Fédération de Palestine de football
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La Fédération de Palestine de football (Palestinian Football Association (en) PFA) est une association regroupant les clubs de football de Palestine et organisant les compétitions nationales et les matchs internationaux de la sélection de Palestine.
Première mouture (1928-1948)
Une association dominée par les Juifs sionistes

Le football est introduit en Palestine au tout début du siècle (1904-1909) avec les premiers immigrants juifs et un premier match est disputé à l'English College à Jérusalem. Malgré l'existence de plusieurs clubs, aucune organisation footballistique n'existe avant 1918 et l'arrivée des troupes britanniques[1].
Dans les années 1920, Yosef Yekoutieli (en), Juif biélorusse dirigeant le club du Maccabi Tel Aviv, tente de se faire reconnaître par la FIFA. Toutefois, selon le règlement, seules les associations représentant un pays peuvent être acceptées comme membres. Il est donc contraint de créer en 1928 une première « Palestine Football Association » (PFA) pour représenter la Palestine sous mandat britannique et d'y intégrer également des clubs arabes[2],[3],[4],[1]. L'année suivante, cette fédération est affilée puis reconnue par la FIFA[2], et, en 1931, 40 clubs juifs et 25 clubs arabes en relèvent[1].

L'association reste néanmoins dominée par les Juifs, qui composent tout son conseil d'administration et imposent l'hébreu comme langue officielle. De même, le logo juif figure sur le drapeau de la Fédération[1], et la musique jouée en ouverture, en 1934, est l'Hatikvah, l'hymne officiel du mouvement sioniste[5],[6]. En revanche, le maillot de tous les joueurs de l'équipe nationale était brodé de l'initiale « P » pour Palestine, comme lors de leur tournée en Égypte, en 1930[4]. L'équipe nationale de Palestine avec ses joueurs juifs et arabes participe au Coupe du monde de football en 1934 en Italie et en 1938 en France mais est à chaque fois éliminée au tour préliminaire[7].
Séparation des clubs arabes en 1931
En , en réponse à la domination juive sur les instances du football palestinien, est fondée l'« Arab Palestine Sport Federation » (APSF) à l'identité exclusivement arabe[1]. Toutefois, après la grande révolte de 1936, la répression britannique conduit au démantèlement l'année suivante des structures institutionnelles palestiniennes[8].
En 1944, l'association est recréée, et ses statuts stipulent clairement que ses clubs et institutions membres devront tous être « non-juifs de Palestine »[2]. Dans ce sens, le 15 Mars 1945, Hussein Hosni écrit un article dans la section sportive du journal Filastin pour dénoncer la domination par la Fédération palestinienne de football (PFA) de la scène sportive palestinienne, en précisant que cette association ne doit pas être le représentant des Palestiniens arabes car elle ne représenterait qu'elle-même et la communauté juive, et non le peuple arabo-palestinien[9].
Le statut de la cinquantaine de clubs arabes sportifs affiliés à la APSF est discuté lors de la conférence de la FIFA au Luxembourg en puis à celle de Glasgow en . Selon les termes du représentant libanais, la formation de deux associations en Palestine (PFA et APSF) est le résultat du ressentiment politique entre les parties juives et arabes de la région, qui aboutit à l'absence de liens dans les sports entre l'Association arabe du sport et de la PFA[10]. De son côté, la FIFA considère que les Arabes et les Juifs doivent coopérer car il lui est difficile de reconnaître deux comités d'un pays en même temps.
En 1948, à la suite de la première guerre israélo-arabe, Israël s'empare de 77 % du territoire de l'ancienne Palestine britannique[11], et la Fédération palestinienne de football, basée à Ramat Gan, change son nom et devient la « Fédération d'Israël de football »[12]. De même, l'occupation de la Cisjordanie par la Jordanie, et de la bande de Gaza par l'Égypte, met un terme à l'« Arab Palestine Sport Federation ». Ainsi, dans les années 1950, afin d'être reconnus par la FIFA, quelques clubs arabes palestiniens rejoignent la Jordan Football Association (JFA) de Jordanie[10].
Seconde mouture à partir de 1971


Une Fédération de Palestine de football arabe [al-Ittihad al-Riyadi al-Falastini li Korat al-Qadam] est créée en 1962 par les Palestiniens arabes, qui compte 15 clubs affiliés[10]. La solidarité internationale donnera les moyens matériels au football palestinien de s'affranchir de la tutelle israélienne et organisera notamment de plusieurs matchs disputés avec des équipes françaises à Arcueil ou au Havre[2].
L'Association palestinienne de football est rétablie en 1971 dans les territoires palestiniens. Elle développe de nouvelles règles qui imposent l'admission exclusive de joueurs palestiniens (dans l'acception contemporaine du mot, c'est-à-dire « joueurs arabes ») dans les clubs palestiniens. En raison de l'occupation israélienne des territoires palestiniens, le siège de la PFA est déplacé de Gaza vers la Syrie, puis à Tunis.
La Palestine rejoint l'Association arabe de football (AFA), l'année de sa création, en 1974, qui lui sera d'un grand appui pour son adhésion à la FIFA qu'elle appelle de ses vœux. Ainsi, le transfert de siège de la PFA à Bagdad en 1989, participe à ce qu'elle obtienne un consentement légal ; elle y organise même son propre tournoi.
Après ses multiples tentatives dont des appels via l'ONU ou le CIO, où elle est affiliée depuis 1993, la Fédération palestinienne arabe obtient le statut de membre provisoire de la FIFA en 1995 ; puis, lors du congrès tenu à Paris le , elle est acceptée à la FIFA en tant que membre à part entière, après la création de l'autorité palestinienne[10]. Elle est également membre de la Confédération asiatique de football (AFC) depuis 1998.
La Palestine participe depuis lors à la Coupe du Monde lors des qualifications et à d'autres tournois internationaux tels que les Jeux Olympiques.
Politique d'Israël dans les territoires palestiniens occupés

La Fédération israélienne de football est l'objet de nombreuses critiques en raison de la politique d'Israël dans les territoires palestiniens occupés. En 2016, l'ONG Human Rights Watch[14] et 66 députés européens[15] exhortent la FIFA à exclure les 6 équipes des colonies israéliennes installées illégalement « sur des terres confisquées aux Palestiniens »[14]. Cette demande s'appuie sur les statuts généraux de la FIFA interdisant à une fédération membre de disputer des matchs sur le territoire d’une autre fédération sans son accord[16], comme c’est le cas en Cisjordanie occupée[14]. À titre d'exemple, les clubs situés sur des territoires contestés, comme le Haut-Karabakh, l’Ossétie du Sud ou le nord de Chypre, ne participent pas à des compétitions reconnues par la FIFA[15].
Le , la Fédération palestinienne annonce que 164 footballeurs palestiniens (dont 42 enfants) ont été tués depuis le début de la guerre à Gaza depuis 2023[17]. Parmi ces derniers, on peut notamment citer l'ancien attaquant star des Chabab de Khan Younès (ar), Mohammed Barakat (en), ou encore l'ancien gardien des Khadamat de Rafah (ar), Mahmoud Osama Al-Jazzar[17],[18]. Amnesty International et FairSquare, ainsi que plusieurs experts de l’ONU, multiplient alors les appels à la FIFA pour suspendre la fédération israélienne, comme elle l’a fait pour les fédérations russe et biélorusse en [14].
En , l'instance choisit de ne pas donner suite au demande de suspension mais ouvre deux enquêtes pour se décider[19]. L'une porte sur l'accusation de discrimination raciale[20] portée par la Fédération palestinienne de football, et la seconde sur « la participation à des compétitions israéliennes d'équipes de football israéliennes prétendument basées sur le territoire palestinien »[19]. Un an plus tard, les enquêtes restent au point mort[20]. Le , Amnesty International se joint aux appels à suspendre la fédération israélienne, évoquant à la fois la « dévastation » à Gaza et l'expansion des colonies illégales en Cisjordanie occupée[20]. De 2023 à 2025, près de 290 infrastructures sportives ont été détruites par Israël dans l’enclave de Gaza ainsi qu’en Cisjordanie[14], et les 900 checkpoints israéliens installés en Cisjordanie réduisent drastiquement les possibilités pour les footballeurs palestiniens de se rendre aux entraînements et de disputer des matchs[14].
Le , plusieurs joueurs palestiniens, clubs et ONG déposent une plainte auprès de la Cour pénale internationale contre Gianni Infantino et Aleksander Ceferin pour « complicité de crimes de guerre » et « complicité de crimes contre l’humanité ». Ces deux dirigeants sont accusés de fournir un « soutien financier et structurel » aux désormais 11 clubs[14] des colonies israéliennes implantées illégalement[21] en Cisjordanie occupée, et de les autoriser à participer aux compétitions officielles[22]. Selon les plaignants, « cette pratique légitime l’occupation illégale de la Palestine par Israël, et cautionne également l’apartheid : les Palestiniens ne sont pas autorisés à assister aux matchs en tant que spectateurs, à jouer pour les clubs des colonies illégales, ni à en devenir les entraîneurs »[22].
Le , la FIFA inflige à la Fédération israélienne de football une amende de 150 000 francs suisses (165 000 euros) pour des « violations graves et répétées » de ses obligations de lutte contre les discriminations. Elle condamne notamment les nombreux comportements racistes dans le football israélien, allant des slogans exaltant la pureté raciale dans les tribunes du Beitar Jérusalem aux insultes envers les joueurs arabes, en passant par des « messages politiques et militaristes » de dirigeants des Ligues professionnelles et du Maccabi Netanya sur leurs réseaux sociaux. Toutefois, concernant les clubs de football des colonies israéliennes implantées illégalement en Cisjordanie occupée, la FIFA annonce ne prendre aucune mesure car selon elle : « le statut juridique final de la Cisjordanie demeure une question non résolue et extrêmement complexe en droit international public »[23].
Présidence de Jibril Rajoub depuis 2008
En , Jibril Rajoub, ancien prisonnier (à vie) d'Israël pour avoir lancé une grenade sur un bus militaire israélien, libéré ensuite lors d'échanges de prisonniers, puis ancien commandant des opérations antiterroristes de l'Autorité palestinienne, prend la tête de la fédération[24],[25]. Selon le quotidien français Le Monde d', « Son principal succès est la relance du championnat, paralysé depuis l'an 2000 par les checkpoints israéliens. Fort de ses anciens contacts au sein des services de sécurité israéliens, il a obtenu que les clubs palestiniens circulent librement ou presque en Cisjordanie. Décidé à hausser le niveau de jeu, il a imposé la création d'une seconde division (...) décroché quelques sponsors privés et convaincu la chaîne satellite saoudienne ART de retransmettre une poignée de matchs ». Il a aussi inauguré le un championnat de football féminin[5].
En , la FIFA décide d'interdire le président de la fédération palestinienne de football de toutes fonctions officielles pendant les matches pour un an, et de le condamner à une amende de 17 528 euros, en raison de ses « incitations à la haine et à la violence », notamment lors des appels de Rajoub à brûler des maillots de Lionel Messi si celui-ci n'appelait pas à boycotter un match amical prévu le à Jérusalem entre Israël et l'Argentine, qui aurait selon Rajoub, occulter les « crimes » israéliens. Le match sera finalement annulé[26].