Club de la Vieille Monnaie

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Le Club de la Vieille Monnaie, officiellement désigné comme la Société des amis des droits de l'homme et du citoyen, séante section des Lombards, rue de la Vieille-Monnaie, est un club politique révolutionnaire parisien issu d'une scission du club des Cordeliers en . Actif durant quelques mois entre la fin de l'année 1791 et le printemps 1792, ce club éphémère illustre les divisions qui traversent le mouvement révolutionnaire parisien à la veille de la guerre contre les monarchies européennes.

La scission des Cordeliers

L'hiver 1791-1792 est marqué par une fragmentation du mouvement révolutionnaire parisien. Les débats sur la guerre, sur la question des émigrés et sur les orientations de la politique économique provoquent des tensions au sein des clubs révolutionnaires. La fusillade du Champ-de-Mars du , au cours de laquelle la Garde nationale tire sur les pétitionnaires républicains, a provoqué des arrestations et des réorganisations qui persistent durant l'automne 1791.

Dès l'été 1791, le club des Cordeliers se divise sur la question de la Banque Territoriale proposée par Charles-Élie, marquis de Ferrières. Ce projet vise à créer un système de crédit garanti par les biens nationaux confisqués au clergé. Après le , date du rapport des commissaires chargés d'examiner le plan de Ferrières, une discussion « fort longue » a lieu aux Cordeliers. Buirette de Verrières prononce un discours véhément contre le projet, tandis que Jean-Jacques Rutledge compte parmi ses principaux partisans. L'opposition irréductible entre ces deux tendances provoque en une scission du club. Rutledge quitte alors la société avec une vingtaine de membres pour fonder un club rival. Ces dissidents s'établissent au numéro 8 de la rue de la Vieille Monnaie, dans la section des Lombards, quartier situé entre l'Hôtel de Ville et les Halles[1],[2]. Le nouveau club est présidé par Boucher-Saint-Sauveur et Rutledge. Le club conserve le titre officiel de l'ancien club des Cordeliers : « Société des amis des droits de l'homme et du citoyen »[3], marquant ainsi une prétention à incarner l'orthodoxie révolutionnaire. Les Cordeliers dénoncent cette scission auprès du club des Jacobins comme une manœuvre de déstructuration du parti patriotique[4]. Malgré sa taille modeste, le Club de la Vieille Monnaie parvient temporairement à rivaliser avec les Cordeliers[4].

Composition

Le club réunit environ une vingtaine de membres issus des Cordeliers. Il est présidé par Rutledge et Boucher-Saint-Sauveur. Parmi les membres actifs figurent Jean-Honoré Dunouy dit l'aîné (1756-1802), ancien secrétaire des Cordeliers les et . Dunouy était présent au Champ-de-Mars le et avait conservé la pétition républicaine Il quitta les Cordeliers en pour le Club de la Vieille Monnaie. Devenu membre du Conseil de la Commune de Paris en , il fut révoqué le comme « exagéré » et tenta sans succès de revenir aux Cordeliers le . Pierre-Gaspard Chaumette (1763-1794), futur procureur de la Commune de Paris, joue un rôle central dans l'animation du club[5]. À cette date, Chaumette est encore un militant en formation, ancien secrétaire-greffier du club des Cordeliers. Antoine Joseph Chaney rejoint le club peu après sa libération, probablement suite aux arrestations consécutives à la fusillade du Champ-de-Mars. Il fréquente simultanément le club des Jacobins, comme l'atteste le Journal des débats de la Société des amis de la Constitution du [6]. On compte également parmi les membres Garin, Jean-Guillaume Virchaux[4] et Fournier l'Américain, ancien planteur de Saint-Domingue devenu agitateur révolutionnaire.

Le projet de réseau patriotique

Le club développe une stratégie de coordination du mouvement révolutionnaire. Une circulaire adressée aux autres sociétés patriotiques, signée « Société populaire de la section des Lombards », expose cette vision[7]. Le texte affirme que les sociétés patriotiques ne peuvent maintenir la liberté que si elles agissent de concert et réunissent leurs efforts contre les ennemis de la patrie. La circulaire propose la création d'une « union indissoluble » et d'une « correspondance active » entre les sociétés pour les faire « marcher ensemble et, s'il se peut, dans le même temps »[7]. La circulaire développe une réflexion sur le rôle de l'opinion publique dans le processus révolutionnaire. Le club affirme que « c'est l'opinion qui a fait la Révolution, elle seule peut la compléter, la consolider »[7]. Le texte met en garde contre la versatilité de l'opinion, susceptible d'être manipulée par les adversaires de la liberté. S'appuyant sur des références à l'histoire romaine, la circulaire rappelle que l'opinion « assassina Cicéron et força Caton à se déchirer les entrailles, tandis qu'elle laissa mourir dans leur lit un Marius et un Sylla »[7]. Le club se donne pour mission de maîtriser cette « divinité versatile et vagabonde » pour la « mettre sous le joug de la vérité » et la guider « dans les sentiers de la raison et de la justice »[7]. Cette conception témoigne d'une vision de la lutte politique comme combat pour le contrôle de l'espace public.

La pétition sur les biens des émigrés

Le , le club présente à l'Assemblée législative une pétition proposant la confiscation des biens des émigrés et leur partage au profit des volontaires partant combattre aux frontières[8]. Cette proposition lie la lutte contre l'émigration nobiliaire, la défense nationale et la redistribution des richesses. L'Assemblée législative refuse d'écouter cette pétition[8]. Le soir même, le club désigne deux commissaires, Fournier l'Américain et Garin, pour défendre la pétition devant les comités militaire, diplomatique et de législation de l'Assemblée[5]. Cette proposition anticipa les mesures effectivement adoptées après l'insurrection du et la chute de la monarchie.

Notes et références

Bibliographie

Voir aussi

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