Anna Maria Princigalli
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Anna Maria Princigalli, née à Bergame le et morte à Rome le , est une résistante partisane et une pédagogue italienne. Anna Maria est la sœur aînée de la journaliste Ada Princigalli, la première femme italienne correspondante étrangère en Chine, et de Giacomo Princigalli, dirigeant du Parti socialiste italien, du Parti socialiste italien d'unité prolétarienne, du Parti communiste italien (PCI) et du Parti démocrate de la gauche[1],[2].
Biographie
Son père, Antonio, né à Canosa di Puglia, était lieutenant-colonel et juge militaire. Sa mère, Maria Zell, était enseignante en école primaire ; elle avait des origines juives qu'elle a dû cacher pendant le fascisme.
Anna Maria a grandi à Canosa, une petite ville de la province de Bari, dans le sud de l'Italie. Désireuse de vivre de nouvelles expériences et de s'émanciper d'un père conservateur et d'une région rurale et arriérée, elle s'inscrit à l'Université de Florence, où elle devint l'une des élèves favorites du philosophe Ludovico Limentani[3].
Limentani ayant dû abandonner l'enseignement en raison des lois raciales promulguées par Mussolini en 1938, c'est sous la direction d'Eugenio Garin qu'Anna Maria Princigalli rédige sa thèse de licence en histoire de la philosophie. Elle contracte une forme aiguë de tuberculose la même année.
Au printemps 1944, elle est opérée par le chirurgien Luigi Siciliani de Milan, qui était l'oncle de Garin. Elle subit l'ablation partielle d'un poumon. Elle est envoyée en convalescence au sanatorium de Miazzina, dans la province de Verbania. Là, elle entre en contact avec la Résistance[4]. Le curé de Miazzina, Secondo Falciola, dans son journal intime, rapporte avoir emmené Anna Maria et un soldat américain dans les montagnes chez les partisans[5].
Sous le nom de guerre d'« Anna Maria », Anna Maria Princigalli est responsable de la presse et de la propagande de la brigade Garibaldi Valgrande Martire, créée le [6]. Ses tâches incluent l'endoctrinement des jeunes partisans[7]. Anna Maria participe à la création de la République partisane d'Ossola en .

Elle est arrêtée le à Bedero, près de Varèse. En prison, elle est torturée par les fascistes. Selon l'ex-partisan et dirigeant communiste Paolo Pescetti, elle n'a pas révélé les noms de ses compagnons[8]. Elle est libérée le à l'occasion d'un échange de prisonniers [9]. Elle rentre dans les rangs de la Résistance, en particulier dans la division Mario Flaim, nouvellement créée, où elle sera la seule femme à atteindre le grade d'officier.
Après la guerre, elle aide Luciano Raimondi, ex-partisan et éducateur, à fonder les Convitti Scuola della Rinascita destinés aux partisans et enfants[10]. À cette époque, elle est aussi appelée par le philosophe Antonio Banfi à enseigner la psychologie de l'enfant à l'Université de Milan[11].
Elle devient directrice du Convitto Rinascita de Novara, destiné aux enfants victimes de guerre. À ce titre, elle participe aux conférences des directeurs de communautés d'enfants en Suisse, en France et en Belgique, qui donneront vie à la Fédération internationale des communautés d'enfants (FICE), affiliée à l'UNESCO[12]. (La FICE a été fondée pour faire face à la tragédie des enfants orphelins, victimes ou traumatisés par la guerre, qui touche alors plusieurs pays[13]).

Anna Maria Princigalli travaille avec le psychologue suisse Jean Piaget à l'Institut Jean-Jacques Rousseau de Genève, puis à Paris avec Henri Wallon. Grâce à une bourse de l'ambassade américaine à Rome, elle étudie la pédagogie de l'américain William H. Kilpatrick.
Dans La Géométrie spontanée de l'enfant, Jean Piaget cite une étude menée avec Princigalli. Dans une lettre à l'éditeur Erich Linder, Cesare Pavese évoque la relation entre Jean Piaget et Princigalli : Pavese y rapporte avoir demandé à Princigalli, par l'intermédiaire d'Elio Vittorini, d'intercéder auprès de Piaget afin d'obtenir une édition mise à jour de La Représentation du monde par les yeux de l'enfant, pour qu'elle puisse être publiée en Italie[14].
En 1950, Dina Rinaldi écrit à la direction du PCI pour proposer d'admettre Anna Maria Princigalli parmi les membres de la rédaction de la revue Educazione Democratica, aux côtés notamment de Ada Gobetti, Gianni Rodari, Carlo Pagliarini, Mario Alighiero Manacorda, Sergio Rossi, Dina Bertoni Jovine (it) et Dina Rinaldi — dont certains furent également des partisans. Parmi les publications de Princigalli il y a La pedagogia di Anton Makarenko dont elle était, du moins en Italie, une grande experte, à tel point que le texte a été repris par la pédagogue Dina Bertoni Jovine[15].


À la fin des années 1950, Princigalli montre soudainement des symptômes de détresse psychologique. Elle a certainement été victime de traumatismes post-guerre et n'a pas réussi à concilier sa carrière fulgurante, toujours en mouvement, avec la maternité, ce qui a contribué à sa dépression, d'autant plus que le père de sa fille (un ex-officier italien déporté en Allemagne pendant la guerre) avait fondé une autre famille.
Anna Maria Princigalli est alors internée dans un asile à Rome. Lorsque Paolo Pescetti (it) l'apprend, il demande à ce qu'elle soit placée sous sa tutelle, mais sa demande fut refusée. Pescetti informe alors la direction du Parti communiste italien et, avec sa collaboration, organise une évasion audacieuse de l'hôpital[16]. D'anciens dirigeants partisans tels que Ferruccio Parri, Aristide Marchetti, Giuseppe Boffa et Gian Carlo Pajetta s’intéressent aussi à son sort. En particulier, Giancarlo Pajetta, qui avait connu Princigalli dans les rangs de la Résistance et qui avait vécut une relation amoureuse avec elle, après avoir envisagé de l'envoyer en République tchèque, opte pour l'hôpital psychiatrique de Varese. Là, Anna Maria Princigalli est soignée par Edoardo Balduzzi, l'un des pionniers de la psychiatrie démocratique. Pendant son séjour dans cet hôpital, Princigalli sortait quotidiennement de l'hôpital pour rendre visite à la famille d'Ezio Bassani, un ancien partisan.
Anna Maria Princigalli passe les dernières années de sa vie à travailler et étudier à l'Institut d'études communistes de Frattocchie.
Elle est décédée le .
Principales réalisations
Pour la revue Rinascita, dirigée par le leader du parti communiste italien, Palmiro Togliatti, Princigalli publie en 1950 Infanzia del dopoguerra (it). Elle est la seule femme à contribuer à ce numéro de la revue, au côté d'auteurs comme Giorgio Amendola, Luigi Longo et Italo Calvino[17].
Princigalli a eu le mérite, comme l'ont affirmé les psychologues et éducateurs Guido Petter et Dina Rinaldi, d'introduire en Italie les recherches, les méthodologies et les thèses de psychologues infantiles tels que Jean Piaget, Anton Makarenko, Henri Wallon, Ernest Jouhy ou William H. Kilpatrick, qui ne s'étaient pas répandues en Italie en raison de l'obscurantisme académique fasciste. Il convient de noter que Wallon et Ernest Jouhy étaient tous deux des partisans, mais dans les rangs de la résistance française.
Dans ses écrits, Princigalli parle de l'importance du jeu comme forme d'apprentissage. Elle s'oppose à toute forme de coercition physique ou morale. Selon Guido Petter, elle organisait des réunions et des assemblées avec les enfants dans le pensionnat et l'orphelinat de Novara. Elle les encourageait à participer à la gestion démocratique de leur école-résidence. Elle enregistrait les récits et les traumatismes infantiles survenus pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle proposait la mission et le concept de l'« enfance comme expérience heureuse ». Elle remarquait que les élèves expulsés de l'école publique pour des raisons de conduite et de démérites obtenaient des taux de réussite scolaire élevés, atteignant près de 90 % dans le Convitto Rinascita[18]. Selon elle, cela prouvait que l'école publique était inadéquate.
Anna Maria Princigalli a participé à la commission mise en place par le ministre pour la réforme scolaire Guido Gonella, composée des pédagogues italiens les plus célèbres. Cette commission a produit un projet de loi mais celui-ci n'a jamais approuvé en raison de conflits au sein de la démocratie chrétienne, le parti de Gonella[19].
Le , à l'occasion du 80e anniversaire de la libération de l'Italie, le maire de Bari, Vito Leccese, a décerné à la famille d'Anna Maria Princigalli une distinction honorifique pour son sacrifice et son engagement en faveur de la démocratie et de la liberté.
Bibliographie
- (it) Vera Pegna, Autobiografia del Novecento - Storia di una donna che ha attraversato la Storia, Il Saggiatore, (ISBN 9788865766408)
- (it) Giovanni Princigalli, « La partigiana dei bambini, la storia dimenticata di Anna Maria Princigalli, partigiana e pedagoga », Nuova Resistenza Unita, Associazione Casa della Resistenza, (lire en ligne)
- (it) Don Secondo Falciola, Miazzina e l'Eremo nelle vicende partigiane : (memorie del cappellano),
- (it) Giovanni Princigalli, « Anna Maria Princigalli »
- Jean Piaget, Bärbel Inhelder et Alina Szeminska, La géométrie spontanée de l'enfant,
- (it) Anna Scalfaro, « Laura Bassi e il metodo chiamato “Ritmica integrale” », Rivista di Storia dell’Educazione, anno 4, no 2,
- (it) Rosario Muratore, A scuola come in fabbrica,
- (it) Betti Dina Jovine, « La pedagogia di Makarenko », Educazione democratica,
- (it) Anna Maria Princigalli, « Infanzia del dopo guerra », Rivista Rinascita,
- (it) Anna Maria Princigalli, « Colloqui con il lettore, la figura del dirigente dei ragazzi », Educazione democratica,
- (it) Anna Maria Princigalli, « La pedagogia di Anton Makarenko », Educazione democratica,
- (it) Anna Maria Princigalli, « Consigli degli anziani », Educazione Democratica,
- Annamaria Princigalli, « Laura Bassi creatrice della Ritmica integrale. L’uso della musica come metodo pedagogico », Il Paese, 2 novembre: 4, 1953
- (en) Elisabeth Rotten, Children's Communities - A Way of Life for War's Victims, UNESCO,
- Therese Brosse, Conférence de directeurs de communautés d'enfants, UNESCO,
- Assemblée générale de la Fédération internationale des communautés des enfants, Procès verbal, UNESCO,
- Assemblée générale de la Fédération internationale des communautés des enfants, Liste des participants, UNESCO,
- Mathias Gardet, Le modèle idéalisé des communautés d’enfants à l’épreuve de la réalité française, 1948-1955, Genève,
- (it) Maurizio Torrini, Lettere di Ludovico Limentani a Eugenio Garin,
- (it) Nino Chiovini, Fuori legge??? Diario partigiano, Tararà, (ISBN 9788897795049)
- (it) Giuseppe Boffa, Memorie dal comunismo,
- (it) Juri Meda, O partigiano portami via,
- (it) Graziella Cavallero (Relator Prof. Remo Fornaca), I Convitti scuola della Rinascita (Tesi di laurea), Università di Torino,
- (it) Dina Rinaldi, Lettera alla direzione del PCI,
- (it) Ernesto Codignola, Maestri e problemi dell'educazione moderna, Firenze,
- (de) Wolfgang Nastainczyk, Makarenkos Sowjetpädagogik: Kristische Analyse seiner Kollektivation, Université du Michigan, Quelle & Meyer, , 313 p.
- (de) Hansjurgen Schemensky, Die moderne erziehungsgemeinschaft struktur und padagogischer, Université de Californie,
- (it) Nico Tordini et Lino Tordini, Partigiani della Valgrande, Alberti Libraio Editore,
- (it) Ribelli per la Libertà, Giovani di Puglia nella Resistenza antifascista, Bari, Radici Future,
- (it) Pati Luceri, Brillan nel cielo... Le donne della Resistenza, le decorate al valore, le partigiane pugliesi, Castiglione (Lecce), Grafiche Giorgiani,