Attentat du Boulevard Saint-Germain

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Attentat du Boulevard Saint-Germain
Image illustrative de l’article Attentat du Boulevard Saint-Germain
Représentation de l'attentat dans L'Illustration (19 mars 1892)[1]

Coordonnées 48° 51′ 10″ nord, 2° 20′ 18″ est
Date
Morts 0
Blessés 1
Auteurs Ravachol
Gustave Mathieu (?)
Rosalie Soubère (?)
Charles Simon
Joseph Jas-Béala (?)
Charles Chaumentin (?)
Clotilde Mabillon
Mouvance Anarchisme
Partie de Ère des attentats

L'attentat du Boulevard Saint-Germain est une attaque à la bombe menée le à Paris par Ravachol et certains membres de son groupe, bien que les autres responsables précis soient discutés entre Gustave Mathieu, Rosalie Soubère, Joseph Jas-Béala, Charles Simon ou encore Charles Chaumentin et Clotilde Mabillon. L'attentat est vu comme un acte de vengeance contre Edmond Benoît, le juge qui préside au procès des accusés de l'affaire de Clichy - où trois manifestants anarchistes sont pris par la police, battus à coup de sabre, privés de soins et d'eau un certain temps avant d'être jugés par Benoît avec beaucoup de dureté.

Après avoir reçu une cargaison importante de dynamite volée dans une mine de Soisy-sur-Seine, Simon et Ravachol confectionnent la bombe à deux, avant de se mettre en route vers la demeure du juge. Soubère aurait porté la bombe sous ses jupons puis l'aurait confiée à Ravachol, qui va la disposer. Elle explose et ne tue pas sa cible, ne fait aucun mort et un blessé.

L'opération est un échec tactique : les conjurés ne touchent pas leur cible, la police les recherche, et bien qu'elle ne parvienne pas à empêcher l'attentat de Clichy, le , où le groupe tente cette fois d'assassiner le procureur de l'affaire, Simon est arrêté, dénoncé par un informateur. Après le deuxième attentat, Ravachol, Jas-Béala et Soubère sont pris rapidement et jugés. Ravachol, dont la stratégie judiciaire réside dans le fait d'assumer l'entièreté de l'attentat en disculpant ses compagnons est condamné à la prison à vie, puis à mort. Soubère et Jas-Beala sont acquittés, Simon est condamné à la prison à vie puis déporté à Cayenne. Pendant ce temps, Mathieu échappe aux autorités en passant en clandestinité.

Malgré cela, il s'agit d'un succès tactique très important, l'attaque inaugure l'Ère des attentats (1892-1894), une confrontation violente entre l'État français et les anarchistes. Dans ce cadre, le terrorisme subit des évolutions très importantes. Ainsi, bien que l'attentat du Boulevard Saint-Germain soit encore fondé sur la forme traditionnelle du terrorisme, le « tyrannicide », des acteurs influencés par celui-ci, comme Émile Henry, s'en inspirent pour donner naissance au terrorisme indiscriminé, ou au terrorisme de masse, forme importante du terrorisme des XXe-XXIe siècles.

Ravachol en particulier devient une figure mythique au sein des cercles anarchistes et plus spécifiquement illégalistes français, où il est vu comme un martyr de la cause anarchiste.

Contexte

Représentation de l'arrestation d'un anarchiste pendant l'ère des attentats, Le Petit Journal (3 juin 1983)

Au XIXe siècle, l'anarchisme naît et se constitue en Europe avant de se propager[2]. Les anarchistes défendent la lutte contre toutes formes de domination perçues comme injustes, en premier lieu la domination économique, avec le développement du capitalisme[2]. Ils sont particulièrement opposés à l'État, vu comme l'organisation permettant d'entériner ces dominations au travers de sa police, son armée et sa propagande[3].

En France, les relations déjà conflictuelles entre les anarchistes et l'État français, matérialisé dans la Troisième République, entrent dans une nouvelle période de tensions très importantes : en 1891, la fusillade de Fourmies, où l'armée tire sur des manifestants demandant une journée de travail de huit heures, et l'affaire de Clichy, où des anarchistes sont arrêtés, frappés avec des sabres et maltraités par la police radicalisent un certain nombre d'anarchistes en France[4]. Le fait que les anarchistes arrêtés après l'affaire de Clichy soient jugés avec beaucoup de sévérité, le procureur demandant la peine de mort pour les trois et le juge Edmond Benoît (1843-1909)[5], les condamnant à des peines très dures de deux et cinq ans de prison[4], est un catalyseur important pour l'entrée dans l'ère des attentats[4].

Préparatifs et attentat

Représentation de l'attentat dans L'Illustration (19 mars 1892)

Dans ce cadre, un groupe d'anarchistes composé de Ravachol, Gustave Mathieu[6], Charles et Clotilde Chaumentin, Charles 'Biscuit' Simon, autour desquels gravitent Rosalie Soubère et Joseph Jas-Béala se radicalise suite au procès de l'affaire de Clichy[7],[8].

Dans la nuit du 14 au , des anarchistes des quartiers nord de Paris, parviennent à s'emparer de trente kilogrammes de dynamite en volant la carrière de Soisy-sur-Seine, leur donnant la possibilité d'utiliser cet arsenal important dans la préparation d'attentats - celle-ci se dissémine ensuite rapidement dans les cercles anarchistes de la région parisienne et finit entre les mains du groupe de Ravachol[8].

Dans les jours suivants, Ravachol et Simon auraient créé la bombe, Simon effectue une première reconnaissance de la résidence du juge, 136 Boulevard Saint-Germain, puis le groupe de quatre personnes prend le tramway pour procéder à l'attentat, le [8]. Soubère se serait installée entre Simon et Béala et transporte la bombe, qu'elle dissimule sous ses jupons[8],[9].

Elle l'aurait confiée ensuite à Ravachol, qui, armé de deux pistolets chargés, entre dans l'édifice, pose la bombe au deuxième étage, le centre du bâtiment - car il ignore où demeure exactement Benoît[8]. Il allume la mèche de la bombe et s'enfuit[8] ; tout cela tandis que Soubère et Béala font le guet à l'extérieur[10]. La militante serait ensuite resté sur place, pour surveiller la suite de l'explosion, alors que ses compagnons quittent les lieux[11].

L'attentat ne fait pas de morts, ne touche pas le juge Benoît, qui réside au cinquième étage, et blesse une personne[8].

Suites

Vision de X2 sur les groupes du nord de Saint-Denis et les préparatifs de l'attentat

Le juge s'exprime dans le journal bonapartiste L'Autorité quelques jours plus tard, en disant[12] :

« Il est absolument faux, que j’aie jamais reçu, à quelque époque que ce soit, des lettres de menaces. Sans doute, dans les fonctions de juge d’instruction que j’ai exercées jusqu’en 1887, j’ai eu affaire aux anarchistes souvent ; mais je n’ai jamais remarqué qu’aucun d’eux me témoignât une animosité toute spéciale. Depuis, en ma nouvelle qualité de conseiller à la cour d’appel, j’ai dû conduire les débats de plusieurs procès anarchistes, et en particulier, l’an passé, des anarchistes de Saint-Denis [càd de l'affaire de Clichy]. Mais, si vous voulez bien vous rappeler que le jury les a traités de façon très bénigne et que le plus sévèrement condamné des prévenus n’a eu que deux ans de prison, vous ne trouverez sans doute pas que les anarchistes soient fondés à exercer des représailles contre moi. »

Les anarchistes participant au projet ne sont pas satisfaits de l'échec de leur opération : ils décident de retenter une nouvelle tentative rapidement après, ciblant cette fois-ci le procureur de l'affaire de Clichy, Bulot[8]. Cette préparation est rendue compliquée par l'arrestation de Simon après la trahison de Charles et Clotilde Chaumentin, les hôtes et complices de Ravachol, qui les dénonce alors qu'il est incarcéré[13]. Selon Jean Maitron et Rolf Dupuy, cette délation de la part des anarchistes traîtres aide peu la police en réalité : les forces policières connaissent en effet déjà la plupart des informations qu'il leur fournit grâce à l'informateur X2[13]. Ravachol parvient à mener l'attentat à terme, le avant d'être arrêtés dans les jours suivants, le premier étant arrêté après avoir été dénoncé à la police par le propriétaire du restaurant Le Véry, où il dîne[8]. Pendant ce temps, Gustave Mathieu parvient à fuir les autorités et se dissimuler[6].

Procès des anarchistes impliqués dans l'affaire, 30 avril 1892, L'Illusration, Paul Renouard

La veille de leur procès, les militants anarchistes Jean-Pierre François et Théodule Meunier mènent l'attentat du Véry, qui vise et tue le propriétaire du restaurant. Lors de leur procès, qui réunit Simon, Soubère, Ravachol, Béala et Chaumentin, les accusés - hormis Chaumentin, qui est acquitté pour sa délation[13], adoptent des stratégies défensives visant à faire porter la responsabilité de la totalité des actes sur Ravachol[14]. Celui-ci décide d'assumer la complète responsabilité de l'attentat, de sorte à disculper ses compagnons, y compris Chaumentin[15]. Cette position est aussi soutenue par Charles Simon qui, à propos de l'action de Soubère dans l'attentat, déclare par exemple[16]:

« Parfait'ment qu'oui, m'sieu, elle ne savait pas, c'te d'moiselle, qu'elle cachait une bombe sous ses jupes. Elle ne pouvait pas distinguer. C'était dans du papier goudron. »

S'il se présente comme le seul responsable de l'action, il exprime ses regrets et excuses à l'idée d'avoir pu toucher des innocents[14],[17]. L'anarchiste justifie et légitime l'attentat par une série d'arguments et dit avoir voulu « terroriser pour faire réfléchir »[14]. Bien qu'il soit condamné à mort dans un autre procès plus tard dans l'année, pour un meurtre qu'il a commis et des crimes qu'il n'a vraisemblablement pas commis, Ravachol est condamné ici à la réclusion criminelle à perpétuité[8]. Il conclut ses déclarations lors du procès en disant[14]:

« Puissent mes innocentes et involontaires victimes me comprendre et me pardonner. [...] Vive l'anarchie ! »

De leur côté, Simon est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, Rosalie Soubère et Joseph Jas-Béala sont acquittés[8]. Les jurés considèrent que Simon et Ravachol sont coupables, mais avec circonstances atténuantes pour leurs actes[18].

Postérité

Références

Bibliographie

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