Blaise le savetier

From Wikipedia, the free encyclopedia

Blaise le savetier
Description de cette image, également commentée ci-après
Acte I, scène 9 « M. Pince donne un coup de pied dens l'armoire et en sort. »
Genre comédie mêlée d'ariettes
Nbre d'actes 1
Musique Philidor
Livret Michel-Jean Sedaine
Langue
originale
français
Création
Foire Saint-Germain

Airs

Le ressort est, je crois, mêlé

Blaise le savetier est une comédie mêlée d'ariettes en un acte de Philidor, sur un livret de Michel-Jean Sedaine, créée à la Foire Saint-Germain le .

  • Blaise, ténor, Oudinot
  • Blaisine, soprano, Mademoiselle Deschamps
  • Mme Pince, soprano, Mademoiselle Vincent
  • Monsieur Pince, baryton, Jean-Louis Laruette
  • Nicaise, ténor, M. Bouret
  • Babiche, Mademoiselle Vilmont
  • La crémière, Mademoiselle Luzzi
  • Premier record, M. S. Aubert
  • Mathurin, second record, basse, M. De Lisle
  • La tante, et autres acteurs.

Argument

Blaise est un paresseux qui s’adonne quelque peu à la boisson. Il veut sortir pour aller au cabaret. Sa femme lui représente en pure perte qu’ils doivent de l’argent à leur hôte l’huissier à verge, qu’on va peut être venir saisir leur meubles, car le savetier lui répond insouciamment « Jouissons aujourd’hui de la vie, On peut mourir demain. » « De faim, de faim. », répond Blaisine. De fait, les huissiers arrivent avec M. Pince, et entreprennent l’inventaire de leurs effets. L’acariâtre et bavarde Madame Pince, femme de l’huissier, vient même les braver et les menacer de tout faire vendre, s’ils ne lui apportent cent écus que contient un billet échu.

Lorsque le mari et la femme se retrouvent seuls, Blaisine lui rappelle qu’il ne tient pas la promesse de de rester dans sa boutique qu’il lui avait faite lorsqu’il la courtisait. Le savetier enrage et ne sait quel parti prendre. Il prétend que ce qui leur arrive est un tour de la femme de l’huissier, Blaisine soutient que c’en est un du mari. Ils s’expliquent, Monsieur Pince avant leur mariage et le sien, a fait la cour à Blaisine et Madame Pince a aimé Blaise. Cette confidence réciproque fait naitre une idée à la femme du savetier qui, entendant Monsieur Pince arriver, fait cacher son mari.

Pendant que l’huissier procède à l’inventaire des meubles, Blaisine pleure et se lamente, prétendant avoir été battue par son mari. « Ah ! que n’écoutais-je mon ami Pince ? il aurait fait ma fortune ; je l’aimerais, il m’aurait aimée. […] J’aurais mieux valu que la femme qu’il a. » M. Pince convient, à part soi, que Blaisine a raison, et se montre tendre envers elle. Lorsqu’elle lui montre les coups qu’elle dit avoir reçus, il s’indigne et propose de remettre sa dette, en échange de quelques bontés pour lui. Faisant mine de vouloir fermer la porte, pour plus de sûreté, Blaisine dit apercevoir son mari et fait promptement cacher Monsieur Pince dans une armoire. Blaise sort alors de sa cachette et envoie sa femme avertir Madame Pince.

Pendant que Blaisine est partie chercher Madame Pince, le Savetier resté seul avec M. Pince dans l’armoire, contrefait la voix de Blaisine. Feignant de croire qu’elle a caché son amant dans l’armoire, il exige à toute force qu’elle lui en remette la clef et, devant le refus de la fausse Blaisine, il part chercher une massue. Lorsque Blaisine revient, la fausse dispute se poursuit. Elle avoue à son mari que M. Pince est enfermé dans l’armoire, mais simplement parce que, sachant que Blaise voulait la vendre, elle l’a proposée à Monsieur Pince, qui s’est enfermé dedans pour voir si elle fermait bien. Blaise interpelle à travers la porte M. Pince, qui confirme cette version de l’histoire. Pardonné par Blaise, il ne peut néanmoins sortir, car Blaisine affirme ne pas avoir la clé. Nouvelle fausse colère de Blaise tandis que Madame Pince arrive et que Blaisine se sauve.

Après avoir dit à Madame Pince, qu’il vient, en payant, de retirer son billet des mains de son mari, le savetier se plaint de la froideur supposée de Blaisine qu’il contraste avec l’attitude de Madame Pince avec son mari. Celle-ci le détrompe bien vite, l’assurant que « Sa froideur m’assomme ; C’est le plus sot des maris. » Ayant ajouté qu’il est asthmatique et n’en a probablement plus pour très longtemps, Blaise s’en déclare enchanté et s’offre volontiers à épouser Madame Pince, si Blaisine meurt également. Madame Pince avoue alors à Blaise qu’elle l’aime encore, ce qui fait entrer en fureur Pince, toujours dans son armoire. Il l’ouvre enfin d’un violent coup de coup de pied dans la porte de l’armoire, et sort, furieux, pour accabler sa femme d’injures. Il n’a plus qu’à rentrer chez lui, ayant perdu non seulement sa dette, mais encore tout espoir de gagner Blaisine. La pièce se termine sur la noce de Nicaise annoncée au début.

Genèse

Tiré du Conte d’une chose arrivée à Chasteau-Thierry de La Fontaine, Blaise le savetier a été écrit à la demande de Corby, qui venait d’acheter le fonds de l’Opéra-Comique. Tenté par l’idée de mettre toute une scène composée de plusieurs interlocuteurs mis en actions en musique, mais ne connaissant aucun musicien, Corby lui propose Philidor, qui avait composé, l’année précédente, quelques morceaux pour les Pèlerins de la Mecque à la foire Saint-Laurent[1]. En 1764, Philidor. Satisfait par la mise en musique du morceau de Cet air interdit me dit, coquine… du musicien, Sedaine lui a remis les autres scènes[2].

Historique

Blaise le savetier a été représenté à Versailles devant Leurs Majestés, le mercredi , par les Comédiens-Italiens, les acteurs non privilégiés de la Foire n’ayant pas le droit de jouer devant le Roi. Il avait donc fallu faire venir les acteurs de la Comédie-Italienne qui, impréparés à ce genre naturel, ont mal joué. Désireux de garder cette pièce dans leur répertoire, les Comédiens Italiens ont dû engager les cinq interprètes forains des rôles d’On ne s'avise jamais de tout, ce qui a été à l’origine de la fusion[a], en , de la troupe de l'Opéra-Comique de Jean Monnet avec celle de la Comédie-Italienne, alors déficitaire. Lors de la première, le , à l’hôtel de Bourgogne, où avaient emménagé, les deux troupes après leur réunion, Blaise le Savetier a été joué, de concert avec une autre pièce de Sedaine originaire de l’Opéra-Comique, On ne s'avise jamais de tout[3].

Analyse

Par son caractère piquant et son écriture musicale inventive, Blaise le savetier annonce l’opéra-comique français du XVIIIe siècle. Avec ses airs bien tournés et sa maitrise des ensembles, notamment grâce à des rythmes contrastés, cette œuvre a innové, dans l’opéra de l’époque. Cet opéra fait également un usage novateur d’effets sonores stylisés, pour exprimer les émotions humaines. Malgré l’extrême simplicité du cadre, les personnages sont finement caractérisés.

Réception

Le Spectateur de Paris, note, en 1760, que le public a vu Blaise 68 fois, sans se lasser[b]. Dufort de Cheverny note, dans ses Mémoires que « Tout Paris y court, et toutes les sociétés un peu musiciennes veulent l’exécuter[4]. »

Réception critique

Édition princeps, 1759.

Nougaret affirme qu’avec Blaise le savetier, Sedaine est le vrai créateur de l’Opéra-comique[5], mais précise que c’est « à l’aide de la musique[6]. » Grimm est du même avis, dans la Correspondance littéraire, tout en opinant que Sedaine est arrivé à ce résultat par un heureux hasard : « il comptait vraisemblablement suivre la route tracée par ses prédécesseurs ; mais son talent lui en ouvrit une nouvelle sans qu’il s’en aperçût peut-être lui-même[7]. » Pourtant, cinq ans plus tôt, en 1759, il trouvait la musique « monotone parce qu’elle manque d'idées. Ce n’est pourtant pas la faute du poète, qui a fourni à son musicien des situations très plaisantes[8]. »

Louis Moland reconnait à Sedaine une capacité à déployer « une sorte de génie instinctif dans la composition des comédies mêlées d’ariettes ou des opéras comiques, qui étaient alors dans leur nouveauté[9]. » Contant d’Orville écrit qu’il sait « tenir toujours les personnages en mouvement », mais s’avoue décontenancé par la musique de Philidor, qui, « quoique savante et pleine de feu » est « trop uniforme » et manquant de « mélange de doux et de fort, de mouvement et de repos[10]. ».

Dans un article du Journal de Musique, de , Framery explique les innovations introduites par Philidor dans Blaise le savetier, comme ayant réussi à transporter « dans l’orchestre les passions qu’il avait à peindre ». Les instruments à vent qui, jusqu’alors n’avaient servi que de remplissage, ont été mis à contribution pour peindre les passions différentes et contrastées de cinq ou six personnes dans un même morceau de musique, sans confusion, sans embarras, sans jamais faire perdre à l’un d’eux le caractère qui lui avait été donné, avec des chœurs, des fugues, mais un quinque[c], dialogué avec autant d’esprit que de force d’harmonie, ce qui était une première en Italie et en France[d]

François-Joseph Fétis rapporte que Philidor s’est montré un harmoniste beaucoup plus habile que les compositeurs français de son temps, dans Blaise le savetier, qui de surcroit, quoi qu’on en ait dit à l’époque, ne manque pas de mélodie, et renferme quelques morceaux qui promettaient un avenir brillant à son auteur. Sa critique va à l’auteur du livret, dont il déplore que la phrase soit souvent dépourvue de vérité dramatique, et la manière de prosodier fort vicieuse[12].

Retombées

Blaise le savetier a eu un impact sur la carrière du compositeur comme du librettiste. Le succès de cette pièce, à la ville, après celui de la cour a mis Sedaine hors de pair parmi les fournisseurs de l’Opéra-Comique. Avec cette pièce, il commence à faire partie, comme tout l’Opéra-Comique, d’un théâtre privilégié[3].

Pour Philidor également, Blaise est un tournant décisif dans sa carrière. Le succès de cet ouvrage, qui a commencé sa réputation[1], signe l’émergence de son compositeur comme l’un des créateurs majeurs d’une série d’œuvres importantes de l’opéra-comique français, lui a ouvert un avenir brillant, qui va culminer, huit ans plus tard, avec Ernelinde, princesse de Norvège, qui lui vaudra une pension du roi[12].

Notes et références

Bibliographie

Éditions

Liens externes

Related Articles

Wikiwand AI