Sans-abri
personne qui réside et dort dans un lieu non prévu pour l'habitation
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Le sans-abrisme[1],[2] désigne la situation d'une personne qui ne dispose pas d’un logement stable, sûr et convenable, ni avoir les moyens et la capacité de l’obtenir[3]. Les personnes concernées, également appelées sans-domicile, sans-abri, itinérants, sans logis ou SDF (sans domicile fixe), résident et dorment dans des lieux non destinés à l'habitation : caves, parkings, refuges de fortune, véhicules, entrepôts, bâtiments techniques, parties communes d'immeubles, chantiers, stations de métro, gares, rues ou terrains vagues . Elles se déplacent généralement dans l'espace public. Elles peuvent être temporairement hébergées dans des structures d'urgence ou des foyers d'accueil. Cette situation s'accompagne fréquemment de pauvreté et se caractérise par un état de santé physique et mentale dégradé ainsi qu'une espérance de vie inférieure à celle de la population générale.

D'après les données de l'OCDE publiées en 2024, la France enregistre en 2022[4], 307 sans-abri pour 100 000 habitants, ce qui la place au deuxième rang des pays de l'OCDE derrière l'Angleterre[5],[6], et bien au-delà de la Finlande et de la Grèce qui en comptent moins de 20 pour 100 000 en 2023[6]. La Fondation pour le Logement des Défavorisés indique par ailleurs que ce chiffre a doublé en une décennie[7].
Droit au logement
Il est inscrit dans la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, article 25 :
« 1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. »
Définition
Il n'existe pas dans le monde ni en France de définition concencuelle des personnes à la rue. L'Insee et la FEANTSA[8] au travers de son référentiel ETHOS propose des définitions.
Définition de sans-domicile selon l'Insee

Dans le cadre de l'enquête auprès des personnes fréquentant les lieux d'hébergement ou de restauration gratuite, une personne est qualifiée de « sans-domicile » un jour donné si la nuit précédente elle a eu recours à un service d'hébergement ou si elle a dormi dans un lieu non prévu pour l'habitation (rue, abri de fortune)[9].
Typologie européenne de l’exclusion liée au logement (ETHOS)
- Sans abri : Personnes vivant dans la rue ou en hébergement d’urgence[10]
- Sans logement : Personnes en foyer d’hébergement pour personnes sans domicile, femme ou immigrés. Personnes sortant d’institutions ou bénéficiaires d’un accompagnement au logement à plus long terme
- Logement précaire : Personnes en habitat précaire. Personnes menacées d’expulsion ou menacées de violences domestiques
- Logement inadéquat : Personnes vivant dans des structures provisoires/ non conventionnelles, en logement indigne ou dans conditions de surpeuplement sévère.
Historique
Le vagabondage, pratique consistant à vivre sans domicile ni emploi fixe en errant de lieu en lieu, a connu une histoire mouvementée marquée par des perceptions et des traitements radicalement différents selon les époques. Contrairement au mendiant qui reste attaché à un territoire, le vagabond se caractérise par sa mobilité permanente et son absence d'attaches sociales reconnues.
Aux premiers temps de la chrétienté, certains moines vagabonds appelés gyrovagues parcouraient les routes, pratique que saint Benoît chercha à encadrer par sa règle monastique. Au Moyen Âge, les autorités urbaines peinaient à distinguer entre différentes catégories de pauvres : le « mendiant valide », capable de travailler, le « pauvre honteux », issu de familles déchues, et les « oyseux » vivant d'aumônes. Cette confusion administrative reflétait déjà une volonté de contrôle social.
La criminalisation du vagabondage s'amorce en France dès le XIVe siècle. L'ordonnance de Jean II le Bon en 1351 établit des conditions strictes pour l'octroi de l'aumône, marquant le début d'une répression systématique. Juridiquement, le vagabond devient celui qui ne possède ni passeport ni certificat d'identité, qui ne peut être « avoué » par personne, tel qu'un curé de paroisse. Les documents d'identité deviennent ainsi des instruments de contrôle des populations mobiles.
Sous l'Ancien Régime, l'augmentation de la pauvreté entraîne une multiplication des vagabonds dans les grandes villes. Le pouvoir royal réagit au XVIIe siècle par une politique d'enfermement massif dans les hôpitaux généraux, politique d'internement forcé qui s'étend à l'ensemble de l'Europe. Cette approche répressive culmine au XIXe siècle avec l'image dominante du vagabond dangereux, bien que des œuvres caritatives privées tentent d'apporter une assistance sociale.
La fin du XIXe siècle voit émerger en France une nouvelle catégorie : les « sans-abri », considérés comme des assistés légitimes et accueillis dans des asiles de nuit. Le milieu du XXe siècle marque un tournant avec l'apparition d'une image plus romantique du clochard ayant choisi sa liberté, incarnée par des figures comme Gandhi, Nietzsche ou Lanza del Vasto, philosophes-vagabonds dont les pérégrinations ont nourri leurs œuvres.
Cette vision bienveillante s'estompe à la fin du siècle avec la multiplication des SDF, révélant les limites de la société moderne face à l'exclusion. En France, le délit de vagabondage, inscrit aux articles 269 à 273 du Code pénal de 1810, n'est finalement abrogé qu'en décembre 1992, la loi entrant en vigueur le 1er mars 1994, mettant fin à près de deux siècles de répression légale.
Caractéristiques


Problématique
Le problème fondamental du sans-abrisme est le besoin d'un abri, de chaleur et de sécurité. Parmi les autres difficultés, on peut citer :
- L'hygiène et les installations sanitaires
- L'hostilité du public et les lois contre le vagabondage urbain
- Le lavage et le séchage des vêtements
- L'accès à la nourriture (obtention, préparation et conservation)
- Le maintien du contact avec les amis, la famille et les services sociaux en l'absence de domicile fixe
- Les problèmes de santé, notamment ceux causés par le sans-abrisme (par exemple, l'hypothermie ou les engelures dues au fait de dormir dehors par temps froid), ou aggravés par le manque d'accès aux soins (par exemple, les problèmes de santé mentale et l'absence d'endroit pour conserver les médicaments sur ordonnance)
- La sécurité personnelle, le calme et l'intimité, en particulier pour dormir, se laver et effectuer d'autres soins d'hygiène
- La sécurité des affaires personnelles (lits, vêtements, etc.), qui peuvent nécessiter un transport permanent
Les personnes sans domicile fixe sont confrontées à de nombreux problèmes, au-delà de l'absence d'un logement sûr et convenable. Ils sont souvent confrontés à un accès réduit aux services publics et privés ainsi qu'aux biens de première nécessité[11] :
- Rejet ou discrimination généralisée
- Risque accru de violence et de maltraitance
- Accès limité à l'éducation
- Rupture des liens sociaux
- Inaptitude perçue à l'emploi
- Accès réduit aux services bancaires
- Accès réduit aux technologies de communication
- Accès réduit aux soins de santé et aux soins dentaires
- Ciblage par les municipalités visant à les exclure de l'espace public[12]
- Conséquences d'une architecture hostile[13]
- Difficultés à établir une relation de confiance avec les services, les systèmes et autrui ; aggravation des difficultés préexistantes d'accès à l'aide et de sortie du sans-abrisme, particulièrement présentes chez les sans-abri chroniques.[93] Les statistiques des vingt dernières années en Écosse montrent que la principale cause du sans-abrisme est la rupture des liens sociaux sous diverses formes.
Sociologie
Marie Loison-Leruste souligne que les sans-abris «habitent» littéralement la rue, y déploient un ensemble de tactiques pour établir leur identité sociale[14]. La socialisation collective dans un ville moyenne est plus développée qu’on ne le pense habituellement: Thibaut Besozzi note que la rue constitue un véritable monde social où le sans-abri développe une "carrière de survie" [15]faite de routines et de savoir-faire qui lui permettent de stabiliser progressivement son existence dans cette réalité marginalisée[16],[17]. Cela passe par un véritable apprentissage et implique le développement d'un compétence propre à ce monde qui peut aboutir paradoxalement à ce qu'un parcours de réinsertion apparaisse comme une prise de risque, un danger en soi. Pascale Pichon [18]note toutefois que «la rue use», provoquant une dégradation progressive, notamment de la santé.
Santé et hébergement

Les sans-abri sont aussi parmi les plus vulnérables, exposés à de nombreux risques sanitaires ; ils sont « souvent confrontés à la pauvreté, à une moins bonne santé physique et mentale et à une durée de vie plus courte »[6]. Plus de 30 % des sans-abris ont au moins une pathologie mentale grave[19].
En France, les « lits halte soins santé » sont des structures d'hébergement temporaires qui s'adressent aux personnes sans domicile fixe, sans distinction de trouble pathologique, quelle que soit leur situation administrative, et dont l'état de santé nécessite une prise en charge sanitaire (hors soins nécessitant une hospitalisation) et un accompagnement social. Dans ce pays, cependant, plus d'un SDF sur deux se dit en bonne santé et la possibilité d''accès au soin demeure relativement préservé[20].
En 2024, le gouvernement affirme que la France dispose de 200 000 places d’hébergement pour les sans-abris[21]. Néanmoins, le SAMU social constate l’incapacité chronique des politiques publiques à répondre à la demande d’hébergements des sans-abris[22].
Hygiène

L'accès a l'hygiène varie selon les situations : certains utilisent des douches mises à disposition par des institutions ou des connaissances. Les personnes sans-abri ont la possibilité de laver leurs habits grâce à des machines à laver mises à leur disposition dans les centres d'hébergement. Ils peuvent se procurer des vêtements par l'intermédiaire d'œuvres caritatives qui achètent des vêtements sur leurs fonds propres ou des habits d'occasion ou neufs donnés par des particuliers, des associations ou des entreprises. L'habillement n'a plus de fonction sociale mais constitue le seul rempart contre les aléas climatiques. Les vêtements peuvent être la source de différents maux, s'ils ne sont pas lavés régulièrement. Certaines associations humanitaires sont spécialement destinées aux besoins entourant les femmes sans-abri, notamment en termes de menstruations ou de grossesse.

Relations humaines

Emmaüs Solidarité fournit aux sans-abri un service mobile, la maraude sociale[23], consistant à aller à leur rencontre.
Depuis 2010, aux côtés des associations nationales, on voit l'émergence dans toutes les grandes villes de collectifs et d'associations « néo-citoyennes » qui vont au-devant des sans-abri, des SDF et des exclus les plus isolés dans une démarche plus « amicale que professionnelle » afin de leur proposer un repas et des denrées (conserves), des vêtements et des produits d'hygiène et aussi un peu de ce contact « ordinaire » entre citoyens[24].
On constate actuellement que le smartphone a pris une place importante pour cette catégorie de population, qui est presque autant équipée que la population générale. Le sociologue Thibaut Besozzi note que «le smartphone a transformé leur expérience de la survie» et que cet outil leur permet d’être moins en rupture avec leurs proches, moins marginalisés[25].
Alcoolisme
L'alcool est très présent dans la vie à la rue, il donne l'illusion d'aider à surmonter les difficultés (froid, dépression, solitude…). L'alcoolisé ne perçoit pas la sensation de froid, son corps se refroidit pourtant, pouvant le mener à la mort. L'alcool est à long terme un compagnon souvent trop fidèle, dont on ne peut plus se débarrasser[26] : la dépendance à l'alcool peut être forte.
Les sans-abri alcooliques sont parfois désignés sous le terme « robineux »[27].
Mortalité en France

Selon le Collectif Les Morts de la Rue, l'espérance de vie d'un SDF en France se situe entre 40 et 50 ans. Contrairement à une idée reçue renforcée par les médias chaque hiver[28], des SDF meurent tout au long de l'année, et davantage que le froid ou le chaud, de solitude, de faim, d'assassinats, d'accidents ou de suicides.
L'exhaustivité de la base du CMDR en 2008-2010, d'après les analyses préliminaires de l'Inserm-CépiDc, serait de l'ordre de 20 %. Près de la moitié des décès ont été signalés par des associations, notamment des associations d'accompagnement des morts de la rue pour les décès survenus en province. Les sources de signalement sont différentes entre Île-de-France (IDF) et province : en IDF, les partenaires institutionnels et les hôpitaux ont signalé respectivement 48 % et 13 % des décès ; en province, les médias ont signalé 43 % des décès contre 11 % en IDF.
L'étude Dénombrer et décrire la mortalité des personnes sans chez soi[29], ou « SDF » se poursuit depuis 2012 chaque année.
Stéphane Rullac propose une lecture anthropologique et critique, pour permettre de comprendre pourquoi nos sociétés acceptent que des SDF vivent et meurent dans la rue. Selon lui, ce traitement contribue au fonctionnement de nos sociétés, en remplissant un rôle de punition sociale pour des personnes considérées comme déviantes, par rapport aux normes sociales, notamment celle du mérite individuel[30].
Emploi et exclusion sociale
On voit souvent les personnes sans domicile fixe comme des personnes désocialisées, totalement exclues de la société. Or, on s'est aperçu au début des années 2000 que c'était loin d'être le cas général.
Une étude faite en 2004 par l'Insee[31] a montré qu'en France :
- trois SDF sur dix ont un emploi, en général précaire (contrat à durée déterminée, intérim) ; c'est généralement pour eux le coût du logement et l'insuffisance des logements sociaux qui les maintiennent à la rue ;
- quatre SDF sur dix sont inscrits à Pôle emploi, et sont donc dans une dynamique de recherche d'emploi.
S'il n'y a pas double appartenance à ces deux catégories (conservation de l'inscription au Pôle Emploi en même temps que le bénéfice d'un emploi précaire), alors seuls 30 % des SDF en France sont réellement « désocialisés ».
Le mot « désocialisé » implique de ne plus être à même de vivre comme tout le monde et de ne plus pouvoir faire le cas échéant les démarches pour cela. Certains SDF ne sont pas inscrits au Pôle Emploi et ne cherchent pas d'embauche, non pas par désir de marginalité, mais parce qu'ils considèrent qu'on ne peut pas travailler lorsqu'on n'a pas de logement.
Par ailleurs, la crise du logement et le prix élevé de l'immobilier (en particulier en région parisienne) n'est que l'une des causes expliquant le phénomène des sans-abri. En effet, l'accès au logement, même pour celui qui peut payer, est restreint de nombreuses façons (nécessité d'avoir un garant, de pouvoir démontrer l'existence d'un salaire élevé et assuré, en général fondé sur un CDI, nécessité d'avoir des papiers, etc.). Ces contraintes demeurent considérables, au-delà du coût du logement en lui-même.
Le Principe 15 des Principes de Jogjakarta aussi aborde les facteurs d'être sans domicile fixe en insistant sur la nécessité de « mettre en place des programmes sociaux, y compris des programmes de soutien, pour aborder les facteurs liés à l'orientation sexuelle et l'identité de genre qui augmentent la vulnérabilité à se retrouver sans logis, particulièrement pour les enfants et les jeunes, notamment des facteurs tels que l'exclusion sociale, la violence domestique ou de toute autre forme, la discrimination, le manque d'indépendance financière et le rejet par la famille ou la communauté culturelle, et également promouvoir des plans de soutien et de sécurité au niveau des quartiers »[32].
Facteurs de risques
Une étude effectuée en Ontario montre que le fait d'être autochtones est un facteur de risque de l'itinérance[33]. Certaines situations augmentent les chances de vivre dans la rue : des recherches d'emplois qui n'aboutissent pas ; un faible salaire qui ne permet pas de se loger ; une crise du logement ; des difficultés familiales incluant des sévices et des violences ; des dépendances aux drogues ; l'alcoolisme ; des maladies mentales ou physiques, comme un trouble du spectre de la schizophrénie non médicamentée ; une sortie de prison ; une migration dans un pays[33].
Une autre étude effectuée au Canada, dans la région de Montréal, montre que les expériences affectives négatives, et les lacunes des services sociaux sont aussi des éléments qui peuvent mener une personne à la rue[34]. On rapporte que 39 % des itinérants étudiés étaient atteint d'une maladie mentale[34]. La désinstitutionnalisation des hôpitaux psychiatriques, due au manque de ressources alternatives est un facteur de risque élevé chez les personnes ayant un trouble mental[34].
Aux États-Unis, entre 20 et 40 % des personnes sans-abri sont lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres, intersexe ou queer, ce qui semble indiquer que les difficultés rencontrées par ces personnes sont un facteur de risque[35].
Les mauvaises relations familiales pendant la jeunesse sont un facteur de risque. En effet, les personnes ayant vécu un rejet, un abandon sont plus à risque de devenir itinérant. Cela s'explique par le fait que la rue est devenue à leurs yeux une source d'autonomie, une possibilité d'appartenir à un nouveau groupe social. La négligence parentale à la maison est un risque, comme les abus physiques, les abus psychologiques, les abus verbaux et les abus sexuels[36].
Après 50 ans, la famille n'est moins un facteur de risque. C'est plutôt la perte d'un emploi ou l'incertitude financière[36].
Des évènements stressants peuvent être un risque. Par exemple, un deuil, de la violence conjugale, un divorce problématique des parents ou toutes formes d'abus[36].

Par pays
L'OCDE rappelle en 2024 que les modalités statistiques varient selon les pays et les époques, et peuvent « manquer les personnes qui ne sont que brièvement sans abri, qui restent chez des amis, qui vivent dans leur voiture ou qui ne cherchent pas de soutien formel »[6].
Égypte
La situation de sans-abris en Égypte est un problème social important qui touche quelque 12 millions de personnes dans le pays. Le pays compte plus de 1 200 zones désignées pour les habitations irrégulières qui ne sont pas conformes aux lois de construction standard, permettant aux sans-abri de se construire des cabanes et d'autres abris[37].
Il semble qu'en Égypte, un sans-abris soit défini comme incluant celle vivant dans des logements marginaux[38],[39].
Selon l'UNICEF, plus d'un million d'enfants vivent dans les rues en Egypte[40]. D'autres chercheurs estiment que le nombre est d'environ 3 millions[41],[42].
France
Dénomination de SDF
Ils étaient anciennement qualifiés de clochards ou vagabonds, à ne pas confondre avec les mendiants.
Le sigle SDF apparaît déjà en 1897 comme l'atteste l'écrou du sieur Smet avec la graphie s.d.f.[43]. Mais au cours du XIXe siècle, il semblerait que le terme de vagabond était plus utilisé, on parlait aussi de cheminot, ou chemineau (qui parcourt les chemins). En 1812, Jean Richepin parlait par exemple dans ses textes de l'odyssée du vagabond.

Statistiques sociales
Selon l'Insee, il y aurait environ 130 000 sans-abri en France en 2011[44]. En 2017, ils sont 143 000 toujours selon l'INSEE, une progression de 50% en 10 ans selon la Fondation Abbé-Pierre[45]. En 2019, ils sont près de 200 000[46]. 17 % d'entre eux sont des femmes, et 20 % ont moins de 25 ans. Selon Statista, leur nombre reste en forte hausse (+ 130 %) entre 2017 et 2022[47].
Juridiquement, une personne n'ayant pas de domicile fixe n'est pas forcément un « clochard » ou un « sans-abri », mais quelqu'un qui doit se doter d'un livret ou carnet de circulation. À noter que toute personne de nationalité française, même non locataire ni propriétaire (par ex. un squatter) a le droit d'obtenir une carte d'identité.
Depuis 1983[48], en France, le sigle « SDF » remplace la notion de vagabond, ou chemineau (celui qui « fait le chemin »), si présent dans la vie du XIXe siècle. Les sans-abri sont souvent dits « en situation d'exclusion sociale », bien que ce terme prête à débat : beaucoup de sans-abri travaillent (CDD ou intérim) et peuvent donc difficilement être qualifiés de « marginaux ». Le sigle vient de la terminologie policière : c'était une mention notée dans les formulaires en lieu et place de l'adresse de la personne contrôlée. À l'origine il pouvait aussi s'agir d'une personne habitant « chez des amis » ou en transit.
Jugés indésirables par la société, les SDF sont chassés par du mobilier urbain anti-SDF installé par des mairies mais aussi des entreprises ou des particuliers, des arrêtés municipaux contre la mendicité, ou des coupures sur les points d'eau publics. La Fondation Abbé-Pierre dénonce « la manière dont notre société considère la question des personnes qui n'ont rien, des personnes sans-abri (…) On cherche à les repousser plus loin, à les rendre invisibles mais ça n'apporte aucune réponse aux personnes en difficulté », preuve selon elle de l'échec de la politique française et appelle à la création de logements vraiment sociaux, au moins 150 000 par an[45].
En 2018, 566 personnes sans domicile ont été recensées mortes dans la rue en France. Un chiffre en augmentation par rapport aux années précédentes[49]. Le nombre réel de victimes se situerait autour de 3 000[50].
L'ONU considère en 2019 la France « coupable de violations du droit au logement ». Pour la rapporteure spéciale de l'ONU sur le droit au logement : « La France est bien placée pour parvenir à remplir ses obligations en matière de droits de l'homme. C'est un pays riche, le sans-abrisme et le nombre de morts sans-abri ne sont pas acceptables, vu les ressources disponibles »[51].
Le , la maire écologiste de Strasbourg, Jeanne Barseghian, annonce attaquer en justice l'État pour "défaillance" à mettre à l'abri les personnes à la rue notamment les migrants[52].
États-Unis
Le phénomène des sans domicile fixe aux États-Unis est un peu différent de celui rencontré en Europe.
On y distingue les homeless, SDF économiques et sédentaires, qui représentent suivant les sources environ trois millions de personnes dans les années 2000[53] ou un million de personnes dans les années 2020[54], et les hobos, travailleurs se déplaçant de ville en ville. Les hobos font partie de la culture américaine, entourés d'un certain romantisme dans l'appréciation qui est faite de ces itinérants. Aujourd'hui encore, certaines personnes choisissent de vivre en hobo, comme avant eux John Steinbeck, Jack London, George Orwell, Seal ou encore Robert Mitchum.
Les politiques publiques d'aide aux sans-abri ont beaucoup évolué dans les 150 dernières années : les « skid rows », désignant un ensemble disparate de logements, allant de quartiers légaux traversés par de nombreuses pratiques interlopes, à des ensembles de bidonvilles, ont laissé place à une prise en charge plus individualisée des personnes au sein de refuges ou parfois de « single room occupancy hotels (SROs) » financés par une multitude d'acteurs publics ou privés[54]. Beaucoup de villes américaines tendent à criminaliser les sans-abri, qui alors n'ont plus le droit de dormir voire de s'asseoir dans les lieux publics, et encore moins mendier, uriner ; et de nombreux autres délits ont été conçus pour les repousser ailleurs[55].
Les statistiques américaines montrent que le risque d'être pauvre varie selon la couleur de peau, expliquant l'aspect racial du sans-abrisme : 4 Asiatiques pour 100 000 ou 12 Blancs pour 100 000 sont sans-abri, contre 55 pour 100 000 parmi les Noirs, 67 pour 100 000 parmi les Américains natifs et 160 pour 100000 parmi les Îliens du Pacifique[54].
Et le nombre de sans-abri croît[56] : en 2017, un nombre record de 55 000 était atteint à Los Angeles et touche également la ville de San Francisco.
Plusieurs raisons expliquent ceci :
- la crise des subprimes et à sa suite, la crise de 2008, ont — entre autres dégâts socio-économiques — engendré une hausse spectaculaire du surendettement des ménages, et du nombre de maisons saisies dans le pays ;
- au début des années 2010, un nouveau type d'entreprises financières a alors émergé, profitant de cette « manne ». Elles ont adapté au secteur de l'immobiliser un business model créé par Donald Mullen et Curtis Schade (cofondateurs de Progress Residential et Pretium Partners). Ce modèle s'inspire du Big Short (que l'on peut traduire par « grande vente à découvert) mis en œuvre par Mullen et quelques autres cadres supérieurs de la banque d'investissement Goldman Sachs ; quand ils ont vu que le secteur immobilier privé aux États-Unis allait inéluctablement s'effondrer, ils ont misé sur cet effondrement, en pariant contre les hypothèques titrisées. En 2012 Mullen avait déjà réuni de gros investisseurs, permettant à son entreprise d'acheter à bas prix des centaines puis des dizaines de milliers de maisons saisies, dans des zones immobilièrement attractives. Ces maisons ont ensuite été mises en location, alors que des millions d'Américains cherchaient à en louer car ils sont devenus trop pauvres ou sont déjà trop endettés et/ou ne pouvant pas obtenir de prêts sur hypothèque pour en acheter. Les nouveaux très grands propriétaires ont ainsi pu louer leurs dizaines de milliers de maisons, à leurs conditions (souvent très restrictives), en en expulsant rapidement les mauvais payeurs, entretenant ainsi un nouveau marché captif et très lucratif de la location. Dans le contexte libéral et dérégulé des États-Unis, ils ont ensuite pu faire régulièrement monter les loyers[57], ce qui, combiné au manque de lois protégeant dans ce pays les locataires contre les propriétaires, accroît encore le nombre de sans-abri[58].
Royaume-Uni
Le nombre de personnes sans domicile fixe à Londres a augmenté de 169 % entre 2010 et 2019[59].
Espagne
Selon l'association Caritas, il y avait en 2018 plus de 40 000 personnes sans-abri en Espagne[60].
Italie
Selon une enquête de l'ISTAT, il y avait en 2015 plus de 50 000 sans-abri en Italie ; 85 % d'entre eux étaient des hommes, 58 % étaient étrangers (principalement Tunisiens, Albanais et Roumains), et vivaient principalement dans le nord du pays[61].
Japon
Le nombre de sans domicile fixe au Japon a fortement augmenté depuis les années 1990 et la décennie perdue ayant suivi l'éclatement de la bulle spéculative japonaise.
En 2003, lors de la première étude le Japon avait officiellement 25 296 sans-abri, le nombre est en diminution depuis. En , le Japon n'avait officiellement plus que 15 759 sans-abri.
La préfecture d'Ōsaka a le plus de sans-abri : 4 302, suivie par Tōkyō avec 3 428, Kanagawa avec 1 804 et Fukuoka avec 1 237[62].
Il n'y aurait que 800 places d'accueil à Tokyo, auxquelles sont ajoutés vingt-cinq lits d'urgence en hiver[63]. Tokyo a lancé en 2004 une politique de réinsertion en proposant aux SDF de les placer pendant deux ans dans des logements à 3 000 yens par mois (environ 20 euros), pris en charge quasi totalement[63]. Ayant une adresse, les anciens sans-abri peuvent chercher et trouver un emploi stable : ils sont 1 800 à avoir profité de ce programme en 2009[63].
Chine
En 2011, les personnes sans-abri en Chine étaient 2 410 000, dont 200 000 mineurs[64].
Inde
Il y avait 1 770 000 personnes sans-abri en Inde en 2011 ; l'Uttar Pradesh comptait la plus forte proportion de sans-abri du pays, suivis du Maharashtra et du Rajasthan[65].
Russie
Les ONG estiment qu'entre 50 000 et 100 000 personnes étaient sans-abri à Moscou en 2019[66].
Turquie
70 000 personnes étaient sans-abri en Turquie en 2020, dont 10 000 à Istanbul[67].
Colombie
Des sans-abri sont victimes d'opérations de « nettoyage social » opérés par des groupes paramilitaires. La police collaborerait à ces assassinats dans certaines villes[68].
Brésil
Le nombre de personnes sans-abri à São Paulo a augmenté de 60 % entre 2016 et 2020. La suppression de certaines aides sociales, telles que la Bolsa Familia, semble avoir favorisé l'augmentation de l'extrême pauvreté[69].
Afrique du Sud
Selon une estimation du Human Sciences Resource Center, l'Afrique du Sud comptait en 2015 environ 200 000 personnes sans-abri[70].
Québec
Pays en développement
D'après l'ONU, le changement climatique pourrait laisser 140 millions de personnes sans abri dans les pays en développement d'ici 2050[71].
Dans les arts et la culture populaire

Iconographie
Peinture
Des peintres russes et ukrainiens dont les Ambulants avaient décidé de ne pas se cantonner aux palais et aux églises mais de représenter le peuple tel qu'on pouvait le rencontrer dans la vie quotidienne (cf. ci-dessus l'œuvre de Nikolaï Skadovski).
