Art moderne et contemporain iranien

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Tapis d'Abo Shahi.

L'histoire de l'art moderne et contemporain iranien se développe en suivant les évolutions sociales et politiques survenues à partir des années 1940 qui ont radicalement modifié l'évolution des arts visuels de l'Iran.

Il consiste à intégrer tradition et modernité afin de contribuer à un langage visuel local distinctif, notamment en réutilisant la calligraphie persane comme objet pictural propre dans des compositions modernes et contemporaines.

Ouverture à l'art moderne (années 1940-1950)

Le mouvement d'art moderne en Iran prend naissance à la fin des années 1940, à la suite de la mort du célèbre peintre persan Kamal-ol-Molk (1852-1940) : il marque donc symboliquement la fin d'une adhésion rigide à la peinture académique[1].

L’École des Beaux-Arts de l’Université de Téhéran, fondée sur le modèle des Beaux-Arts de Paris et dirigée par André Godard, joue un rôle important auprès des étudiants intéressés par l’art moderne en proposant un enseignement radicalement différent de celui de Kamal-ol-Molk, poussant davantage à la création originale qu'à la copie de maîtres internationaux, même si le manque de professeurs qualifiés freine cette évolution[1],[2].

L’ouverture en 1949 de la galerie Apadana à Téhéran par Mahmoud Javadipour et d’autres collègues, et l’émergence d’artistes comme Marcos Grigorian dans les années 1950, marquent un engagement pour la création d’une forme d’art moderne ancrée dans la culture iranienne. Bien qu'il puise son inspiration artistique dans la culture populaire iranienne, notamment dans la culture des conteurs de café[a], il privilégie l'incorporation dans ses œuvres du langage visuel de la terre sèche et de la boue[1].

Son protégé, Charles Hossein Zenderoudi, puise aussi dans la culture populaire, mais incorpore les formes et l'esthétique des objets fabriqués pour le culte laïc (les talismans, les prières imprimées et la main de Fatma) de façon très similaire aux objets que l'on trouve dans les saqqakhana, un petit espace public composé de fontaines érigées à la mémoire des martyrs chiites de Karbala, depuis lesquelles on donne de l'eau aux étrangers, souvent décoré de symboles et d'offrandes[1],[3].

Mouvement Saqqa-Khaneh

Parviz Tanavoli en 2009.

Cette façon d'inclure ces symboles traditionnels avec une approche moderniste inspire la création du mouvement Saqqa-Khaneh[3]. L'un de ses membres est Parviz Tanavoli, qui travaille sur peinture sur toile, sculpture et tapisserie ; il a par la suite un mouvement de réaction à l'engouement que suscite ce mouvement, en produisant une série d'œuvres qui incorporent le mot « néant ». Un autre membre notable du mouvement est Siah Armajani, qui étudie beaucoup le développement de projets d'art public et dont l'influence atteint les États-Unis. Il use par la suite de la calligraphie persane pour élaborer des poésies portant une critique sociale[1]. Comme lui, Mohammed Ehsai utilise la calligraphie, en abstrayant les lettres et en expérimentant les techniques de la peinture moderne[1].

Mouvement Naqqashi-Katt

Des mouvements artistiques tels que Saqqa-Khaneh sont d'importants précurseurs de l'école de peinture calligraphique. En Iran, le mouvement artistique calligraphique est connu sous le nom de Naqqashi-Katt (ou Naqqashikatt)[4]. Il s'agit de l'un des nombreux mouvements artistiques apparus au Moyen-Orient au milieu du XXe siècle. Bien que ces groupes d'artistes émergent indépendamment en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, ils partagent la volonté d'intégrer tradition et modernité afin de contribuer à un langage visuel local distinctif[5],[6],. Chacun de ces groupes est désigné par un nom différent au niveau local[6].

Le mouvement émerge dans plusieurs pays arabes dans les années 1950 et est connu sous le nom de Hurufiyya[6] tandis qu'en Irak, il est connu sous le nom d'Al-Bu'd al-Wahad (litt. Groupe de la Seule dimension)[7]. Au Soudan, le mouvement est connu sous le nom d'École de Khartoum, où les artistes rejettent les traditions artistiques occidentales et se concentrent sur la calligraphie islamique, les motifs ouest-africains et les traditions locales dans la recherche de compositions indigènes[8].

Ouverture à la scène artistique internationale (années 1960-1970)

Dans un contexte politique de rapprochement politique entre l'Occident et le Moyen-Orient, les artistes iraniens profitent d'une grande popularité et les deux décennies suivantes marquent la participation des artistes iraniens aux festivals d'art à l'international, la fondation de galeries et l'attrait des collectionneurs étrangers[1].

Le Musée d'Art contemporain de Téhéran.

Le Musée d'Art contemporain de Téhéran est fondé en 1977 à la suite d'une conversation lors de l'inauguration d'une galerie iranienne, lors de laquelle l'artiste Iran Darroudi fait part de son désir de disposer d'un lieu permanent pour exposer ses œuvres. Le musée se veut ainsi un lieu où seraient exposés des artistes iraniens et internationaux modernes et contemporains[9].

Transition entre la modernité et la Révolution islamique

Entre les années 1960 et 1979, l'Iran connaît une phase de forte transformation économique, sociale et culturelle sous le règne du Mohammad Reza Pahlavi, soutenu par la Révolution blanche, qui promeut des réformes visant à moderniser le pays, à étendre l'éducation et à promouvoir les droits des femmes, tout en bénéficiant de la manne pétrolière. Cette période coïncide avec un essor artistique remarquable : l'essor de la scène contemporaine iranienne, l'internationalisation via les biennales de Téhéran, l'ouverture de galeries et la tenue du Festival des arts de Chiraz-Persépolis dès 1967. Les artistes iraniens  tels que Mohammed Ehsai, Faramarz Pilaram et Charles Hossein Zenderoudi  explorent à la fois la tradition et la modernité dans la calligraphie, en intégrant des matériaux occidentaux (huile sur toile) ; d’autres, comme Sohrab Sepehri, intègrent des influences orientales et zen dans un style abstrait[10].

Toutefois, cette dynamique est aussi marquée par des contradictions : la prospérité ne profite pas équitablement à tous, la répression politique reste forte, et créateurs et intellectuels ressentent l'aliénation due au régime pro-occidental. Ardeshir Mohasses (en) réalise des caricatures politiques cinglantes dénonçant la corruption et l'extravagance du pouvoir ; Nahid Hagigat est l'une des rares artistes à exprimer les préoccupations des femmes pendant les années qui ont précédé la révolution, au moyen de gravures : ses sujets traduisent la peur et le stress des femmes soumises par la société patriarcale et la surveillance excessive et permanente du gouvernement. En somme, ces deux décennies constituent un « moment de transition » majeur où se cristallisent des tensions sociales et culturelles qui précèdent la révolution[10].

Révolution islamique de 1979 et guerre avec l'Irak (années 1980)

Au moment de la révolution de 1979, la scène artistique change radicalement : avec la pression du nouveau gouvernement islamique, les musées et galeries ont un champ d'expression beaucoup plus restreint et la censure s’étend. La photographie et l'affiche deviennent des moyens majeurs d’expression politique, tandis que la peinture revient à des thèmes narratifs religieux ou nationalistes[10]. Abbas documente en photographie toute cette période : des ferventes manifestations du peuple aux négociations des politiciens de haut niveau[1].

Entre 1980 et 1988, la guerre Iran-Irak occupe la majeure partie de la production artistique iranienne, qui est couverte par des photographes locaux, tels que Sadegh Tirafkan (en). L'affiche demeure un médium artistique privilégié, tant pour la propagande d'État que pour l'opposition[1].

Regain d'activité artistique à la fin des années 1990

Farah Ossouli (en) en 2008.

La production artistique iranienne opère un renouveau à la fin des années 1990 avec des artistes locaux, comme la peintre Farah Ossouli (en), qui réexploite la miniature persane de façon contemporaine, en incluant de nombreux personnages féminins. Beaucoup d'artistes ont fui le pays pendant la Révolution et deviennent actifs à l'étranger, comme Shirazeh Houshiary, qui réalise des sculptures en métal basées sur des motifs géométriques islamiques à Londres et Shirin Neshat, photographe et artiste d'installation installée à New York, qui explore l'identité et l'exil avec une forte composante poétique sur les sujets tabous de son pays (l'Islam, la politique, la féminité...)[1].

Tapisserie

L'artisanat traditionnel, tel que la tapisserie, est toujours présent en Iran et joue un rôle important dans l'économie du pays. Il joue toujours un rôle important dans l'économie de l'Iran moderne[11]. Les statistiques des années 2000 indiquent que bien que l'export de tapis soit en baisse, environ deux millions de personnes vivent de la production et du commerce de tapis, dont un million deux cent mille sont des tisserands de tapis[12].

La production moderne se caractérise par la renaissance de la teinture traditionnelle avec des colorants naturels, la réintroduction de motifs tribaux traditionnels, mais aussi l'invention de motifs modernes et novateurs, tissés selon une technique séculaire. Les tapis iraniens tissés à la main sont considérés comme des objets de grande valeur artistique et utilitaire et de grand prestige depuis qu'ils ont été mentionnés pour la première fois par les auteurs grecs, et ce jusqu'à nos jours.

Photographie

Bien qu'introduite en Iran au milieu du XIXe siècle sous la dynastie Qajar, ce n'est qu'à la fin du XXe siècle que la photographie est largement reconnue comme un médium légitime et expressif au sein des arts visuels persans[13],[14]. Le développement de la photographie artistique en Iran reflète les transitions sociales, politiques et culturelles complexes du pays, évoluant des styles documentaires traditionnels vers des pratiques plus expérimentales et conceptuelles[15].

Après la révolution de 1979, une nouvelle génération de photographes iraniens commence à explorer des thèmes tels que l'identité, le genre, la censure, la tradition face à la modernité et l'introspection émotionnelle. La photographie artistique devient un outil puissant pour appréhender et réfléchir sur la vie iranienne contemporaine, souvent marquée par une imagerie symbolique, une esthétique minimaliste et une ambiguïté poétique[15].

Newsha Tavakolian en 2012.

Parmi les photographes les plus reconnus à l'international figure Shadafarin Ghadirian, dont les séries Qajar et Like Every Day interrogent la condition des femmes en Iran en juxtaposant imagerie traditionnelle et objets modernes[16]. Newsha Tavakolian mêle photojournalisme et mises en scène documentaires pour dépeindre la jeunesse, la résistance et la vie émotionnelle en Iran[17]. Une autre photographe conceptuelle émergente, Mahdiyeh Afshar Bakeshloo, explore les états émotionnels intérieurs tels que la solitude, le deuil et l'ambiguïté à travers des compositions en noir et blanc saisissantes qui fusionnent la figure humaine et les objets du quotidien[18].

Cinéma

L'industrie cinématographique voit le jour en Iran dès 1900, quand la cour rapporte un cinématographe de France[19]. Une production spécifiquement iranienne se développe au long du XXe siècle. L'émergence du cinema motafavet, influencée par le néoréalisme et la Nouvelle Vague, ou cinéma différent dans les années 1960 - 1970 marque un tournant dans l'histoire de l'industrie du film en Iran, tout comme la révolution iranienne de 1979[20].

Les nouvelles contraintes qui pèsent sur les réalisateurs à la suite de l'avènement du régime islamique influencent le cinéma iranien tout au long des années 1980. En l'absence d'une presse libre, le cinéma finit par être le vecteur de la critique sociale en Iran. La réception plutôt favorable qu'accorde la critique au cinéma iranien permet à celui-ci d'être reconnu au-delà des frontières à partir des années 1990[21] : des films iraniens obtiennent fréquemment des récompenses dans les festivals internationaux, et des festivals voués au cinéma iranien se tiennent régulièrement dans le monde[22],[23].

Principaux artistes et groupes d'artistes

Pionniers (années 1940)

Société du coq de combat (années 1950)

Mouvement Saqqa-Khaneh (années 1950-1960)

Autres artistes modernes de la deuxième vague (années 1950-1960)

Groupe d'Artistes indépendants (années 1970)

Artistes contemporains (depuis les années 1970)

Expositions notables

  • Biennale des peintres d'Iran (1re édition), Téhéran, 1991[27]

Notes et références

Bibliographie

Articles connexes

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