Spatha
From Wikipedia, the free encyclopedia

Spatha est le nom latin issu du grec (σπάθη / spathē) utilisé pour désigner l'épée romaine tardive, l'épée des grandes invasions et l'épée mérovingienne. Elle se caractérise par une large lame ainsi que par une garde étroite et plate. Elle était utilisée par la cavalerie romaine.
Le mot latin spatha, pluriel spathae, provient du grec σπάθη / spathē, « épée à extrémité large et plate »[1]. Le mot grec provient à l’origine du vocabulaire textile et désigne un outil plat en bois servant à resserrer la trame pendant le tissage, mais il est déjà utilisé au VIe siècle av. J.-C. par Alcée de Mytilène pour évoquer une épée. Au Ier siècle av. J.-C., Diodore de Sicile l’utilise pour parler explicitement des épées des Celtes. Le terme conserve néanmoins également son sens premier, autant en grec qu’en latin[2]. La première apparition du mot dans cette langue se trouve chez Tacite, qui l’utilise de manière généraliste pour parler des épées. Son utilisation spécifique pour désigner l’épée des cavaliers est toutefois plus tardive et probablement pas antérieure au début du IIe siècle, le mot gladius étant employé auparavant[3].
Le mot latin spatha a donné naissance au mot signifiant épée dans la plupart des langues romanes : catalan espasa, espagnol espada, français épée via l’ancien français espee, italien spada ou encore roumain spadă[3].
Histoire
La spatha provient directement des épées utilisées à l’âge du fer par les peuples gaulois, bien qu’il ne soit pas établi le rôle que des influences externes ont pu jouer. Les peuples germaniques et celtibériques ont ainsi pu aussi avoir influencé la forme de la spatha. Enfin, le propre gladius hispanensis des Romains a sans doute eu son importance : ce glaive de l’époque républicaine est considérablement plus long que ses successeurs impériaux et est utilisé à la fois par la cavalerie et l’infanterie[4]. De fait, les trouvailles du Ier siècle av. J.-C. classées comme spatha sont en réalité plutôt des épées gauloises ou des gladii hispanensis[5]. L’arrivée de la spatha dans l’armée romaine est en lien avec le recours plus fréquent à partir du Ier siècle av. J.-C. à des auxiliaires de cavalerie gaulois et germains[6]. À cette époque et pour plus de deux siècles, ce type d’arme est d’ailleurs exclusivement utilisée par ces troupes[7]. Ce n’est toutefois que dans la première moitié du Ier siècle que la spatha à proprement parler commence à se distinguer de ses ancêtres celtiques, ces modèles, par exemple celui visible sur la statue de guerrier de Vachères conservée au Musée lapidaire d’Avignon, étant parfois qualifiés de proto-spatha[5].
Les choses changent vers le milieu du IIe siècle, l’utilisation de la spatha commençant alors à se répandre également dans l’infanterie. S’il est établi que ce changement s’est fait de manière assez progressive, les raisons n’en sont pas clairement établies. Une raison possible est la recherche d’une plus grande allonge et d’une lame plus polyvalente pouvant être utilisée aussi efficacement en taille qu’en estoc. Le glaive de cette époque est en effet considérablement plus court que l’ancien gladius hispanensis et avantage une escrime basée sur l’estoc plutôt que la taille[8].
La spatha remplace le gladius au cours du IIIe siècle, mais un nouveau type d’épée plus courte que la spatha voit le jour dans le même temps : la semispatha. L’usage de celle-ci reste toutefois assez limité et elle disparaît à la fin du IIIe siècle, ne laissant plus que la spatha comme épée de l’armée romaine[9].
La spatha continue d’être utilisée longtemps après la disparition de l’Empire romain d’Occident. Chez les tribus d’Europe du Nord, comme les Angles et les Saxons, elle devient l’arme privilégiée des nobles et se retrouve dans les tombes royales comme celle de Sutton Hoo[10]. L’influence de la spatha se retrouve par ailleurs aussi dans les épées vikings jusqu’au XIe siècle[11]. L’arme a également survécu pendant longtemps dans l’Empire byzantin et ne laisse la place aux épées à garde cruciforme qu’à la fin du XIe siècle[12].
Production et entretien
Les premières épées utilisées par les auxiliaires de cavalerie au Ier siècle av. J.-C. sont des importations amenées par les soldats et varient ainsi grandement dans leurs méthodes de fabrication et leur qualité[13]. À partir du Ier siècle, les spatha commencent toutefois à être produites dans les fabricæ, des ateliers contrôlés par l’État qui fabriquent la majeure partie de l’équipement pour l’armée romaine[14]. Cela amène davantage d’uniformisation dans le processus de fabrication et fait que, sur le plan métallurgique, une spatha ne peut pas être distinguée d’un gladius de la même période[15].