Gustave Mathieu (anarchiste)

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Gustave Mathieu, né le à Guise et mort le dans la même ville, est un ouvrier et anarchiste illégaliste français. Anarchiste très militant et central dans la naissance de l'illégalisme, il côtoie notamment Placide Schouppe, un des premiers illégalistes. Mathieu est aussi l'un des hommes les plus recherchés de France au début de l'Ère des attentats (1892-1894), étant accusé d'être l'un des complices principaux de Ravachol pour l'attentat du boulevard Saint-Germain et celui de Clichy.

Décès
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GuiseVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Gustave Louis Mathieu
Activités
Faits en bref Naissance, Décès ...
Gustave Mathieu
Photographie policière de Gustave Mathieu par Alphonse Bertillon (fichier anthropométrique des anarchistes, 1889 ?).
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Gustave Louis Mathieu
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Né dans une famille ouvrière à Guise, dans l'Aisne, il rejoint le mouvement anarchiste en France au moins à partir de sa vingtaine d'années. Il organise différentes initiatives anarchistes à Guise, est arrêté et traîné enchaîné sur 25km lors d'une arrestation pour avoir affiché des placards anarchistes. Il commence aussi à être suspecté d'être en lien avec les Intransigeants, un groupe d'anarchistes alors en train de développer la tendance anarchiste de l'illégalisme.

Suite à l'arrestation d'une partie des Intransigeants et de Schouppe, Mathieu rejoint les quartiers nord de Paris au début des années 1890 - il y rencontre un certain nombre d'anarchistes des groupes de Saint-Denis et Saint-Ouen, des groupes soutiens de la propagande par le fait et de l'illégalisme. Le militant s'y présente aux législatives de 1890 comme candidat abstentionniste anarchiste puis est chargé, à la suite de l'affaire de Clichy - une affaire de violences policières touchant les anarchistes - de défendre les trois victimes. Le traitement de l'affaire par le juge, qui exonère la police, provoque des chocs dans les cercles anarchistes en France. Mathieu est alors possiblement impliqué dans un projet d'attentat se mettant en place, réunissant aussi Ravachol et Charles 'Biscuit' Simon, un de ses proches amis avec qui il réside alors. En , l'attentat du boulevard Saint-Germain puis l'attentat de Clichy commis par ce groupe provoquent l'entrée de la France dans la période de l'Ère des attentats (1892-1894). Mathieu parvient à s'enfuir et la police le recherche de manière très importante, le suspectant d'être l'un des principaux responsables des attaques et même de l'attentat du Véry, mais il parvient à s'enfuir et disparaître, en obtenant un non-lieu à terme.

Revenu en France et arrêté pour un vol, il est incarcéré pendant un an et mis en procès pour avoir transmis des notes codées comportant des recettes d'explosifs à d'autres compagnons anarchistes en prison. Tandis que ses deux complices présumés sont condamnés à de lourdes peines, il parvient à échapper à toute condamnation. Il est ensuite arrêté et incarcéré cinq ans en Belgique pour avoir commis un cambriolage destiné à financer une tentative d'évasion pour Charles Simon. Ce dernier étant mort tué par la police lors du massacre des anarchistes du bagne en 1894, il quitte la Belgique à sa libération et rejoint la France. Mathieu poursuit alors ses activités militantes et est noté comme responsable de groupes révolutionnaires à Guise jusqu'au moins les années 1910. Pendant l'Entre-deux-guerres, l'anarchiste est un lecteur assidu de la presse syndicaliste révolutionnaire.

Biographie

Jeunesse

Gustave Louis Mathieu naît le à Guise, dans l'Aisne[1]. Son père y travaille alors comme ouvrier[1].

Début du militantisme anarchiste et illégaliste

Portrait de Gustave Mathieu fondé sur l'une de ses photographies policières, Le Monde illustré ()

En 1887, alors qu'il est en début de sa vingtaine, il est remarqué comme ayant rejoint le mouvement anarchiste en France et mis en place à Guise un groupe révolutionnaire abstentionniste dont il est alors en charge avec le compagnon Louis Basse - qui serait son cousin[1],[2]. En octobre de la même année, il est arrêté avec Basse et Henri Jason suite à l'affichage de deux placards menaçant le directeur de l'usine Godin et ses contremaîtres - un affichage faisant suite au licenciement du compagnon Alphonse Bal[1]. Lors de cette arrestation, les trois anarchistes sont enchaînés et conduits à pied sur 25 kilomètres jusqu'à Vervins[1].

Licencié, il rejoint la Belgique où il travaille comme mouleur un temps à Morlanwelz[1]. Réfugié avec Basse, les deux prennent la parole devant 300 personnes à une réunion tenue en à Carnières. Suite à cette réunion, les autorités belges réclament qu'il soit retrouvé, arrêté et incarcéré à la prison des Petits-Carmes avec Basse. Il parvient cependant à fuir[1].

Signalement de Gustave Mathieu (Fonds de Moscou des Archives nationales - courtoisie d'Archives Anarchistes)

En parallèle, Mathieu commence à être suspecté d'être membre des Intransigeants, l'un des premiers groupes illégalistes de l'histoire, formé autour de Vittorio Pini et Alessandro Marocco, Maria Saenen ou encore Paolo Chiericotti[1],[3],[4]. En réalité, Mathieu côtoie Placide Schouppe et sa famille, eux-mêmes en lien avec Pini et à la tête de leur propre bande de voleurs anarchistes cosmopolites, selon Marie-François Goron[5],[6],[7]. Il aurait aidé le groupe dans ses activités de cambriolages et vols. Pini et d'autres membres du groupe sont arrêtés en 1889, mais Mathieu échappe aux poursuites dans ce cas[1],[4].

En 1889, il est condamné à 24h de prison pour avoir organisé une réunion non déclarée dans une auberge à Guise[1]. En 1890, à Saint-Quentin, Mathieu aurait fait partie du groupe anarchiste responsable de perturbations au sein d'un meeting socialiste[1].

Intégration au sein des groupes du nord de Paris

En 1890, Mathieu s'installe à Saint-Ouen et rejoint les groupes anarchistes des quartiers nord de Paris et de Saint-Denis : des groupes marqués par une population jeune et ouvrière et relativement radicaux, défendant des idées comme la reprise individuelle ou la propagande par le fait[8]. Il est aussi membre de la bibliothèque anarchiste de la ville, aux côtés de figures comme Philogone Segard, Désiré Pauwels, les époux Chaumentin, Charles 'Biscuit' Simon, Élisée Bastard ou Auguste Heurteaux[9]. Il collabore aussi vraisemblablement à l'Endehors de Zo d'Axa[1].

L'anarchiste loge chez le compagnon Pompée Viard, mais quand la police se présente chez lui en pour arrêter Mathieu, ce dernier est introuvable[10]. Il est candidat abstentionniste anarchiste aux élections législatives de 1890 dans la 2ème circonscription de Saint-Denis[1].

En , Mathieu est arrêté et condamné pour ses « démêlés avec la police de Saint-Ouen » - il annonce que lorsqu'il sera libéré, il organisera une conférence sur les prisons[1].

Affaire de Clichy, Ravachol et début de l'Ère des attentats (1892-1894)

Rapport sur Gustave Mathieu (Fonds de Moscou des Archives nationales - courtoisie d'Archives Anarchistes)

Suite à l'affaire de Clichy, une affaire de violences policières touchant les groupes de Saint-Denis et choquant les anarchistes, il est chargé avec le compagnon Eugène Boutteville de faire publier une défense pour les trois victimes alors mises en procès, Henri Decamps, Louis Léveillé et Charles Dardare[1]. La police n'est pas inquiétée pendant le procès et hormis Léveillé, deux des trois sont condamnés à des peines de prison ferme, ce qui accentue le choc initial de la violence policière chez les anarchistes[11].

Le juge qui préside à l'affaire, Edmond Benoît, devient une cible pour un certain nombre d'anarchistes - qui le perçoivent comme l'incarnation de la répression judiciaire et plus largement étatique importante les touchant en France[11]. Un groupe d'action se forme alors, composé possiblement de Ravachol - un militant anarchiste alors en fuite pour un meurtre à Saint-Étienne et réfugié à Saint-Denis ; Charles Simon, Charles Chaumentin/Chaumartin et son épouse Clotilde, autour desquels évoluent aussi le couple Rosalie Soubère-Joseph Jas-Béala : ce groupe dont Mathieu aurait fait partie, selon la police, commence alors à planifier un attentat cherchant à assassiner le juge Benoît[11].

Entre fin 1891 et début 1892, Mathieu est actif dans l'agitation à Saint-Denis, s'impliquant dans les activités anti-tirage au sort des conscrits qui y sont lancées par les groupes anarchistes[1]. Début , la police le perquisitionne et l'arrête avec Charles Simon, ils vivent à la même adresse[1]. Ils sont accusés d'avoir volé les biens de Pompée Viard, qui le logeait, après sa mort[1]. Les deux sont remis en liberté en attente de leur procès[1].

Intervention de Mathieu en première page de l'Endehors (3 juillet 1892)

Quelques jours plus tard, un groupe d'anarchistes appartenant vraisemblablement aux cercles du nord de Paris, par exemple Georges et possiblement son frère Henri Etiévant, est impliqué dans le vol d'une cargaison importante de dynamite dans une carrière à Soisy-sur-Seine : il s'agit du vol de Soisy-sur-Seine[12],[13]. La dynamite volée évolue dans les cercles anarchistes du nord de Paris rapidement et finit en grande partie en possession de la bande à Ravachol[12],[13].

Le , Ravachol et d'autres membres du groupe se rendent à la demeure du juge Benoît en emportant avec eux une marmite où est dissimulée une bombe composée d'une partie de la dynamite volée[11]. La bombe est placée dans l'immeuble où il réside car les anarchistes ignorent sa demeure précise dans l'édifice et ils quittent les lieux[11]. Elle explose et ne cause pas de morts mais des dégâts matériels impressionnants et spectaculaires - dans les premiers jours suivant l'attentat, la police ignore tout des assaillants[11].

Ravachol est dénoncé quelques jours plus tard par l'indicateur X2, qui mentionne dans ses premiers rapports concernant l'affaire que Mathieu se trouverait constamment chez les Chaumentin aux côtés de Simon avec qui il surveillerait particulièrement Clotilde Chaumartin[14]. Selon X2, il serait impossible d'obtenir des informations de sa part quand Mathieu et Simon seraient présents et il demande donc son arrestation au plus vite[14].

Mathieu parvient cependant à passer en clandestinité et s'enfuir, tandis que d'autres membres du groupe, comme Ravachol et Simon sont arrêtés[1]. Il reçoit un non lieu avant que d'autres poursuites soient ouvertes, selon Le Père Peinard, qui présente la manœuvre comme volontaire de la part des autorités pour le forcer à sortir de clandestinité et se rendre[15].

Alors qu'il est recherché de manière importante pour ces deux attentats - X2 l'accusant aussi d'être responsable de l'attentat du Véry en , une attaque plutôt commise par Théodule Meunier, Fernand Bricout et éventuellement Jean-Pierre François[14] - la police française le signale à Londres au début de ce même mois[1]. Il y travaille alors comme machiniste dans un théâtre[1].

Repassé en Belgique et résidant chez le frère de Placide Schouppe, Rémy 'Revolver' Schouppe, la police fait une descente dans la maison dont il parvient à s'échapper en sautant par la fenêtre et en fuyant jusqu'à la gare de Bruxelles-Midi, où il arrive à prendre un train et s'enfuir[1].

Mise en procès de Mathieu devant la cour d'Assises du Brabant en 1895, aux côtés de Rémy 'Revolver' Schouppe, entre autres (courtoisie d'Archives Anarchistes)

Rentré en France, où Mathieu a bénéficié d'un non-lieu pour les attentats, il est toujours recherché pour le vol chez Viard, une affaire où il est condamné à 6 mois de prison[1]. La police l'arrête en et il est acquitté en cour d'Assises, avant d'être condamné de nouveau, cette fois-ci à un an de prison ferme et deux d'interdiction de séjour en correctionnelle[1]. En , cette peine est renforcée par quatre mois de prison suite à de nouvelles accusations portant sur le fait qu'il se serait défendu armé pendant son arrestation[1].

Incarcéré à la prison de Laon, il est suspecté d'avoir fait passer des notes chiffrées sur la fabrication d'explosifs à deux co-détenus anarchistes, Arthur Vautrain et Théodore Lardaux[1]. Lors de leur procès pour association de malfaiteurs, il parvient à être acquitté tandis que les deux autres anarchistes écopent de cinq et huit ans de travaux forcés au bagne[1].

À sa libération, Mathieu rejoint le Royaume-Uni, où il s'installe au 65 Charlotte Street[1]. Il y côtoie Agresti et Alessandro Marocco, un anarchiste illégaliste des Intransigeants, et est impliqué dans un cambriolage en Belgique en 1895 destiné à financer une évasion pour son ami Charles Simon[1]. Arrêté, l'anarchiste est mis en procès à Louvain et condamné à cinq ans de prison[1].

Libération, syndicalisme révolutionnaire et dernières années

Il purge sa peine en lisant et en s'instruisant, puis rejoint la France après sa libération[1]. Il y travaille alors comme vendeur de lingerie sur les marchés franciliens puis retourne à Guise, où il continue le même emploi[1].

Mathieu est toujours noté comme anarchiste dans les années suivant sa libération - en 1910, il est remarqué comme responsable du groupe révolutionnaire de Guise[1].

Pendant l'Entre-deux-guerres, l'anarchiste est un abonné fidèle du journal syndicaliste révolutionnaire La Révolution prolétarienne, tenu par Pierre Monatte[1].

Mathieu meurt à Guise le [16],[17].

Postérité

Influence sur le début de l'Ère des attentats (1892-1894)

L'attentat du boulevard Saint-Germain et l'attentat de Clichy, qui suit et pour lequel Mathieu est aussi suspecté[1], sont des événements déterminant l'entrée de la France dans la période que la presse d'époque et Jean Maitron nomment sous le nom d'Ère des attentats (1892-1894), une période caractérisée par une grande violence politique de la part des autorités françaises et des anarchistes et par des cycles de violence croissante[18],[19]. L'arrestation de Ravachol et Simon et la condamnation du premier à mort sont particulièrement marquants dans cette évolution[18],[19].

Photographies policières

Plusieurs de ses photographies policières faites par Alphonse Bertillon font partie des collections du Metropolitan Museum of Art (MET), dont une avec une barbe postiche[20],[21].

Références

Bibliographie

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