Communauté de l'Emmanuel
communauté catholique d'origine française
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La communauté de l'Emmanuel est une association publique internationale de fidèles de droit pontifical, née à partir d'un groupe de prière fondé en 1972. La spiritualité proposée aux membres repose notamment sur l'adoration eucharistique, la compassion et l'évangélisation.
| Communauté de l'Emmanuel | ||
| Repères historiques | ||
|---|---|---|
| Fondation | 1972 | |
| Fondateur(s) | Pierre Goursat et Martine Laffitte | |
| Lieu de fondation | Paris | |
| Fiche d'identité | ||
| Église | Catholique | |
| Courant religieux | Renouveau charismatique catholique | |
| Type | Association publique internationale de fidèles de droit pontifical | |
| Vocation | Adoration, compassion, évangélisation | |
| Dirigeant | vacant (Désiré Avice par intérim) | |
| Membres | 13 000 laïcs, prêtres et consacrés (2025) | |
| Localisation | 70 pays | |
| Site internet | http://www.emmanuel.info | |
| modifier |
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Née de l'expérience du renouveau charismatique, elle rassemble des laïcs (mariés, célibataires, consacrés) et des prêtres.
Historique
Origines
En 1972, Pierre Goursat et Martine Laffitte fondent, à Paris, un groupe de prière s'inspirant de l'expérience du renouveau charismatique catholique[1]. Le groupe se réunit d'abord dans l'appartement de Martine Laffitte puis chez les maristes rue Jean-Ferrandi avant de se scinder en deux et qu'un nouveau groupe se réunisse chez les Sœurs de l'Assomption, rue de l'Assomption. Un nom commun — Emmanuel — est donné aux deux groupes. Il est tiré du passage de la Bible : « Voici, la jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils, et elle lui donnera le nom d'Emmanuel. » (Es 7,14, Mt 1,23)[2][source secondaire souhaitée].
Les groupes croissent rapidement. La prière est animée par ses fondateurs et s'appuie principalement sur la louange et l'adoration eucharistique. Les fidèles observent la manifestation des charismes, dons spirituels tels qu'ils sont décrits dans les Épîtres de Paul. Pierre Goursat invite parfois des groupes au « chant en langues »[3].
Cette année-là, la paroisse de la Sainte-Trinité à Paris est la première paroisse confiée à une équipe de prêtres de la communauté de l'Emmanuel[4],[5].
Reconnaissance par Rome
Le , le Conseil pontifical pour les laïcs approuve pour cinq ans les statuts de la communauté de l'Emmanuel et de la Fraternité de Jésus, en tant qu'association privée de fidèles de droit pontifical. Ces statuts reçoivent une approbation définitive le [6].
Le , le pape Benoît XVI encourage les dirigeants de la communauté à « contribue[r] à renouveler de l'intérieur le dynamisme apostolique des paroisses » et « à être attentifs aux personnes qui reviennent vers l'Église et qui n'ont pas bénéficié d'une catéchèse approfondie », en maintenant « un souci permanent de concertation et de collaboration avec les pasteurs, sous l'autorité de l'évêque »[7],[8].
Le , la Congrégation pour le clergé érige, en étroite communion avec l'association de fidèles, l'association cléricale de la communauté de l'Emmanuel qui rassemble les prêtres et diacres de la communauté et qui a la faculté d'« incardiner des clercs, en particulier pour favoriser le service de la mission universelle de l'Église » selon le décret de la Congrégation pour le clergé[E 1],[9],[10].
Le , le pape François reçoit environ cinq-cents membres de la communauté de l'Emmanuel en audience au Vatican : « Que là où votre communauté est présente, la Miséricorde du Père soit manifeste, en particulier envers les plus pauvres — de cœur ou de corps — soignant leurs blessures par la consolation de l'Évangile, par la solidarité et l'attention ». Il rappelle la récente création de l'association cléricale, « structure rendue opportune en raison des nombreuses vocations sacerdotales que le charisme de l'Emmanuel suscite et pour une plus grande fécondité de l'évangélisation », et souhaite que cette reconnaissance vitalise la communion des états de vie entre clercs et laïcs. Il invite aussi la communauté dans les différents pays à garder un lien toujours plus étroit avec les paroisses du lieu où elles vivent[11],[12].
Visite apostolique
Le , Michel-Bernard de Vregille, modérateur général, annonce dans un communiqué[E 2] que la communauté fera l'objet d'une visite apostolique. Décidée par le cardinal Kévin Farrell, préfet du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, en lien avec le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, la visite est la conséquence de tensions internes au sujet du mode de gouvernance de la communauté. Des membres en ont aussi fait la demande à la suite de l'affaire Benoît Moulay, ancien prêtre de la communauté, renvoyé de l'état clérical à l'issue d'un procès canonique en 2023 après des accusations de viol et d'agressions sexuelles sur deux femmes majeures[13],[14],[15]. Avec en toile de fond ces affaires d’abus sexuels et ces tensions internes, Michel-Bernard de Vregille renonce à ses fonctions le , démission acceptée le par le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie[16],[17],[18]. Sophie Mouquin, doyenne du Conseil international et du Conseil de la Fraternité de Jésus, est chargée d'organiser des élections afin de nommer un modérateur par intérim. Le , Désiré Avice, ancien économe général, est élu à ce poste[19]. Le , Antoine Hérouard[N 1] est désigné par le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie pour mener cette visite. Le décret du dicastère cite parmi ses motifs d'inquiétude « une gestion centralisée du gouvernement, une intégration inadéquate de l’association dans la vie des églises locales (diocèses), en particulier en ce qui concerne les rapports entre les prêtres membres et les évêques, des points critiques dans la gestion des paroisses confiées à la communauté, des insuffisances dans le traitement des cas d’abus survenus au sein de la communauté »[20],[21],[22].
Organisation
Statuts
Le décret du reconnaît la communauté de l'Emmanuel comme « association privée internationale de fidèles de droit pontifical » et en a approuvé les statuts ad experimentum pour une période de cinq ans. Par décret du , le Conseil pontifical pour les laïcs accorde à la communauté de l'Emmanuel, association privée internationale de fidèles, de droit pontifical, l'approbation définitive[E 3],[6].
Le , le Conseil pontifical pour les laïcs a érigé la communauté de l'Emmanuel en association publique internationale de fidèles[23].
Les statuts de l'Association de fidèles sont mis à jour en conséquence pour intégrer la création de l'Association Cléricale et assurer la communion et le bon fonctionnement entre les deux associations. Ces nouveaux statuts sont reconnus le par le Dicastère pour les laïcs, la famille et la Vie[E 3],[10],[9].
Association de fidèles et association cléricale
L'originalité de cette communauté est d'avoir renforcé le rapport prêtres-laïcs dans un rapport de « communion pour la mission, dans un désir commun de vivre la sainteté »[24][source insuffisante].
La Congrégation pour le clergé au Vatican crée l'association cléricale de la communauté de l'Emmanuel, le [25]. Cette association cléricale est le développement des statuts de la communauté de l'Emmanuel pour les membres ordonnés. Désormais pour les ordonnés de l'Emmanuel, leur communauté est à la fois une association de fidèles et une association cléricale. La communauté de l'Emmanuel accède donc à un statut particulier qui prévoit entre autres la possibilité d'incardiner en son sein des prêtres et des diacres, et accède à une légitimité canonique à vivre une communion des différents états de vie. Les statuts de cette association cléricale entrent vigueur le [26],[9].
Composition
En 2025, la communauté revendique 13 000 membres dans 70 pays[15].
Parmi ses membres, la communauté de l'Emmanuel compte 270 prêtres, une vingtaine de diacres permanents, une centaine de séminaristes et de jeunes en discernement[24], et 200 laïcs consacrés[E 4].
Gouvernance
La communauté de l'Emmanuel est dirigée par un modérateur général. À l'origine, les mandats étaient d'une durée de trois ans, renouvelables trois fois. Depuis la mise à jour des statuts du , les mandats sont d'une durée de cinq ans, renouvelables deux fois[E 3][source secondaire nécessaire].
Depuis 1976, les modérateurs ont été :
| Nom | Dates | Nationalité | Nombre de mandats | Responsabilités précédentes | Responsabilités actuelles |
|---|---|---|---|---|---|
| Pierre Goursat | 1976-1985 | Français | Équivalent de 3 mandats | Fondateur
Secrétaire général à l'Office catholique français du cinéma Responsable de groupe de prière |
Décédé. |
| Gérald Arbola[1] | 1985-1994 | Français | 3 mandats | Adjoint du fondateur | Membre du directoire d'Areva, retraité depuis 2011 |
| Markus Gehlen[6] | 1994-2000 | Allemand | 2 mandats | Responsable de la communauté en Allemagne | Professeur de latin, grec et religion à Berlin |
| Dominique Vermersch[27] | 2000-2009 | Français | 3 mandats | Responsable d'Amour & Vérité | Recteur de l'Université catholique de l'Ouest (Angers) |
| Laurent Landete[28] | 2009-2018 | Français | 3 mandats | Délégué du modérateur pour la France | Directeur Général Délégué du Collège des Bernardins, chargé de la programmation.
Membre du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie à Rome |
| Michel-Bernard de Vregille[29],[30] | 2018-2025[16] | Français | 2e mandat | Délégué du modérateur pour la France | Modérateur de la communauté de l'Emmanuel |
| Désiré Avice | 9 août 2025- | Français | Ancien économe général | Modérateur par intérim de la communauté de l'Emmanuel[19] |
Moyens et activités
Moyens
Les moyens proposés à chacun pour vivre sa foi sont multiples. Ils vont du groupe de prière (généralement hebdomadaire), à la maisonnée (petit groupe de personnes qui se réunissent à un rythme régulier, hebdomadaire ou toutes les 2 semaines pour prier ensemble, partager la parole et l'œuvre de Dieu dans leur vie) à la rencontre communautaire mensuelle. Les membres de la communauté bénéficient d'un accompagnateur et peuvent se voir proposer des formations et enseignements pour approfondir leur foi[réf. nécessaire].
Conformément à ses Statuts, les membres versent une participation financière libre pour les œuvres de la communauté, « en fonction de ses possibilités et de ses charges de famille, chacun verse une juste participation à la vie et à l'apostolat de la Communauté, dont il fixe librement le montant. »[E 3][source secondaire nécessaire].
En 2010, le magazine Golias s'interroge sur l'envoi non désiré de courriers aux seules personnes soumises à l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) par la communauté de l'Emmanuel[31].
Activités
Les évêques de nombreux diocèses ont confié à des prêtres de la communauté de l'Emmanuel des paroisses et des lieux d'accueil et de pèlerinage, tels les sanctuaires de Paray-le-Monial ou de L'Île-Bouchard[32].
À Paray-le-Monial, chaque été, la communauté organise des sessions internationales[33] [source secondaire nécessaire] à destination des familles, des jeunes, des 25-35 ans, des retraités, des prêtres, ou des professionnels de la santé. En 2007, ces sessions rassemblent un peu moins de 30 000 personnes pendant l'été[34].
La communauté de l'Emmanuel a participé à l'organisation de nombreux grands événements d'évangélisation, comme les Congrès pour la Nouvelle Évangélisation[35] de Vienne (2003), Paris (2004), Lisbonne (2005), Bruxelles (2006), Budapest (2007)[réf. nécessaire].
L'implication de l'Emmanuel dans la vie des paroisses a contribué à les redynamiser, par exemple à l'église de la Sainte-Trinité de Paris où a été créé le Centre Trinité qui offre de nombreux cycles de formation humaine, théologique ou spirituelle pour croyants ou incroyants[réf. nécessaire].
La communauté de l'Emmanuel a déployé plusieurs missions pour répondre aux besoins et appels de la société et de l'Église.
- En 1981, elle lance notamment Fidesco qui envoie pour un ou deux ans des volontaires de la solidarité internationale (VSI) dans des pays du sud au service de projets de développement en lien avec les Églises locales. L'association a aussi initié des projets de développement comme le dispensaire Saint-Gabriel en 1987 (Conakry, Guinée), le CECYDAR, centre de réinsertion des enfants des rues en 1994 (Kigali, Rwanda), ou encore l'école professionnelle Saint-Joseph Artisan à Port-au-Prince à Haïti lancée après le séisme de [36].
- En 1985, le centre Tibériade est lancé par le diocèse de Paris pour accueillir les malades du sida et en particulier les personnes homosexuelles. La responsabilité de l'animation du centre est confiée à la communauté de l'Emmanuel[37].
- En 1984 est lancée la première Emmanuel School of Mission (ESM) pour des jeunes de 18 à 30 ans, école dont le principe repose sur quatre axes : vie de prière, formation spirituelle et intellectuelle, vie d'équipe et missions d'évangélisation. Sept écoles ont été fondées à Paray-le-Monial, Altötting, Rome, Manille, Salvador de Bahia, New York et Bafoussam.[réf. nécessaire].
- En 1999, un membre et des sœurs consacrées s'installent à Bondy pour vivre dans une cité populaire. Deux ans plus tard, naît l'association loi de 1901 d'éducation populaire « Le Rocher »[38] catholique dans son identité, laïque dans son objet. Elle a pour but de mettre en place des actions éducatives, sociales et culturelles avec les enfants, adolescents, adultes et familles des quartiers urbains en difficulté. En 2020, l'association dispose de neuf antennes en France et d'un budget annuel approchant les trois millions d'euros[39].
Évêques issus de la communauté de l'Emmanuel
En 2023, 10 évêques sont issus de la communauté de l'Emmanuel[30] :
Publications
- La revue Il est vivant ![E 5] propose chaque trimestre des articles de fond destinés à la formation et des témoignages.
- Les Éditions de l'Emmanuel proposent des ouvrages de formation et des témoignages[E 6].
- Les chants de l'Emmanuel sont diffusés dans les CD Il est Vivant ! accompagnés de carnets de chants.
Pour Christine Pina, la stratégie médiatique de la communauté repose d'abord sur la prééminence de la parole, sur une présence active sur le terrain, mais également sur « la possession de moyens de médiatisation propres, tout en profitant de la présence de membres dans des médias indépendants des communautés »[42].
Abus dans la communauté de l'Emmanuel
Abus de pouvoir et de conscience
Un dossier du quotidien La Nouvelle République, paru le , révèle que des associations de victimes ont été sollicitées au sujet de la communauté de l'Emmanuel. L'Aide aux victimes des dérives de mouvements religieux en Europe et à leurs familles (Avref) a ainsi recueilli les témoignages de plusieurs personnes qui font état d'« abus spirituels » et de ruptures avec le milieu familial. L'association a alerté à ce sujet la Conférence des évêques de France. Interrogée par le quotidien, la Miviludes dit avoir reçu depuis 2020 quatre demandes d'avis sur la communauté de l'Emmanuel. La Mission ministérielle affirme qu' « à ce jour, aucun élément ne permet de conclure à l'existence de dérives sectaires, mais [qu'elle] reste vigilante »[43]. En , la Commission de prévention et de lutte contre les abus (CPLA), mise en place par la communauté de l'Emmanuel en , rend publics les résultats de son deuxième exercice, qui couvre l'année 2021[E 7]. Elle dénombre 14 alertes pour abus de pouvoir et de conscience, toutes sur des personnes majeures, parmi lesquelles douze mettent en cause des membres de la communauté, dont huit laïcs[44].
Dans un livre paru en , La face cachée de l'Emmanuel[45], l'auteur identifie « plusieurs cas de violences sexuelles, de pédocriminalité, d’emprise psychologique ou d’abus de pouvoir de la part de prêtres de la Communauté de l’Emmanuel, parfois commis par des personnalités influentes »[46].
Emmanuel Dumont
Le , la communauté de l'Emmanuel et les diocèses de Lyon et de Paris rendent publiques les sanctions visant l'abbé Emmanuel Dumont, ancien exorciste de Lyon et membre de la communauté. Ces sanctions prises le par le diocèse de Paris, dans lequel le prêtre est incardiné, et confirmées le par le Dicastère pour le clergé comprennent notamment l'interdiction provisoire de mener un accompagnement spirituel individuel, de confesser et de donner des enseignements sur le ministère de guérison ou d'exorcisme. Le communiqué indique, sans les révéler, que les faits sanctionnés ne sont pas de nature sexuelle. Les personnes plaignantes ont été informées de ces sanctions[47]. La Tribune de Lyon livre le le témoignage des deux victimes d'Emmanuel Dumont. L'une dit avoir été de à sous l'emprise destructrice du prêtre qui l'aurait convaincue, par de faux souvenirs induits, qu'elle avait été victime — et coupable — dans son enfance de crimes rituels sataniques à l'origine chez elle d'une possession diabolique. L'autre plaignante témoigne de faits analogues : amenée par une membre de la communauté de l'Emmanuel à rencontrer l'abbé Emmanuel Dumont, ce dernier lui aurait suggéré qu'elle avait été, elle aussi, victime de traumatismes dans son enfance, dans son cas un viol incestueux. Un frère carme aurait également participé aux séances d'exorcisme, secondé par une laïque exerçant la naturopathie[48]. Un signalement est fait en à la cellule d'écoute du diocèse de Lyon par la première plaignante. En une plainte est déposée auprès du procureur de la République de Lyon, mais elle est classée sans suite, les faits ne pouvant ni être caractérisés comme un abus de faiblesse ni prouvés. Dans une lettre de adressée à la victime du prêtre, l'archevêque de Lyon, Olivier de Germay, reconnaît des « dysfonctionnements [qui] ont conduit à la refondation complète de l'équipe d'exorcisme », « une spiritualisation exagérée pouvant conduire à une culpabilisation inadaptée, et des pratiques pour le moins imprudentes ». En , Emmanuel Dumont est déplacé, en accord avec la communauté de l'Emmanuel et Laurent Ulrich, archevêque de Paris, à Autun où il est nommé vicaire[49]. Ce n'est que le , quelques semaines avant le communiqué, que la CPLA avise les deux victimes d'Emmanuel Dumont des sanctions prises contre lui[50]. S'exprimant le dans le Le Dauphiné libéré au sujet du communiqué du , Emmanuel Dumont considère la sanction qui le frappe comme « inique »[51]. Le , il s'exprime dans Franceinfo, et indique considérer l'enquête comme bâclée car n'ayant pas été informé de cette plainte, et n'ayant pas pu donner sa version des faits. En outre, il révèle que la sanction diocésaine initiale était de quinze ans de restriction d'exercice, que Rome a réduit en appel à trois ans[52].
Abus sexuels
Bernard Peyrous
| Naissance | |
|---|---|
| Nationalité | |
| Activités |
Prêtre catholique (depuis ), théologien |
| Ordre religieux |
Communauté de l'Emmanuel |
|---|
En , Bernard Peyrous, prêtre de la communauté, ancien recteur du sanctuaire de Paray-le-Monial et postulateur de la cause en béatification de Marthe Robin, est suspendu de ses fonctions par Jean-Pierre Ricard, cardinal-archevêque de Bordeaux, « à la suite de gestes gravement inappropriés […] vis-à-vis d'une femme majeure » que Bernard Peyrous a reconnus[53]. L'information est annoncée par un communiqué de la communauté de l'Emmanuel[E 8]. Trois autres signalements pour des faits de moindre gravité remontent auprès de la communauté. Aucune enquête canonique n'est engagée par Jean-Pierre Ricard[54]. La jeune femme concernée ne porte pas plainte[55]. Il est affecté en dans une paroisse du diocèse de Toulouse[56]. Une enquête canonique est finalement ouverte par le diocèse de Bordeaux en 2019. En 2020, Bernard Peyrous est sanctionné : son ministère est restreint. Cette sanction n'est cependant pas rendue publique[57].
Une première plainte est déposée contre lui en 2022. Après une enquête au cours de laquelle plusieurs femmes sont interrogées, il est placé en garde à vue et mis en examen en pour « viols aggravés » sur deux femmes consacrées membres de la communauté, et « agression sexuelle par personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction » sur une troisième. Les faits se seraient produits entre 2003 et 2017 à L'Île-Bouchard[57], à Paray-le-Monial, dans le département des Alpes-de-Haute-Provence et à Bordeaux[55],[58]. L'avocat du prêtre affirme que les relations étaient consenties et sans caractère sexuel[59],[60]. La communauté de l'Emmanuel met en place en 2026 une commission indépendante[E 9] chargée d'étudier son emprise, selon une « théologie dévoyée », sur un groupe de femmes qu'il a accompagnées, que l'une de ses victimes présumées décrit dans son livre[61] comme une « secte ». Le journal La Croix note que parmi les inspirateurs de Bernard Peyrous figurent Thomas Philippe et Jacques Marin[57],[62].
Benoît Moulay
| Naissance | |
|---|---|
| Nationalité | |
| Activité |
Prêtre catholique ( - |
| Ordre religieux |
Communauté de l'Emmanuel |
|---|
Dès 2004, et au cours des années suivantes, Benoît Moulay, prêtre de la communauté de l'Emmanuel en exercice dans le diocèse du Mans, fait l'objet de signalements de la part d'au moins dix femmes, victimes de son comportement, et de témoins de ses agissements : harcèlement via des SMS, attitudes ambiguës, propositions déplacées, tentatives d'agressions sexuelles. Ces signalements, connus des responsables de la communauté de l'Emmanuel et d'Yves Le Saux, évêque du Mans, membre lui-même de la communauté, conduisent à la décision d'envoyer en 2010 Benoît Moulay à Paray-le-Monial, lieu de rassemblement du mouvement, pour une année sabbatique[63],[64]. Il est réintégré en paroisse en . À cette époque, une femme aurait été victime de sa part d'une dizaine de viols entre 2010 et 2014. Le prêtre est déplacé en 2017 dans le diocèse de Rennes, qui n'est pas mis au courant de ses agissements passés. Affecté comme curé dans la paroisse de Saint-Hélier à Rennes, il aurait commis un viol sur une seconde femme en . En septembre et , les deux femmes portent plainte auprès de la police contre Benoît Moulay et alertent des hommes d'Église[64].
En , Benoît Moulay est suspendu par Yves Le Saux, alors évêque du Mans, en coordination avec Pierre d'Ornellas, archevêque de Rennes, « en raison de son comportement inapproprié vis-à-vis de femmes majeures »[65],[63]. Il est alors envoyé pour une durée théorique de trois ans à l'abbaye Saint-Wandrille[64]. Une enquête canonique est ouverte en , dont est écarté par Yves Le Saux le diocèse de Rennes, où se sont pourtant déroulés les faits dans le cas de la seconde victime présumée[63]. La justice française classe la procédure sans suite en pour insuffisance de preuves[66]. La procédure canonique est refermée à l'automne par Yves Le Saux[64],[63]. En , Yves Le Saulx et Benoît Moulay, par ailleurs très actif sur les réseaux sociaux où il donne de ses nouvelles, cherchent à s'entendre sur un départ de Saint-Wandrille en vue d'une nouvelle mission pour le prêtre[64]. Une réintégration est envisagée en . Sous la pression des deux femmes, Yves Le Saulx renonce au projet et rouvre l'enquête canonique contre Benoît Moulay, qui entre-temps a quitté l'abbaye[64].
À l'issue de l'enquête, Benoît Moulay est finalement renvoyé de l'état clérical le pour « des violences sexuelles sur deux femmes majeures et des abus de pouvoir »[67]. L'ancien prêtre ne fait pas appel de cette décision. Un fil très critique sur cette affaire, publié le par la journaliste Natalia Trouiller sur Twitter, donne lieu le lendemain à un communiqué de la part de la communauté de l'Emmanuel qui évoque « des erreurs, des imprécisions et surtout de nombreux amalgames qui donnent une présentation partielle et tronquée de la réalité. Certains propos pourraient relever de la diffamation et de l'atteinte à la présomption d'innocence. »[E 10],[E 11]. La journaliste dit avoir recueilli, à la suite de sa publication sur Twitter, d'autres témoignages de violences sexuelles et d'abus de pouvoir, incluant un mariage forcé, au sein de la communauté[68]. En , le journal Libération publie un dossier rassemblant l'ensemble des faits connus, notamment les témoignages des deux victimes présumées, qui confirment le récit fait par Natalia Trouiller en . Elle avait notamment évoqué les conditions dans lesquelles le prêtre avait été ordonné : « les responsables du séminaire de Nantes, où Moulay suivait sa formation, s'étaient opposés à l'unanimité, en 1997, à son ordination. » Malgré des avis très défavorables, le dépeignant comme « inapte à vivre une relation chaste » et « à l'aise avec une relation de pouvoir et de domination », Benoît Moulay avait été ordonné prêtre en , à la demande de la communauté de l'Emmanuel, par Jacques Faivre, nouvellement arrivé au Mans[64],[69],[70].
Le , l'une des victimes présumées de Moulay assigne en justice la communauté de l'Emmanuel, suivie par une autre femme. « Elles entendent obtenir réparation des préjudices qu'elles estiment avoir été causés par ses multiples défaillances dans le cadre de la formation de l'ordination et du suivi de monsieur Moulay en dépit de nombreuses alertes émises à tous les niveaux. » L'audience est prévue le [71],[72],[73]. Le , l'avocat des plaignantes annonce avoir trouvé un accord avec la communauté de l'Emmanuel, qui contribuera « à la réparation des préjudices subis [...], sans se prononcer sur la responsabilité juridique de la Communauté »[74],[E 12],[75],[76].
Noël Nshibia Pamu
Le , le diocèse de Nantes annonce la condamnation à trois ans de prison, dont un avec sursis, par le tribunal correctionnel de Nantes, de Noël Nshibia Pamu, prêtre du diocèse de Kinshasa (RDC) et membre de la communauté de l'Emmanuel[77]. Les faits d'agression sexuelle commis sur une adolescente de 14 ans remontent à au moment où le prêtre était depuis deux ans vicaire à l'église Sainte-Madeleine de Nantes[78]. À l'issue du verdict, le prêtre, qui reconnaît sa culpabilité, a cependant fait appel de sa condamnation. Il est interdit de tout ministère public par l'Église catholique. La procédure canonique initiée contre lui en 2018, suspendue dans l'attente du jugement civil, est relancée auprès du Dicastère pour la Doctrine de la foi[77].
Antoine Kitandja-Lokavu
En , le diocèse de Tshumbe (RDC) et la communauté de l'Emmanuel communiquent sur le cas d'Antoine Kitandja-Lokavu[E 13], ancien chapelain de Paray-le-Monial[46], suspendu en mars par le Dicastère pour la Doctrine de la foi pour des abus sexuels sur plusieurs femmes majeures[E 14]. Faisant suite à « des signalements sur des faits nouveaux », la communauté de l'Emmanuel le renvoie définitivement en [E 14].
Il aurait également agressé sexuellement les enfants de cinq familles en France lors de camps d'été dont il assurait l'encadrement[79],[46]. Dans un communiqué paru le , la communauté de l'Emmanuel annonce que, « dans la continuité des informations déjà portées à la connaissance du public en 2023 et 2025 concernant le père Antoine Kitandja Lokavu », elle a fait en janvier 2026 un nouveau signalement au Procureur de la République pour une agression sexuelle sur mineur commise dans les années 1990[E 15].
Benoît Roze
Benoît Roze, prêtre quadragénaire de la communauté de l'Emmanuel à Libourne dans l'archidiocèse de Bordeaux[E 16], est mis en examen le pour détention d’image pédopornographique et placé sous le statut de témoin assisté pour viol sur mineur de quinze ans. Le prêtre fréquentait des sites de rencontres homosexuelles où il indiquait rechercher des images pédopornographiques. Il reconnaît avoir reçu une image de ce type. Il revendiquait sur ces sites un viol sur un mineur, dont il dément l'existence en invoquant des « fantasmes », ce qui fait l'objet d'une enquête judiciaire. Jean-Paul James, archevêque de Bordeaux, annonce qu'il a pris des mesures conservatoires à l'encontre du prêtre, placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de paraître à Libourne, obligation de soins, interdiction d’exercer une activité en lien avec des mineurs et d’accéder aux sites Internet concernés. Selon Jean-Paul James, il n'y a en l'état « aucune plainte qui n’ait été adressée au diocèse de Bordeaux ou à la justice ». Benoît Roze, banni d'un site internet et craignant d'être dénoncé, avait exposé à la mi- l'affaire à l'archevêque qui a signalé les faits au procureur[80],[81].
Adhésion à la Commission reconnaissance et réparation (CRR)
En avril 2026, la communauté de l'Emmanuel adhère à la Commission reconnaissance et réparation (CRR), instance indépendante compétente sur des abus sexuels commis dans le cadre d'une communauté religieuse. Dans un communiqué sur son site, elle indique que « cette décision s’inscrit dans une volonté déterminée de permettre aux personnes concernées de s’adresser, si elles le souhaitent, à une instance extérieure à la Communauté de l’Emmanuel, en toute liberté »[E 17],[82].
Controverses sur ses prises de position
Vision de l'homosexualité
Selon Anthony Favier, docteur en histoire, ancien président de l'association LGBT chrétienne David & Jonathan, la communauté de l'Emmanuel représente un courant conservateur de l'Église catholique pour lequel « l'attirance vers le même sexe est un désordre développemental qui est à la fois soignable et évitable »[83],[84]. La communauté de l'Emmanuel implante en France en 2015 l'association d'origine américaine Courage[85] avec laquelle elle propose le parcours Homosexualité : vivre avec et accompagner aux sessions de Paray-le-Monial entre 2015 et 2017[86]. Le parcours demande explicitement aux participants d'essayer de vivre la continence et la chasteté. Pour l'intervenante Élisabeth Content, « à partir du moment où l'on croit au Christ, on ne peut continuer à vivre dans le péché et être coupé en deux… Mais cette unification ne se fait que petit à petit »[87]. Deux enquêtes sur les thérapies de conversion, le livre Dieu est Amour[88] et le documentaire Homothérapies, conversion forcée, mentionnent fin 2019 la communauté de l'Emmanuel qui répond par un communiqué n'avoir « jamais eu de parole propre ni de pastorale particulière autre que celles que l'Église peut proposer »[86].
Implication dans la « Manif pour tous »
Selon une enquête réalisée par le Monde et reprise par l'Obs, des membres de la communauté de l'Emmanuel ont activement milité aux côtés de « La Manif pour tous », notamment des personnalités gravitant autour de la communauté comme « Emmanuel Sapin, qu'on retrouve également dans des colloques hostiles à l'avortement », Tugdual Derville d'Alliance Vita et Frigide Barjot qui participent aux « rencontres de prière » de Paray-le-Monial, ainsi qu'un salarié de la communauté de l'Emmanuel, Jean-Baptiste Maillard, qui a participé à la création du site Homovox, un collectif d'homosexuels opposés au « mariage pour tous »[89],[90]. Selon Bruno Perreau, la communauté de l'Emmanuel a alimenté la résistance à l'ouverture du mariage aux couples homosexuels en France, et cherché à fédérer les réseaux chrétiens sur le sujet[91].

