Bataille d'Argentoratum

bataille opposant Rome aux Alamans From Wikipedia, the free encyclopedia

La bataille d'Argentoratum (nom de Strasbourg dans l'empire romain) ou bataille de Strasbourg, du mois d', oppose une armée romaine commandée par le César de l'Empire d'Occident Julien et les guerriers rassemblés par une confédération d'Alamans conduite par le roi Chnodomar.

Date août 357
Issue victoire romaine décisive
Faits en bref Date, Lieu ...
Bataille d'Argentoratum
Description de cette image, également commentée ci-après
Ordre de bataille initial
Informations générales
Date août 357
Lieu collines de Hausbergen (entre Oberhausbergen et Wolfisheim)[1], près d'Argentoratum, Empire romain d'Occident
Issue victoire romaine décisive
Belligérants
 Empire romain d'Occident Alamans
Commandants
Julien
Severus (magister equitum)
Chnodomar
Serapio
Forces en présence
13 000[2] - 15 000[3]
dont près de 3 000 cavaliers[4]
15 000[5] - 35 000 combattants[6]
Pertes
243 tués[7] 8 000 morts :[8] 6 000 tués sur le champ de bataille, 2 000 noyés pendant la traversée du Rhin[7]

Guerre romano-alamane

Coordonnées 48° 35′ 55″ nord, 7° 39′ 43″ est
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La bataille de Strasbourg est le point culminant des campagnes menées par Julien en 356 (d'Autun à Cologne) et 357 visant à chasser les barbares de Gaule et à rétablir la ligne de défense (limes) le long du Rhin, gravement endommagée pendant la guerre de 350-353 entre l'usurpateur Magnence et l'empereur Constance II.

Bien que les Alamans soient trois fois plus nombreux, cette bataille s'achève par une victoire romaine. Les Alamans sont rejetés au-delà du Rhin, alors qu'ils étaient présents dans l'est de la Gaule depuis le début des années 350.

Contexte

Situation politique et militaire au milieu du IVe siècle

Nord-est de la Gaule et frontière rhénane de l'Empire du temps de Julien.

Au cours du règne de Constantin entre 310 et 337 la frontière rhénane de l'empire romain d'Occident connaît une paix relative après les troubles du IIIe siècle[9]. Ceux-ci ont en particulier été marqués par l'abandon de la région du Neckar aux Alamans, une confédération hétérogène de tribus germaniques parmi lesquelles se trouvent notamment les Suèves, Quades et Teutons, qui lancent régulièrement de là des raids pour piller la rive gauche du Rhin[10].

À la mort de Constantin en 337, quatre successeurs se disputent le pouvoir. La Gaule est d'abord sous le contrôle de Constantin II jusqu'à sa mort en 340 lorsqu'il essaie d'envahir l'Italie appartenant à Constant Ier. Ce dernier récupère la Gaule, mais est tué en 350 par l'usurpateur Flavius Magnus Magnentius, qui est en guerre avec Constance II jusqu'à la victoire finale de ce dernier en 353[11]. Ces trois ans de guerre sont lourds de conséquences pour la Gaule. En effet, pour combattre Constance II, Magnence a emmené la plupart des troupes qui défendaient la frontière rhénane, laissant le champ libre aux Francs et aux Alamans. Certains auteurs antiques insinuent en outre que Constance II lui-même incite ces derniers à piller la Gaule, même si la véracité de cette affirmation n'est pas établie. Au cours de cette période, un chef alaman nommé Chnodomar mène un raid particulièrement dévastateur au cours duquel il pille quarante-cinq cités, dont Cologne[12].

Constance II parvient à faire la paix en 354 avec les rois alamans Gundomadus et Vadomarus, mais pas avec Chnodomar et les Alamans conservent le contrôle des deux rives du Rhin de Mayence à Bâle[13]. Afin de défendre la frontière rhénane, Constance II nomme césar son cousin Julien en 355 et l'envoie en Gaule[12].

Campagne de 356

Au début de l'année 356, Julien quitte Vienna (Vienne) et force les Alamans à lever le siège d'Augustodunum (Autun) avant de rejoindre Durocortorum (Reims). De là il se dirige vers l'est avec l'intention de chasser les Alamans de la rive gauche du Rhin, mais son inexpérience le fait tomber dans une embuscade près de Decem Pagi au cours de laquelle l'armée échappe de peu à la destruction. Il poursuit néanmoins sa route et remporte une victoire à Brocomagus (Brumath). Cette victoire incite les Alamans à lui offrir une trêve, lui permettant de se diriger vers le nord pour affronter les Francs. Après avoir repris Colonia Agrippinensis (Cologne) et reconstruit son enceinte, il fait la paix avec ceux-ci avant de retourner pour l'hiver à Agendicum (Sens)[14].

Du fait du manque de ressources locales, Julien doit disperser son armée le temps de l'hivernage. Selon Ammien Marcellin Julien s'installe à Senonas, une "cité opportunément placée". La localisation de l'endroit fait débat, et l'on a longtemps traduit Senonas par Sens, qui est alors le chef-lieu de la province de Lyonnaise quatrième. Une autre candidate sérieuse, et plus plausible, serait la petite ville de Senon dans la Meuse, non loin de Verdun. Les Alamans y voient alors une opportunité de l'éliminer alors qu'il est isolé avec peu de troupes. Leur attaque échoue néanmoins et ils doivent se retirer après un mois de siège[15].

Campagne de 357

La campagne de 357 est une opération de plus grande envergure, planifiée par Constance II. Elle doit mettre en œuvre deux corps d'armées : tandis que Julien avance vers le Rhin depuis l'ouest en passant par Tres Tabernæ (Saverne), le maître de l'infanterie Barbatio, stationné à Augusta Vindelicorum (Augsbourg) avec vingt-cinq milles hommes, doit traverser le Rhin au sud de l'Alsace et remonter celle-ci vers le nord, afin de prendre les Alamans en tenailles. Il est prévu que les deux armées se rejoignent au sud d'Argentoratum et construisent un pont pour renforcer le contrôle de la rive droite[16].

Alors que les deux forces se sont mises en mouvement, un groupe de pillards germanique passe entre les deux pour attaquer Lugdunum (Lyon). Cette incursion ralenti Julien, qui doit détacher des forces pour les intercepter[17]. Barbatio l'accuse par ailleurs d'avoir envoyé ces soldats pour l'attaquer et s'emploie dès lors à faire échouer la campagne de Julien. Il brûle ainsi le ravitaillement devant permettre la reconstruction des fortifications de Saverne ainsi que les navires permettant de traverser le Rhin. Julien parvient néanmoins à contourner ces obstacles en prenant ce dont il a besoin aux Alamans et, tandis qu'il reconstruit Saverne, ses auxiliaires massacrent les colons alamans retranchés sur les îles du Rhin[18].

De son côté, Barbatio rencontre moins de succès : tombé dans une embuscade près de Strasbourg, il bat en retraite précipitamment en abandonnant ses bagages et le pont à moitié construit, qui est détruit par les Alamans. Il retourne ensuite à Augsbourg, laissant Julien seul pour faire face aux Alamans[19]. Informé, Chnodomar convainc les autres rois alamans de s'unir afin de battre Julien en profitant de leur supériorité numérique[20]. Il n'est pas impossible que l'ensemble de ces manœuvres aient été un plan délibéré de Constance II afin de se débarrasser de son cousin, dont il se méfie : l'empereur aurait ainsi pu ordonner à Barbatio de saboter les efforts de Julien puis de l'abandonner. D'après les auteurs antiques il connaît également Chnodomar, qu'il avait déjà incité à attaquer son rival Magnence quelques années plus tôt[21].

Chnodomar fait alors envoyer un message à Julien où il affirme que la rive gauche appartient de droit à son peuple et demande à Julien de se retirer[20]. Ce dernier ne répond pas immédiatement mais termine d'abord les fortifications de Saverne. Finalement, au milieu du mois d'août, le 14 ou le 24, il décide de na pas attendre les Alamans derrière ses fortifications mais de se porter à leur rencontre pour les affronter en terrain ouvert, malgré son infériorité numérique[22].

Champ de bataille

Photographie d'un champ de terre retournée en hiver avec des arbres sans feuille et un ciel nuageux
Vue panoramique vers le sud-est depuis la colline du Stimmelsberg à Oberschaeffolsheim, qui surplombe le champ de bataille (en bas, au centre) avec en arrière-plan, la cathédrale de Strasbourg (sur l'horizon, à gauche) à l'emplacement d'Argentoratum, et l'ancienne voie romaine recouverte par la route nationale 4 le long des bâtiments et des pylônes électriques (au centre et à droite).

L'historiographie ancienne situe le site de la bataille d'Argentoratum à mi-chemin entre Oberhausbergen, Ittenheim et Stutzheim. Cette localisation est invalidée en 1963 par Jean-Jacques Hatt et Jacques Schwartz, qui proposent de plutôt situer le champ de bataille au sud d'Oberhausbergen, entre le village et la Bruche. Cette proposition fait consensus et n'a pas été remise en cause depuis[23].

Le champ de bataille est situé à environ cinq kilomètres au nord-ouest de Strasbourg. Son côté nord est délimité par un ruisseau, l'actuel Musaubach, bordé par une forêt. À la lisière sud de celle-ci court la route reliant Strasbourg à Saverne, actuelle route nationale 4[24].

Forces en présence

Alamans

L'alliance des tribus alamanes est dirigée par Chnodomar. Ce chef expérimenté a déjà battu l'armée du césar Magnus Decentius en 350 et, au début de la campagne de 357, celle de Barbatio. Son neveu Serapio, qui le seconde, commande l'aile droite. Les cinq autres rois alamans, Vestralpus, Urius, Ursicinus, Suomarius et Hortarius, sont décrits comme étant entièrement subordonnés à Chnodomar. Le reste de la structure de commandement de l'armée germanique est composé de dix princes régionaux (regales) et de nobles (optimates), qui commandent l'armée dans les échelons inférieurs. Celle-ci ne semble toutefois avoir qu'une confiance limitée en ses chefs : les guerriers alamans exigent que les rois descendent de cheval avant la bataille afin de les empêcher de fuir en cas de défaite[25].

Le nombre exact de guerriers alamans est sujet à débat. Le chiffre de 35 000 guerriers, indiqué par Ammien Marcellin est souvent considéré comme étant exagéré, faisant référence à l'ensemble des Alamans présents, non combattants compris, ou à l'ensemble des guerriers alamans disponibles, qu'ils participent ou non à la bataille. Partant du principe que les combattants ne représentent que vingt à vingt-cinq pour cent des armées germaniques, Delbrück propose ainsi un nombre compris entre six et dix mille guerriers. Drinkwater évoque plutôt 15 000 hommes, estimation plus cohérente avec le nombre de nobles présents et le décompte des corps par les Romains après la bataille[26].

Alors que l'armée romaine est uniquement composée de professionnels, celle des Alamans comprend des soldats de métiers, à savoir les nobles et leur suite, auxquels s'ajoutent des hommes libres enrôlés[27]. L'armement est aussi plus hétérogène et dépend généralement du rang social, les nobles étant mieux équipés que les hommes libres. Toutefois, au sein de la suite des nobles, certains guerriers ne portent pas d'armure par choix, afin de conserver une meilleure agilité. De même, bien qu'ils puissent disposer de spatha, beaucoup de guerriers alamans lui préfèrent la lance, la hache et le scramasaxe[28].

Les Alamans sont moins rompus que les Romains à effectuer des manœuvres complexes au sein d'une grande armée, raison pour laquelle ils évitent habituellement les batailles rangées contre les légions. Ils disposent toutefois de tactiques spécifiques mêlant fantassins et cavaliers, les premiers étant entraînés à attaquer les chevaux de la cavalerie adverse pendant que les seconds occupent le cavalier[29].

Romains

L'armée romaine est commandée par le césar Julien. Si celui-ci semble avoir beaucoup étudié l'art de la guerre dans les livres, son expérience de la guerre est néanmoins réduite[30]. Julien peut cependant bénéficier d'un second très expérimenté en la personne du maître de cavalerie Severus, qui commande l'aile gauche[31].

Il y a consensus pour estimer que l'armée de Julien compte entre treize et quinze mille hommes. Il dispose ainsi d'éléments provenant des légions des Primani, Moesiaci Iovani, Herculiani, Armigeri Defensores, Martenses, Legio I Flavia Pacis, Legio I Martia, Ballistarii Dafnenses et Tungrecani. S'y ajoutent sept unités d'auxilia palatina, les Celtae, Petulantes, Cornuti, Bracchiati, Regii, Heruli et Batavi. La cavalerie est composée de deux vexillations des Equites catafractarii, de trois vexillations des Equites dalmati et d'autres vexillations des Equites sagitarii et des Clibanarii.. Enfin, la garde rapprochée de Julien est quant à elle composée de trois cent soixante hommes des Equites scutarii et Equites gentiles. Il s'agit dans l'ensemble d'unités expérimentées, voire d'élite, bien entraînées et habituées à combattre ensemble, ce qui compense leur faiblesse numérique[32].

Si l'armement reste de qualité, nombre de soldats de cette époque, notamment dans les auxilia palatina, combattent sans armure, leur seul armement défensif étant leur casque et leur bouclier. Les armures appartiennent en grande majorité aux familles des lorica hamata et squamata, bien que les officiers de plus haut rang portent peut-être encore des cuirasses musculaires. Les armes offensives sont la spatha et sa version courte, la semispatha ainsi que la lance. Dans les armes de jet, le javelot reste utilisé, mais appartient plutôt aux familles des verutta et angon qu'à celle du pilum ; ces armes sont néanmoins concurrencés par les fléchettes de type plumbata ou martiobarbuli, plus faciles à transporter[33].

Bataille

Mise en place

À l'aube du 14 ou du , l'armée romaine quitte Saverne en direction de Saverne. Afin de prévenir les embuscades, elle marche en deux colonnes d'infanterie au centre, avec de chaque côté une colonne de cavalerie faisant écran. Julien interrompt la marche vers midi, après que l'armée ait parcouru une vingtaine de kilomètres et se trouve alors vers Wintzenheim-Kochersberg. Il fait établir un camp fortifié et prévoit de livrer bataille le lendemain. Ses officiers, notamment le préfet du prétoire des Gaules Flavius Florentius, l'encouragent à attaquer immédiatement, de crainte que les Alamans ne se dispersent et soient impossibles à rattraper[34]. Julien accepte finalement, bien que la fatigue causée par la marche constitue un désavantage[35].

L'armée se remet en marche et cinq kilomètre plus loin, vers Hurtigheim, l'avant garde rencontre des sentinelles alamanes, dont une est capturée, les autres parvenant à s'enfuir. Prévenus de l'arrivée des Romains, les Alamans se déploient dans la plaine[34]. L'ordre de bataille de ces derniers adopte les tactiques classiques des Germains : le gros des troupes est déployé au centre en contingents d'environ huit cents hommes utilisant une formation en coin. Leur cavalerie, mêlée d'infanterie légère, est déployée à gauche et est commandée par Chnodomar. Sur l'aile droite, l'infanterie de Serapio est dissimulée dans les bois, cachée dans des fossés creusés à l'avance et prête à prendre en embuscade l'aile gauche romaine. La disposition des Alamans, qui anticipe parfaitement le plan de Julien, laisse à penser que Chnodomar dispose d'informations provenant du camp romain[24]. La position de ces dernier est néanmoins défavorable : alors que les Romains peuvent se replier sur leurs fortifications de Saverne en cas de défaite, les Alamans sont dos au Rhin, qui ne peut être traversé facilement à cet endroit et leur coupe toute retraite[21].

De leur côté les Romains adoptent également une organisation classique, le sixième modèle décrit par Végèce[35]. Les légions sont déployés au centre en deux lignes largement espacées et d'inégales profondeur, la première ligne étant plus dense et constituée des meilleures troupes afin d'encaisser le choc des Alamans, plus nombreux. Les légions des Moesiaci, Iovani, Herculani, Ballistarii Dafnenses et la Legio I Martia occupent le milieu de la première ligne, son extrémité droite est tenue par les auxilia palatina des Cornuti et des Brachiati, tandis que celles des Petulantes et Heruli sont à l'extrémité gauche. La seconde ligne est composée des Batavi, Reges, Primani et Celtae. L'intégralité de la cavalerie romaine est déployée sur l'aile droite, avec la cavalerie légère et les archers de cavalerie devant et la cavalerie lourde derrière. L'aile gauche est placée légèrement en retrait et s'appuie sur le ruisseau situé à sa gauche. Elle est commandée par Severus et constitué de deux lignes avec les Tungrecani devant, la deuxième ligne étant constituée des Martenses et Menapii ainsi que de la Legio I Flavia Pacis. Enfin, Julien lui-même se trouve derrière entre les deux lignes du centre, légèrement sur la droite, avec deux cents gardes du corps[36].

Première phase

Alors que les deux armées achèvent de se mettre en place, les soldats alamans exigent des nobles qu'ils laissent leurs chevaux et combattent à pied, afin de ne pouvoir s'enfuir en les abandonnant au cas où les choses tourneraient mal[37]. Les deux armées se rapprochent ensuite et échangent des projectiles avant de s'affronter au corps à corps[38]. Du côté nord du champ de bataille, l'embuscade des Alamans échoue lorsque des guerriers indisciplinés chargent prématurément, révélant aux Romains la présence de troupes dans la forêt. Severus fait alors stopper ses soldats et parvient à tenir sa position, mais reste en difficulté du fait qu'il est en grande infériorité numérique. Julien se déplace alors de ce côté en encourageant les hommes sur son trajet et en les dissuadant de trop s'avancer[39].

Alors que les Romains reprennent peu à peu pied à gauche et chassent progressivement les Alamans de la colline, un désastre a lieu sur leur aile droite. Lorsque la cavalerie lourde romaine charge, l'infanterie légère alamane s'infiltre dans ses rangs et s'attaque aux chevaux, causant de lourdes pertes. Bientôt un vent de panique s'élève dans la cavalerie romaine, qui fuit de manière si précipitée qu'elle percute l'extrémité droite du centre romain[40]. Selon Ammien Marcellin, Julien, revenu en hâte, de ce côté, parvient à arrêter la fuite de sa cavalerie et à la renvoyer au combat après s'être mis en travers de son chemin et avoir fait un discours sur le courage, tandis que selon Zosime les cavaliers quittent le champ de bataille[41]. Il semble en effet que les Clibanarii aient fui jusqu'au camp, tandis que les catafractarii se reforment à l'arrière des lignes romaines, même s'ils ne prennent plus une part active au combat. De son côté, la cavalerie alamane n'est plus mentionnée après cet épisode, bien qu’elle ait pu passer de l'autre côté pour tenter d'attaquer Severus par l'arrière[42].

Deuxième phase

L'aile droite romaine ayant disparu, les Alamans, encouragés par cette victoire, attaquent le centre romain par le flanc. Ils se trouvent toutefois face aux Cornuti et Bracchiati, l'élite des troupes de Julien, qui défient les guerriers germains avec un cri de guerre et se mettent en formation tortue[43]. Ils parviennent ainsi à tenir pendant un temps, bien qu'ils soient soumis à un déluge de projectiles et subissent plusieurs assauts[44]. De plus en plus d'Alamans parviennent néanmoins à passer la première ligne de ce côté et repoussent progressivement les Batavi et les Reges de la seconde ligne jusqu'au camp placé sur la colline. Finalement, ils parviennent à être mis en déroute grâce à l'aide des gardes du camp[45].

Entretemps, le centre du dispositif romain a cédé, mais les Alamans se heurtent aux Primani et ne peuvent pousser leur avantage plus loin. Par ailleurs, les Romains sont victorieux sur leur aile gauche et attaquent désormais les Germains sur leur flanc droit, tandis que l'aile droite romaine se rétablit. Les Alamans poursuivent malgré tout leur charge au centre dans l'espoir de forcer la dernière ligne romaine, se retrouvant peu à peu dans un entonnoir tandis que les Romains les enveloppent sur les côtés[46].

Poursuite

Immobilisés et progressivement écrasés par le mouvement en tenaille des Romains, les rangs alamans cèdent brutalement, la tentative de retraite des premiers rangs entraînant la déroute de ceux placés derrière[47]. Les Alamans tentent de fuir vers le Rhin, poursuivis de près par les Romains qui en tuent un grand nombre, d'autant que la cavalerie romaine revient à ce moment se mêler à la poursuite. Les Germains qui atteignent le Rhin tentent de traverser à la nage, mais beaucoup se noient, notamment les nobles lestés par leurs armures, ou sont touchés par les projectiles que leur lancent les soldats romains. Alors que ceux-ci commencent à entrer dans l'eau pour continuer la poursuite, Julien ordonne aux tribuns de retenir leus troupes sur la rive[48].

Pertes

Photographie d'un champ de terre retournée en hiver avec un chemin enneigé et une colline sur laquelle se trouve des arbres sans feuille
Vue vers le sud-est du champ de bataille depuis la colline du Stimmelsberg, à Oberschaeffolsheim.

Les pertes romaines ne s'élèvent qu'à deux mille hommes.

Les Alamans laissent quatre fois plus de morts et blessés, sans compter les prisonniers.

Bilan et conséquences

Les troupes de l'escorte de Julien (comitatus) sont peu nombreuses mais bien formées : la bataille a été gagnée grâce à la force et la résistance de l'infanterie romaine, qui a été en mesure de surmonter les mauvaises performances de sa cavalerie.

Dans les années qui suivent sa victoire, Julien est en mesure de réparer les fortifications et de renforcer les garnisons sur le Rhin et d'imposer son influence sur les tribus germaniques, même au-delà de la frontière de l'Empire.

Sources

Ammien Marcellin

La principale source historique est l'ouvrage d'Ammien Marcellin, Res Gestae. Cet historien a participé personnellement aux campagnes militaires en Gaule en 356-357.

Ammien est à l'origine un Grec, qui s'est engagé dans l'armée avant 350 et y reste au moins jusqu'en 363[49]. Enrôlé en tant que protector (aspirant officier-chef[pas clair]), il sert en tant qu'officier de l'équipement sous le commandement du magister equitum Ursicinus. Il a combattu en Gaule pendant l'usurpation du magister equitum Sylvain en 355[50]. Par la suite, il participera à la campagne de Julien en Perse en 363.

Son expérience personnelle dans le haut commandement militaire fait de lui une source fiable et de valeur. Cependant, son récit révèle une grande admiration pour Julien, dont il fait occasionnellement[pas clair] l'éloge. Il lui arrive donc d'exagérer les succès et les compétences de Julien, d'omettre ses échecs et de montrer une hostilité partiale envers ses adversaires.

Libanios

Le rhétoricien contemporain Libanius a, pour sa part, écrit l'Oraison funèbre de Julien (363). Cette œuvre contient des détails manquants dans les récits d'Ammien, peut-être appris des membres de l'entourage de Julien. Mais parce que la sienne est un éloge, et non un récit historique, son report de la campagne de Julien est douteux, la version d'Ammien étant préférée en présence de contradictions.

Zosime

Le chroniqueur byzantin de la fin du Ve siècle Zosimus traite de la bataille dans son ouvrage Nova Historia, ainsi que de la campagne de Gaule menée par Julien, dans un résumé qui apporte peu au récit de Ammien. Le principal intérêt de Zosimus réside en le fait que sa description de la révolte de Magnence (350 - 353) a survécu, tandis que les écrits d'Ammien à ce sujet ont été perdus.

Annexes

Bibliographie

  • (en) Raffaele d'Amato et Andrea Frediani, Strasbourg AD 357 : TThe victory that saved Gaul, vol. 336, Oxford, Osprey Publishing, coll. « Campaign », (ISBN 978-1-4728-3398-3).
  • (en) Drinkwater, J. F. (2007) The Alamanni and Rome (213-496)
  • (en) Elton, Hugh (1996), Roman Warfare 350-425
  • (en) Goldsworthy, Adrian (2000), Roman Warfare
  • Jean-Jacques Hatt, « Strasbourg-Argentorate entre la Gaule, Rome et la Germanie : heurs et malheurs d'un site de défense et de liaison commerciale et culturelle », Annuaire de la Société des amis du Vieux Strasbourg, , p. 25-45 (lire en ligne, consulté le ).
  • Jean-Jacques Hatt, Argentorate, Strasbourg, Lyon, Presses universitaires de Lyon, coll. « Collection Galliae civitates », , 143 p. (ISBN 2-7297-0471-X).
  • (en) Jones, A. H. M. (1964), Later Roman Empire
  • (en) Speidel, M. (2004), Ancient Germanic warriors, warrior styles from Trajan's column to Icelandic sagas
  • (de) Raddatz, K. (1967), Die Bewaffnung der Germanen in der jüngeren römischen Kaiserzeit

Représentations artistiques

Articles connexes

Notes et références

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