La culture d'Abealzu-Filigosa, n’apporte pas d’évolution technique majeure. En effet, des études archéologiques font émerger qu’une grande partie des modes de construction, des formes architecturales, des modes d’habitations et d’enterrement de la culture d'Ozieri se retrouvent dans celle d'« Abealzu-Filigosa »[2].
Les cultures de Filigosa et d’Abealzu sont souvent associées (Abealzu‑Filigosa ou Filigosa‑Abealzu) pour indiquer deux faciès d’un même ensemble culturel. La céramique Filigosa présente un raidissement des formes et l’abandon des décorations élaborées durant la culture d’Ozieri au profit de surfaces nues ou légèrement incisées. La céramique Abealzu, également non décorée, privilégie les vases en forme de flacon, les vases à col et les vases tripodes, tandis que les tasses disparaissent. La distinction, longtemps limitée à la seule production céramique, est également documentée par des particularités significatives touchant à la culture matérielle, mais aussi aux contenus religieux et à des aspects socio‑économiques[3].
Les fouilles archéologiques des sites de Santu Pedru, Monte d’Accoddi et San Giuseppe di Padria ont livré des séquences stratigraphiques qui semblent documenter l’antériorité de Filigosa par rapport à Abealzu[3]. Durant la période de Filigosa, on assiste dans les domus de janas à l'apparition d’un long dromos, parfois ajouté à des domus de janas plus anciennes, et à celle de bucranes de style rectiligne. La présence du long couloir funéraire indique des valeurs idéologiques et sociales modifiées, avec une tendance à extérioriser le culte et à monumentaliser la tombe. Les rituels funéraires, autrefois pratiqués dans l’antichambre ou la chambre centrale des tombes d’Ozieri, se déplacent désormais dans le dromos, à ciel ouvert, comme dans le temple en « ziggurat » de Monte d’Accoddi. Dans la domus VII de Molia (Illorai), où le couloir atteint 24 m de long, le sol a livré de nombreuses cupules contenant encore des restes d’offrandes (graines carbonisées et restes animaux)[3].
Durant la période Abealzu, les cabanes sont de type pluricellulaire avec des aux murs rectilignes[3]. Les données disponibles sur les habitats de la phase Abealzu sont réduites mais cette lacune est compensée par les informations importantes provenant du village d'Abealzu et, en particulier, par l’exceptionnel contexte archéologique conservé dans la «cabane du sorcier ». Celle‑ci constitue une véritable archive archéologique complète : sa destruction et son abandon à la suite d’un incendie ont permis de préserver en bon état de conservation, jusqu’à sa découverte dans les années 1950, une grande quantité de matériaux en argile, terre cuite, pierre et matière dure animale. Ils illustrent en détail l’organisation des espaces et les activités quotidiennes qui s’y déroulaient, à l’intérieur de la cabane comme dans le village. La cabane présente un plan trapézoïdal et est construite avec des murs en matériaux périssables reposant sur un soubassement en pierre sèche. Elle comporte des pièces quadrangulaires destinées à des usages différents : l’une d’elles contenait de grands vases (dolia) et servait donc de réserve ; dans la pièce la plus vaste se trouvait le foyer, délimité par un bourrelet d’argile et complété par le remploi de meules plantées verticalement. La présence de nombreux outils utilisés pour la transformation des céréales suggère le rôle encore central des pratiques agricoles dans cette phase culturelle[4].
Au IIIe millénaire av. J.-C. dans certains riches ensembles funéraires, le métal semble assumer un rôle symbolique, reflétant le statut social du défunt. Parmi les contextes les plus significatifs se distingue l’hypogée de Cungiau Su Tuttui (Piscinas) daté de la phase Filigosa, pour le nombre considérable d’objets en cuivre et en argent qui y ont été retrouvés. Cette abondance est vraisemblablement liée à la proximité des sources d’approvisionnement en matières premières. Notables dans les mobiliers Filigosa et Abealzu sont la fréquence particulière des objets en argent et la plus ancienne attestation du plomb. Le mobilier funéraire comprend également des objets en pierre et en matière dure animale : parures, armes et outils, ainsi que des objets en argile et en céramique : vases, poids de métier à tisser, fusaïoles. Outre le mobilier personnel du défunt, on trouve dans les sépultures d’autres éléments interprétables comme des offrandes, telles les mandibules de suidés déposées dans les deux niveaux du dépôt de la tombe de Santa Caterina di Pittinuri, qui témoignent de la continuité de la tradition rituelle dans les deux phases d’usage de la tombe[5].
Les fusaïoles et les poids de métier à tisser témoignent de la continuité de la tradition textile par rapport aux phases précédentes[4].