Bulgarisation
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La bulgarisation (en bulgare : побългаряване ou българизация) est un terme pouvant désigner deux aspects de la politique lancée à partir de 1959 par le dictateur communiste bulgare Todor Jivkov et poursuivie par sa fille Lioudmila Jivkova. Cette politique peut s’expliquer par la volonté du gouvernement d’éviter à l’avenir toute éventuelle revendication territoriale des pays voisins, dont la Bulgarie a eu à pâtir par le passé, perdant en 1878 au Congrès de Berlin la moitié des territoires qu’elle avait au Traité de San Stefano, en 1913 la Dobroudja du Sud (rendue par les Roumains en 1940) et encore en 1919 au traité de Neuilly la Thrace occidentale (qui comprenait sa façade maritime égéenne). Elle a touché principalement les Turcs de Bulgarie, mais également dans une bien moindre mesure les Aroumains.
Le premier aspect concerne l’histoire de la Bulgarie, dans laquelle la rétroprojection nationaliste (expression du Pr. Jean Ravenstein de l’université de Marseille en France)[réf. nécessaire] vise à représenter les États bulgares du passé anté-ottoman et leur population comme mono-ethniques, préfigurant déjà la nation bulgare moderne. Ces thèses entendent aussi démontrer l’origine très anciennement indo-européenne des Bulgares modernes :
- d’une part en définissant l’ethnogenèse des Bulgares comme un mélange qui a eu lieu sur des siècles entre les Alains, les Slaves et les Proto-Bulgares, qui seraient selon la théorie « iranienne », une tribu indo-européenne issue de l’actuel Afghanistan, en provenance du « mont Iméon » dans le Pamir en Asie centrale, où selon l’académicien Petar Dobrev, aurait existé il y a environ 10 000 ans une grande civilisation appelée Bulkh (« Balkh » en Bactriane, d’où viendrait aussi le nom des Balkans)[1]. Selon ce point de vue, les mots d’origine alane en bulgare (qui est une langue slave) ne proviennent pas des Iasses (des Alains installés au XIe siècle en Bulgarie, Hongrie et Moldavie), mais démontreraient l’origine iranienne des Slaves et des Proto-Bulgares installés dans l’actuelle Ukraine au Ve ou VIe siècle puis dans le bassin du bas-Danube et les Balkans ;
- d’autre part par les racines thraces des Bulgares (qui existent, mais ne sont pas exclusives) et en niant ou minimisant, en dépit des sources, la romanisation de ces Thraces[2] et le rôle dans l’histoire de la Bulgarie des populations romanophones qui en descendent[3].
En fait, selon la majorité des historiens et des linguistes scientifiques (voir les articles correspondants), Balkan signifie « glissant » en turc ; les Proto-Bulgares et les Slaves étaient des populations d’agriculteurs et d’éleveurs qui furent simplement en contact avec le peuple cavalier iranophone des Alains, sans en descendre pour autant : les traces de ces contacts tiennent principalement du domaine philologique et étymologique. Il n’existe pas de source écrite ancienne pour étayer la théorie « iranienne », qui ne peut s’appuyer que sur des légendes d’origine inconnue. L’interprétation de résultats du projet génographique sortis de leur contexte et les nombreux postulats indémontrables de la théorie « iranienne » rompt avec les études, concordantes depuis deux siècles, des ethnologues, historiens, linguistes et philologues, et fait fi des sources historiques concernant les migrations des Slaves comme De Administrando Imperio, écrit vers 950 par l’Empereur byzantin Constantin VII[4].