Atrocités allemandes en 1914 à Battice

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Date4 - 8 août 1914
VictimesCivils belges
Atrocités allemandes de 1914 à Battice
Image illustrative de l’article Atrocités allemandes en 1914 à Battice
Battice incendiée.

Date 4 - 8 août 1914
Lieu Battice, Drapeau de la Belgique Belgique
Victimes Civils belges
Type incendies criminels, exécutions sommaires
Morts Entre 33 et 37
Auteurs Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Motif présence imaginaire de francs-tireurs
Guerre Première Guerre mondiale
Coordonnées 50° 38′ 51″ nord, 5° 49′ 15″ est
Géolocalisation sur la carte : Belgique
(Voir situation sur carte : Belgique)
Atrocités allemandes en 1914 à Battice

Les atrocités allemandes en 1914 à Battice désignent les violences commises contre des civils et des biens lors de l'invasion de la Belgique par l'Empire allemand au début de la Première Guerre mondiale, en , dans la localité de Battice (aujourd'hui section de la commune de Herve, en province de Liège). Ces événements s'inscrivent dans le cadre plus large des violences perpétrées par des unités de l'armée impériale allemande en Belgique durant les premières semaines du conflit, connues sous l'appellation d'« atrocités allemandes de 1914 ».

À Battice, plusieurs civils ont été exécutés et des habitations incendiées à la suite d'opérations militaires allemandes menées dans le contexte de la bataille de Liège et de l'avance vers l'intérieur du territoire belge. Les faits ont fait l'objet d'enquêtes belges et internationales dès 1914 et ont été étudiés par l'historiographie contemporaine consacrée aux violences contre les populations civiles pendant la Première Guerre mondiale.

Le plan Schlieffen amenant les Allemands à envahir la Belgique.

Au début du mois d', l'Empire allemand déclenche le plan Schlieffen et envahit la Belgique, pays neutre, afin de contourner les défenses françaises[1]. La résistance des forts de Liège ralentit temporairement l'avancée allemande, mais les troupes impériales progressent rapidement dans l'est et le centre du pays[2].

Dans ce contexte, l'armée allemande est confrontée à des actes de résistance isolés, réels ou supposés, qu'elle attribue à des civils armés assimilés à des « francs-tireurs ». Cette crainte d'une guérilla civile, nourrie par l'expérience de la guerre franco-allemande de 1870, conduit à des mesures de représailles sévères dans plusieurs localités belges, comme l'explique l'historien Francis Balace[3].

La région de Herve et de Battice, située à proximité de Liège et sur des axes de communication stratégiques, est traversée par des unités allemandes dans les jours qui suivent la chute des forts liégeois[B 1].

Déroulement des faits

Les violences à Battice, ancienne commune composée de trois sections (Bruyères, José et Battice)[B 1] peuplée de 3 179 habitants pendant les faits, se produisent du 4 au , lors du passage de troupes allemandes dans la localité, refoulées devant les forts de la position fortifiée de Liège[B 2].

Mardi 4 août

Peu avant midi, en essayant d'abattre un lancier belge, un tireur allemand blesse par balle un civil[B 3], s'agissant du premier fait reporté contre un civil à Battice. Installés dans la localité, les Allemands ont commencé à piller quelques caves vers deux heures de l'après-midi. L'un des premiers grands pillages a été celui d'un magasin de tabacs sur la place du village ; après avoir vidé le magasin, les soldats allemands ont saccagé la maison attenante et sont ensuite passés d'une maison à l'autre. La plupart des habitants étaient partis se réfugier à Liège avant la venue des Allemands de la première division d'armée sous le commandement du général von Emmich et de la 14e brigade à Battice. Les deux premiers otages étaient le curé Voisin et l'échevin Raphaël Iserentant[B 4],[B 3]. Durant ces événements, le garde champêtre Rapaille et deux Limbourgeois, Léonard Lallemand et Henri Clompers, respectivement de Herve et de Bilsen, sous la menace des soldats allemands, ne pouvaient qu'observer la scène. Après les pillages, ils sont passés devant un conseil de guerre parodique des Allemands et ont été condamnés[B 5]. L'officier qui jouait le rôle du juge ordonna le peloton d'exécution. Leurs cadavres sont restés jusqu'au vendredi près d'une forge au bout du village[B 6],[B 4], devant la maison Christiane[B 7] ou le long d'un mur d'une place[B 3]. Un autre civil, monsieur Frenay, venant de Dison entre Herve et Verviers, a été tué par une sentinelle allemande alors qu'il venait « espionner » les Allemands pour rapporter ce qu'il se passait à Battice[B 7].

Mercredi et jeudi 5 et 6 août

Position fortifiée de Liège.

Après une résistance de la position fortifiée de Liège, les Allemands ont commencé à commettre des atrocités violentes envers les civils[B 7]. Dans les alentours de Herve, des soldats ont pris en otage tous les hommes, au nombre de cent quatre-vingts, qui s'étaient réfugiés dans un institut religieux. Emmenés de force à Battice, sept d'entre eux ont été fusillés[B 8]. Des soldats allemands sont ensuite entrés dans un café situé près de la gare de Battice et ont consommé quelques boissons. Après avoir posé quelques questions, notamment pour savoir quel chemin emprunter pour se rendre à Henri-Chapelle, un Allemand ouvre le feu et tue le patron du café[B 9] ou monsieur Halleux et blesse par balle deux autres civils. Les Allemands ont ensuite tué l'échevin Iserentant, sa femme, son beau-frère, un vieil homme et sa servante[B 3].

L'ancien hôtel communal et l'église Saint-Vincent de Paul reconstruits.

Ensuite, les Allemands ont lancé des boules incendiaires dans toutes les habitations du village[B 9],[B 10],[4],[5] et sont entrés dans quelques-unes pour égorger et abattre des habitants[B 11] ou pour y enfermer des femmes avant de brûler des maisons[B 12]. L'église a également pris feu et, à dix-huit heures, le clocher s'est écroulé[6]. En plus de l'incendie, les Allemands ont tiré sur les habitants (à Battice et dans les villages alentours comme à Nazareth, Chesseroux et à la ferme Hendrick, dans laquelle deux frères Hendrick ont été tués par balle et le troisième frère carbonisé[B 3])[B 11] : trente-sept civils sont tués dont deux femmes[B 13], Charles Vinche en annonce trente-trois[7],[8], tout comme l'Institut Destrée[B 14], ou trente-six[B 10] tandis que l'enquête du gouvernement belge en dénombre trente-cinq dont trois femmes[B 15].

Certains habitants, encore vivants, ont été lestés à un landau en direction de Liège[B 11]; d'autres habitants ont été ligotés et jetés dans des haies avant d'être tirés violemment par les Allemands, leur peau se déchirant à travers les branches ou encore des coups de crosses écorchant les victimes[B 16]. Entre Battice et Herve, toutes les maisons ont également été incendiées[B 2]. Seules cinq maisons du quartier de la gare[B 10] où casernaient les soldats allemands ont été épargnées[B 15]. Au total, ce sont 147[7],[B 14] ou 140 maisons qui ont été détruites sur les quelques 574 qui constituaient Battice[B 15].

Samedi 8 août

Monsieur Louis Wilkin[B 3] est la dernière victime de Battice. Il meurt près d'un passage à niveau[9].

Interprétations historiographiques

Dès 1914, les autorités belges mettent en place une commission d'enquête destinée à documenter les violations présumées du droit international humanitaire. Les rapports produits durant la guerre visent à établir les faits et à informer l'opinion publique internationale[B 17].

Dans l'immédiat après-guerre, les événements de 1914 en Belgique font l'objet de controverses, certains auteurs allemands, comme Karl Helfferich[B 10] et le lieutenant de réserve du 4e bataillon de chasseurs Max von Amelunxen[B 18], contestant l'ampleur ou la nature des violences. À partir de la fin du XXe siècle, les travaux d'historiens tels que John Horne et Alan Kramer ont renouvelé l'analyse de ces événements en s'appuyant sur des archives allemandes et belges. Ces recherches concluent à la réalité de violences massives contre des civils en Belgique en 1914, tout en replaçant celles-ci dans le contexte des perceptions militaires et des doctrines de l'époque[B 19].

Les violences de Battice sont ainsi généralement considérées par l'historiographie comme relevant de représailles collectives décidées localement par des unités allemandes, dans un climat de peur des francs-tireurs, plutôt que comme le résultat d'un plan centralisé visant spécifiquement cette localité[B 20].

Mémoire et commémorations

Notes et références

Annexes

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