu Ricard et Nicolas Revel, déclarent attendre que la justice établisse la vérité quelle qu'elle soit. Ils affirment ne pas douter de « la sincérité et de la douleur » d'Inès Chatin et ajoutent que la gravité des accusations les plonge dans l'incrédulité[8],[75]. Nicolas Revel effectue sa propre enquête dans les archives de sa famille, sans y trouver d'indices qui conforteraient l'accusation[76].
Après la publication du livre de Willy Le Devin sur l'affaire, la prescription de trois mois pour porter plainte pour diffamation se termine le 8 juillet 2026. Mi-juin 2026, aucune plainte n'a été déposée[15].
Contre-enquête du Figaro
Le 11 mars 2025, les trois enfants de Revel collaborent à un article dans Le Figaro écrit par Martin Bernier et intitulé « Contre-enquête sur l'accusation visant Jean-François Revel »[75]. Ils y affirment que leur père et Jean-François Lemaire se connaissaient à peine, bien que Revel qualifie Lemaire d'« ami » dans son livre Les Plats de saison[77], et que Libération ne peut pas prouver que les deux hommes se soient rencontrés avant 1981[75].
L'article du Figaro s'appuie sur les agendas personnels de Revel, en déduisant que le déjeuner avec Revel rue du Bac indiqué le 21 juin 1983 est la première occurrence de son nom et donc peut-être une première rencontre[75]. Dans les entretiens avec Jean-François Lemaire enregistrés par Inès Chatin, Lemaire confirme l'implication de Matzneff et d'Imbert, se montre plus évasif au sujet de Gibault, et ne mentionne jamais Revel[75].
Or l'enquête de Libération suppose que Revel serait arrivé dans le cercle par l'intermédiaire d'Imbert plutôt que celui de Lemaire[78]. L'entrée de l'agenda montre que le repas du 21 juin 1983 regroupe d'autres personnalités, dont Pierre Lemoine, Ricardo Gaggia et une femme italienne propriétaire du 35, rue de Varenne, adresse où se sont déroulés les sévices[78]. La comparaison des journaux de Lemaire et de Revel montre qu'ils ont treize fréquentations en commun, parfois en même temps, avant le début des sévices[79]. Revel côtoie plusieurs proches de Lemaire et militants de la cause homosexuelle, dont Michel Guy et Jean-Paul Aron ; l'agenda mentionne très peu Claude Imbert, dont il est collègue et avec qui il a donc moins de rendez-vous formels[79]. Enfin, le chroniqueur Philippe Jullian rencontre Revel à partir de 1965 et Lemaire à partir de 1968 ; Inès Chatin pense qu'il a eu une relation suivie avec Lemaire et Guy Langlois[79]. Par ailleurs, Revel et Lemaire participent ensemble à au moins trois événements du Club des Cent entre 1980 et 1982, ce qui dessert la thèse d'une première rencontre en 1983[80].
Le Figaro mentionne une assignation en diffamation déposée par François Gibault, mais jamais reçue par Libération[50]. Le Figaro publie enfin des SMS entre Willy Le Devin et Nicolas Revel, où le journaliste explique que la une papier de Libération sur l'affaire des hommes de la rue du Bac inclut le nom de son père aux côtés de ceux d'Imbert et de Matzneff pour des raisons principalement commerciales, présentant ses excuses à ce sujet[75]. Causeur et Valeurs actuelles reprennent ces propos en qualifiant le SMS d'« aveu »[81].
En réponse, Willy Le Devin publie dans Libération des courriers amicaux échangés par Revel et Lemaire, mentionnant au passage des rendez-vous informels qui n'étaient pas notés dans l'agenda des deux hommes[82],[83].
Le 7 avril 2025, les trois enfants de Revel publient à nouveau une longue tribune où ils accusent Libération de s'enfoncer dans le mensonge et la manipulation avec la publication des nouveaux éléments[82]. Ils annoncent vouloir engager une action judiciaire contre le journal, sans mettre l'avertissement à exécution dans l'année qui suit[21][50] ; ils expliquent plus tard ne pas avoir pu faire la démarche parce qu'une plainte en diffamation ne peut pas être portée par les descendants de la victime[84].
Le 23 avril 2026, à la sortie du livre de Willy Le Devin, les enfants Revel publient une tribune dans L'Express. Ils y soulignent en particulier l'absence de preuves matérielles fournies lors de l'enquête, reprenant plusieurs arguments de la contre-enquête du Figaro[84]. Ils remarquent que le livre de Willy Le Devin suggère que Revel et Lemaire auraient pu ne pas se connaître, thèse absente des articles de presse originaux[84].
Enquête du conseil de l'ordre des avocats de Paris
Le 15 juin 2025, après la publication des deux premiers articles de la série de Libération, François Gibault écrit une lettre à son bâtonnier pour démentir les accusations d'Inès Chatin. Il affirme que dans leurs deux rencontres, elle souhaitait en réalité le choisir comme avocat et lui demander de soutenir une association de droit des enfants qu'elle veut créer ; les enregistrements, qu'Inès Chatin a effectués à son insu n'incluent aucun échange dans ce sens[85][86]. Il explique plus tard qu'Inès Chatin lui a parlé d'une affaire juridique, à son domicile qui lui sert aussi de cabinet, et que le rendez-vous était donc professionnel[74].
Le bâtonnier du Conseil de l'ordre des avocats de Paris, Pierre Hoffman, s'auto-saisit et engage une enquête disciplinaire contre François Gibault après la publication de l'affaire dans Libération en 2024[49]. Gibault est par ailleurs écarté de la Fondation Dubuffet, qu'il a co-dirigée pendant vingt ans[87].
En juin 2025, le conseil de discipline de l'ordre des avocats se déroule à huis clos à la demande de Gibault[85] et ce dernier est relaxé[88],[85]. L'arrêt du conseil de l'ordre établit que les déclarations d'Inès Chatin incluent des incertitudes et des contradictions et qu'elle a attendu quarante-quatre ans après la période des sévices[89]. Il n'y a pas d'appel et la relaxe est définitive[90].
Affaire judiciaire
En octobre 2023, le parquet de Paris ouvre une enquête judiciaire et la confie à l'Office mineurs, bien que les faits soient prescrits[19],[6].
Débat sur les délais de prescription
En France, les faits de pédocriminalité et d'inceste sont prescrits après quelques décennies. Ce n'est pas le cas dans plusieurs pays voisins dont la Belgique. Pour certaines associations, l'abolition de la prescription est essentielle en raison du long silence qui suit ces abus, mais pour d'autres, cela créerait des faux espoirs qui pourraient faire souffrir d'autant plus les victimes. Inès Chatin est elle-même pour l'abolition de la prescription[21].
Affaire de la Famille adoptive française
Après qu'Inès Chatin découvre les irrégularités de son dossier d'adoption[22] (des anomalies administratives, des actes formellement illégaux et des examens médicaux absents[4]), elle est sollicitée par d'autres adoptés au dossier non conforme[38]. Cette affaire sort dans un contexte où de nombreuses enquêtes sont déjà parues sur les trafics de bébés, surtout nés sous X (comme Inès Chatin)[38]. Les enquêtes suivantes montrent un potentiel trafic d'enfants au sein d'un des plus grands organismes d'adoption d'après-guerre, la Famille adoptive française[4].
Michel Payrière, qui a travaillé dans les années 1980 sur les processus d'adoption en France, témoigne de la faiblesse de la réglementation française dans l'après-guerre. Lui-même a déjà rencontré une fois Jean-François Lemaire lors d'un travail universitaire[38]. Une personne anonyme, employée des archives départementales de la Charente-Maritime, fait remonter des signalements portés à l'encontre de la pouponnière de la Famille adoptive française de Bourcefranc-le-Chapus pendant 11 ans, dès juillet 1964. Notamment, 24 enfants sont gardés au domicile personnel du fondateur de l'association, Dominique Crétin[91]. En 1965, le préfet écrit à Crétin que l'association ne notifie pas les placements d'enfants, ce qui ne respecte pas la loi, puis l'Action sanitaire et sociale remarque que des enfants ayant dépassé largement l'âge maximal autorisé en pouponnière ont été gardés malgré des rappels en 1972, 1973 et 1974 ; l'un de ces enfants est Inès Chatin[92]. La pouponnière ferme définitivement après la mort d'un bébé en 1975[92].
La Famille adoptive française annonce sa fin d'activité en 2025, malgré une reconduction pour cinq ans annoncée en mars 2024[93],[94], et se débarrasse d'éléments problématiques dans ses dossiers d'archives[11].
Inès Chatin travaille avec le collectif des nés sous X pour obtenir une définition juridique claire de l'adoption illégale et lui appliquer des délais de prescription plus longs[21][95].