Bruxellisation
l'introduction de gratte-ciel modernes dans les quartiers embourgeoisés, souvent associée à un développement et à un réaménagement urbains rapides
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Bruxellisation (en néerlandais : verbrusseling) est un terme utilisé par les urbanistes pour désigner les bouleversements urbanistiques d'une ville livrée aux promoteurs au détriment du cadre de vie de ses habitants, sous couvert d'une « modernisation » nécessaire. Ce phénomène doit son nom à la ville de Bruxelles où il est particulièrement sensible dans les années 1960 et 1970, alors que la ville était livrée aux rêves de cité du futur de promoteurs incontrôlés.

Historique
Contexte
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, Bruxelles connait de grands travaux durant le mandat du bourgmestre Jules Anspach, qui prône une politique « Haussmanienne », à l'instar de ce qui se fait Paris. Le voûtement de la Senne est réalisé, permettant le percement de grands boulevard comme le « boulevard central » et le développement massif du chemin de fer modifie radicalement le paysage urbain.
Genèse

La naissance du phénomène moderne remonte à l'exposition universelle de Bruxelles de 1958[1]. Afin de préparer la ville, des boulevards furent percés, des tunnels creusés. L'un des projets les plus aboutis est le percement de la jonction Nord-Midi, inauguré le . Plusieurs grandes gares de Bruxelles sont modernisées dans ce style, comme la gare de Bruxelles-Midi, la gare de Bruxelles-Nord et, bien sûr, l'inauguration de la gare de Bruxelles-Central, dans la foulée de l'achèvement du projet du Mont des Arts. Le « tout à la voiture » mène également à la construit des parkings, comme dans la rue de la Vierge Noire, où les halles centrales (nl) de 1874 sont rasées pour céder la place au Parking 58[2].
Déroulement

Dès les années 1960, des nombreux projets pharaoniques voient le jour. L'un des plus gigantesques est mis en place pour transformer le quartier Nord, un quartier populaire de Bruxelles proche de la gare du Nord, en une sorte de ville du futur. Il s'agit du « projet Manhattan », en référence au célèbre borough de New-York. Les architectes du Groupe Structures proposent un projet pharaonique visant à transformer le quartier en un immense quartier d’affaires de plus de 50 ha avec 58 tours dont huit pour le seul projet de World Trade Center. Ce programme est à mettre dans le contexte des trente glorieuses et de la politique du tout à la voiture ainsi que d'une collusion importante entre le monde politique et les entrepreneurs privés.
Les boulevards centraux sont également touchés par la construction du Centre administratif de la Ville de Bruxelles (1967-1971) et de la tour Philips (1967-1969), qui ne respectent pas le gabarit ancien. Devant la résistance de la population locale, des îlots entiers d'immeubles d'habitation sont acquis et laissés à l'abandon jusqu'à ce que les derniers habitants fuient et que le permis de construire soit octroyé de guerre lasse. La méthode du pourrissement est ensuite généralisée à l'ensemble de la ville, où le nombre de mètres carrés de bureaux quintuple en une vingtaine d'années : il passe de 615 000 m2 en 1949 à 3 300 000 m2 au début des années 1970[3].
Oppositions

En réaction au phénomène, l'ASBL Quartier des Arts, l'Atelier de recherche et d'action urbaines (ARAU), les Archives d'architecture moderne et le Sint-Lukasarchief voient le jour et organisent la lutte en faveur d'une ville plus conviviale. Dans la foulée, plus d'une centaine de comités d'habitants sont créés entre 1970 et 1975[4].
Au tournant des années 1960 et 1970, des batailles urbanistiques célèbres concrétisèrent cette idée. La construction de la tour ITT entre 1968 et 1971 par l'architecte Walter Bresseleers sur l'avenue Louise, provoqua une levée de boucliers : haute de 102 mètres, elle ferait face aux jardins de l'abbaye de la Cambre et en boucherait la perspective. L'échevin Paul Vanden Boeynants, qui soutenait le projet, affirme qu'elle serait « transparente ». Malgré l'appui de l'Atelier de Recherche et d'Action urbaines, l'opposition à sa construction est un échec. La « Bataille de la Marolle », par contre, est une première victoire pour les opposants aux grands projets immobiliers et à l'urbanisme bureaucratique. En juin 1969, les habitants des Marolles, menacés d'expropriation par un projet d'extension du Palais de Justice, se mobilisent. La très forte médiatisation de cette opposition porta ses fruits. Le « Comité Général d'action des Marolles » sous la coordination de la figure emblématique de l'abbé Jacques Van der Biest obtient au mois d'août de la même année l'abandon du projet par le ministre de la justice, Alfons Vranckx. Pour fêter leur victoire, les habitants organisent une fête de l'« enterrement du Promoteur, de son épouse Bureaucratie et leur enfant Expropriation[5] ». Dans le même état d'esprit, la place des Martyrs est également menacée, les autorités souhaitant y créer un parking souterrain à l'endroit même où reposent 467 des Quatre Jours de Bruxelles, l'un des épisodes les plus marquant de la révolution belge de 1830. Là aussi, une levée de boucliers s'opère et la création de l'asbl Pro Belgica, permet de sauver le monument et la place[6].
Actualités
Le , une carte blanche signée par les associations la Table Ronde de l'Architecture, la Communauté Historia et Archeologia.be est publiée dans le journal belge Le Soir[7].
Celle-ci s'intitule « Contre une nouvelle bruxellisation, pour une architecture belle, populaire et durable ». L'objectif principal de celle-ci est d'argumenter contre certains des propos tenus par différents experts en architecture et en urbanisme qui prônent pour une utilisation des différentes réserves foncières de la Région de Bruxelles-Capitale. Ces propos ont été publiés dans une autre carte blanche parue quelques jours avant, le et qui s'intitule « Bruxelles: faire la ville autrement »[8],[7].
La volonté de ces trois associations est d'éviter et de stopper une nouvelle bruxellisation qui serait en cours, selon elles, dans différents projets immobiliers non durables, accentuant l'étalement urbain et qui sont « affligeants de banalité et dépourvus d’emplois »[7].
Afin de contrer ce phénomène et de permettre l'évolution du bâti bruxellois, une « architecture épanouie » doit être visée. A l'inverse des volontés du mouvement fonctionnaliste, les styles pré-modernistes permettraient de mettre en avant une architecture plus variée et recherchée, une « belle architecture ». Le respect du bâti ancien et du passé doit également être un critère à intégrer[7].
Outre ces aspects esthétiques, la durabilité des bâtiments doit être garantie par une longévité du bâti suffisante et en utilisant des matériaux naturels et locaux comme le bois, la pierre ou la brique. La consultation et l'avis de la population doivent également pouvoir être mobilisés et pris en compte[7].
Analyse

D'autres villes avaient été la proie des spéculateurs par le passé. Le Paris d'Haussmann, par exemple, a permis de juteux investissements aux dépens du petit peuple, refoulé vers la Zone et la banlieue. Mais le Paris d'Haussmann se parait d'un alibi esthétique, les nouvelles avenues ne manquaient pas d'allure, et les immeubles permettaient de préserver une mixité sociale (répartie selon les étages, du bel étage aux chambres de bonne) et une mixité de fonctions (habitat, commerce, artisanat).
À Bruxelles, le voûtement de la Senne au XIXe siècle et le percement des boulevards centraux avaient déjà transformé le tissu urbain dans le même esprit inspiré des transformations urbaines de Paris et d'autres capitales européennes. Puis, c'est la jonction des gares du Nord et du Midi dans les années 1920-1950 qui creuse un sillon au profit de grands bâtiments administratifs privés et publics excluant presque entièrement l'habitat, mais restés d'une taille modérée (sauf la gigantesque cité administrative de l'État d'ailleurs partiellement destinée, depuis, à retourner à l'habitat).
Aussi, le fait que les Bruxellois soient habitués à des transformations incessantes aux XIXe et XXe siècles, rend les choses plus faciles aux promoteurs de la seconde moitié du XXe siècle qui installent, dans certaines zones, comme le quartier de la gare du nord, un urbanisme d'exclusion dépassant tout ce que l'on avait connu jusque-là. Composé d'implantations administratives constituées par des blocs et des tours aux lignes épurées jusqu'à une volonté d'abstraction stylistique exprimée dans les façades de verre et d'acier, ce nouveau quartier d'où tout habitat est exclu par volonté expresse des pouvoirs publics alliés aux promoteurs[réf. nécessaire], est une réplique de quartiers similaires de l'étranger, comme le quartier le quartier d'affaires de la Défense près de Paris, tous installés loin du centre historique de leurs agglomérations. Alors que, au contraire, le quartier Nord de Bruxelles, avec ses tours de plus de cent mètres de hauteur, installé par expropriation en pleine ville, au voisinage immédiat de la partie historique de la ville restée à dimensions humaines comme la place Rogier, la place de Brouckère, la Bourse, la Grand-Place et le vieux centre surnommé « l'Îlot Sacré ».
Projets aboutis
Bâtiments notables détruits


Voici une liste non exhaustive de bâtiments notables détruits à Bruxelles lors de la bruxellisation :
- L'ancien hôtel des Postes et Télégraphes de Bruxelles pour construire le Centre Monnaie ;
- La Maison du Peuple de Victor Horta pour construire la tour Sablon ;
- L'ancienne gare de Bruxelles-Nord, place Rogier, pour ériger la nouvelle ;
- L'ancienne gare de Bruxelles-Midi ;

