Bataille de Vertières
victoire de l'Armée indigène de Saint-Domingue sur l'armée française en 1803
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La bataille de Vertières se déroule le à Vertières, près du Cap-Français, dans le nord de la colonie de Saint-Domingue (actuelle Haïti). Elle oppose les troupes françaises commandées par le général de Rochambeau (envoyé par Napoléon) à celles du général domingois Jean-Jacques Dessalines. Ce fut la dernière bataille de l'expédition de Saint-Domingue; elle marque l'achèvement de la Révolution haïtienne.
| Date | |
|---|---|
| Lieu | Près du Cap-Français |
| Issue | Victoire décisive haïtienne |
| • Donatien de Rochambeau | • Jean-Jacques Dessalines • François Capois |
| 2 000 hommes | 27 000 hommes[1] |
| ~ 1 200 morts ou blessés | 1 200 morts[2] 2 000 blessés[2] |
Batailles
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Expédition de Saint-Domingue (1802-1803)
| Coordonnées | 19° 44′ 00″ nord, 72° 13′ 28″ ouest | |
|---|---|---|
La bravoure des troupes menées par Dessalines et de la 9e brigade, commandées par François Capois, mène à la victoire finale, obligeant Rochambeau à capituler.
Contexte
À la suite de l'abolition de l'esclavage de 1794, Toussaint Louverture parvient à chasser les Anglais de l'île et commence à la gouverner. Napoléon Bonaparte rétablit l'esclavage, fait capturer par traîtrise Louverture et envoie 23 000 soldats sous les ordres de Charles Victoire Emmanuel Leclerc reprendre le contrôle de l'île. Les troupes françaises sont contaminées par le virus de la fièvre jaune, et malgré un renfort de 10 000 hommes sont réduites à 2 000 soldats retranchés au Fort Mazi à Vertières[3],[4].
Les combats
La résistance française
Le , Jean-Jacques Dessalines ordonne de prendre le fort, situé sur une colline à côté de la ville de Cap-Français. François Capois dit Capois-la-Mort commande une demi-brigade qui est en partie décimée par le tir des canons en provenance du fort. Il lance un nouvel assaut, mais ses hommes sont encore fauchés par la mitraille, au pied de la colline. Capois va chercher des renforts puis, pour la troisième fois, lance en vain ses forces à l'assaut du fort laissant une fois de plus de nombreux morts sur le champ de bataille. Lors du quatrième assaut, il demande à ses hommes de le suivre en criant : « En avant ! En avant ! ». Pendant qu'il est à la tête de ses hommes, son cheval est touché par un boulet de canon ; il tombe, mais prend son épée, se relève et va se mettre à nouveau à la tête de ses soldats noirs en criant toujours « En avant ! En avant ! ». Son bonnet garni de plumes, est emporté par un boulet. Un messager personnel de Rochambeau monte sur son cheval et part vers Capois-La-Mort. Avec une voix forte, il crie : « Le général Rochambeau envoie son admiration au général qui vient de se couvrir de tant de gloire ! »
Les renforts de Dessalines
Pour renforcer les bataillons épuisés de Capois-La-Mort, Dessalines envoie des renforts sous les ordres des généraux Gabart, Clervaux et Jean-Philippe Daut. Au milieu de l'après-midi, Gabart prend position sur la butte de Charrier avec Benjamin Noël. Les combats redoublent d'intensité. Le soir venu, les deux tiers des défenseurs français étaient morts ou blessés.
La capitulation de Rochambeau
Le lendemain matin, un officier français, Duveyrier, se rend aux sentinelles de Capois et est conduit au quartier général de l'armée haïtienne sur un cheval ; il porte le message suivant : « Le capitaine-général Rochambeau offre ce cheval comme une marque d'admiration pour l'« Achille noir » pour remplacer celui que son armée française regrette d'avoir tué ». Les pourparlers avec Dessalines durent une journée entière. Avant la tombée de la nuit, un accord est signé. Rochambeau obtient dix jours pour évacuer le fort Mazi de Vertières et embarquer les restes de son armée et quitter Saint-Domingue. Il s'agit bien d'une capitulation et non d'une reddition selon Jean-Marie Théodat, directeur de l’Institut de géographie de l’Université Panthéon-Sorbonne[5].
Les conséquences
Le 29 novembre 1803, soit onze jours après la bataille, une première déclaration d’indépendance est proclamée à Haut-du-Cap, suivie d’une seconde version plus radicale, rédigée par Louis Boisrond-Tonnerre, secrétaire de Dessalines : l'Acte de l'Indépendance de la République d'Haïti que Dessalines lit sur la place d'armes des Gonaïves le 1er janvier 1804. Haïti devient alors la première république noire au monde.
Lors de la Seconde Restauration, le royaume de France ne reconnaît pas cette indépendance acquise contre la République française. En 1826, le roi Charles X réclame à Haïti une indemnité de 150 millions de francs or à la jeune république pour que la France reconnaisse son indépendance. En 1838, sous la monarchie de Juillet, cette dette sera allégée par le roi Louis-Philippe à 90 millions de francs et fut intégralement versée à la France en 1883. Le payement des intérêts de la dette contractée pour payer l'indemnité ne cesse qu'en 1952[6].
Depuis son indépendance, la nation haïtienne commémore la bataille de Vertières, le , en la célébrant comme une fête nationale[7]. Cette bataille est célébrée non seulement comme un événement historique important pour le pays, mais aussi comme un exemple emblématique de la lutte contre l’esclavage et le colonialisme pour d’autres pays[8]. Sur le site de Vertières, un monument a été érigé en 1953 et inauguré à l'occasion du 150e anniversaire de l'indépendance du pays. Le monument représente six haïtiens, quatre hommes (dont le général Capois) et deux femmes partant à la bataille[9].
L'équipe de football des Grenadiers d'Haïti sélectionnée pour la coupe de monde de football 2026 s'est vue interdire par la FIFA le maillot officiel, qui comportait un dessin symbolant cette victoire haïtienne sur les troupes françaises, sous prétexte d'absence de neutralité[10],[11]. Les autorités ont décidé de classer ce mailot comme objet symbolique de l'histoire du pays en l'exposant au musée du Panthéon national haîtien[12].
La victoire a empêché la France de maintenir son projet d’empire colonial couvrant une partie des Caraïbes et l’Amérique du Nord. En conséquence, la décision de Napoléon de vendre la Louisiane aux États-Unis en 1803 est directement liée à la perte de Saint-Domingue.