César, le Rhône pour mémoire

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César, le Rhône pour mémoire est une exposition qui s'est déroulée au musée départemental Arles antique, dit musée bleu, du au . Son but a été de faire le bilan de vingt ans de fouilles subaquatiques dans le Rhône à la hauteur d'Arles. Sa qualité lui a valu le label d'intérêt national, tandis que le portrait présumé de Jules César exposé déclenchait une controverse internationale[1].

Neptune : la partie manquante de la jambe gauche a été retrouvée depuis sa découverte.
Maquette d'un navire fluviomaritime romain transportant des dolia.
Maquette d'un navire fluviomaritime romain.

Les fouilles archéologiques subaquatiques se sont déroulées tant à Arles qu'à Trinquetaille, ports fluviaux et maritimes, connus sous l'Antiquité sous le nom de duplex Arelate, Arles la double. La cité romaine recevait sur les rives gauche et droite du fleuve, voiliers et galères venus de tout le bassin méditerranéen puis redistribuait leurs cargaisons, via le Rhône, la Saône et la Moselle, dans les différentes provinces du nord de l'Europe[1]. L'intérêt du double port s'explique par la présence de la barre du Rhône qui tenait à distance les navires de haute mer au tirant d’eau et au tonnage importants, d'où l'utilisation de navires fluviomaritimes[2].

De plus, le port arlésien était organisé pour recevoir tous les bâtiments de commerce en aval ou en amont du pont de barques qui unissaient Trinquetaille à Arles, ce qui obligeait à un déchargement des marchandises et permettait aux nautes arlésiens de récupérer à leur profit le trafic fluvial et maritime[3].

Entre 380 et 390, le poète Ausone[4], brosse un portrait de la ville d'Arles dans son ouvrage recensant les dix-sept villes les plus importantes de l'Empire et fournit la première description de cet ouvrage unissant le double port :

« Ouvre, Arles, douce hôtesse, ton double port, Arles, petite Rome gauloise, voisine de Narbonne et de cette Vienne qu'enrichissent les colons des Alpes. Tu es coupée par le cours impétueux du Rhône au milieu duquel un pont de bateaux forme une place où tu reçois les marchandises du monde romain. Tu ne le retiens pas et tu enrichis les autres peuples et les autres villes que possèdent la Gaule et le vaste sein de l'Aquitaine[5] »

Les objets retirés du fleuve, près de 700, sont des amphores italiques, gauloises, ibériques, contenant vin, huile d'olive ou garum, aux lingots de plomb, en passant par les barres de fer et du bronze ciselé. Les restes d'épaves ont permis de dresser une typologie des navires accostant à la duplex Arelate[3]. Certaines de celles-ci sont remontées à la surface, comme le chaland de 30 mètres de long qui a nécessité trois interventions de relevage le 12 juillet, puis le 1er et le 10 août 2011[6],[7].

La découverte de pièces exceptionnelles destinées à Trinquetaille, ont permis de comprendre que ce quartier d'Arles était pourvu d'une parure monumentale insoupçonnée. Parmi les chapiteaux et futs de colonne gisaient un grand Neptune de marbre, un Bacchus juvénile, une Victoire en bronze doré, une statue de captif d'influence hellénistique et surtout la tête en marbre de Jules César, portrait inédit du fondateur de la colonie romaine d'Arles qui a été daté de -46[8].

Controverse

Portrait présumé de Jules César.

Le portrait présumé de Jules César est un buste en marbre grandeur nature montrant un homme vieillissant. Il a été sorti du Rhône à l'automne 2007, par une équipe de la recherche archéologique subaquatique[9]. C'est au cours de cette même campagne que les plongeurs ont dégagé un Marsyas de style hellénistique et une sculpture en marbre grandeur nature de Neptune[10].

Cette découverte a fait la une de nombreux grands médias[11],[12]. Le réalisme du portrait le place dans la tradition de la sculpture de la fin de la République romaine. Luc Long, directeur de l'équipe qui a fouillé le Rhône, a suggéré qu'il s'agissait d'un portrait de Jules César et qu'il devrait être daté d'environ 46 avant notre ère. Ce qui a permis à Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, d'expliquer que c'était la plus ancienne représentation connue de César[13].

Luc Long a suggéré que ce buste a été discrètement éliminé après l'assassinat de César en 44 avant notre ère, quand la possession de ses portraits était devenu politiquement suspecte (courte période de damnatio memoriae, le buste du condamné post mortem pouvant servir de remblai[14]). « Je soupçonne le buste d'avoir été jeté dans le fleuve après qu'il eut été assassiné parce qu'il n'aurait pas été bon à l'époque pour être considéré comme l'un de ses partisans », a-t-il déclaré au moment de la révélation de la découverte[15].

Denier de César émis en -44 (réf. Cohen22).
Vénus debout tient une Victoire.

Ce qui n'a pas empêché quelques personnalités de la presse et de l'archéologie de faire des objections. Mary Beard, spécialiste de la Rome antique et contributrice du journal The Times Literary Supplement, a déclaré qu'il n'y avait aucune raison d'identifier ce buste comme étant celui de César, en accusant au passage les inventeurs d'avoir organisé un coup de publicité[16]. Ce buste aurait pu montrer le portrait de n'importe qui.

Puis ce fut le tour de Paul Zanker (de), directeur de l'Institut archéologique allemand de Rome[17], qui notait le manque de ressemblance avec les pièces émises au cours des dernières années de la vie du dictateur, et avec le buste Tusculum de César. Ce qui lui a permis de dater celui d'Arles de l'époque augustéenne[18].

Quant à Nathan T. Elkins, du Department of Art de l'Université Baylor[19], il émet des doutes dans un forum sur internet consacré à la numismatique et à l'archéologie, et propose le IIIe siècle comme date probable de l'immersion des statues dans le Rhône, indiquant même que ce buste d'origine hellénistique ne serait qu'une copie romaine[20].

Enfin Yann Le Bohec fait remarquer que les portraits de César sur les monnaies sont différents avec un homme au front fuyant, un nez busqué, de petites lèvres ourlées, un front très marqué et la pomme d'Adam proéminente[21].

Aujourd'hui, les bustes reconnus de César et cohérents avec les pièces de monnaie à son effigie sont ceux de Chiaramonti et de Tusculum[réf. souhaitée].

Quid de César ?

Notes et références

Voir aussi

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