Bienwald
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Le Bienwald (« bois de l'essaim d'abeilles » en français) est un massif forestier qui se trouve à peu près au milieu du fossé rhénan, à cheval sur la Lauter et donc sur l'actuelle frontière franco-allemande.
D'une superficie d'environ 120 km2, la partie allemande, située au sud-ouest de la Rhénanie-Palatinat, est majoritairement une forêt domaniale comprise dans un périmètre de conservation de la nature (Landschaftsschutzgebiet)[1]. La partie française, la forêt de Wissembourg, bien que morphologiquement un prolongement du Bienwald, est considérée comme étant à part.
Le marathon du Bienwald (de) y est organisé tous les ans fin mars depuis 1976.
Situation

Ce massif forestier est situé dans le graben du Rhin Supérieur, dans le sud du Palatinat-Sud-Est et en majeure partie dans le district de Germersheim (seule sa pointe la plus occidentale est dans l'arrondissement de la Route-du-Vin-du-Sud).
En forme de triangle irrégulier, le Bienwald s'étend à l'est de la Deutsche Weinstraße. Son côté nord-ouest, le plus long des trois (20 km), forme une ligne de Schweighofen à Rheinzabern jusqu'au « Viehstrich ». Le côté est-sud-est (17 km) suit la limite de la terrasse alluviale du Rhin, formant une ligne passant par Jockgrim, Hagenbach et Berg. Le côté sud-ouest (16 km) se confond avec la frontière entre l'Allemagne et la France où coule la Lauter.
La forêt dépend principalement du district[pas clair] de Wörth am Rhein. La partie la plus occidentale du Bienwald est une partie de l'Untermundat (« forêt du Mundat inférieur » en allemand) qui a la particularité d'être la seule forêt domaniale française située à l'étranger (l'autre partie de l'Untermundat étant la forêt de Wissembourg, sur la rive droite de la Lauter).
Le Bienwald est d'allure assez plate ; il descend presque imperceptiblement d'une altitude d'environ 130 m à l'ouest à 105 m au nord-est, ce qui implique sur une distance d'environ 20 km une pente d'un peu plus d'1 m/km. On y trouve de petites collines, considérées comme des dunes déposées par le vent, et d'autre éminences comme dans l'Untermundat (altitude 141 m), à la lisière nord (135 m) et à l'est du centre (152 m) du Bienwald. Les berges abruptes du Rhin (en arrivant à la ripisylve) et de la Lauter forment ses derniers et notables escarpements[1].

On trouve dans les environs des forêts comparables telles la forêt de Spire (de) ou celle de Bellheim (de).
Géologie
De nombreux cours d'eau provenant du massif palatin ont dû se frayer un passage vers le Rhin, donc dans une direction générale est-nord-est. Lors du déclin de la dernière période glaciaire, l'eau de fonte disponible en grande quantité a pu excaver et déplacer de grandes quantités de débris de roche jusqu'à la plaine du Rhin. Arrivée en plaine et du fait de son ralentissement, l'eau s'est délestée par décantation des matériaux transportés, y formant d'abord des éboulis graveleux puis, de plus en plus loin des points hauts, des dépôts alluvionnaires de sables et de limons. Les sols résultant en amont, à dominante sablo-graveleuse, ne permettant pas de gros rendements agricoles, ils ont été réservés aux zones boisées tandis que les zones couvertes de lœss en aval ont été défrichées et cultivées tôt.
Hydrologie

La Lauter, qui coule sur la frontière franco-allemaande, forme la limite sud-ouest du Bienwald. Sur son cours supérieur (de sa source à Niederschlettenbach à la frontière), son nom allemand est Wieslauter. Prenant sa source dans la forêt palatine et arrivée non loin de Neuburg après un cours d'environ 74 km, elle conflue en rive gauche du Rhin. Son cours est préservé à l'état naturel et sinue dans son lit majeur le long du Bienwald. Les embâcles, provoqués notamment par des arbres tombés ou des branchages, provoquent de fréquents changements du lit mineur.
De nombreux cours d'eau, ruisseaux et fossés traversent le Bienwald principalement dans la direction ouest-est. Les principaux cours d'eau sont le Schmerbach, le Heilbach, le Wiebelsbach et le Hessbach. Comme ils ne sont pas alimentés par des affluents ou des sources, leur débit change considérablement selon les conditions météorologiques. En période de fortes précipitations, les eaux souterraines peuvent remonter à la surface du sol et inonder de vastes zones. Dans les mois d'été, les petits cours d'eau s'assèchent souvent.
On distingue dans le Bienwald deux zones sensiblement différentes : le « Bienwald humide » à l'ouest et le « Bienwald sec » à l'est[2]. En raison des couches imperméables d'argiles et de marnes, les courants d'eau souterraine suivent différentes strates depuis la forêt palatine jusqu'au Rhin. À l'ouest, les couches d'argile sont proches de la surface et empêchent l'infiltration des eaux météoriques. Le Bienwald humide s'y caractérise par une forte alternance de l'humidité du sol : saturé en hiver, sec en été. Par contre à l'est, où le niveau des berges, plus bas d'environ dix mètres, draine les eaux souterraines, les sols sont très secs.
Histoire
Toponymie
L'origine du nom est contestée. Vers 670, ce lieu était appelé « Biwalt », plus tard « Byewalt », « Biewalt », « Bewald » et au XVIIIe siècle « Böhnwald ». Depuis le début du XIXe siècle on l'écrit comme aujourd'hui « Bienwald ». Le « bi » est probablement une ancienne racine de nom menant à Bien (« essaim » en allemand) ou Biene (« abeille »), d'où l'appellation « forêt de l'essaim » ou « forêt des abeilles ». Quant à la racine qui viendrait du mot celtique « behe » ou « beje » qui signifie « forêt », rien n'a pas été prouvé jusqu'à présent[3],[4].
Préhistoire
Au bord de la terrasse alluviale, l'actuel Wörth am Rhein-« Dorschberg » s'étend sur un champ funéraire datant de l'âge du bronze. Les tumuli sont datés de 1500 à 1200 av. J.-C.
Antiquité
Les chênes et les hêtres puissants, les sous-bois denses et les zones marécageuses rendaient le Bienwald difficilement pénétrable. Le fourré était traversé uniquement par une piste muletière en rive haute. Cette piste a par la suite été remplacée par une voie romaine. Les Romains ont également fondé Rheinzabern (« Tabernae » à l'époque) autour de 10 apr. J.-C. ; elle s'est développée en raison des riches dépôts d'argile et est devenue la plus importante colonie de potiers de l'Empire romain au nord des Alpes.
Moyen Âge
Non loin des tumuli cités ci-avant se dresse une motte castrale dénommée « Affelderle ». Une fortification de défense en terre et bois y aurait été érigée au Xe siècle et peut-être reconstruite en pierre au XIe ou XIIe siècle[5].
Vers 670, l'évêque Théodard de Maastricht aurait été attaqué et assassiné lors d'un voyage à « Biwalt » près de Rülzheim. « Les habitants de la région ont enterré les morts sur place. Mais quand il se produisit des miracles près de cette tombe, il fut considéré comme un saint, et beaucoup vinrent des villages avoisinants pour le prier et obtenir de l'aide[6]. » Mais le nouvel évêque de Maastricht fit transporter le cadavre à Liège. On suppose qu'une chapelle a été construite sur les lieux dénommés Dieterskirchel (de). Cette église fut rénovée au XIVe siècle ; elle avait au XVIe siècle sa propre aumônerie. Elle a été l'objet de pèlerinages jusqu'à sa démolition en 1824 à cause de son délabrement et d'autres raisons financières. Elle a été reconstruite en 1957 sur la route de Rülzheim à Rheinzabern.
Époque moderne

Le Bienwald est exploité intensivement depuis le VIIIe siècle, notamment pour ses chênes. Dans les temps difficiles du XVIIe au XIXe siècle qui ont été marqués par de nombreuses guerres, la forêt a subi de lourds prélèvements, de sorte que les arbres à feuilles caduques se sont raréfiés. Le bois de chêne étant recherché comme bois d'œuvre notamment dans la construction navale, ce phénomène s'est accentué après la guerre de Trente Ans dans le Bienwald. Par conséquent, il fut interdit dès 1718 « de couper plus d'un chêne dans un endroit. »
Au XVIIIe siècle un maillage de voies rectilignes a été érigé pour la chasse, le transport du bois et d'autres utilisations diverses de la forêt. Le réseau routier actuel avec sa structure en treillis a été construit au XIXe siècle et parcourt 470 km.
Du fait de sa situation frontalière, le Bienwald a parfois été le théâtre de batailles pendant les conflits. En 1793, au cours de la guerre de la première coalition, plusieurs combats eurent lieu entre les troupes autrichiennes du maréchal Dagobert Sigmund von Wurmser et des unités françaises. Des éclats dans les troncs d'arbres témoignent encore de la Seconde Guerre mondiale, notamment lors de l'opération Undertone ; en mémorial, le « sentier de la ligne Siegfried » a été créé à Schaidt.
De 1883 à 1972, la tuilerie Ludowici (de) a exploité de grands gisements d'argile au sud de Jockgrim. Dans les fosses abandonnées à la lisière de la forêt, une décharge avait été envisagée mais elle a été empêchée[7]. Au XXIe siècle, la plus grande partie de la superficie forestière (10 275 hectares) appartient à l'État de Rhénanie-Palatinat en tant que forêt domaniale. Dans les alentours se trouvent 1 691 hectares de forêts communautaires (ville de Kandel, municipalités de Rheinzabern, Hatzenbühl, Erlenbach, Freckenfeld, Steinfeld, Kapsweyer, Schweighofen, Winden, Minfeld) et 187 hectares de forêt privée[3].


