Clotilde Mabillon

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Clotilde Mabillon
Mabillon faisant face à Clément qui la perquisitionne dans L'Univers illustré (2 avril 1892)
Biographie
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Clotilde Mabillon, née le 22 mars 1865 à Givors et morte le à Lagny-sur-Marne, est une anarchiste française. Elle est surtout connue pour sa participation probable à l'attentat du Boulevard Saint-Germain, qu'elle paraît largement organiser et mener et qui projette la France dans l'Ère des attentats (1892-1894). De surcroît, elle entretient probablement une relation sentimentale avec Ravachol.

Née dans une famille modeste en région lyonnaise, Mabillon épouse Charles Chaumentin à Saint-Étienne en 1884. Elle se déplace à Paris avec lui et s'installe à Saint-Denis, où elle rejoint le mouvement anarchiste en France et les cercles des villes environnantes, souvent jeunes et relativement radicaux. Elle côtoie plusieurs autres compagnonnes de ces cercles, en particulier Louise Héloin, épouse de Henri Decamps. Mabillon assiste au massacre de Fourmies et à l'affaire de Clichy, touchant les groupes auxquels elle appartient et menant à de lourdes violences policières sur Decamps. Elle entre à peu près en même temps en relations d'amour libre avec Ravachol, alors en fuite pour le meurtre de l'ermite de Chambles. À la suite de la condamnation de Decamps, Mabillon et Chaumentin, aidés de Ravachol et, entourés d'un cercle comprenant, entre autres, Gustave Mathieu, Charles Simon , Rosalie Soubère et Joseph Jas-Béala, mettent en place un complot visant à commettre un attentat à la bombe pour assassiner Edmond Benoît, le juge responsable de la condamnation de Decamps.

Le 11 mars 1892, elle est vraisemblablement la personne en charge de porter la marmite explosive et la confie à Ravachol, qui va la poser et commettre l'attentat. La police ignorant tout de l'attaque dans les premiers jours, un informateur lance les autorités sur la trace de Ravachol après avoir recueilli des aveux de la part de Mabillon. À partir de ce moment, les autorités savent qui chercher, se mettent sur la trace de l'anarchiste et commencent à arrêter une série d'anarchistes en région parisienne, dont Mabillon et Chaumentin. Elle collabore avec la police. Confrontée à Ravachol après son arrestation, elle admet être l'amante de Ravachol, mais que l'homme qu'on lui présente ne serait pas lui. Plus tard, confrontée à Soubère, elle paraît s'accorder avec elle pour que cette dernière porte la responsabilité de l'attentat, la position défendue par tous les conjurés à partir de ce moment. Les autorités, qui connaissent sa responsabilité, refusent de la poursuivre pour protéger leur informateur, entre autres, et présenter les Chaumentin comme responsables de la trahison initiale. Elle disparaît du mouvement anarchiste, dont elle est immédiatement exclue.

Mabillon meurt le à Lagny-sur-Marne. Son rôle au sein de l'attentat, d'abord ignoré, est revu à la hausse par différents historiens depuis, qui mettent en exergue ses relations sentimentales avec Ravachol et sa participation vraisemblable à celui-ci.

Jeunesse et mariage

Clotilde Louise Mabillon naît le 22 mars 1865 à Givors[1]. Elle est fille de Jean Mabillon et de Rosalie-Eugénie Claveau, qui n'exerce pas de profession. À ses dix-neuf ans, elle épouse Charles Chaumentin à Saint-Étienne et les deux viennent ensuite s'installer en région parisienne, à Saint-Denis[1].

Intégration au mouvement anarchiste (1885?-1890?)

Mabillon rejoint le mouvement anarchiste entre la deuxième moitié des années 1880 et le début des années 1890 en devenant une compagnonne[1]. Selon les rapports de police la concernant, elle est remarquée de manière contradictoire comme étant à la fois faible d'esprit et peu forte en caractère mais aussi comme étant à l'origine de la politisation de leur couple, étant bien plus radicale que son époux et très intelligente[1].

Les groupes qu'elle rejoint, à Saint-Denis et des espaces environnants sont alors des groupes marqués par une population jeune et ouvrière et relativement radicaux, défendant des idées comme la reprise individuelle ou la propagande par le fait[2]. Elle côtoie en particulier d'autres compagnonnes de ces espaces, comme Marie Léonie Mécrent, dont l'époux est Philogone Segard, ou Louise Héloin, dont l'époux est Henri Decamps[1].

Affaire de Clichy et rencontre de Ravachol

Caricature d'Edmond Benoît dans Le Père Peinard ()

Le 1er mai 1891, deux événements simultanés se produisent en marge de la journée internationale des travailleurs[3],. D'une part, l'armée française commet le massacre de Fourmies, visant la population ouvrière de la ville, d'autre part, en banlieue nord de Paris, les cercles auxquels appartient Mabillon sont impliqués dans l'affaire de Clichy, un affrontement violent entre anarchistes et policiers suivi d'importantes violences policières à l'égard de trois anarchistes capturés, Louis Léveillé, Charles Dardare et Henri Decamps, l'époux de l'amie de Mabillon[3],[4].

En parallèle, Ravachol qui est en fuite pour le meurtre de l'ermite de Chambles rejoint Paris, où il est hébergé chez Mabillon et son époux[1],[3]. Selon CEP et Petit, il « est probable que les deux [entretiennent] alors des relations intimes de l’ordre de l’amour libre et que Chaumartin [est] au fait, et d’accord, avec cette relation »[1],[3]. En août 1891, les accusés de l'affaire de Clichy sont condamnés à de la prison ferme malgré les violences dont ils ont été victimes[3],[4].

À partir de cette condamnation, un groupe semble se former autour de Mabillon et de Chaumentin, composé, entre autres, de Ravachol, Charles Simon dit Biscuit, Rosalie Soubère, Joseph Jas-Béala et Gustave Mathieu[1]. Ce groupe, ou en tous cas une partie de ces noms, met en place un complot cherchant à assassiner Edmond Benoît, le juge responsable de la condamnation de Decamps[1]. Selon les deux historiens, sa place au sein du complot est alors « centrale »[1].

Attentat du Boulevard Saint-Germain et suites judiciaires

Représentation de l'attentat dans L'Illustration (19 mars 1892)[5]

Le 11 mars 1892, Ravachol et au moins une femme brune qui porte la bombe se rendent au domicile de Benoît et y commettent l'attentat du Boulevard Saint-Germain[1]. Dans un premier temps, la police ignore la situation, car les auteurs de l'attentat sont issus de cercles peu infiltrés (Ravachol est en fuite et le cercle de femmes de Saint-Denis est peu infiltré), mais un rapport de l'informateur X2, quelques jours plus tard, met les autorités sur la piste de l'anarchiste[1]. Dans cette « célèbre » communication, tirée des aveux inconscients de Mabillon, qui aurait été ivre, X2 écrit[1] :

L’attentat du boulevard Saint-Germain a été commis en coopération par Chaumartin précité, sa femme et un de leurs cousins qui n’est connu jusqu’à présent que sous le prénom de Léon et demeurant à Saint-Denis où doit se trouver le laboratoire dans lequel se fabriquent les explosifs et les poisons dont il a été parlé dans une correspondance au même chiffre en date du 12 courant. [...] Léon et la femme Chaumartin sont partis à Paris par le tramway ; cette dernière portait la marmite explosible qu’elle avait placé entre ses jambes, sous les jupons, pour éviter la visite de l’octroi. C’est Léon qui a pénétré l’immeuble du boulevard Saint-Germain [...] Il est allé rejoindre la femme Chaumartin qui l’attendait non loin de là sur le boulevard et à peine étaient-ils réunis que l’explosion se produisait.

Peu après, elle est perquisitionnée et Chaumentin arrêté[1]. Mabillon s'oppose à la perquisition en contredisant les policiers et son époux, pendant ce temps, commence à collaborer et donner des informations sur le complot[1]. Il déclare que Mabillon serait plus proche de Ravachol que lui, et qu'il faudrait l'interroger en priorité, toutefois sans l'arrêter, car leurs enfants en bas âge devaient pouvoir rester auprès d'elle[1]. Dès le 19, les informations de X2 se tarissent, elle le soupçonne en effet (légitimement) de l'avoir dénoncée, et refuse de lui parler davantage au sujet de l'attentat[1].

Perquisition à son domicile dans L'Univers illustré (2 avril 1892)

Mabillon est arrêtée quelques jours plus tard et parle aux autorités, en partie sous la pression de son mari, donnant plusieurs éléments du complot[1]. Ravachol étant arrêté le 30 mars, elle est confrontée avec lui, revient sur les éléments qu'elle a admis plus tôt, et refuse de reconnaître l'homme qu'on lui présente[1]. Lorsque le juge Atthalin l'interroge en lui disant qu'elle serait la maîtresse de Ravachol, Mabillon admet l'être mais que justement, elle pouvait assurer qu'il ne s'agissait pas de Ravachol[1]. Pendant la même entrevue, Chaumentin dénonce Ravachol, menant à terme à ce qu'il reconnaisse être Ravachol[1].

Elle est aussi confrontée à Rosalie Soubère dite Mariette, et pendant cette rencontre, les deux paraissent s'accorder de faire porter la responsabilité de l'attentat sur Soubère, qui ne serait pas mère de famille et accepte de se sacrifier pour sa co-conspiratrice[1]. Les autorités voient la manœuvre mais la laissent se produire, sans doute en partie pour protéger X2 derrière le couple Chaumentin, faisant de ce dernier la source des informations transmises à la police[1].

Première page du « célèbre » rapport de X2 au sujet de Mabillon et Ravachol (collections d'Archives anarchistes - Arch. P.P de Paris (BA/1132))

Remise en liberté et sa collaboration avec les autorités étant connue des compagnons, elle est rejetée du mouvement anarchiste immédiatement et est la cible, avec son époux, d'une grande hostilité face à leur traîtrise[1],[6]. Interrogée par la presse française au sujet de ses relations avec Ravachol, Mabillon donne une longue interview au Temps, où elle déclare, entre autres[1],[7]:

- Comment peut-on avoir répandu le bruit que j’étais la maîtresse de Ravachol ! C’est une infamie, Monsieur. [...] Mais il est venu plus de mille anarchistes chez nous, et, si j’ai remarqué un peu plus Ravachol que les autres, c’est parce qu’il a appris à lire aux deux fillettes qui me restent ; c’est parce que mon mari l’a amené plus souvent à déjeuner ou à dîner à la maison. [...] Ce que j’en ai préparé, de repas, non seulement pour Ravachol, mais aussi pour d’autres anarchistes, qui savaient que mon mari gagnait bien sa vie ! [...] Car cela ne m’amuse pas toujours de faire à manger pour tout ce monde. Je ne sais pas si Ravachol est aussi coupable qu’on le dit. S’il a commis tous les crimes qu’on lui attribue, que justice se fasse ! Mais, si je l’abandonne en tant que criminel, je lui garde toujours mon estime pour le respect qu’il m’a toujours témoigné.

Lors du procès de Ravachol pour l'attentat, elle n'est pas accusée et est au contraire appelée comme témoin à charge[8]. Arrivée à la barre avec sa fille de quatre ou six ans dans les bras, Mabillon revient sur ses déclarations précédentes une nouvelle fois, absolvant Simon et Béala, mais affirmant la culpabilité de Soubère et Ravachol[1],[8]. Le procureur, Quesnay de Beaurepaire, lui demandant si elle a reçu des menaces ou des pressions pour changer d'avis, elle répond que ce n'est pas le cas, ce qui le mène à la renvoyer avec mécontentement[1],[8]. Plus tard pendant l'audience, elle proteste quand Quesnay de Beaurepaire soutient qu'elle aurait été la source de l'évolution vers l'anarchisme de son époux[1],[9].

Dernières années et mort

Étant donné que Mabillon est complètement rejetée par le mouvement anarchiste pour sa collaboration avec les autorités, sa situation est dangereuse et elle préfère se faire oublier[1]. Elle meurt le à Lagny-sur-Marne[1].

Postérité

Références

Bibliographie

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