Charles Jourdain-Durocher
From Wikipedia, the free encyclopedia
Charles-Michel-Marie-Jean-Baptiste Jourdain-Durocher, né vers 1758 à Fougerolles-du-Plessis, est un avocat et homme politique français, acteur de la Révolution française. Il est député suppléant suite aux Élections législatives de 1791 dans le département de la Mayenne. Suspect sous la Terreur, il est condamné à mort et exécuté le .
Origines et formation
Fils de Charles Jourdain, chirurgien, Charles-Michel-Marie-Jean-Baptiste Jourdain-Durocher naît vers 1758 à Fougerolles-du-Plessis. Licencié en droit de la faculté de Rennes le [1], il s’inscrit comme avocat au bailliage d’Ernée.
Les débuts de la Révolution française
Membre du comité de la ville d’Ernée, il participe en mars 1790, en qualité de commissaire royal, à l’assemblée constitutive du département de la Mayenne[2]. Le district d’Ernée le nomme membre du directoire de la Mayenne le , à sa formation[1]. L'administration municipale de la ville d'Ernée était presqu'entièrement composée d'hommes modérés, bien que le maire, Julien Quantin, appartint au parti jacobin.
Ses fonctions, auxquelles s’ajoutent celles de suppléant du procureur syndic à partir du , sont confirmées par les électeurs le et le . Il fixe son domicile à Laval dès le . Charles Jourdain-Durocher se distingue par son engagement révolutionnaire : il participe à l’internement, l’emprisonnement et la déportation des prêtres réfractaires[1], et se rend dans les communes pour encourager les enrôlements volontaires et la levée en masse. Il se range du côté des Girondins[2]. La chouannerie trouve sa source dans le soulèvement le jour de la levée en masse et du tirage au sort du .
Député suppléant
En , il est au nombre des électeurs réunis à l'Église des Cordeliers de Laval, sous la présidence de l'évêque Noël-Gabriel-Luce Villar, pour nommer les députés à l'Assemblée législative lors des Élections législatives de 1791. Les Mayennais, furieux d'avoir vu Laval supplanter leur ville comme chef-lieu du département et siège de l'évêché constitutionnel, se coalisèrent pour faire échec aux candidats de la cité rivale[3]. Le , Richard de Villiers enlève le huitième siège. Charles Jourdain-Durocher est député-suppléant de la Mayenne à l'Assemblée législative[4]. Bien qu’élu troisième député suppléant à l’Assemblée législative le , il ne siégera jamais[2]. Il fait partie de la loge maçonnique Les Amis-Unis de Laval à partir de 1792[1].
Le Girondin

Le , deux commissaires de la ville de Laval, Charles Jourdain-Durocher et Urbain Hubert, apportent à la Convention nationale une adresse[5] contenant une protestation énergique suite aux événements des Journées du 31 mai et du 2 juin 1793, contre l'expulsion des 32 députés Girondins[6], suscitant la colère des Montagnards. Au cours d’une séance agitée, Charles Jourdain-Durocher et Urbain Hubert assistèrent à une discussion houleuse dont ils constituaient le principal sujet[6]. François Grosse-Durocher et François Joachim Esnue-Lavallée les traitent de contre-révolutionnaires, d'aristocrates puants, d'amis de Pitt, de Cobourg et de Dumouriez[6]. Par leurs démarches et leur dénonciation, ils empêchent ces deux administrateurs d'obtenir des ministres et du comité de salut public l'assistance qu'ils étaient venus demander contre les chouans[7]. Certains députés allèrent jusqu’à réclamer leur arrestation et leur mise en accusation pour royalisme et contre-révolution. Leur situation devint critique, ils se trouvaient menacés d'un décret d'accusation, jusqu’à l’intervention du député René-François Lejeune, qui les fit évacuer avant la clôture des débats. Jourdain et Hubert reçurent pour mission de solliciter, auprès des différents ministres et du Comité de salut public, des renforts en hommes et en subsistances[6]. Ces secours devaient permettre de résister à l’avancée des troupes vendéennes, alors maîtresses d’Angers et menaçant le département de la Mayenne, ainsi que de contrer les rassemblements chouans, dont l’activité s’intensifiait aux alentours de Laval[6]. Accompagnés de six autres députés de leur département, les deux commissaires se présentèrent successivement aux ministères de la Guerre et de l’Intérieur, puis devant le Comité de salut public[6]. Ils y furent accueillis avec méfiance, les deux députés montagnards du département les ayant précédés et dénoncés comme royalistes et contre-révolutionnaires, refusant par ailleurs de les soutenir par leur présence[6]. Malgré ces obstacles, les efforts conjugués des autres députés permirent d’obtenir la promesse des secours demandés. Cependant, François Joachim Esnue-Lavallée et François Grosse-Durocher parvinrent finalement à en bloquer la mise en œuvre[8],[9]
Rôle dans le mouvement fédéraliste
Le , les administrateurs du district de Laval[6], se prononcèrent en faveur de l'Insurrection fédéraliste qui éclate en province, en soutien aux députés girondins expulsés de la Convention nationale par les jacobins suite aux Journées du 31 mai et du 2 juin 1793. De retour à Laval, Charles Jourdain-Durocher se rend à Caen pour s’entendre avec le comité fédéraliste, d’abord avec Lair-Lamotte, puis une seconde fois avec Lefebvre-Champorin, le .Face aux mesures répressives annoncées par la Convention nationale contre les départements ayant soutenu l’insurrection, les autorités de Mayenne, initialement engagées dans l'Insurrection fédéraliste, cherchèrent rapidement à se rétracter[6]. L'Insurrection fédéraliste, auquel s’était joint le département de la Mayenne, en soutien aux représentants girondins expulsés de la Convention, est rapidement réprimée[6] en juillet 1793. Les administrateurs du département de la Mayenne avaient pris parti pour l'insurrection et avaient même fait partir pour Caen un bataillon de volontaires[6]. Malgré cette obéissance rapide aux ordres de la Convention nationale, les représentants en mission François-Joachim Esnue-Lavallée et Thirion de la Moselle[10], sont investis des pouvoirs les plus étendus, avec pour mission d'y rétablir l'autorité de la Convention nationale et de remplacer tous les fonctionnaires qui se seraient compromis par leur adhésion au mouvement fédéraliste[6].
Arrestation
À la suite de sa destitution comme membre du Directoire de département, et après l’échec de l’insurrection fédéraliste, Charles Jourdain-Durocher est recherché. Il disparait avant l'arrivée de François-Joachim Esnue-Lavallée[2]. Il est arrêté par les gardes nationaux de Saint-Germain-le-Fouilloux en janvier 1794. Malgré ses tentatives pour corrompre ses geôliers, il est jugé le .
Condamnation à mort
François-Joachim Esnue-Lavallée écrit le au Comité révolutionnaire de Laval :
« J'ai lu votre lettre ce matin à mon réveil. Jugez combien la nouvelle que vous m'annoncez relativement au scélérat fédéraliste Jourdain m'a égayé. Je vous recommande de faire à Jourdain, après son jugement et son exécution, les mêmes honneurs qu'à Enjubault père et à Talmont ; ce sera une pique de plus à faire fabriquer. Je crois que vous ferez bien d'en faire fabriquer de suite encore quelqu'autre, afin d'en avoir de prêtes au besoin, à fur et à mesure que les conspirateurs Mayennais, etc., seront arrêtés.. »
Une lettre de François-Joachim Esnue-Lavallée, en date à Rennes du 9 pluviôse et parvenue sans doute à Laval le 11, vint précipiter sa condamnation à mort[11]. La lettre vint mettre fin aux hésitations des membres du Comité qui s'empressèrent de renvoyer les deux prisonniers (lui et René Enjubault de la Roche) devant la commission militaire révolutionnaire.
Le réquisitoire de Jean-Baptiste Volcler l’accuse d’orgueil envers les républicains, de condescendance envers les aristocrates, d’insolence contre la Montagne, de connivence avec les Chouans, et d’avoir fait imprimer des pamphlets calomnieux contre les Montagnards. Condamné à mort, l'exécution de Charles Jourdain-Durocher suit presque immédiatement le prononcé du jugement.
|
Jugement de la commission militaire révolutionnaire du 13 pluviôse an II.... « LA LIBERTÉ OU LA MORT « Jugement de la Commission révolutionnaire provisoire établie par les représentants du peuple dans le département de la Mayenne qui condamne à mort Charles-Michel Jourdain, âgé de 36 ans ou environ, ci-devant administrateur du département de la Mayenne, de la commune de Fougerolles, district d'Ernée, demeurant dernièrement à Laval.. « Séance publique tenue en la commune de Laval le 13 pluviôse an deuxième de la République française une et indivisible et le premier de la mort du tyran. « AU NOM DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE « La Commission militaire provisoire établie dans le département de la Mayenne a rendu le jugement suivant : Vu aussi les interrogatoires de Charles-Michel Jourdain, âgé de trente-six ans ou environ, ci-devant administrateur du département de la Mayenne, natif de la commune de Fougerolles, district d'Ernée, demeurant dernièrement à Laval. Par lesquels il est prouvé qu'en ses fonctions d'administrateur depuis la formation des départements il aurait, pendant le temps de la royauté, passablement géré sa place; que depuis la chute du tyran, une conduite méprisante aurait succédé à celle ancienne; que, foulant du pied de l'orgueil le républicain qui s'adressait à lui, celui-là seul trouvait audience en son cœur dont l'aristocratie et la scélératesse eussent dû mériter, au contraire, la vengeance; qu'en cette moralité liberticide, il a éclaté évidemment lors du fédéralisme; qu'il l'a non seulement prêché en les communes de Laval, Mayenne et Ernée, son département, mais encore en les communes de Fougères et autres de l'Isle et Vilaine; que deux fois, abandonnant des fonctions consacrées pour le peuple, contre lui en mission par ses perfides collègues, il a été insulter la représentation nationale jusqu'au lieu de ses séances; écrit de Paris les invectives les plus insolentes contre la Montagne Sacrée; en avoir traité plusieurs membres de scélérats et de factieux et même fait imprimer contre quelques uns des pamphlets remplis de calomnies les plus atroces et tendantes à les avilir aux yeux du peuple; d'avoir été dans le Calvados et la Manche, une première fois en ces malheureux temps et rencontré Prieur et Lecointre, représentants du peuple, qu'il a, par écrit, traités de proconsuls, altérant l'esprit public; que non satisfait de ce voyage où il était allé annoncer que le peuple entier de la Mayenne s'allait lever contre Paris, il était parti à la tête de nombre de citoyens égarés, ou comme lui perfides, au commencement de juillet, où sa troupe royaliste fut jusqu'au Calvados dont elle fut chassée; ensuite destitué par les représentants du peuple, la veille de leur arrivée, le 28 septembre dernier, (vieux style) il a fui en différentes communes sans reparaître depuis; que les brigands de la Vendée ayant passé en ces contrées, il a été longtemps après saisi par les troupes républicaines en cantonnement au milieu des Chouans; qu'enfin, n'ayant depuis le jour de sa destitution donné aucunes preuves de son existence jusqu'à ce jour, il se trouve dans la classe des émigrés sur le sort desquels la loi prononce la mort; qu'enfin toute sa conduite physique et politique ne démontre qu'un des traîtres les plus marqués à la patrie, qu'un ennemi le plus perfide du doux système républicain. » Pourquoi, entendu le républicain Volcler, accusateur public, en ses conclusions, la Commission révolutionnaire condamne à la peine de mort le dit Charles-Michel Jourdain comme traître et infâme à sa patrie, ne s'étant point rétracté aux termes de la loi du 27 juin dernier, comme conspirateur contre l'égalité et la liberté du peuple Français, l'unité et l'indivisibilité de la République; en conséquence, ses biens meubles et immeubles demeurent acquis au profit de la République, aux termes de l'article 7 de la loi du 19 mars dernier, et sera le présent jugement exécuté sur le champ, imprimé, publié et affiché partout où besoin sera.. « Fait et prononcé à l'audience publique de la Commission révolutionnaire provisoire où étaient présents les citoyens Clément président, Faure, Marie et Pannard juges, Volcler accusateur public, qui ont signé avec le secrétaire-greffier. « A Laval, le 13 pluviôse an second de la République une et indivisible et le premier de la mort du tyran. » . |
Le même jour le Comité révolutionnaire ordonnait que les effets de Charles-Michel Jourdain, exécuté en même temps que René Enjubault de la Roche, aux gardes nationaux de Saint-Germain-le-Fouilloux qui l'avaient arrêté. Sa tête est mise sur une pique et exposée, ainsi que celle du prince de Talmont et de René Enjubault de la Roche au-dessus de la porte de la grille du château de Laval[12].
Sa tête, exposée deux jours à la grille du Château de Laval avec celles du prince de Talmont et d’Enjubault, est ensuite promenée dans les rues d’Ernée sur ordre des administrateurs du district[1], puis exposée pendant deux mois au-dessus de la porte où siégeait l’administration, avec un écriteau le qualifiant de « traître à sa patrie ».
Son nom n'apparait pas dans l'ouvrage : « Charles Jourdain-Durocher », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition] commé député suppléant.
Notes et références
- 1 2 3 4 5 Marius Lepage, Histoire de la Franc-maçonnerie dans la Mayenne (1756-1951). Le Mans, Imprimerie Monnoyer, 1951. (avec la collaboration d'André Bouton), p. 99.
- 1 2 3 4 « Charles Jourdain-Durocher », dans Alphonse-Victor Angot et Ferdinand Gaugain, Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, Laval, A. Goupil, 1900-1910 [détail des éditions] (BNF 34106789, présentation en ligne)
- ↑ En vain les Lavallois prônaient Jean-Baptiste-François Enjubault-Bouessay et René-François Plaichard Choltière.
- ↑ Pour nommer les suppléants : deux scrutins ne donnèrent pas de résultat ; au troisième,René-François Plaichard Choltière obtint 134 voix, François Serveau-Touchevalier, d'Evron, 112 ; ils furent désignés comme suppléants, avec Jourdain-Durocher, en troisième lieu.
- ↑ Rapport des citoyens Jourdain et Hubert envoyés à la Convention nationale par les autorités constituées de Laval, le , pour porter l'adresse de cette commune. Laval, Michel Faur, in-4.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Emile Queruau-Lamerie, Les Conventionnels du département de la Mayenne. Laval, Imprimerie L. Moreau, 1885. p. 151-152.
- ↑ On leur répondit : « Défendez-vous vous-mêmes. » .
- ↑ Emile Queruau-Lamerie, les Girondins de la Mayenne, appendice, pièce I, page 87.
- ↑ Mathurin Enjubault écrivait, le , aux administrateurs du département de la Mayenne pour rappeler les démarches qu'il avait faites avec ses collègues à l'effet d'obtenir des secours en argent et en grains, puis il ajoutait: Notre collègue (Grosse-Durocher, de compagnie avec Thoumin, ont barré nos opérations de manière que les Ministres de la Guerre et de l'Intérieur ne peuvent plus rien vous faire passer. Le motif de l'opposition est votre réunion avec certains départements qui n'adoptent pas certaines mesures prises le 31 mai et jours suivants. Je ne vous dissimulerai pas que la conduite de Grosse a occasionné des débats assez vifs entre nous.
- ↑ Aulard, François-Alphonse (1849-1928), « Recueil des actes du Comité de salut public, avec la correspondance officielle des représentants en mission et le registre du conseil exécutif provisoire. Tome 7 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Cette lettre enjoignait aux membres du Comité révolutionnaire de le traduire à la Commission militaire en même temps que René Enjubault de la Roche.
- ↑ Page consacrée à des personnalités exécutées à Laval en 1794