Brain rot
dégradation mentale liée à une consommation excessive de contenus numérique de mauvaise qualité
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Dans la culture internet, brain rot ou brainrot (littéralement « pourriture du cerveau » ou « pourriture cérébrale »), parfois abrutissement numérique, est le déclin cognitif et la fatigue mentale liés à la surconsommation de médias et contenus numériques de piètre qualité. Il touche particulièrement les adolescents et les jeunes adultes (génération Alpha notamment)[1],[2]. Le terme évoque l'addiction à Internet, notamment les effets néfastes du doomscrolling (défilement compulsif ou désordonné de courtes vidéos[3],[4]) et de l'engagement dans les spirales de mauvaises nouvelles fournies par les algorithmes de recommandation.

Popularisé dans les médias sociaux de la génération Z et de la génération Alpha, le terme est passé dans l'usage courant[5]. Par extension, il désigne également le contenu accusé de produire cet abrutissement numérique source de déclin de la capacité d'attention et d'un brouillard mental[réf. nécessaire].
Terme anglais
Le terme brain rot a été nommé mot de l'année 2024 par l'Oxford University Press[6] à la suite d'un vote proposé à 37 000 personnes dans un choix restreint de mots[7]. Son utilisation moderne est définie par l'Oxford University Press comme « la détérioration supposée de l'état mental ou intellectuel d'une personne, considérée comme étant le résultat d'une surconsommation de matériel (maintenant particulièrement de contenu en ligne) considéré comme trivial ou peu stimulant »[8].
Origine et utilisation
En , le terme brain rot a été utilisé pour la première fois par l’auteur américain Henry David Thoreau[9] dans le livre Walden.
Trouvé pour la première fois en ligne en 2004, le terme a été utilisé en 2007 par les utilisateurs de Twitter pour décrire les jeux télévisés de rencontres, les jeux vidéo et les « rencontres en ligne »[10]. L'utilisation de l'expression en ligne s'est accrue dans les années 2010, pour devenir un mème Internet en 2023[10].
En 2024, le concept de brain rot est le plus souvent utilisé dans le contexte des habitudes numériques de la génération Alpha, les critiques exprimant que cette génération est « excessivement immergée dans la culture en ligne »[11]. Un individu dont la culture est constituée exclusivement de références Internet peut être considéré comme victime du brain rot[12].
Lors du Jubilé des communicateurs (2025), le pape François, chef de l'Église catholique, a appelé à une utilisation raisonnée des médias sociaux pour éviter le scrolling et la putrefazione cerebrale qu'il induit[13],[14].
Dans un article publié par le site Literary Hub, Josh Abbey soutient que le concept de brain rot existait bien avant l’apparition de l’expression elle-même. Il l’a rapproché des critiques adressées par William Wordsworth aux « romans frénétiques » du XIXe siècle, ainsi que des jugements portés par Virginia Woolf et Aldous Huxley au XXe siècle sur le cinéma et la télévision[15]. De son côté, Günseli Yalcinkaya a comparé le brain rot à certains mouvements artistiques et politiques du XXe siècle, tels que le dadaïsme, qu’elle décrit comme « intentionnellement absurde, sans contexte et rythmé », en soulignant qu’il pouvait également servir à véhiculer des messages politiques[16].
La diffusion du brain rot est attribuée à la fois à des facteurs d’offre et de demande. Du côté de l’offre, elle est liée à la disponibilité de l’intelligence artificielle générative, aux modèles de monétisation publicitaire des grandes plateformes de réseaux sociaux ainsi qu’à la volonté de certains créateurs de produire des contenus de faible qualité à des fins lucratives. Du côté de la demande, sa consommation s’explique par une préférence psychologique des utilisateurs pour des activités répétitives, gratifiantes et peu coûteuses en effort cognitif. Elle est également renforcée par des caractéristiques récurrentes des mèmes associés au brain rot : intensité émotionnelle, brièveté, personnages familiers, références à des thèmes culturels ou sociétaux et facilité de compréhension. Enfin, la contagion sociale liée au syndrome FOMO (fear of missing out) contribue aussi à sa propagation[17].
Analyse
Le brain rot est typiquement induit par « les mises à jour rapides, la gratification instantanée et la stimulation visuelle intense du contenu vidéo court, qui rendent les spectateurs sujets à un état continu et inévitable, conduisant à une forte dépendance à ce type de contenu. Ainsi, le brainRot peut être considéré comme une manifestation par excellence de l’addiction à la vidéo courte » (créée en tant que phénomène viral en 2014 par TikTok). Même en Chine, où TikTok a un algorithme moins addictif, une étude sur 659 jeunes Chinois de 10 à 19 ans a montré en 2022 que la manière dont l'application de Douyin fonctionne (sa fluidité, sa personnalisation et son algorithme) influence beaucoup plus l’expérience utilisateur que la qualité des informations vues ; l'expérience est « immersive » et associée à un état de flow qui augmente à la fois directement et indirectement le risque d’addiction à TikTok[18].
En 2025, une étude a synthétisé la littérature scientifique publiée en 2023-2024 portant sur les causes et effets sociopsychologiques et cognitifs de cette détérioration cérébrale, se concentrant sur l’utilisation excessive des réseaux sociaux, des jeux vidéo et autres plateformes numériques. Elle identifie les facteurs de risques suivant[19].
Temps d'écran et multitâche
Le temps d’écran excessif est associés au brain rot : les étudiants passent en moyenne sept heures par jour sur leurs appareils pour le divertissement, un temps lié à une hausse de l’anxiété, de la dépression et du stress[20].
Ce multitâche numérique entraîne une surcharge cognitive, une fatigue mentale, des troubles du sommeil et des difficultés d’attention[21],[22].
Les jeunes adultes concernés présentent une baisse de capacité cognitives et de concentration, associée à une sensation de brouillard mental[23], ce qui diminue leur motivation et leur productivité[24].
Addiction aux réseaux sociaux
L'addiction aux réseaux sociaux est l'un des facteurs majeurs du brain rot chez les jeunes adultes qui, sur les plateformes comme Facebook, Instagram, TikTok et Pinterrest, sont confrontés aux nouveaux algorithmes de recommandation conçus pour capter durablement leur attention[25]. L'utilisateur se retrouve piégé dans une addiction au défilement continu, entretenue par des boucles de rétroaction dopaminergiques conduisant à des usages compulsifs évoquant un comportement addictif[26].
Cet engagement excessif est souvent associé à un état de flow (expérience psychologique dans laquelle une personne est totalement absorbée par une activité, au point de perdre la notion du temps et de ne plus percevoir les distractions, grâce à une concentration intense et continue). Il a in fine un impact émotionnel négatif[26], souvent marqué par la comparaison sociale, la pression des normes esthétiques et la surcharge informationnelle, qui alimentent insatisfaction, anxiété et dépression[21]. Les effets de cet état de flow s'ajoutent souvent à ceux d'autres addictions à Internet (trouble du jeu vidéo en ligne, addiction à des jeux d'argent ou à la pornographie en ligne, ou autres usages problématiques[27].
État des connaissances sur le brain rot
L'étude de 2025 confirme que le brain rot entraîne une désensibilisation émotionnelle, une surcharge cognitive, une image de soi négative et une fatigue mentale. Alors que les adolescents et les jeunes adultes sont quotidiennement bombardés d’un volume considérable de contenu, « ce contenu contient généralement des informations de faible qualité, qui peuvent masquer des idées pertinentes et rendre difficile l’identification des sources crédibles. Cela peut accroître l’anxiété et diminuer la capacité d’attention, ce qui risque de réduire la capacité à traiter et à exploiter la multitude d’informations disponibles ». Les comportements négatifs tels que le défilement compulsif d'informations anxiogènes et la dépendance aux réseaux sociaux sont sources de détresse psychologique, d'anxiété et de dépression[19].
Ces facteurs altèrent les fonctions exécutives (notamment la mémoire, la planification et la prise de décision). L'omniprésence des médias numériques, alimentée par des boucles de rétroaction dopaminergiques, exacerbe ces effets[19].
Thérapies
Certains jeunes adultes identifient eux‑mêmes ces effets de « social media brain rot » et entament des thérapies cognitivo‑comportementales, des traitements médicamenteux, ou utilisent électro‑acupuncture ou des approches « centrées sur les solutions » contre cet usage problématique d’Internet (une étude a montré que vingt séances d’entraînement de la mémoire de travail émotionnelle, en anglais : emotional working memory training ou eWMT, fondées sur une tâche n‑back duale[Quoi ?], améliorent le contrôle, l’attention et la mémoire de travail, comparativement à un groupe placebo soumis à une tâche de correspondance de formes)[28].
Face à la prévalence croissante de l'engagement numérique et pour favoriser la santé cognitive et le bien-être émotionnel, cette étude propose, notamment aux décideurs politiques, professionnels, chercheurs, éducateurs, parents et aidants, de développer des stratégies préventives (utilisation consciente et équilibrée des technologies) et d'évitement (limitation du temps passé devant les écrans, sélection judicieuse des contenus numériques et pratique d'autres activités, non numériques, susceptibles de renforcer la résilience cognitive chez les adolescents et les jeunes adultes[19].
Une étude publiée en 2025 montre que les adolescents étudiants qui n'ont pas encore pleinement maîtrisé les stratégies efficaces de régulation des émotions peuvent manquer de mécanismes d’adaptation adaptatifs face à des émotions négatives[29]. Ceux qui tendant à pratiquer « l’évitement expérientiel » — c’est‑à‑dire le fait d’éviter, fuir ou réprimer des émotions, pensées, sentiments ou souvenirs désagréables au lieu de les affronter — ont plus de risques de brain rot, en partie parce que l'évitement ne soulage qu'à court terme et augmente l’anxiété à long terme, laquelle pousse ensuite les jeunes à se réfugier dans le défilement de vidéos courtes pour se distraire. L’étude montre aussi qu'un exercice physique régulier diminue l’effet de l’évitement et l'anxiété, et peut donc protéger contre le brain rot[30].
Skibidi Toilet

Skibidi Toilet[31],[32] est une web-série[33] machinima, créée par Alexey Gerasimov et diffusée sur sa chaîne YouTube DaFuq!?Boom! Produite à l'aide de Source Filmmaker, la série suit une guerre fictive entre des toilettes à tête humaine et des personnages humanoïdes dotés d'appareils électroniques à la place de la tête.
Après la publication du premier court métrage en , Skibidi Toilet devient un mème Internet viral sur divers réseaux sociaux, en particulier au sein de la génération Alpha. Les critiques ont vu dans cette série la première incursion de la génération Alpha dans la culture Internet, en concurrence avec la génération Z, plus âgée.
Brain rot italien

Le brain rot italien ou brainrot italien est une série de mèmes Internet d'inspiration surréaliste apparus début 2025, caractérisés par des images absurdes de créatures produites par intelligence artificielle générative auxquelles on attribue des noms pseudo-italiens. Le phénomène s'est rapidement répandu sur les plateformes de médias sociaux comme TikTok et Instagram, grâce à son mélange de voix off synthétisées « italiennes », de visuels grotesques ou humoristiques et de récits absurdes et insultants envers des religions et des pays.
Parmi les personnages les plus célèbres figurent Tralalero Tralala, Ballerina Cappuccina et Bombardiro Crocodilo[34].
Six seven
6-7 (prononcé six sept ou six seven), également écrit 67, est un mème Internet et un terme d'argot qui a émergé en 2025 sur TikTok et Instagram[35]. Cette expression n'a pas de signification fixe[36].

L'expression provient de la chanson Doot Doot (6 7) de Skrilla, qui est devenue populaire dans les montages vidéo mettant en vedette des joueurs de basket-ball professionnel, en particulier LaMelo Ball, qui mesure 6 pieds 7 pouces (2,01 mètres)[37],[38]. Le mème a été popularisé davantage par l'utilisation répétée du mème par le joueur Taylen « TK » Kinney[39]. En mars 2025, un garçon nommé Maverick Trevillian est devenu connu sous le nom de « 67 Kid » après qu'une vidéo virale l'a montré en train de crier ce terme lors d'un match de basket-ball tout en faisant un geste de la main enthousiaste[40].
Qualifiée d'« ennuyeu[x] » et de « véritable fléau »[41], de nombreux médias ont lié ce mème au phénomène plus large du brainrot — les médias numériques considérés comme étant de mauvaise qualité[42]. Certains commentateurs y voient également une preuve de la présence croissante de la génération Alpha dans la culture Internet[43].