Al-Karmil
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| Pays | |
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| Zone géographique | |
| Gouvernorat | |
| Altitude |
822 m |
| Coordonnées |
| Population |
146 hab. () |
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| Code postal |
P737 |
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| Site web |
al-Karmil, en arabe : خربة الكرمل, est un village du gouvernorat de Hébron en Palestine, situé à 12 km au sud de Hébron, au sud-ouest de la Cisjordanie, au sein d'une enclave[1].
Selon le recensement du bureau central palestinien des statistiques, la localité compte une population de 9 740 habitants en 2017[2].
Bible hébraïque : Carmel en Juda
L'archéologue biblique allemand Andreas Evaristus Mader, ayant effectué des relevés topographiques en Palestine entre 1911 et 1914, voit l'importance stratégique de la Carmel historique du fait qu'elle se situe au point où la route principale traversant la région montagneuse du nord au sud se divise ici, une route continuant vers Beer-Sheva et l'autre menant vers l'est jusqu'à l'extrémité sud de la Mer Morte[3]. Les auteurs de L'étude de la Palestine occidentale, Conder et Kitchener, parviennent à retracer l'origine d'une ancienne route allant de Jérusalem à « El Kŭrmŭl » en 1874[4].
Il y a trois références à al-Karmil dans la Bible hébraïque. « Carmel » est mentionnée comme une ville de Juda, l'endroit où Saül érige un monument après l'expédition contre les Amalécites, ainsi que l'endroit où réside Nabal le Carmélite[4].
Périodes romaine tardive et byzantine
L'Onomasticon d'Eusèbe de Césarée mentionne une garnison y étant arrêtée au début du IVe siècle[4]. Vers la fin du IVe siècle, déjà au cours de la période byzantine, le document Notitia Dignitatum mentionne une unité de cavalerie illyrienne dans la ville de Chermula[5],[6]. Ce vaste réservoir d'eau antique, parfaitement conservé, a été remarqué par tous les explorateurs du XIXe siècle[3],[4],[5]. Celui-ci ainsi qu'une bonne source fournissent à la ville une quantité d'eau abondante[3]. Un relief représentant Hercule est découvert au nord du réservoir au cours de la période mandataire[6].
Bien qu'étant situé au sommet de trois basses collines et donc difficile à défendre, la ville est est suffisamment efficace comme rempart contre les raids bédouins[3]. Mader remarque que pour Eusèbe, il s'agit d'une χώμη 'Ιουδαίων, une « terre des Juifs », or, la présence d'au moins trois églises, dont une grande faisant partie d'un monastère situé au sud de la ville, toutes datant des deux siècles suivants, témoignent du fait que le village était devenu de façon remarquable un village à prédominance chrétienne au cours de la période byzantine[3].
L'existence d'un total de trois églises byzantines a été confirmée ces dernières années par des archéologues dans la partie occidentale de l'ancien Carmel : une église communautaire au centre, et deux autres sur des collines au nord et au sud[7]. Mader est témoin de l'utilisation des ruines par les villageois de Yatta comme source de pierres taillées pour leurs maisons, réutilisant la moitié d'un linteau inscrit provenant d'une église byzantine[3].
En 1984, Avraham Néguev, partant de preuves archéologiques « encore insuffisantes » et d'une réévaluation approfondie d'anciennes sources écrites, propose qu'Eusèbe, en nommant le village associé à son époque à la Carmel biblique de deux manières différentes, Chermala et Karmelos, ne commet pas une de ses erreurs habituelles, mais reflète l'existence de deux colonies associées. Néguev suggère que la « vieille Carmel » (al-Karmil) n'est garnie par les Romains qu'après la révolte de Bar Kokhba (132-135), à partir de laquelle la plupart de ses habitants juifs la quittent progressivement au cours des années 150-300[8]. Ils s'installent sur un site situé à un peu plus de deux kilomètres de là, aujourd'hui connu sous le nom de Khirbet Susiya, où, d'après Jérôme Murphy-O'Connor, ayant adopté la théorie de Néguev, ils ne cessent jamais de s'identifier comme « Carmel ». Lorsque Eusèbe compile son Onomasticon, le processus de migration vient de se terminer[8],[9]. « Vieille Carmel »/Chermala, l’actuelle Khirbet al-Karmil, a donc une histoire successivement biblique (juive), romaine (païenne) et chrétienne[8]. Néguev interprète deux inscriptions dédicatoires différentes de la synagogue de la « nouvelle Carmel »/Karmelos/Kh. Susiya comme indiquant que les Juifs qui demeurent dans la « vieille Carmel » avaient coutume de venir y prier pour le sabbat et les fêtes, car elle se trouvait dans les limites du sabbat du vieux village[8]. La « Nouvelle Carmel » prospère énormément grâce à son commerce en vin et en huile avec les romains (y compris la période byzantine chrétienne), or, après la conquête musulmane du Levant ainsi que le retrait de ses principaux clients, perd sa source de revenus, en raison notamment de l'interdiction musulmane de consommer de l'alcool[8]. Le peuple juif finit par partir, le nom Carmel du site plus récent est oublié et finalement remplacé par l'arabe Khirbet Susiya, « Ruine du plant de réglisse », d'après une espèce commune qui y pousse[8],[9].
Des objets en céramique datant de l'ère byzantine y sont retrouvés.
Période des Croisades/Ayyoubides
« Carmel », aujourd'hui Khirbat al-Karmil, est mentionné dans des sources croisées entre 1172 et 1173, comme le lieu où le roi Amaury de Jérusalem rassemble son armée, à côté d'un grand réservoir d'eau ancien[4],[10]. Le château de Carmel, propriété des croisés, est mentionné pour la première fois en 1175 et est détruit en 1187 lors de la bataille de Hattin. Dans les années 1920, on aperçoit une tour croisée construite au-dessus du narthex de l'une des églises byzantines, dont une partie du premier étage (supérieur) est encore debout, avec des meurtrières sur deux côtés ; dans les années 1980, Pringle ne trouve que le sous-sol voûté en berceau avec des vestiges du rez-de-chaussée. Le médiéviste français Paul Deschamps interprète dans les années 1930 le rôle du château comme ayant été construit « pour garder la route menant à Édom », c'est-à-dire à Outre-Jourdain. Emmanuel Guillaume-Rey, ayant visité la Syrie (y compris la Palestine) entre 1857 et 1864, voit une similarité entre un type de tour médiéval placée en France à des endroits stratégiques le long des routes montagneuses, ainsi que des homologues des Croisés en Syrie, et considère le château du Carmel comme une variante différente de ce thème[5].
Guillaume-Rey remarque les ruines d'une très grande structure carrée avec quatre poivrières d'angle arrondies, qu'il pense être un caravansérail, situé à côté du château et donc protégé par celui-ci[5].
Le Strange cite Yaqout al-Rumi, qui décrit « Kirmil » dans les années 1220 comme un village dans les limites supplémentaires du territoire d'Hébron, en Jund Filastin.
Explorateurs du XIXe siècle
De nombreux explorateurs occidentaux visitent le site en 1938 (Edward Robinson), vers 1860 (Emmanuel Guillaume-Rey), 1863 (Victor Guérin), et 1874 (Conder et Kitchener) et ne font que décrire de vastes ruines antiques, dont les vestiges d'au moins deux églises ; le grand et « beau réservoir de maçonnerie », relié par un tunnel creusé dans la roche à une source de grotte, qui est remplie d'eau en ; ainsi que les vestiges du château croisé[4],[5],[11],[10].
Période jordanienne
Durant l'Annexion de la Cisjordanie par la Jordanie, le recensement de 1961 dénombre 146 habitants à al-Karmil.
1967 et suites
En 1967, d'après un recensement effectué par Israël après son occupation de la Cisjordanie dans la guerre des Six jours, le village recense 76 habitants répartis dans 17 foyers[12]. Sous les accords d'Oslo, la majeure partie de cette ville est rattachée à la zone A, le contrôle politique et les responsabilités en matière de sécurité étant confiés à l'Autorité nationale palestinienne.
Le site comprend un ancien réservoir, Birkat Al-Karmel (« Ancien bassin du Carmel »), ayant été transformé en parc, avec une piscine. Gideon Levy écrit :
Les terrasses, les aménagements paysagers décoratifs, les pierres d'Hébron, les sanitaires et une source jaillissant du rocher à côté de la piscine – tout cela fait de cet endroit l'un des sites extérieurs les plus spectaculaires de Cisjordanie[1].
Deux fois, en 2015, des touristes colons, sous la garde de Tsahal, pénètrent dans le parc après que l'armée a forcé les enfants locaux à quitter la piscine et les a relégués dans un coin pendant que les colons profitaient de la piscine et du site[1].
