Biedermeier

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La Promenade du dimanche, par Carl Spitzweg en 1841.

La période Biedermeier [ˈbiːdɐˌmaɪ̯ɐ][1] Écouter s'étend de 1815 (congrès de Vienne) à 1848 (Révolution de Mars 1848) dans les États de la Confédération germanique et dans l'empire d'Autriche. En politique, elle est liée à la Restauration allemande et au développement de ces États après la période napoléonienne et le congrès de Vienne.

Contemporain des styles Restauration et Louis-Philippe, le Biedermeier désigne d'une part la culture et l'art bourgeois apparus à cette époque, et d'autre part la littérature de ce temps. La restriction des libertés et, surtout, une certaine défiance à l'encontre de l'action politique entraînent un repli des artistes sur la sphère privée, la famille et le foyer. La fuite dans l'idylle et la vie privée sont par conséquent des thèmes typiques. Le poète Jean Paul parlait déjà de « bonheur total dans la limitation », et le secrétaire de Goethe, Johann Peter Eckermann, croyait reconnaître « une réalité pure à la lumière de modestes éclairages ».

La période Biedermeier se développe en parallèle du Vormärz qui se déploie à partir des années 1830, avec une connotation surtout politique.

Metternich vers 1820-1825, par Thomas Lawrence.

Après la chute de Napoléon à la bataille de Waterloo et son bannissement, les résolutions négociées au congrès de Vienne furent mises en application. L'ordre de Vienne s'établit en Europe selon les idées directrices de la Restauration. À cette fin, le monarque conservateur François Ier d'Autriche, l'empereur Alexandre Ier de Russie et le roi Frédéric-Guillaume III de Prusse conclurent la Sainte-Alliance. Ils y furent poussés en dernier lieu par le spectre de la Révolution française, dont ils voulaient éviter à tout prix la répétition.

Le prince Klemens Wenzel von Metternich, rhénan de naissance et travaillant au service de l'empereur d'Autriche, joua un rôle politique de premier plan. Il fit adopter les « décrets de Karlsbad » de 1819, qui restreignirent fortement les activités politiques. Une stricte censure de toutes les publications fut introduite, y compris pour les œuvres musicales. Des écrivains comme Heinrich Heine et Georg Büchner émigrèrent, de même que Karl Marx, alors rédacteur en chef de la Rheinische Zeitung à Cologne.

Sans les décrets de Karlsbad, l'époque Biedermeier est impensable. Hors d'Europe centrale et de Scandinavie, le terme Biedermeier n'existe donc pas, car le développement des sociétés prit ailleurs d'autres voies.

Origine du Biedermeier

Le terme de « Biedermeier » n'apparut pour désigner une époque que vers 1900. Il vient du pseudonyme Gottlieb Biedermeier, que le juriste et écrivain Ludwig Eichrodt et le docteur Adolf Kußmaul prirent à partir de 1855 pour publier des poèmes variés dans les Fliegende Blätter munichoises, parodiant en partie les poésies du bien réel instituteur de village Samuel Friedrich Sauter. Le nom vient de deux poésies, Biedermanns Abendgemütlichkeit (Le Bonheur vespéral de Biedermann) et Bummelmaiers Klage (La Plainte de Bummelmaier), publiées en 1848 par Joseph Victor von Scheffel dans le même magazine. Jusqu'en 1869 on écrivit « Biedermaier », l'usage du « ei » ne vint qu'ensuite. Le mot est composé de deux termes : Bieder (« simple, sans prétention ») et Meier, un des noms de famille les plus communs en Allemagne. Le Monsieur Biedermeier fictif était un instituteur de village souabe écrivant de la poésie, à l'âme simple, et que selon Eichrodt « sa petite chambre, son étroit jardin, son insignifiante bourgade et le pauvre destin de maître d'école méprisé portaient à la félicité terrestre ». Dans les publications l'on caricature et moque la probité, la mesquinerie et les positions apolitiques d'une grande partie de la bourgeoisie.

Il est vrai que le poète révolutionnaire Ludwig Pfau (de) avait écrit dès 1847 un poème titré Herr Biedermeier, dénonçant la prudhommerie et la duplicité morale. Il débute par ces vers :

« Schau, dort spaziert Herr Biedermeier
und seine Frau, den Sohn am Arm;
sein Tritt ist sachte wie auf Eier,
sein Wahlspruch: Weder kalt noch warm.
 »

« Vois là-bas se promène Monsieur Biedermeier
et sa femme, le fils au bras ;
son pas est précautionneux comme sur des œufs,
sa devise : ni froid, ni chaud. »

Eichrodt n'aurait eu connaissance de ce poème que bien après la publication de ses propres poèmes Biedermeier. Cette affirmation est à vrai dire invérifiable.

Après 1900, le terme de « Biedermeier » devint pratiquement neutre, synonyme de la nouvelle culture bourgeoise centrée sur le chez-soi et la vie privée, ayant marqué la période de paix avant les grands bouleversements. Il en vint à qualifier au sens large l'art, la littérature et la mode de cette époque.

Une nouvelle culture bourgeoise

Notes et références

Voir aussi

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