Amandier en fleurs
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| Artiste | |
|---|---|
| Date |
Février 1890 |
| Lieu de création | |
| Type | |
| Technique | |
| Dimensions (H × L) |
73,5 × 92 cm |
| Série |
Almond Blossoms (en) |
| No d’inventaire |
S0176V1962 |
| Localisation |
Musée van Gogh - Fondation Vincent van Gogh, Amsterdam (Pays-Bas) |
| Commentaire |
F671 / JH1891 - Réalisé à Saint-Rémy N° d'inventaire : S0176V1962 |
Amandier en fleurs est une huile sur toile de 73,5 × 92 cm de Vincent van Gogh peinte en février 1890 à Saint-Rémy-de-Provence. Le tableau est conservé au Musée van Gogh à Amsterdam (n° d'inventaire S0176V1962).
Naissance de Vincent Willem
Van Gogh a peint ce tableau pour la naissance du fils de son frère Théo, Vincent Willem (né le ), dont il est le parrain. L'enfant porte le prénom de son oncle. Pour marquer cette naissance, Vincent choisit de représenter les branches d'un amandier, l'un des arbres les plus précoces au printemps qui, en Provence, se couvre de fleurs dès la fin janvier.
Le tableau devait être accroché au-dessus du lit de Théo et de sa femme Johanna (Jo) Bonger, dans leur appartement parisien de la Cité Pigalle[1].
Circonstances à Saint-Rémy
Au moment où il reçoit la lettre annonçant la naissance, Van Gogh est interné depuis neuf mois à l'asile Saint-Paul-de-Mausole, à Saint-Rémy-de-Provence. Il y est entré volontairement en mai 1889, après les crises survenues à Arles qui avaient suivi le départ de Gauguin[2].
Van Gogh peint l'Amandier en fleurs dans une fenêtre de calme entre deux épisodes psychiatriques : une crise sévère fin décembre 1889 et une autre qui surviendra en février 1890. Dans ses lettres à Théo, il mentionne avoir commencé la toile aussitôt après avoir reçu la nouvelle de la naissance[1].
Un tableau possiblement inachevé
Van Gogh n'a pas considéré la toile comme terminée. Une nouvelle crise l'a empêché de poursuivre le travail quelques jours après l'avoir commencé. Il écrit à Théo que le tableau est « en bonne voie » mais qu'il n'a pas pu le finir comme il le souhaitait. Certains historiens de l'art estiment que la partie inférieure droite, où les branches sont moins détaillées, correspond à la zone qu'il n'a pas eu le temps de retravailler[2].
Description du tableau
Composition
Le tableau montre des branches d'amandier en fleurs vues en contre-plongée, de très près. Le tronc est absent. On ne voit que des ramifications partant dans toutes les directions, couvertes de fleurs blanches et de bourgeons à peine ouverts. Le fond est un bleu turquoise uniforme, sans nuage, sans horizon, sans sol.
Ce cadrage est inhabituel pour la peinture européenne de l'époque : pas de perspective, pas de point de fuite. Les branches se ramifient dans les quatre coins de la toile, sans centre de composition défini[2].
Palette et technique
La palette est resserrée :
- le bleu turquoise du fond (mélange de bleu de cobalt et de vert) occupe la majorité de la surface, appliqué en larges brossages horizontaux ;
- les fleurs sont peintes en blanc avec des touches de rose pâle ;
- les branches sont brunes, cernées de noir ;
- les bourgeons fermés portent un accent rouge discret.
Les fleurs représentées ont aujourd'hui des tons principalement blancs alors qu'elles étaient à l'origine plus roses. Elles ont pâli sous l'effet de la lumière et leur couleur a perdu de sa force[3].
L'utilisation marquée du noir pour les contours est notable : Van Gogh l'emploie peu dans ses autres toiles de la période de Saint-Rémy. Chaque branche, chaque fleur est délimitée par un trait sombre, ce qui aplatit l'image et lui donne un aspect graphique proche de l'estampe[2].
Influence de l'art japonais
Van Gogh possédait plusieurs centaines d'estampes japonaises, achetées à Paris chez le marchand Siegfried Bing entre 1886 et 1887. Il connaissait Hiroshige, Hokusai et Keisai Eisen. Il en avait copié certaines à l'huile en y ajoutant des couleurs plus saturées. Cette collection est aujourd'hui conservée au Musée van Gogh d'Amsterdam[2].
L'influence est directe dans l'Amandier en fleurs. Les estampes japonaises montrent souvent des branches de cerisier ou de prunier en gros plan, sans tronc visible, détachées sur un fond uni. Van Gogh reprend ce principe : composition asymétrique, contours noirs, absence de perspective, simplification des formes[2].
La différence tient à la matière. Les estampes d'Hiroshige sont plates par nature (gravure sur bois encrée et pressée). Van Gogh travaille à l'huile, avec du relief et des traces de brosse visibles. Le bleu turquoise du fond présente des variations de densité que l'encre d'impression ne produit pas. Par ailleurs, les estampes qu'il collectionnait utilisaient des bleus plus froids (indigo, bleu de Prusse), alors que le turquoise de l'Amandier en fleurs est plus chaud, influencé par la lumière provençale[2].
L'amandier dans l'œuvre de Van Gogh
L'intérêt de Van Gogh pour les amandiers ne date pas de 1890. Dès mars 1888, quelques semaines après son arrivée à Arles, il peint Branche d'amandier en fleurs dans un verre (huile sur toile, 24 × 19 cm), un petit format dans des tons jaunes et verts. Dans une lettre à Théo, il compare les amandiers en fleurs de Provence aux cerisiers des estampes japonaises et déclare avoir trouvé « son Japon »[1].
Entre mars et avril 1888, il réalise une série de vergers en fleurs (pêchers, abricotiers, poiriers) dans les environs d'Arles. L'Amandier en fleurs de 1890 prolonge donc un sujet qu'il travaillait depuis deux ans, mais avec un traitement très différent : plus épuré, plus proche de l'estampe, et sur un format nettement plus grand.
Parcours du tableau
Après la mort de Van Gogh le à Auvers-sur-Oise, le tableau reste dans la famille. Théo meurt six mois plus tard, en janvier 1891. Sa veuve, Johanna van Gogh-Bonger, hérite de la quasi-totalité des œuvres de Vincent. Elle consacre une grande partie de sa vie à faire connaître le travail de son beau-frère, organise des expositions et publie la correspondance.
Le tableau passe ensuite à Vincent Willem van Gogh, le neveu pour qui il avait été peint. En 1962, celui-ci confie l'essentiel de la collection familiale à l'État néerlandais, ce qui donne naissance au Musée van Gogh, ouvert en 1973 à Amsterdam. L'Amandier en fleurs y est conservé depuis sous le numéro d'inventaire S0176V1962[2].
Le tableau est l'une des œuvres les plus reproduites du musée. Sa palette douce et sa composition apaisante, inhabituelles chez Van Gogh, en font une image fréquemment utilisée sur des objets dérivés.