Banalisation de la Shoah

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La banalisation de la Shoah consiste à établir des comparaisons qui minimisent l'ampleur et la gravité des atrocités commises par l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale, où près de 6 millions de Juifs européens ont été assassinés[1].

En 2004, la Commission Wiesel définit cette trivialisation comme l'utilisation abusive de comparaisons dans le but de minimiser la Shoah et de banaliser ses atrocités[2]. En 2013, les pays membres de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) adoptent une définition[3] de la négation de la Shoah et de sa distorsion en vue de la banaliser[4].

L'expression anglaise Holocaust distortion déformation de la Shoah ») gagne en popularité et décrit largement la négation des responsabilités à laquelle est assimilée sa banalisation[5].

L'essayiste Manfred Gerstenfeld identifie la minimisation de la Shoah comme l'une des onze formes de distorsion de la réalité historique. Il la définit comme l'application d'un langage spécifique à la description de la Shoah à des événements et des objectifs qui n'y sont pas liés[6]. Selon Gerstenfeld, ces sujets sans rapport incluent les problèmes environnementaux, l'avortement, l'abattage des animaux, la consommation de tabac et les violations des droits de l'homme[7]. David Rudrum de l'université de Huddersfield cite comme exemples de banalisation de la Shoah l'évocation du camp d'Auschwitz par Lord Dafydd Wigley pour s'opposer aux armes nucléaires et la référence à la Nuit de Cristal par Al Gore pour défendre l'environnement[8].

Pour le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme (ODIHR) de l'OSCE, si la négation de la Shoah vise à contester l'histoire et la souffrance des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, « la banalisation de ce qui s’est passé vise le même but. Ces agissements peuvent être motivés par la haine des Juifs ou par la concurrence entre les victimes, et reposent sur l’affirmation selon laquelle l’Holocauste a été inventé ou exagéré par les Juifs, dans le cadre d’un complot visant à servir leurs propres intérêts »[4].

Le politologue allemand Clemens Heni (de) écrit : « Contrairement à la version radicale, le négationnisme modéré est souvent difficile à identifier. Il est souvent toléré, voire encouragé et reproduit au sein du courant dominant, et pas seulement en Allemagne. Les chercheurs ont commencé que récemment à démêler ce phénomène inquiétant. Manfred Gerstenfeld aborde la banalisation de l’Holocauste dans un article publié en 2008. En Allemagne, en 2007, deux chercheurs, Thorsten Eitz et Georg Stötzel, ont publié un volumineux dictionnaire de la langue et du discours allemands concernant le national-socialisme et l’Holocauste. Cet ouvrage comprend des chapitres consacrés à la banalisation de l’Holocauste et aux comparaisons artificielles, telles que les tristement célèbres « Holocauste atomique », « Holocauste des bébés », « Holocauste de l’avortement », « Holocauste rouge » ou « Holocauste biologique » »[9].

Elie Wiesel, survivant de la Shoah et auteur de mémoires, écrit : « Je ne peux plus utiliser [le mot Holocauste ]. D'abord parce qu'il n'y a plus de mots, et ensuite parce qu'il est devenu tellement banalisé que je ne peux plus l'employer. Quel que soit l'incident qui se produit, on l'appelle désormais « holocauste ». Je l'ai constaté moi-même à la télévision, dans mon pays. Un commentateur, décrivant la défaite d'une équipe sportive, l'a qualifiée d'« holocauste ». J'ai lu dans un journal californien très prestigieux le récit du meurtre de six personnes, et l'auteur l'a qualifié d'holocauste. Alors, je n'ai plus de mots »[10].

Cas notables

Références

Voir aussi

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