Angon
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L’angon est une lance ou javelot franc dont le fer a la forme d'un harpon. Il était utilisé comme arme de guerre ou de chasse[1]. L'angon était de facture et d'utilisation similaire au pilum romain, dont il était probablement dérivé [2],[3]. La découverte de cette arme dans des tombes du peuple des Angles et des Thuringiens laisse croire qu'elle n'était pas l'exclusivité des guerriers francs. C’était cependant une des armes les plus rares mais aussi les plus singulières de la période franque.
Le mot n'est pas attesté avant le XVe siècle en français. Il s'agit d'une « sorte de crochet ». Ensuite il apparaît au XVIe siècle au sens de « sorte d'arme munie de deux crochets, utilisée par les Francs ». Ce terme est attesté en latin chez Du Cange sous la forme angon(es) et au sens d'« arme des anciens Francs ». L'étymologie de ce mot bas latin est mal éclaircie : il s'agit peut-être d'un emprunt au vieux bas francique *ango « crochet », dont l'existence est postulée par le vieux haut allemand ango, dérivé allemand Angel de même sens. En fin de compte, le bas latin angon(es) serait d'origine populaire et représenterait directement le vieux bas francique *ango, comme semble le montrer l'existence du wallon angon « bâton à crochets », alors qu'au sens de « gond » propre aux dialectes de l'est de la France et de la Suisse romande, il serait issu d'un croisement entre le latin gomphus « cheville, clou », auquel a été ajouté le préfixe en-, d'où le verbe engoner « mettre une porte sur ses gonds », d'où peut-être un déverbal *engon, devenu angon par influence de angon « crochet », d'origine vieux bas francique[4].
L'ancien français (soi) angler « se prendre à l'hameçon » est issu du germanique westique *angul (cf. vieil anglais et vieux haut allemand angul > anglais angle « hameçon » et allemand Angel, même sens), par l'intermédiaire du normand, peut-être renforcé par l'ancien scandinave *angul-, vieux norrois ongull, de même sens. En outre, le même étymon westique *aŋg- se retrouve dans le substantif normand angue (variante aingue) « hameçon »[5], lui-même du saxon *anga ou de l'anglo-saxon anga « crochet, hameçon », même mot que le vieux bas francique *ango (vieux haut allemand ango).
Sources antiques
Le premier auteur présumé ayant fait mention de cette arme est l'historien byzantin Agathias qui décrit dans le deuxième tome des Histoires du temps de Justinien, cette arme de jet en ces termes :
« 4. [...] Ils ne sont pas équipés d’arcs, de frondes ou d’autres armes de jet, mais de haches à double tranchant et des angones, dont ils se servent le plus souvent.
5. Les angones sont des lances ni très courtes, ni trop longues, mais elles peuvent servir d’armes de jet et, si nécessaire, frapper l’adversaire dans les combats au corps à corps. Elles sont entièrement recouvertes de fer dans leur plus grande partie, au point qu’on en voit à peine le bois, sinon à leur extrémité inférieure. À l’autre extrémité de la lance, de chaque côté du fer de lance, des pointes recourbées sont saillantes, comme des hameçons crochus, et se replient vers la hampe.
6. Le Franc lance donc cet angon dans la mêlée, et s’il se heurte à un corps, l’extrémité, bien sûr, le pénètre, mais il n’est possible ni à celui qui l’a lancé, ni à quelqu’un d’autre de l’arracher facilement, car les pointes fixées dans la chair le retiennent en provoquant de très vives douleurs ; de la sorte, même si l’ennemi n’a pas été mortellement atteint, il meurt de cette blessure.
7. S’il se fiche dans un bouclier, il lui reste aussitôt accroché et il est entraîné avec lui, l’autre extrémité traînant sur le sol. Celui qui l’a reçu ne peut ni retirer cette lance, parce que les pointes y sont fixées, ni la briser de son épée, parce qu’on ne peut atteindre le bois, que protège une couche de fer.
8. Dès que le Franc s’en aperçoit, en levant aussitôt le pied et en le mettant sur le bas de la lance, il pèse sur le bouclier et le fait tomber, de manière à dégager la main de celui qui le porte et de mettre à découvert sa tête et sa poitrine. Alors, le prenant sans défense, il le tue facilement, soit qu’il lui frappe le visage de sa hache ou qu’il lui transperce le cou d’une autre lance. »
— Agathias, Livre II, 5, Bataille de Capoue[6].