Transport fluvio-maritime

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La logistique fluvio-maritime permet de passer directement de la mer à un port fluvial.

Le transport fluvio-maritime désigne un transport de « bout en bout » effectué par un même navire en mer et sur un segment de fleuve. Le navire peut être conventionnel ou posséder une architecture particulière et des équipements présents à bord lui permettant de naviguer en mer et de se conformer aux contraintes du fleuve.

Le navire utilisé peut ainsi assurer des liaisons entre un port maritime et un port intérieur fluvial en « droiture » (terme consacré qui indique qu’il n’y a pas de transbordement de la marchandise), il n’y a donc pas de manutention intermédiaire entre le port de chargement et le port de déchargement même si celui-ci est à l’intérieur des terres.

C'est donc le même navire qui après avoir chargé une cargaison à Tunis se présente directement au déchargement au port de Villefranche-sur-Saône, par exemple.

Les navires fluvio-maritimes sont des navires de mer adaptés à la navigation intérieure, ils relèvent du droit maritime. C'est un navire de mer sur le fleuve et non une péniche qui navigue en mer.

Si le terme fluvio-maritime relève d'une logistique particulière ayant généré une flotte propre, l'inverse et tout à la fois le complémentaire s'applique à des biefs où se côtoient d’authentiques navires de haute mer avec des bâtiments fluviaux. Le néologisme maritimo-fluvial permet de distinguer l'un de l'autre.

Fluvio-maritimes avant la lettre

Sans remonter jusqu'au XVIe siècle où la marine d’Arles utilisait des « allèges » (bateaux à voile mixtes fleuve-mer) qui assuraient les échanges entre la vallée du Rhône et les côtes méditerranéennes, ni aux années 1950 ou une péniche dénommée « Paris » a été adaptée pour naviguer en mer, les fluvio-maritimes des « temps modernes » sont de création récente et ont souvent été construits à l’initiative de chargeurs pour répondre à des défis logistiques spécifiques.

C’est en 1976, lors de la construction de la centrale nucléaire de Tricastin, que les premiers fluvio-maritimes ont navigué sous contrat sur le Rhône pour transporter en droiture des masses indivisibles et fragiles venues d'Espagne et d'Italie.

L'histoire du fluvio-maritime est également marquée par la construction de navires en série dans les pays de l'Est. L'ex-Union soviétique notamment dispose de grands fleuves navigables et de canaux à grand gabarit accessibles à la navigation fluvio-maritime.

La goélette du Saint-Laurent

Dès l'apparition de la motorisation à vapeur, ce voilier a connu diverses modifications pour s'adapter aux conditions rigoureuses du Golfe Saint-Laurent et de la façade maritime du Dominion.

Essentiellement construite dans des chantiers réputés disséminés le long de l'estuaire maritime de l'époque (de l'île-aux-Coudres à celle d'Orléans, la goélette de bois pouvait aussi bien affronter le mauvais temps dans le golfe et au large ; s'échouer à marée basse bien à plat[1] sur le fond dans une baie bien protégée (et, comme celle des Escoumins[2], régulièrement érochée[Quoi ?] à cette fin) ; accoster l'un des chenaux de l'archipel du lac Saint-Pierre pour y charger du foin ; et, le mât baissé - ou même transformée en simple barge –, le transporter jusqu'au lucratif marché de New York[3] ; emprunter les canaux de Lachine et de Beauharnois ; remonter le fleuve au moins jusque Kingston, et même au-delà jusqu'à la « mer intérieure » du Grand-Lac Ontario...

Véritables fluvio-maritimes avant la lettre, en dépit de leurs dimensions modestes, ces navires étaient en mesure d'affronter les rudes tempêtes du large et du golfe, mais, vu leur motorisation « fluviale » réduite (parfois guère plus de quelques dizaines de CV[4] au début), pas d'affronter les courants de marée jusqu’à 7 kn (13 km/h)[5].

De faible tirant d'eau, les goélettes pouvaient se faufiler dans nombre d’affluents secondaires, parfois jusqu'à des quais dédiés. etc. Exemples : l'inextricable dédale des « chenails » des Cent-îles ; sur le chemin du Roy, par le pont autrefois tournant sur la rivière Batiscan, accès à Sainte-Geneviève, km en amont.

Un documentaire évoque la construction de la dernière des goélettes en bois, le Jean Richard, lancé en 1959[6].

Les lacquiers du canal de Lachine

Dès le deuxième élargissement des canaux de Lachine (1873) et Welland, la goélette a évolué en lacquiers[7] et caneliers à coque métallique. Les Grands Lacs étant « de véritables mers intérieures », il fallait la précision dans les manœuvres d’approche au port, d’accostage au quai et dans les écluses, tout en conservant la facilité de chargement et de déchargement de la goélette.

Comme pour cette dernière, le franc-bord est assez élevé. Différence fondamentale, la timonerie est placée à la proue. Pendant près d’un siècle, cette disposition reste la caractéristique essentielle de cet ancêtre du fluvio-maritime même après l’élargissement du canal Welland et du creusement de la voie maritime du Saint-Laurent[8], et ce jusqu’à la généralisation des communications électroniques à bord de vraquiers.

Preuve de ce caractère maritime : en rectifiant les chenaux du Fleuve pour des navires de plus grand gabarit, nombre d’alignements[9] ont été déplacés ou dédoublés. On peut voir les vestiges de ces gigantesques blocs de béton, certains très bien conservés, à Varennes, Contrecœur, Gentilly, et ailleurs…

Sauf pour les écluses, en Amérique du Nord, la réglementation et la signalisation sont dans l'ensemble les mêmes qu'il s'agisse du domaine maritime ou fluvial. D'où la difficulté sur ce continent de distinguer clairement le fluvial du maritime.

Au Vieux-Port de Montréal, des écluses de gabarit maritime

Lorsque les premières écluses du canal de Lachine ont été approfondies à m, le « terminus de Montréal » a de facto donné accès aux navires océaniques aux importants bassins situés en amont. En l'absence de marées, on ne peut donc pas à proprement parler de bassins à flot même si la gestion des navires y revient au même. À la vérité, on peut – et doit – considérer cet aménagement comme le prolongement du bief maritimo-fluvial (voir plus bas) du Saint-Laurent où se côtoient les très différentes flottes maritimes et fluviales.

Les tjalks des Pays-Bas

« Pouvant servir aussi bien pour la navigation fluviale que la navigation maritime », les tjalks traditionnels font aussi partie, dès le XVIIe s., de la catégorie des précurseurs de la navigation fluvio-maritime.

Autres précurseurs du fluvio-maritime

L'exemple du tjalk néerlandais ayant été rendu mondialement célèbre par la disparation du principal plan d'eau où il naviguait (le Zuiderzee et le lac d'Ijssel[10]), toute embarcation, grande ou petite, développée dans un plan ou cours d'eau de plus de km[11] de diamètre ou de longueur, est aussi un ancêtre du fluvio-maritime, surtout dans la mesure où elle y a côtoyé des bâtiments de rivière conventionnels.

En Europe

Même si l'Europe ne connaît aucun fleuve dont le débit moyen est de plus de 10 000 m3/s, les biefs maritimo-fluviaux y sont relativement nombreux.

En Asie

Près de la moitié de la vingtaine de fleuves dont le débit moyen est de plus de 10 000 m3/s se trouvant en Asie (dont 4 en Sibérie), ce continent recèle de nombreux biefs maritimo-fluviaux à son échelle.

À titre d'exemple, la combinaison des ports de Ningbo-zhoustan et de Shanghai explique la raison pour laquelle ils drainent la proportion la plus importante du trafic maritime mondial, chacun d'eux se disputant la première place de peu.

L'explication se trouve dans le fait que le fleuve Huangpu qui les borde, « se trouve dans [le] vaste delta formé par l'embouchure du Yanzi Jiang naturellement navigable sur plus de 1 000 km avec une pente de 2 % seulement et une « largeur [...] entre 200 et 300 mètres dans les sections les plus étroites ». (Avec le barrage des Trois-Gorges, la portion accessible à la flotte fluviale (et fluvio-maritime (?) a considérablement augmenté, l'une des causes de la vitalité maritimo-fluviale du delta ayant nécessité la construction d'un nouveau port en eau profonde grâce au pont de Donghai, long de 33 km.)

Intérêt et potentialités du fluvio-maritime

Il y a de nombreux avantages à utiliser une chaîne de transport intermodal à maillon fluvio-maritime. En effet, l'économie générée par le recours à ce type de transport peut être appréciable dans la mesure où les ports fluviaux sont des petites structures dont les obligations réglementaires et statutaires (dockers, grutiers…) peuvent être réduites, les coûts de la manutention et des frais annexes sont donc plus faibles, par ailleurs le matériel de manutention utilisé est souvent mieux adapté à la taille des petites unités[12].

L'élimination d'une rupture de charge sera d'autant plus appréciable que cette rupture de charge est coûteuse. Ainsi le transport fluvio-maritime est-il un moyen idéal pour transporter des "colis lourds", des pièces fragiles ou de grande dimension.

Selon la localisation des entreprises qui envoient ou reçoivent les marchandises, l'utilisation du transport fluvio-maritime permet de résoudre différents problèmes :

  • Celui de l’économie financière compte tenu de la réduction du nombre de manutentions extrêmement coûteuses du fait des moyens puissants mobilisés, de la technicité nécessaire et du faible niveau de concurrence… (grues de forte capacité rares sur le marché par exemple...)
  • Celui de la circulation routière de convois exceptionnels (pour des colis lourds et/ou volumineux) car la partie de transport « terrestre » se fait via le fleuve.
  • Celui de la limitation des risques de casse de pièces fragiles (risque important au cours de chaque manutentions).

Les trafics de colis lourds sont assez réguliers sur l'axe Rhône-Saône et les opérateurs spécialistes de ce type de trafic ont la volonté de transférer les transports sur le mode fluvial et fluvio-maritime dans la mesure du possible. En effet la réglementation routière est particulièrement contraignante et les dimensions des colis ne sont pas toujours compatibles avec un transfert par route.

Le transport sans rupture de charge possède aussi des attraits pour des marchandises en vrac particulières comme les céréales par exemple. L'absence de rupture de charge améliore la traçabilité du produit. De plus, l'absence de manutention évite de détériorer la marchandise (les manutentions successives cassent le grain) et d’éviter les pertes. Ces avantages sont assez sensibles pour que les céréaliers comptent parmi les principaux utilisateurs du fluvio-maritime.

Par ailleurs, les navires fluvio-maritimes sont particulièrement adaptés aux petits ports à fortes contraintes (longueur, largeur…) Ils ont largement contribué au développement de ports intérieurs modernes et bien équipés (Gennevilliers, Duisburg, Bâle, etc.) et inversement.

Un transport avantageux mais contraint

Les principaux avantages du fluvio-maritime sont les suivants :

  • réduction des ruptures de charge au bénéfice :
    • du coût global du transport
    • de la préservation du produit
  • shuntage total ou partiel (en fonction des provenances / destinations) des ports maritimes, réputés coûteux.

Les contraintes sont dues en particulier :

  • dimensions des caboteurs fluvio-maritime acceptables sur les cours d'eau empruntés ;
  • le tirant d'air disponible ne permet pas toujours de charger une pontée sur le parcours fluvial ;
  • le tirant d’eau disponible le long du trajet ne permet pas toujours de le chargement du navire au maximum de sa capacité ;
  • coût élevé de construction des navires fluvio-maritimes, navires sophistiqués (passerelle télescopique, radar). Ce coût est à la fois plus élevé que celui des barges fluviales et que celui des caboteurs maritimes conventionnels.

Défis logistiques

La niche des colis lourd et volumineux ne représente pas à lui seul un marché important. Il n'est pas en effet compatible avec les lignes régulières compte tenu de l’occupation d’une partie importante de la cale, ce type de produit est donc voué aux opérations dites de tramping.

L'avantage sera moins important pour d'autres types de produits en particulier sur les manutentions les moins coûteuses (vrac, conteneurs). Ces types de produits sont moins favorables au fluvio-maritime que les produits nécessitant des manutentions complexes et longues : marchandises diverses conventionnelles : grumes de bois, tuyaux, tôles, marchandises palettisées…

Quelques chiffres

Les trafics

Trafics des principaux ports fluvio-maritimes en France
Place Port Trafic 2008 (en tonnes) Évolution 2008/2007
1 Arles 257 103 – 6 %
2 Vienne Sud 200 094 – 9,9 %
3 Bonnières-sur-Seine 187 670 + 8,3 %
4 Limay 170 479 – 24,1 %
5 Lyon Herriot 137 204 – 27,2 %
6 Chalon-sur-Saône 76 444 + 0,1 %
7 Portes-lès-Valence 70117 + 18,0 %
8 Gennevilliers 42 310 – 28 %
Au niveau national – 11,9 %

En 2008, les trafics fluvio-maritimes sur la Seine se sont portés à 447 000 tonnes de marchandises, soit une contraction de 11,9 % par rapport à 2007. En termes de prestations, cela correspond à un trafic de 110 millions de t-km (- 13,9 %).

Le port de Limay « perd » sa première place au profit de Bonnières qui a manutentionné 187 000 tonnes, soit une croissance de 8,3 %.

En 2008, près de 890 000 tonnes de marchandises ont emprunté le Rhône sur un navire fluvio-maritime (-25,3 %). En termes de prestations, cela correspond à un trafic de 198 millions de t-km (- 6,7 %).

Malgré une baisse de 6 % de ses trafics, Arles a conservé sa place de leader et a manutentionné 257 000 tonnes en 2008. Le début de l'année 2008 a été supérieur à 2007 probablement grâce à un report du fluvial vers le fluvio-maritime en raison des grèves touchant les grutiers dans les ports maritimes. Cependant, le 4e trimestre a subi une forte baisse en raison de la crise économique mondiale.

La flotte

La flotte fluvio-maritime est très spécifique. En effet, pour être autorisés à naviguer en mer, les navires fluvio-maritimes doivent se conformer à toutes les législations maritimes en vigueur (OMI, convention Solas, convention Marpol, etc.) et donc posséder à bord tous les équipements nécessaires. Les navires doivent également se conformer aux exigences de la voie fluviale (radars par exemple).

On dénombre en France plus de soixante-cinq navires fluvio-maritimes fréquentant régulièrement les fleuves principaux[13].

  • Sur la Seine : 45
  • Sur le Rhône : 21

Du navire fluvio-maritime au domaine maritimo-fluvial

Notes et références

Liens externes

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