Colonisation de l'Afrique

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La colonisation de l'Afrique constitue l'ensemble des processus de colonisation s'étant opérés sur le continent africain, que ce soit à l'époque ancienne, médiévale ou moderne, et ce, considérant la définition évolutive du terme de « colonisation ».

Différentes colonies ont été établies sur le continent africain, et ce, dès la période antique : c'est le cas des Grecs, des Romains, des Arabes et potentiellement des Malais. Selon les époques et les groupes concernés, la colonisation a pu durer plusieurs siècles ou être limitée dans le temps.

Auprès du grand public, lorsqu'il s'agit d'évoquer le colonialisme en Afrique, les discours se concentrent généralement sur les conquêtes européennes de l'ère du nouvel impérialisme et de la ruée vers l'Afrique (1884-1914). Viennent ensuite les questions relatives à la décolonisation progressive de plusieurs États, après la Seconde Guerre mondiale.

Les principales puissances impliquées dans la colonisation moderne de l'Afrique sont la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, le Portugal, l'Espagne et l'Italie. Dans presque tous les pays africains aujourd'hui, la langue utilisée au gouvernement et dans les médias est celle qui a été imposée par une puissance coloniale au sein du pays. Toutefois, la plupart des gens parlent toujours leur langue maternelle africaine et connaissent différents dialectes.

Carte de l'Afrique de l'Ouest, vers 1736, qui "explique ce qui appartient à l'Angleterre, à la Hollande, au Danemark etc.".

Selon les époques, l'Afrique a été sous le joug de différents pays impliqués dans sa colonisation :

Colonisation antique et médiévale

Carte de l'Afrique en 1910.

Dans l'Antiquité, c'est d'abord l'Afrique du Nord qui connaît la colonisation en provenance d'Europe et de l'Asie occidentale, notamment à travers l'arrivée des Grecs et des Phéniciens.

  • L'Afrique du Nord et Carthage

En 513 av. J.-C., les Grecs essaient d'établir une colonie entre Cyrène et Carthage qui se solde par l'expulsion conjointe par les populations locales et carthaginoise des colons grecs.

Une colonie marchande grecque est toutefois établie sous le règne du pharaon égyptien Amasis (570-526 av. J.-C.) à Naucratis à environ 80 kilomètres d'Alexandrie. À peu près à la même époque, les Grecs colonisent également la Cyrénaïque. Pour rappel, Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.) fonda Alexandrie lors de sa conquête de l'Égypte, qui est devenue l'une des principales villes de l'époque hellénistique et romaine. Alexandrie était un centre commercial et culturel ainsi qu'un quartier général militaire et un centre de communication

Les Phéniciens ont, pour leur part, établi plusieurs colonies le long de la côte d'Afrique du Nord. Certaines sont assez anciennes, comme Utica qui a été fondée vers 1100 av. J.-C. Ce serait également le cas de Carthage, qui signifie Ville Nouvelle, et dont la date de fondation est traditionnellement estimée vers 814 av. J.-C. Carthage se situait dans la Tunisie actuelle. Puissance majeure de la Méditerranée au IVe siècle avant J.-C., le récit d'Hannon, rapporte que les Carthaginois avaient envoyé des expéditions pour explorer et établir des colonies le long de la côte atlantique de l'Afrique. Carthage a été complétement détruite par les Romains, lors de la troisième et dernière guerre entre eux et la ville (la troisième guerre punique, qui a eu lieu vers 150-146 avant J.-C.)

Carthage fait l'objet de différents plans pour rétablir une colonie romaine sur son site initial, à partir de la fin du IIe siècle avant J.-C. C'est Auguste qui fera aboutir ces plans pour que Carthage serve de capitale de la province romaine du continent africain d'Afrique.

Au Ve siècle après J.-C., les Vandales gothiques y établirent brièvement un royaume, qui retomba peu après aux Romains Byzantins. L'ensemble de l'Afrique du Nord romaine / byzantine tombe deux siècles plus tard aux mains des populations arabes. Les Arabes y introduisent la langue arabe et l'islam au début de la période médiévale. Les Malais ont introduit pour leur part des variations de leur langue à Madagascar quelque temps plus tôt.

La plus ancienne ville moderne qui a été fondée par les Européens sur le continent africain est celle du Cap, en Afrique du Sud. Elle a été fondée par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales en 1652. La ville était considérée comme une escale à mi-chemin pour le passage des navires européens naviguant vers l'est.

Début de la période moderne

Les premières expéditions européennes sont conduites par les Portugais qui se sont concentrées sur la colonisation d'îles auparavant inhabitées. C'est le cas des îles du Cap-Vert et l'île de São Tomé par exemple. Ils y ont établis des forts côtiers comme base pour le commerce. Les Espagnols se sont aussi intéressés aux îles Canaries au large de la côte ouest-africaine et la Guinée équatoriale, en fondant Ceuta et Melilla sur le continent africain avant 1830.

L'Afrique au cœur des enjeux internationaux

Zones contrôlées par les puissances coloniales européennes sur le continent africain en 1913, illustrées avec les frontières nationales actuelles.
Belgique
Royaume-Uni
France
Italie
Allemagne
Portugal
Espagne
Non contrôlée

Plusieurs empires bien établis, tels que la Grande-Bretagne, la France, l'Espagne ou le Portugal, avaient déjà revendiqué des zones côtières avant l'époque moderne mais n'avaient pas pénétré plus profondément à l'intérieur des terres africaines. Les Européens contrôlaient un dixième de l'Afrique, principalement le long de la Méditerranée et dans l'extrême sud.

L'entrée à l'intérieur des terres est initiée par l'une de ses premiers partisans, le roi Léopold de Belgique. Ce dernier a opprimé le bassin du Congo qu'il considérait comme relevant de son propre domaine privé jusqu'en 1908 (où le territoire a été remis à l’État belge).

En 1885, se tient la conférence de Berlin, initiée par Otto von Bismarck pour établir les orientations internationales et éviter les conflits violents entre puissances européennes. Cette conférence officialise le « nouvel impérialisme ». Elle permet aux impérialistes de se déplacer à l'intérieur des terres, leur évitant tout conflit entre eux. La seule menace sérieuse de violence inter-impériale est celle survenue lors de l'incident de Fashoda en 1898 entre la Grande-Bretagne et la France. Cet incident a été réglé sans violence militaire significative entre les pays colonisateurs.

Entre 1870 et 1914, l'Europe acquiert près de 23 000 000 km2 – soit près d'un cinquième de la superficie terrestre du globe – du fait de ses possessions coloniales d'outre-mer.

L'impérialisme a été conduit selon des politiques nationales différentes mais ayant pour point commun l'intérêt économique des États colonisateurs et une application de leurs pouvoirs dans la violence à l'encontre des populations locales. Ainsi, d'un point de vue administratif « [l]es Français, les Portugais, les Allemands et les Belges exerçaient un type d'administration hautement centralisé appelé « règle directe » ». Les Britanniques ont, quant à eux, cherché à gouverner en identifiant les détenteurs du pouvoir locaux et en les encourageant ou en les forçant à administrer pour l'Empire britannique. Il s'agit de la « règle indirecte ». La France gouvernait depuis Paris, en nommant des chefs sur place, sans tenir compte des critères traditionnels mais plutôt de leur loyauté envers la France. La France a établi deux grandes fédérations coloniales en Afrique, l'Afrique occidentale française et l'Afrique équatoriale française. La France nommait les fonctionnaires de l'État, votait des lois et devait approuver toutes les mesures adoptées par les assemblées coloniales.

Les Alliés de la Première Guerre mondiale et de la Seconde Guerre mondiale ont largement utilisé la main-d'œuvre et les soldats africains pendant les guerres.

Révoltes et rébellions

De nombreuses révoltes et rébellions ont eu lieu tout au long des différentes périodes coloniales et impérialistes.

Dans les colonies allemandes, des groupes locaux en Afrique orientale allemande résistent au travail et à la fiscalité forcée perpétré par les Allemands. Lors de la révolte d'Abushiri, les Allemands sont ainsi presque chassés de la région en 1888. En 1905, les Allemands se font surprendre par la rébellion Maji Maji. Si la révolte est un succès à ses débuts, l'insurrection se fait réprimer par des troupes de renfort armées de mitrailleuses moins d'un an après qu'elle a éclaté. Les tentatives allemandes de prendre le contrôle de l'Afrique du Sud-Ouest se sont vues confrontées à une résistance ardente, qui a été réprimée avec beaucoup de force, ce qui a conduit, par exemple, au génocide Herero et Namaqua.

Dans la colonie belge, le roi Léopold II de Belgique nomme sa vaste colonie privée l'État indépendant du Congo. Son traitement barbare des Africains déclenche une forte protestation internationale et les puissances européennes le force à abandonner le contrôle de la colonie au Parlement belge en 1908 .

Dans ses travaux, Vincent Khapoya relève l'attention importante des puissances coloniales à l'économie de la colonisation. Cette économie comprenait : l'acquisition de terres, le travail souvent forcé, l'introduction de cultures et de rente, parfois même au détriment des cultures vivrières, la modification des modèles commerciaux inter-africains de l'époque précoloniale, l'introduction de travailleurs indiens, etc. Les puissances coloniales se seraient ensuite concentrées sur l'abolition de l'esclavage, le développement des infrastructures et l'amélioration de la santé et de l'éducation.

Décolonisation

Toujours d'après les travaux de Vincent Khapoya, il est important de souligner la résistance des puissances face à leur domination en Afrique et à leur entreprise de colonisation. De plus, la supériorité technique a contribué à la conquête et au contrôle des populations locales. Si certains Africains favorables à l'indépendance ont reconnu la valeur de l'éducation européenne dans leurs relations avec les Européens en Afrique, d'autres ont établi leurs propres églises, rétablis leurs cultes et plus largement leurs cultures. Les Africains ont également souligné les preuves inégales de gratitude qu'ils ont reçues (ou non) du fait de leurs efforts pour soutenir les pays impérialistes durant les deux guerres mondiales.

Alors que les frontières imposées par les Européens ne correspondaient pas aux territoires traditionnels, ces nouveaux territoires ont été à l'origine de la constitution d'entités qui ont vu émerger des voix politiques influentes, permettant d'accéder à terme à l'indépendance de leurs pays. Parmi les groupes locaux ainsi concernés figuraient des professionnels tels que les avocats et des médecins, des membres de la petite bourgeoisie (employés de bureau, enseignants, petits commerçants), les travailleurs urbains, les agriculteurs de rente, les paysans, etc. Les syndicats et autres associations initialement apolitiques se sont transformés en mouvements politiques.

La principale période de décolonisation en Afrique a commencé après la Seconde Guerre mondiale. Les mouvements d'indépendance se sont alors fortement développés à travers des partis politiques et des syndicats indigènes, qui ont assuré la décolonisation de la majorité du continent dans les années 1980. Certaines régions (en particulier l'Afrique du Sud et la Namibie) conservent une importante population d'origine européenne. Seules les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla sont encore gouvernées par un pays européen. Alors que les îles de la Réunion et Mayotte, Sainte-Hélène, Ascension et Tristan Da Cunha, les îles Canaries et Madère restent toutes sous contrôle français, britannique, espagnol ou portugais, ces deux derniers n'ayant jamais fait partie d'aucun régime africain et ont des populations majoritairement européennes. Cela montre que la décolonisation est un processus long et lent, et que les anciennes puissances coloniales continuent à avoir différentes formes d'influences sur leurs anciens territoires colonisés.

Le cas français

Alors que les Britanniques cherchaient à suivre un processus de transfert progressif du pouvoir et donc d'indépendance, la politique française d'assimilation s'est heurtée à un certain ressentiment, notamment en Afrique du Nord. Si le Maroc et la Tunisie se voient octroyer l'indépendance en mars 1956, c'est une lutte armée longue, sanglante et violente qui aboutira à l'indépendance de l'Algérie (la guerre se tenant entre 1954-1962). Ainsi lorsque le président Charles de Gaulle a organisé un référendum en 1958 sur la question, seule la Guinée a voté pour l'indépendance pure et simple. Néanmoins, en 1959, la France a amendé la constitution pour permettre aux autres colonies cette option.

Le cas des colonies britanniques

Les agriculteurs de l'Afrique orientale britannique ont été bouleversés par les tentatives de prendre leurs terres et d'imposer des méthodes agricoles contre leurs souhaits et leurs expériences. Au Tanganyika, Julius Nyerere a exercé une influence non seulement parmi les Africains, unis par la langue swahili commune, mais aussi sur certains dirigeants blancs dont la voix disproportionnée en vertu d'une constitution racialement pondérée était significative. Il est devenu le chef du Tanganyika indépendant en 1961.

Au Kenya, les colonisateurs blancs avaient expulsé les métayers africains à partir des années 1930. En découlent de nombreux conflits dans la décennie suivante qui se sont intensifiés en 1952. Il faut attendre 1955 pour que cette révolte soit réprimée par la Grande-Bretagne et seulement 1960 pour que la Grande-Bretagne accepte le principe de la règle de la majorité africaine. Le Kenya est devenu indépendant trois ans plus tard, en 1963.

Réparations coloniales

Des réparations coloniales sont demandées par les pays africains. Ainsi depuis 2011, l’Allemagne est interpellée, concernant le génocide des Héréros et des Namas, par la Namibie qui demande des compensations financières. En 2023, le Président du Ghana, Nana Akufo-Addo évoque des réparations financières pour l’esclavage transatlantique. En juin 2025, le Niger demande à la France des réparations pour les massacres de la mission Voulet-Chanoine, en 1899. En novembre 2025, une conférence internationale sur les crimes du colonialisme se tient à Alger, sous l’autorité de l’Union africaine (UA). La déclaration finale propose une « stratégie de réparation fondée sur la justice » qui intègre « des compensations pour les richesses pillées ». En décembre 2025, une loi algérienne sur la criminalisation de la colonisation française est votée par l’Assemblée populaire nationale algérienne, diverses réparations y sont demandées[1].

Cadres théoriques

Notes et références

Voir aussi

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