D'une précision relative et comportant plus d'éléments de décoration iconographiques que d'informations utiles à la navigation, elles sont davantage destinées à exalter les conquêtes et la gloire de l’empire portugais qu’à servir utilement aux navigateurs.
La richesse de ses ornements, la présence d'éléments mythiques et légendaires, la multiplications des détails et des blasons et l'emploi de l'or, confirment qu'il s'agit ici d'une "cartographie d'apparat" destiné à l'ornement et à l'affirmation du pouvoir et de la richesse de l'empire portugais et de son souverain, et non d'une carte destinée à la navigation maritime.
L'atlas était probablement passe, au cours du XVIe siècle, sous la possession de Catherine de Médicis qui, après 1559, fait ajouter ses armes sur la page de titre. À la fin du XVIe siècle, l'atlas se trouve toujours dans la bibliothèque de la reine de France. Les cartes furent ensuite dispersées.
La page de titre comporte les armes de Catherine de Médicis, ainsi que la date de 1519, accompagné d'une capsule empli d'un texte.
Dans la capsule, le texte stipule "Hec est universi orbis ad hanc usqz diem cogniti tabula quam ego Lupus homo Cosmographus in clarissima Uliosipone civitate Anno domini nostri Millessimo quingentessimo decimo nono jussu Emanuelis incliti lusitanie Regis collatis pluribs aliis tam vetustorum qż recentiorum tabulis mag na industria et dilligenti labore depinxi" (Ceci est la carte du monde entier connu jusqu'à nos jours, carte que moi, Lopo Homem, cosmographe, j'ai peinte dans la très célèbre cité de Lisbonne en l'an de Notre Seigneur 1519, sur ordre de Manuel, illustre Roi de Portugal, après avoir rassemblé plusieurs autres cartes, tant anciennes que plus récentes, avec grande industrie et diligent labeur)[5].
Elle est dite carte deChristophe Colomb en raison de son attribution au navigateur espagnol par Charles de la Roncière, attribution qui fera couler beaucoup d'encre mais s'avère aujourd'hui probablement être fausse[6].
Carte de l'Océan Atlantique nord-est et de l'Europe du nord
Carte de l'Océan Atlantique central
Carte de l'Océan Indien Nord, de l'Arabie et des Indes
Carte de l'Océan Indien Sud, de l'Insulinde, de la mer de chine orientale et des Moluques
L'espace de l'actuel Golfe de Thaîlande (ou de Siam) est découvert par les portugais en 1511 par la flotte d'Afonso de Albuquerque. Il baigne les rivages de l'actuelle Malaisie et comporte de nombreuses îles aux épices telles que Malacca et Bornéo. En 1519, les portugais n'ont encore que peu explorés les terres, se cantonnant majoritairement aux côtes et espaces nautiques.
La carte représente de manière très schématique le golfe, ses principales îles et cités côtières[5].
Afin de combler les vides géographiques causés par la manque d'exploration, en 1515, des territoires terrestres par les portugais, des créatures mythiques y sont représentés: dragon, griffon... Selon l'historien portugais Alfredo Pinheiro Marques, le personnage en bas à gauche de la carte symboliserai un dévot musulman, en tenue perçue comme orientale, portant à la main une branche à douze feuilles pour les douze imams de l'islam chiite, interprétation renforcé par la présence du mot "Chiis" sur la banderole à son côté.
Carte de Madagascar
Carte de l'Océan Atlantique sud-Ouest et du Brésil
Carte nautique de l'océan atlantique du sud-ouest et du Brésil.
Le carte représente la Terra Brasilis découvert par les portugais, par Pedro Álvares Cabral en 1500, et exploré en 1519 de l'embouchure de l'Amazone jusqu'au 37° de latitude, après l'embouchure du fleuve Rio de La Plata. Les Portugais, en 1519, n'ont que peu explorés l'intérieur du pays et commercent avec les peuples autochtones contre du bois du brésil, principalement au nord, et de l'or, principalement au sud[7].
Détail de la côte brésilienne
La carte représente également la traversée de l'Atlantique par les navires portugais. L'iconographie est très riche, représentant faune, flore et populations autochtones. Un grand nombre de perroquets et de singes sont ainsi dépeints. Les populations locales sont représentés la peau sombre, vêtus de pagnes et de coiffes de plumes, creusant l'or, dans le sud (actuel État de Minas Gerais), chassant à l'arc dans les forêts mais surtout ramassant des morceaux de bois du Brésil, qui donnera son nom à la région, de couleur rouge. En effet, au cours des trois premières décennies de l'exploration portugaise du Brésil (1500-1530), les portugais ne colonisèrent pas le territoire et s'appuyèrent d'abord sur les locaux pour obtenir du bois en échange de produits européens.
Le texte stipule "Dans cette partie des Antilles du Roi de Castille [Manuel Ier], on trouve du minerai d'or. [...] Les habitants à peau foncée, sont sauvages, très cruels, et se nourrissent de chair humaine. Dans ce pays vivent des perroquets multicolores, d'autres oiseaux innombrables, des bêtes sauvages. C'est là que pousse en grande quantité l'arbre appelé Brésil qui est utilisé comme colorant pour peindre en rouge les étoffes." [5]
Seule la partie gauche de cette carte est parvenue jusqu'à nous, elle représente l'archipel des Açores (Insule Ancipitrum) et une île, probablement mythique ou imaginaire, en son nord nommée Insula Viridis. L'emprise devait certainement s'étendre jusqu'aux côtes ibériques, situées sur la partie perdue de la carte, Les directions sont indiqués par les 16 lignes de rhumbs dont le centre, aujourd'hui perdu, devait se situer sur la partie droite de la carte, en mer entre Açores et Portugal. La carte contient également une division en quatre climats de Ptolémée allant du quatrième de ces climats au septième. Une échelle est également présente au centre de l'océan mais le méridien gradué contenant les informations de longitude, que l'on retrouve sur les autres cartes, devait également se situer sur la partie perdue de la carte[5].
L'iconographie de la carte représente trois caravelles portugaises, ainsi que trois roses des vents, dont une ayant la particularité d'être segmentée en deux.
↑Catherine Hofmann, Hélène Richard et Emmanuelle Vagnon, L'âge d'or des cartes marines: quand l'Europe découvrait le monde [exposition, Bibliothèque nationale de France, Paris, 23 octobre 2012-27 janvier 2013], Seuil Bibliothèque nationale de France, (ISBN978-2-02-118016-9 et 978-2-7177-2606-0), p.14.
↑Mireille Pastoureau, «L’Atlas Miller», sur essentiels.bnf.fr (consulté le )