Histoire de la Sardaigne

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L’histoire de la Sardaigne est ancienne (depuis le Paléolithique inférieur) et particulièrement riche. Le peuplement stable de la Sardaigne résulte de mouvements de population de la culture de la céramique cardiale qui se sont produits vers 6000 av. J.-C. en provenance de la péninsule italienne. Mais il s'est poursuivi, au fil des invasions, pour donner le peuple sarde.

On peut trouver deux types d'origines supposées du nom de l’île. En effet, la première, qui est plus de l’ordre du mythe, provient du terme Ichnusa (Ιχνούσσα / Ichnoússa) ou Sandàlion (Σανδάλιον / Sandálion) qui dérive de la racine grecque qui signifie trace de pied. Ce terme fait référence à la forme de l’île, « par la ressemblance grossière que les anciens trouvaient entre sa forme et celle de l’empreinte d’un pied d’homme »[1].

Mais une seconde origine viendrait d’un chef berbère d’Afrique du Nord (la Libye antique, à l'ouest du Nil) appelé « Sardus, prétendu fils d’Hercule[2] », qui établit une colonie au sud de la Sardaigne. Sardus fut vénéré, à tel point qu'« on lui érigea des statues dans l’île, avec cette inscription, Sardus Pater[3] ».

Une autre thèse alternative à cette dernière serait que le nom de l'île dérive du Peuple de la mer de Shardanes[4],[5].

Paléolithique

Exemple de galet taillé de l'Acheuléen espagnol.

Les recherches menées depuis 1979 ont révélé une présence humaine en Sardaigne dès le Pléistocène moyen. Cette idée a d’abord été rejetée car elle contredisait le modèle d’une île inaccessible avant le Néolithique mais les données accumulées en Anglona ont progressivement imposé un changement de perspective. Deux sites, Sa Coa de Sa Multa et Sa Pedrosa‑Pantallinu, se sont révélés conclusifs. Le site de Sa Coa comporte trois paléo-surfaces attribuées au « courant sur éclat sans bifaces » et le site de Sa Pedrosa correspond à une mine‑atelier, où furent exploités des affleurements de silex. Les industries présentent un débitage simple, standardisé, avec denticulés et racloirs courts. La présence de débitage laminaire est cohérente avec une datation autour de 180 000 ans. Plusieurs sites secondaires confirment une occupation diffuse de la région de l’Anglona et l’ensemble des données démontre une fréquentation humaine ancienne, structurée et répétée de la région[6].

Les premières découvertes archéologiques attribuables au Paléolithique en Sardaigne proviennent du torrent Riu Altana, où des artefacts furent collectés dès les années 1980. Les matériaux, classés en trois séries selon leur état d’usure, appartiennent globalement à une industrie de type clactonien. Dans la région d’Ottana, cinq sites de surface ont livré une industrie abondante sur roches volcaniques. L’ensemble Ottana‑A montre une grande diversité de techniques de débitage, incluant des méthodes proches du Levallois et du discoïde, ainsi que des nucléus très exploités. Les denticulés dominent la typologie. Cet ensemble est attribué au Paléolithique inférieur, mais se distingue nettement des industries d’Anglona par son originalité technologique, élargissant la diversité des traditions lithiques sardes[6].

Dans les dunes éoliennes de Santa Maria Is Acquas (Campidano central), les recherches ont identifié une petite industrie lithique (environ 70 pièces) en silex local, provenant à la fois de niveaux profonds et de la surface. Le site n’est pas interprété comme une occupation structurée, mais comme l’émergence d’un vaste paléopaysage enfoui et érodé. Les artisans recherchaient des grandes lames, préférant des affleurements éloignés à des galets locaux pourtant plus accessibles. La technologie et les retouches correspondent aux tendances du Paléolithique supérieur[6].

Les fouilles réalisées à Oliena, à l'intérieur de la grotte Corbeddu (nommée ainsi en souvenir du bandit sarde Giovanni Corbeddu Salis) fouillée dans les années 1980‑1990 par Paul Y. Sondaar[6] , ont permis de mettre au jour des restes humains dans une couche datant du Paléolithique supérieur (entre 35 000 ans av. J.-C. et 10 000 ans av. J.-C.), mais les ossements n'ont pas été datés directement et de nombreux chercheurs les considèrent comme plus récents, datant du Mésolithique ou du Néolithique[7]. Dans la grotte Corbeddu, la présence humaine est attestée entre 20 000 ans (phalange humaine en position primaire) et la fin du Pléistocène. La datation de cette phalange relance l’idée d’un nouveau passage depuis le continent à la fin du Pléistocène mais cette hypothèse nécessite encore des confirmations en l’absence de preuves de navigation sans visibilité des côtes au Tardiglaciaire , tout comme la persistance d’un équilibre faunistique fragile, incompatible avec une fréquentation humaine fréquente avant l’introduction de la faune domestique[6].

La statuette anthropo-zoomorphe, dite « Vénus de Macomer » est la seule preuve d'art paléolithique connue en Sardaigne[8].

Mésolithique

Six artefacts trouvés dans la Grotte Corbeddu, dans des niveaux datés entre 8160 ± 130 ans BP et 9820 ± 140 ans BP, posent la question d’une présence humaine durant l’Holocène ancien. Le très faible nombre d’artefacts ne permet pas d’évaluer la signification historique de cette documentation. En 1991 et 1992, deux sondages effectués dans un petit abri situé à Porto Leccio près de Trinità d’Agultu (Sassari) ont permis de constater l’existence d’une industrie lithique (principalement en quartz et cristal de roche), apparentée aux industries alors définies comme pré-néolithiques de la Corse voisine. Par la suite, les recherches dans la grotte de Su Coloru, dans la commune de Laerru (Sassari), ont mis au jour une importante séquence stratigraphique avec plusieurs niveaux datés du Mésolithique avec microfaune et industrie lithique. Sur le site à ciel ouvert de Sardara, non loin du Monte Arci, des artefacts lithiques (nucléus, grattoirs, troncatures, éclats et lames retouchées, encoches et denticulés), ont été signalés et datés de 9000 ± 500 ans BP[6]. Malheureusement, le Mésolithique de la Sardaigne ne peut être étudié qu’à partir des productions lithiques, et à l’exception de quelques sites (Su Coloru, Arbus et S’Omu e S’Orku), il manque des datations radiométriques. Dans la grotte de Su Coloru, l’occupation mésolithique est datée par des mesures radiométriques comprises entre environ 8500 et 7700 ans BP[6].

Les groupes mésolithiques du bloc corso‑sarde apparaissent comme des communautés très mobiles, arrivées après 9000 ans BP depuis le continent, probablement depuis la Toscane, la zone la plus proche. Ils maîtrisaient suffisamment la navigation pour atteindre les îles et se déplacer le long des côtes. Leur installation se concentrait presque exclusivement près du littoral, avec des incursions vers l’intérieur très rares. Les sites connus sont petits, peu structurés, temporaires. Ils ont parfois réoccupés après de longues périodes d’abandon. L'ensemble de ces sites suggère des groupes humains numériquement réduits exploitant des ressources immédiatement disponibles (pêche, chasse de petits mammifères, collecte végétale). Leur faible mobilité est confirmée par l’usage quasi exclusif de matières lithiques locales, ce qui implique l’absence d’échanges à longue distance. Sur le plan culturel, ces groupes appartiennent clairement au faciès épipaléolithique indifférencié de l’Italie centro‑méridionale, dont ils accentuent les traits régressifs (industrie simple, peu spécialisée). Ils doivent être considérés comme des groupes pionniers, ayant ouvert des routes maritimes, routes qui pourraient avoir été réutilisées plus tard par les premières communautés néolithiques. Lles données actuelles montrent une discontinuité nette (chronologique, économique, technologique et culturelle) entre ces groupes mésolithiques et les porteurs de la céramique cardiale, responsables du peuplement néolithique définitif de la Sardaigne et de la Corse[6].

Néolithique et Chalcolithique

Cultures prénuragiques

Domus de Janas de Lotzorai.

C'est seulement au Néolithique, que l’installation humaine sur l’île se développe véritablement. Des populations d’Italie centrale se sont probablement déplacées vers la Sardaigne. Ce peuplement initial est le fait de groupes d'agriculteurs qui, vers 6000 av. J.-C., importent dans l'île les animaux domestiques et le blé et qui s'installent durablement dans les plaines fertiles où ils érigent les premiers villages. La période prénuragique correspond à une longue période qui débute vers -6 000, pour finir vers -1 855. À cette époque, les premiers assemblages de poterie néolithique se répandent dans toute la Méditerranée occidentale, y compris la Sardaigne, en particulier les récipients décorés d'empreintes de coquille de cardium caractéristiques de la culture de la céramique cardiale, avec des dates de radiocarbone indiquant une rapide expansion maritime vers l'ouest autour de 5 500 avant notre ère[9]. Pour l'historien Francesco Cesare Casula (it), « c’est pour cela, si on peut dire, qu’en Sardaigne il n’y eut jamais un unique peuple, mais plusieurs peuples[10] ».

DolmenNécropoleNécropoleNécropoledomus de janasdomus de janasCercle mégalithiqueCercle mégalithiqueEnéolithiqueNéolithique supérieur Néolithique inférieurPaléolithique

Néanmoins, les études génétiques récentes (2019) montrent que la Sardaigne a bénéficié d'un afflux initial de populations d'ascendance néolithique, puis est restée relativement isolée des expansions ultérieures qui ont eu lieu en Europe continentale. La population sarde moderne est plus proche des populations néolithiques de d'Europe continentale que de toutes les populations européennes actuelles[11] : 56 à 62 % de l'ascendance des populations sardes contemporaines correspond à celle de ses premiers agriculteurs[12].

Les populations prénuragiques pratiquent l’agriculture et l'élevage. Les récoltes des fruits du pistachier lentisque, permettent la production d'huile[13]. Les techniques évoluent, notamment grâce aux contacts avec d'autres peuples de la mer Méditerranée occidentale avec lesquels des échanges commerciaux, culturels et religieux vont peu à peu se développer. Les sociétés prénuragiques se spécialisent dans la production de certains biens qu'elles échangent avec les autres communautés méditerranéennes. L'exploitation des gisements d’obsidienne du mont Arci permet de produire des lames lithiques diffusées à travers tout le bassin occidental de la Méditerranée, en particulier durant le IVe millénaire av. J.-C.[14].

Culture nuragique

Tombe de géants de Sa Ena e’ Thomes.

La culture Bonnanaro est une culture guerrière,qui se diffuse dans toute la Sardaigne. Elle semble être une évolution régionale de la culture campaniforme présente de nombreuses similitudes avec la culture de Polada, installée à la même époque en Italie du Nord[15]. Les vases sont dorénavant finement décorés de cercles et de demi-cercles tracés au peigne. La culture Bonnararo semble être le précurseur de la culture nuragique qui apparaît en Sardaigne vers le XVIIIe siècle av. J.-C. et se développe durant l'Âge du bronze et l'Âge du fer. Elle tire son nom du mot sarde nuraghe qui désigne les bâtiments de pierre caractéristiques de cette culture, édifiés en grand nombre sur tout le territoire sarde. L'architecture nuragique s'illustre aussi par la construction de tombes monumentales appelées tombes des géants et par la diversité de ses sanctuaires dont les « temples de l'eau ». L'art nuragique se manifeste dans la production de nombreux objets en bonze, utilisés comme ex-voto dans les sanctuaires, et par des statues monumentales en pierre. L’organisation sociale à l'époque nuragique repose sur l'existence de tribus hiérarchisées et militarisées.[réf. souhaitée]

La TèneHallstattBronze finalBronze moyenBronze ancien

Histoire

Notes et références

Voir aussi

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