Alphonse Baudin

médecin et homme politique français From Wikipedia, the free encyclopedia

Jean-Baptiste Alphonse Victor Baudin[1], dit Alphonse Baudin, né le à Nantua[2],[3], et mort le à Paris, est un médecin et homme politique français[4]. Il est élu député à l'Assemblée de 1849, et est célèbre pour avoir été tué sur une barricade alors qu'il s'opposait au coup d'État du de Louis-Napoléon Bonaparte.

Nom de naissance
Jean-Baptiste Alphonse Victor BaudinVoir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Député français, 13 mai 1849 - 2 décembre 1851 ...
Alphonse Baudin
Alphonse Baudin par Ernest Appert en 1849.
Fonction
Député français
-
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Jean-Baptiste Alphonse Victor BaudinVoir et modifier les données sur Wikidata
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Biographie

Études et carrière médicale

Alphonse Baudin est le fils de Pierre-Camille Baudin (1779-1853), chirurgien des armées, et de Marie-Marthe Barbe (1784-1820)[5]. Il est le frère de l'avoué Georges Baudin (1808-1880), le demi-frère du médecin et homme politique Camille Baudin (1827-1917) et l'oncle de l'homme politique Pierre Baudin.

Il étudie d'abord au collège de Nantua, puis au collège royal de Lyon et obtient les baccalauréats ès-lettres et ès-sciences en 1828. Il effectue ses études de médecine à l'Hôtel-Dieu de Lyon où il est élève-interne de 1828 à 1931, puis devient chirurgien-élève à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce jusqu'en 1832[3],[6]. Pendant l'épidémie de choléra à Paris en 1832, il se distingue par son courage et son dévouement[7]. Entre 1833 et 1836, il est « chirurgien sous-aide » successivement dans les hôpitaux militaires de Toulon, de Strasbourg, du Val-de-Grâce et de Versailles[8]. En , il soutient sa thèse de doctorat à Paris et obtient son diplôme de médecin[9].

En , il est nommé chirurgien militaire avec le grade de médecin aide-major[6]. En raison de ses opinions républicaines, il est envoyé en Algérie où il intègre le 3e bataillon de zouaves, placé alors sous les ordres du colonel Lamoricière et basé à Koléa[6],[3],[Note 1]. Sans espoir d'avancement, il donne sa démission de l'armée un an plus tard et s'établit à Montmartre en 1838 comme médecin[10],[11].

À Paris, pendant treize années, il est le « médecin des pauvres », en contact quotidien avec le monde ouvrier dont il connaît la vie difficile, ce qui le conforte dans ses idées généreuses[12]. Cela ne l’empêche pas de soigner aussi d’illustres malades des milieux républicains : Michelet, Quinet, La Mennais et Michel de Bourges[13]. Il s'occupe activement de politique dans les sociétés maçonniques et révolutionnaires[14]. Médecin spécialiste du système digestif[9], il est cité à comparaître comme expert au procès d'Hélène Jégado qui s'ouvre trois jours après sa mort sur les barricades[7].

Activités politiques et événements de 1851

Ernest Pichio, Alphonse Baudin (1811-1851) sur la barricade du faubourg Saint-Antoine, le , Paris, musée Carnavalet, 1869.
Illustration « Mort de Baudin » pour l'Histoire d'un crime de Victor Hugo en 1879.

Lors de la révolution de Juillet en 1830, Alphonse Baudin participe au mouvement à Lyon[12]. Il est initié à la franc-maçonnerie, le , à la loge du Temple des amis de l'honneur français à Paris[15]. Après la révolution de février 1848, il préside le club politique de l’Avenir[13]. Il est affilié aux sociétés secrètes de la Nouvelle Montagne, adepte du saint-simonisme et imprégné des idées babouvistes[16].

Il est élu député de l'Ain le [14]. À l'Assemblée nationale, il siège avec les représentants de la Montagne[3],[Note 2]. Il s'intéresse aux questions d'éducation, s'oppose au parti de l'Ordre et au prince-président[17]. Il défend les droits civiques des instituteurs menacés par la « petite loi » Falloux du qui les place sous la dépendance des préfets[18].

Suite au coup d'État du 2 décembre 1851, une soixantaine de Représentants du peuple, déjouant la police omniprésente, se réunissent chez la baronne Coppens au no 70 de la rue Blanche. On note la présence de Joigneaux, Pelletier, Prudhomme et Schœlcher[19]. C'est Baudin qui, avec Victor Hugo, écrit le manifeste : « Louis-Napoléon Bonaparte a violé la Constitution, il s'est parjuré, il est mis hors la loi »[12],[20]. Le journaliste Jean-Baptiste Millière se propose de faire imprimer rapidement ce manifeste. Les participants se quittent pour la nuit et se donnent rendez-vous pour le lendemain matin au café Roysin situé au no 157 de la rue du Faubourg-Saint-Antoine[19],[21].

Le , une quinzaine de Représentants du peuples, dont Bruckner, de Flotte, Gindriez, Malardier, Schœlcher et Baudin[22], se retrouvent au café Roysin[19]. Ils sortent dans la rue et réussissent à rallier une centaine d'ouvriers du faubourg Saint-Antoine. Une barricade s'improvise au croisement des rues Sainte-Marguerite et de Cotte avec des charrettes de paille, des meubles et des fiacres renversés[3]. Schœlcher s’en va au-devant d’une compagnie du 19e léger qui vient de la place de la Bastille dans l’intention de parlementer avec les soldats[23].

Des ouvriers en blouse, se souvenant de la répression des journées de dans ce même quartier, interpellent les députés : « Vous croyez qu'on va se faire tuer pour vous conserver vos vingt-cinq francs par jour ? ». Les protestataires font référence à l'indemnité parlementaire établie en 1848 par le gouvernement provisoire[24],[25]. Baudin, un drapeau à la main et debout sur la barricade, leur dit : « Restez-là un instant et vous allez voir comment on meurt pour vingt-cinq francs ! »[26],[27],[Note 3]. C’est à ce moment-là qu’une balle, partie on ne sait pourquoi de la barricade, blesse un soldat. La troupe réplique aussitôt et Baudin est tué par plusieurs balles dans la tête[28]. Son corps est transporté à l'hôpital Sainte-Marguerite[Note 4].

Le , Baudin est inhumé discrètement au cimetière de Montmartre dont les abords sont gardés par la troupe. Le commissaire de police n'autorise pas son demi-frère Camille, étudiant en médecine, à placer les insignes de Représentant du peuple sur le cercueil[22]. Une centaine de personnes forment le cortège[29].

Hommage et postérité

Dans les années 1865, avec le réveil de la gauche, les républicains décident de se souvenir du coup d'État[30]. Des chansons politiques rendent hommage à Alphonse Baudin et Martin Bidouré qui se sont sacrifiés pour la défense du droit et de la loi[31]. Pierre Larousse, témoin du décès de Baudin, conte la scène de la barricade dans le dictionnaire paru en 1867[29],[32]. Dans le livre intitulé Histoire d'un crime, Victor Hugo écrit sur le rôle et la mort de Baudin[33].

Une souscription publique est lancée en 1868 par le journal Le Réveil pour élever un monument funéraire à ce martyr de la liberté. Cette initiative vaut à Charles Delescluze, propriétaire du journal, un procès au cours duquel s’illustre Léon Gambetta, alors jeune avocat, qui prononce une plaidoirie virulente contre les fondements de l’Empire[34]. Le monument est finalement inauguré le dans le cimetière de Montmartre (lire les détails dans le paragraphe Sépultures). Baudin devient ainsi un symbole républicain face au despotisme[Note 5].

En , une plaque est apposée sur la maison devant laquelle il est mort, au no 151 de la rue du Faubourg-Saint-Antoine. On peut y lire : « Devant cette maison est tombé glorieusement Jean-Baptiste Alphonse Baudin, représentant du peuple pour le département de l’Ain, tué le en défendant la Loi et la République »[35]. En 1881, une plaque est apposée sur la maison où il est né à Nantua[36].

En 1887, sa ville natale de Nantua inaugure un monument à sa mémoire, réalisé par le sculpteur Paul-Adolphe Lebègue. La statue en bronze est également fondue en 1942. En 1956, elle est remplacée par une nouvelle statue en pierre, œuvre du sculpteur Henri Collomb[37].

En , un monument parisien comprenant un bronze en pieds par Eugène-Jean Boverie est inauguré derrière la place de la Bastille sur l’avenue Ledru-Rollin, près de l’endroit où il fut tué[38] ; il est démonté en 1942, sous le régime de Vichy pour être fondu, dans le cadre de la mobilisation des métaux non ferreux[39]. La mairie de Paris a refusé de le rétablir. En 1978, la ville a cependant donné le nom de rue Alphonse-Baudin à une voie nouvelle située dans le quartier Saint-Ambroise du 11e arrondissement[40].

En 1902, la ville de Cosne-sur-Loire inaugure un monument aux victimes du , œuvre du sculpteur Émile Fernand-Dubois ; sur l'obélisque figure un médaillon représentant Alphonse Baudin[41].

Une avenue porte son nom à Bourg-en-Bresse. Une rue porte son nom à Avion, Bellegarde-sur-Valserine, Belley, Bellignat, Châtillon-sur-Chalaronne, Cosne-sur-Loire, Créon, Dijon, Goussainville, Nantua, Ollioules, Oyonnax, Rochefort, La Rochelle, Toulon, Tours, Valserhône et Villejuif. Une impasse porte son nom à Béziers.

Sépultures

Cimetière de Montmartre

Le , Baudin est inhumé dans une fosse temporaire, pièce Cigale, ligne 29. En 1857, le cercueil est transféré dans une concession perpétuelle achetée par son frère Georges, dans la 25e division, 15e ligne, avenue du Tunnel[30]. Sa tombe, où on lit l'inscription « Alphonse Baudin, Représentant du peuple, mort le  », devient un lieu de rendez-vous pour les républicains[3],[42].

Le , ses restes sont exhumés et transférés dans le monument funéraire réalisé par le sculpteur Aimé Millet dans la 27e division[43],[44]. Le monument représente un gisant, le front troué d'une balle, en redingote, portant son insigne de Représentant, avec cette inscription : « À Alphonse Baudin, Représentant du Peuple, mort en défendant le Droit et la Loi, le  »[36]. Ce tombeau, inauguré le [45],[46], devient un cénotaphe après le transfert des restes au Panthéon, lors de la célébration du centenaire de la Révolution française[47],[48].

Transfert au Panthéon

Une loi du décide de la translation au Panthéon des restes de Lazare Carnot, de la Tour d'Auvergne, de Marceau et de Baudin. L'exhumation des restes de Baudin a lieu le en présence de son neveu Pierre Baudin et le cercueil est aussitôt transporté au Panthéon[49],[50]. La cérémonie a lieu le en présence du président de la République. Les quatre Grands Hommes reposent ensemble dans le caveau XXIII[51],[52].

Notes et références

Voir aussi

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